Avec le Leopard 44', Le chantier de Robertson & Caine poursuit le renouvellement de sa gamme et affirme des tendances innovantes pour accompagner son développement et la diffusion de ses modèles dans l'hémisphère nord par le géant de la location Sunsail-Mooring.
Infos pratiques
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Un outil industriel et marketing solide
Dans l'article consacré à l'essai du 39' (Multicoques Mag N°146), nous vous avions conté l’impressionnant parcours de l’entreprise artisanale fondée en 1991 par John Robertson et Jerry Caine. Après avoir traversé avec succès la période potentiellement insurrectionnelle de la fin de l'Apartheid, le tissu économique et social de la "nation arc-en-ciel" a su éviter l'affrontement et rebondir pour figurer aujourd'hui parmi les pays prometteurs d'avenir. Le pôle nautique d'Afrique du Sud compte de nombreux constructeurs de multicoques (Scape, Dean, Admiral, African Cats, Knysna, St Francis…), ce segment très dynamique est, bien sûr, majoritairement exportateur. Le choix de Moorings de faire réaliser ses bateaux à Capetown puis d'entrer dans le capital de Robertson & Caine s'est effectué sous l'impulsion de Lex Raas (directeur opérationnel, transfuge de Bénéteau) qui connaissait tous les rouages d'un dispositif entreprenarial performant. Lex était également familier du cahier des charges propres au leader du bareboat puisque Benéteau le fournissait en monocoques et adaptait profondément ses produits pour ce client très spécial. L'ensemble de ces interactions a permis au chantier sud-africain de compenser son handicap d'éloignement et de se hisser à la 3e place mondiale. Mooring et Sunsail sont maintenant des marques du groupe Tui, d'origine allemande (16.5 milliards d'Euros de chiffre d'affaires) et N°1 planétaire du tourisme (voyage-hôtellerie-shipping)!
Surplombé par un plan de voilure généreux, le 44' affirme une silhouette originale…
L'évolution d'une vision des catamarans, le changement d’architecte
Alexander Simonis a été la signature de la flotte Robertson & Caine pendant presque une décennie. En collaboration avec Maarten Voogd, il s'est orienté vers la conception de mega monocoques customs de 80-90’ qui ont trustés les podiums des épreuves classiques de l'hémisphère sud (Nicorette I et II, les folies…). Influencé par la philosophie des multicoques de croisière de l'école française et voulant renouveler son image, le fabriquant de Capetown et son partenaire américain ont sélectionné en 2000 un designer qui se trouvait alors sous les feux de la rampe dans la prestigieuse arène internationale du no limit : Gino Morelli (associé à Pete Melvin dans le projet Playstation pour le tour du monde de Steve Fosset).
En navigation, comme au mouillage, le cockpit avant est l'endroit où il faut être !
Le deuxième souffle
Le 40' (aussi nommé Moorings 4000) présenté en 2004 au Grand Pavois de La Rochelle montrait la nouvelle voie, issue du crayon numérique du cabinet international californien. Le duo de Newport Beach est familier des stratégies de décentrement et à l'habitude de collaborer à distance avec des opérateurs aux implantations lointaines (Chine, N-Zélande, Mexique). Après le 46' et le 39', le 44' vient d'effectuer ses tests dans les bases de location durant la saison 2011.
Bien protégé par le bimini rigide, le cockpit arrière est lui aussi un modèle du genre.
À la recherche de l'espace perdu
Les compères californiens avaient déjà jeté un premier pavé dans la mare en installant un cockpit de pied de mât sur les plateformes des Gunboat (d'abord construits en Afrique du sud !), ils recyclent ici une partie de l'idée en lui attribuant des objectifs différents. Au prix de contraintes architecturales qu'ils maîtrisent (échancrure de la face avant structurelle), Gino et Pete ont transformé l'ergonomie du catamaran de croisière en ouvrant l'espace frontal. Le bénéfice escompté n'est pas mince ! Ils créent un deuxième cockpit et climatisent le bateau dans les mouillages tropicaux. Une casquette hard top coiffe ce nouveau balcon océanique et ouvre un point de vue insolite parfaitement adapté à la convivialité dans les zones de navigations visées. Lors de notre navigation (février 2012 en Méditerranée), nous n'avons pas réellement profité de ce patio marin, mais il est facile d'en imaginer l'usage en vagabondage vacancier. Le sérieux avec lequel le bureau d’étude a abordé la robustesse des panneaux plexi et le système de fermeture de la porte de communication ne laisse planer aucun doute sur la fiabilité du concept. Un prélart est disponible pour les conditions inopportunes ou l'hivernage ; des dalots d'évacuation surdimensionnés ont été prévus. Notre 44' d’essai a subi sans dommages les assauts de la mer lors de son convoyage de 8 000 milles de Capetown à Nice.
Un poste de pilotage fonctionnel et agréable doté de réceptacles à bouts remarquables.
Un aménagement dans la tendance contemporaine
La version propriétaire qui a été mise à notre disposition dévoile un style d'ameublement réellement séduisant qui ne laisse rien transparaître de la vocation initiale de gestion-location. L'ébénisterie est soignée, les teintes chaudes de l'essence retenue participent à l'atmosphère chaleureuse et fonctionnelle. Les nombreuses surfaces de corian noir rationalisent l'entretien et favorisent un bon vieillissement des zones à fortes contraintes, elles flattent aussi l'œil. La table à carte a disparu, le support-papier pourra être utilisé dans le carré bien que le laptop l'ai aujourd'hui supplanté. La cuisine avec double évier accueille une vraie cuisinière-four Force 10 (superbe équipement en série), un réfrigérateur à double tiroir inox de forte capacité permettra au coq de voir venir ! Le flotteur tribord est aux standards habituels avec un grand lit aisément accessible, un sofa et un bureau. Le cabinet de toilette est volumineux et ergonomiquement pertinent. Les contre-moulages soignés ne déparent pas et rationalisent la maintenance. Les sols stratifiés sont résistants et de belle facture. De larges ouvertures dans les planchers donnent accès à un réseau de vannes identifié et compréhensible. Le flotteur bâbord abrite deux belles cabines avec douches-toilettes indépendantes. Les découpes de puits de lumière dans les bordés sont efficaces et élégantes (Catana avait initié cette solution d’abord contestée, puis plébiscitée avec le 471). La ventilation fait appel à une batterie de capots et de ventilateurs (options) qui garantira un confort global remarquable sans l'aide de la climatisation.
L'atmosphère intérieure est séduisante, avec une vue imprenable sur le lagon…
Construction et architecture
Les Robertson&Caine ont la réputation d'être solides, le process de fabrication en sandwich balsa/verre/vinylester sous vide avec stratification au contact est largement échantillonné. L'emploi en âme du balsa bois debout se justifie parfaitement (Lagoon l'emploie également). Le constructeur insiste pour conserver le sandwich en dessous de la flottaison sauf dans les zones de réservations des empreintes de safrans, ailerons, vannes… Cela ne posera pas de difficultés particulières lors du calage à terre comme pour un dériveur intégral, mais on aimerait tout de même voir proposer un traitement époxy. Surplombée par une grand-voile à corne et campée sur de jolis flotteurs à redan, la silhouette du Leopard 44 sous voiles est tout à fait cohérente. La perception en plein axe frontal lui est moins favorable, la surface vitrée devient proéminente.
Les finitions sont de qualité et la cuisine particulièrement complète ravira le maître queue.
Un Leopard dans la brise
Les essais de bateau en hiver permettent de fuir l’encombrement des plans d'eau et offrent souvent un terrain de jeu dynamique propice à une découverte plus immédiate des qualités nautiques du candidat. Après une observation météo "affûtée", nous avons rejoint la piste visée au terme d’une bonne heure au moteur, luttant contre une houle courte et rébarbative issue du solide coup de NNE qui sévit au large (la veine de vent se trouvait dans le couloir éolien entre l’Italie et la Corse, parfaitement identifiée). En entrant dans le stade, à 7,8 miles au large de Nice, nous sommes tous impatients de découvrir le comportement du généreux 44' et d'observer ses réactions dans les 20, 22 puis 25 nœuds établis. La mer est assez lourde, hérissée de crêtes blanches. L'animal, copieusement toilé, en fait son ordinaire à 8.5nd sur le fond et 55° de l'apparent. Certes, le cap s’apparent au bon plein, mais la progression est rapide et l'allure plutôt confortable eut égard aux conditions de mer, ce genre de VMG convient aux équipages… et aux bateaux en mer ouverte. La nacelle passe bien, il est possible de lofer à la demande. Cette forme d'aisance me surprend, remettant en cause l’a priori lié à l'embonpoint de la face avant du roof et à un CX potentiellement handicapant. Encore une fois, on ne sait rien d’un bateau tant qu’on ne l’a pas éprouvé à la mer ! Vent de travers ensuite, le 44' déboule sur un relief maintenant plus chahuté sans manifester de tendance à se vautrer sous le vent ou à rouler malgré un surtoilage avéré. L'absence de chariot de traveller n'est pas gênante en soi, elle oblige à intervenir sur les réglages de chaque palan, ce qui incitera au choix d'un 3ème winch électrique. Le renvoi sur le 2ème (celui des prises de ris, en option lui aussi) est possible; j’ai essayé, cela fonctionne bien, mais limite la vitesse de réaction. S’il faut arbitrer, je donnerai la priorité à l’équipement de GV, quitte à laisser les bosses sur un winch manuel. Sous grand-voile pleine dans ce type de temps, le Leopard 44’ montre un comportement rassurant, il faut impérativement ouvrir largement la grand-voile avant d’abattre sous peine de voir le catamaran refuser d’accompagner le mouvement. Le manuel de propriétaire conseille de prendre le 1er ris avant 20 nœuds, c'est lui qui a raison ! Le plan de pont est agréable à manœuvrer, son ergonomie regroupée en navstation implique l'usage de winches assistés. Au portant, le 44’ allonge une foulée paisible à 9, 10 nœuds, parfois 12, il manque juste un peu de hauteur de vague pour partir au surf, le pilotage manuel est précis et même intéressant grâce à la barre à drosses et biellette. La prise de ris automatique (nous en avons effectué une pour la logique de l’exercice) est un jeu d'enfant, le chantier devra modifier le boulon transversal du vît de mulet afin d’éviter le ragage de la gaine de la bosse.
Dans les coques, on trouve de belles cabines et une coque propriétaire aménagée avec goûts…
CONCLUSION
Le 44' n'a pas la vivacité du 39' dont il est proche dans l'esprit (bien que proportionnellement plus large), mais les qualités nautiques de cette plateforme décomplexée sont bonnes. C'est un catamaran facile à vivre, solide et bien équipé ; il n’est pas surmotorisé et les 39cv s’imposent. Sa taille, son équilibre et sa cohérence ne le limitent pas à une utilisation locative.
FICHE TECHNIQUE
Architecte : Morelli-Melvin Constructeur : Robertson and Caine (Afrique du sud) Longueur : 12.98m Largeur : 7.25m Tirant d’eau à mi-charge : 1.30m Hauteur sous nacelle à mi-charge : 0.71m Déplacement lège : 12.6t Surface GV : 74m2 Foc enrouleur : 44m2 Spi asymétrique : 130m2 Motorisation : 2x30cv/2x39 en option Transmissions : Saildrives Hélices : Tripales fixes ou Gori bipales repliables avec 39cv Capacité en eau : 780l Gasoil : 700l Prix de base HT : 335 000 euros Principales options : Moteur 39cv avec hélices repliables : 7 500 euros Pack électronique Raymarine avec pilote : 9 600 euros Pack électrique obligatoire : 4 000 euros (en 110 ou 220 v) Chargeur-convertisseur Victron 100A : 3 000 euros 2 panneaux solaires de 70w sur le bimini : 2 700 euros Dessalinisateur Spectra 12V/7Ol/h : 15 000 euros Bout-dehors/code 0/Stockeur : 7 200 euros Supplément GV à corne : 500 euros Livraison à Capetown + export : 10 700 euros Convoyage Annapolis (USA) ou la Rochelle (France) : 20 000 euros
Les concurrents
Modèle Constructeur SV au près en m2 Poids en t/lège Prix HT en euros ORANA 44’ Fountaine-Pajot 110 8 339 000 LAGOON 450 Lagoon 132 15 360 000 NAUTITECH 441 Nautitech 100 9,2 400 000
Les plus
- Qualité de construction - Environnement achat-gestion - Convivialité du concept
Les moins
- Accès au roof - Silhouette non-consensuelle - Absence de winch électrique de GV en série