Les salons d’automne viennent de fermer leurs portes. Sachant que le nouveau plan Lerouge construit en Lettonie par O’Yacht serait présent au Festival de la Plaisance de Cannes, nous sommes allés à sa rencontre début août en Bretagne-Sud pour vous faire partager nos impressions en avant-première.
Infos pratiques
- Le chantier : O Yachts Class 4 Voyager
- La fiche technique
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Construire en Baltique
Après une longue période sombre (de 1940 à la fin de l’URSS), les Etats baltes ont retrouvé l’indépendance en 1991. La Lettonie a adhéré à l’Union européenne en 2004. Proche du Sud de la Finlande, de la Suède, voisine de la Pologne, de l’Allemagne et du Danemark, la façade maritime de ce petit Etat de 2 millions d’habitants le destinait légitimement à la construction nautique. Si l’introduction des multicoques est récente en Baltique, l’histoire de cette mer intérieure riche de son passé et de ses compétences lui permet de s’adapter rapidement et de s’enorgueillir de savoir-faire prestigieux (Dragonfly, Swan, Baltic Yachts, Marström…).
Tunnel parfaitement dégagé, design de roof très "aéro" (notez l'installation de la baie coulissante en monte intérieure, totalement discrète !) et un plan de voilure moderne, efficace et épuré, la signature O'Yacht.
La jeune marque O’Yacht
Dan Levy, dirigeant de la petite manufacture, est un transfuge de l’informatique et de la promotion immobilière. Cet esprit vif va droit au but et pratique avec aisance la synthèse d’informations complexes liées à la maîtrise d’œuvre. Plaisancier assidu, il confesse sans pudeur une imprégnation catamaran de fraîche date, mais il apprend vite et sait s’appuyer sur des talents reconnus dans tous les domaines. A l’évidence, c’est lui qui détermine l’objectif et le standard de qualité à atteindre. Il est immergé dans la plupart des choix techniques, et son exigence s’applique au moindre détail. Le rachat en 2014 du chantier naval d’Angure, en association avec un partenaire letton très implanté dans le tissu industriel local, offre à O’Yacht l’opportunité de reprendre les infrastructures et les outillages neufs d’Ambercat, dont le 21 m avait été exposé au Grand Pavois en 2009. Les ressources humaines d’une équipe qualifiée ont été conservées sous la direction de Karlis Kalviss, qui pratique les composites depuis 18 ans et l’infusion depuis 8. O’Yacht définit sa philosophie comme "militant d’une vraie culture nautique baltique et d’une éthique impeccable".
Bowpole et poutre avant carbone surplombant des étraves fines et tendues, spatule de nacelle très douce, qui a dit qu'un catamaran à ailerons ne pouvait pas faire parler la poudre ?
Erik Lerouge, architecte de multicoques
Depuis 1976 et la fin de son parcours d’études à Southampton, Erik vit, pense et respire bateaux, surtout multis. Ses connaissances en maths-physique (hydro-aérodynamique) sont étayées par une pratique intense de la navigation, de la régate et de l’aviation de loisir. Avec Ville Audrain en 1980, il dessine un premier grand catamaran visionnaire de 13 m. Inoui, dont le compteur actuel dépasse 100 000 milles, marque les esprits au Trophée des Multicoques 84 (18,5 nœuds de moyenne sur 5 milles !). Cité d’Aleth, construit par Raymond Labbé, Azuli et Freydis, par Philippe Tournier, ont ouvert la voie au voyage à grande vitesse à la voile et restent des modèles appréciés (il faut se souvenir de Gifi à D. Demachy, un Freydis 49 de série qui joua les trouble-fête de la M50 pendant plusieurs années !).
Si la gestion d'écoute GV via le winch central s'avère parfaite, la position à plat pont du winch de traveler-enrouleur-stockeur est moins pertinente.
Le Class 4, construction et design
S’il ne fait aucun doute dans l’esprit de l’architecte que les appendices mobiles procurent en théorie plus de performance (meilleure portance au près et moins de traînée), cet avantage peut être remis en cause par l’adjonction d’artifices d’échouage type skegs. La potentielle fragilité des appendices mobiles, leur complexité et l’impact d’une disposition dans l’axe des flotteurs (pour une efficacité maximum) limitent leur choix à la course ou à la recherche délibérée du rendement sur un châssis ultra léger. En croisière (même rapide !), les contraintes (ou les opportunités !) de l’échouage, de la fréquentation du corail ou des fleuves, sans parler du stockage à terre, lui font recommander les ailerons. Le Class 4 d'O'Yacht est disponible dans les 2 versions. Notre unité d'essai est un Premium doté d’appendices fixes. Erik Lerouge a patiemment fait évoluer l’hydrodynamique de ses coques, et Clifford Denn a ajouté son expertise du design des roofs et de l’exposition panoramique des salons de pont ; le bureau d’études O’Yacht prenant en charge les modélisations 3D et les plans d’exécution en vue d’une fabrication intégralement structurelle. Les pièces majeures (nacelle avec ses demi-coques intérieures, demi-coques externes, pont, roof) sont totalement infusées et les assemblages solidement corniérés par stratification manuelle. Des parements Kevlar renforcent les œuvres vives. Quelle que soit la version, les éléments structurels carbone ne sont pas en option : poutre avant, cloison maîtresse, poutre de compression et bout-dehors sont en fibre noire et participent à la raideur, au centrage des poids et au bon vieillissement. Les observations faites à bord (dans les zones accessibles) montrent une phase composite maîtrisée, une infusion compacte sans inclusion de bulles ainsi qu’un beau ratio d’imprégnation résine/tissus.
Le superbe roof est aussi très fonctionnel. Le bimini casquette est une trouvaille (table de cockpit et sellerie absentes), le design fait la part belle à la lumière et à la ventilation, mais préserve un véritable poste de pilotage sport.
Aménagements intérieurs
Disons tout de suite que le style du Class 4 est séduisant ; conséquence visible de la rigueur de fabrication et de l’exigence éclairée du choix des matériaux. Rien d’ostentatoire, mais une sobriété luxueuse inspirée du goût nordique. Le carré en cuir fauve est confortable, tous les meubles et portes sont en sandwich. Les champs sont minutieusement habillés de profils alu satinés intégrant des poignées fluides à l’œil comme au toucher. Les façades (façon Alpi) puisent dans un riche catalogue d’essences. La cuisine face au cockpit est bien conçue et équipée, elle bénéficie de larges baies ouvrantes. Les sols en jacquard de PVC imputrescible et inusable se substituent à l’habituel Bolon. Pour les plans de travail et le revêtement de table, O’Yacht a déniché un stratifié inrayable à base de nanoparticules d’un effet prodigieux. Il est aussi employé en vaigrage, plaqué directement sur les bordés préparés. Au plafond, l’alcantara respirant est superbe, la pose tendue admirable. La recherche de l’esthétique fonctionnelle trouve un aboutissement magistral dans le système de contreplaques et écrous noyés utilisé abondamment pour la fixation de l’accastillage ; cette illustration d’art industriel appliqué renvoie aux calendes les visseries habituelles. Autre exemple, la porte coulissante du salon de pont en monte intérieure s’escamote artistiquement. Les cabinets de toilette dévoilent des formes bioniques, mais les volumes de la version 4 cabines restent limités et les vasques petites.
Les parements bois sur façades sandwich sont superbes, les champs bordurés de profilés aluminium satinés intègrent des poignées custom sans aspérités.
Plan de pont, gréement et essai dynamique
La poutre arrière traversante contribue généreusement à la raideur de plate-forme, il ne faut donc pas regretter l’absence de découpe vers les jupes ! L’ergonomie de la position du winch de manœuvre (traveler-écoute GV) à plat pont est perfectible, mais la modification sera aisée à concevoir ; pour le reste, c’est le sans-faute, l’émotion en plus ! Le plan de pont privilégie la simplicité et l’efficacité, le but est atteint et le winch 46’ électrique multifonction du roof est justifié (écoutes génois et solent). Il n’y a pas de rail de génois, juste une poulie stand-up, formidable solution dans le cas d’une voile tout ou rien (qui impose une prise de cotes et une stabilité parfaites de la voile). La solution des anneaux centreurs-débordeurs a été écartée pour favoriser la simplicité. La gestion des drisses et des réductions GV s’effectue au mât via 2 winches (dont un électrique) installés sur un pod carbone solidaire du tube. Ce mini piano extrêmement futé et innovant supprime tous les petits désagréments de renvois liés à la rotation, admirable ! La magnifique bôme canoë dans laquelle sont logés les bloqueurs textiles constrictors des bosses contribue à une vraie lisibilité et au confort de manœuvre. La lutte contre les frictions trouve avec ces circuits courts une expression magistrale. Les chariots à aiguillage Harken limitent l’empilement des coulisseaux en hauteur. Une navigation de 5 heures à bord du Class 4 permet de découvrir l’exceptionnel potentiel du bateau et se conclut en forme de frustration proportionnelle aux très bonnes sensations éprouvées, mais l’escale de Bénodet était la seule possible sur le parcours Riga-Cannes pour vous dévoiler nos premières impressions à temps pour le numéro d’octobre ! La veille au soir, déjà mis en bouche par la magnifique présentation, j’ai apprécié l’équipement, la raideur de châssis sous le pied, l’attitude de la plateèforme au mouillage augurant un devis de poids prometteur. Le lendemain, dans le chenal conduisant à la mer libre, j’admire le gréement, le splendide mât carbone Dracula Spars-Axon d’Eric Duchemin avec sa bôme canoë pétillante d’intelligence. L’allongement du plan de voilure de la version Premium traduit l’ambition de performance, et la division des voiles d’avant est particulièrement futée. Un solent pour la facilité ET un génois tout ou rien à recouvrement, amuré sur le bout-dehors (stockeur avec étai textile) pour se déhaler vivement dans le médium ! À la manœuvre, c’est surtout l’aisance d’envoi, l’absence de frottements et la lisibilité sous les doigts qui dominent. Aussitôt réglé, la véritable nature du bateau se révèle, il démarre comme une flèche ! Le magnifique jeu de voiles membrane d’Ullman Sails fait merveille. La pertinence des arbitrages fait totalement oublier leur sophistication, le "vélo" semble électriquement assisté et glisse à la moindre risée (8,5 nœuds GPS avec 8 nœuds réels au bon plein, et nous sommes 7 à bord avec un avitaillement complet !). Au-delà des chiffres, l’absence de mouvements de tangage et de roulis parasites, la raideur de plate-forme, la rigueur de tenue des appendices sur ce plan d’eau au clapot formé sont la source d’un comportement enviable. La précision de barre via les biellettes rigides Jefa est étonnante, et la démultiplication juste comme il faut ; quel plaisir ! Le toucher d’eau des flotteurs est subtil, l’équilibre sensible ; ce catamaran nage en souplesse en effleurant le relief marin. L’attention du barreur est récompensée par une agilité et une mobilité sur l’eau rares en catamaran habitable ; surtout accompagnées d’un tel sentiment de facilité d’emploi. Cadeau supplémentaire, l’étagement de la complémentarité des voiles d’avant permet de conserver ces sensations, même dans moins de 10 nœuds de vent ! Dans la brise, il sera possible de passer très tôt sous solent 1 ris pour garder la main, sans perte de vivacité ! Après avoir échoué le bateau sur la cale de Loctudy pour procéder à un nettoyage des coques, je dois dire que l’association de cette capacité tout terrain avec des performances prometteuses m’a convaincu !
Les volume des cabinets de toilette sont un peu pénalisés en version 4 cabines, mais la finition et l'élégance des matériaux restent de mise (pierre naturelle tranchée fin en parement de fond).
Conclusion
Dans les limites d’un essai qui m’a paru trop court, la découverte du Class 4 m’a enthousiasmé. Le plaisir est garanti en utilisation à la journée, et le convoyage autour de l’Espagne a démontré ses qualités au large dans la mer formée. L’équilibre général de ce multicoque réussi est à la hauteur des efforts consentis pour la conception et les choix d’équipement. L’harmonie entre le "moteur" et le "châssis" ne doit rien au hasard, elle est à la source du véritable bonheur de naviguer à bord du Class 4. L’objectif des 300 milles en 24 heures avec de bonnes conditions de vent et de mer est à sa portée sans remettre en cause le confort !
Les cales moteurs sont traitées comme des pièces à vivre, les fermetures de panneaux sont remarquables. Les biellettes et boîtiers de renvoi d'angle Jefa sont bien visibles, une des clés de l'agrément du Class 4 !
Descriptif technique
- Architecte : Erik Lerouge
- Designer : Clifford Denn
- Constructeur : O’Yacht
- L : 13,99 m
- l : 7,60 m
- Tirant d’eau version ailerons : 1,06 m
- Poids lège armé : 7,6 t
- Hauteur sous nacelle : 85 cm
- Hauteur du mât : Version Voyager aluminium : 18 m, version premium : 19,40 m
- Surface GV : Voyager : 71 m2, Premium : 80 m2
- Génois : 44 m2
- Solent auto-vireur : 34 m2
- Gennaker : 84 m2
- Code 5 : 103 m2
- Spinaker asymétrique : 160 m2
- Motorisation : 30 CV Yanmar ou Volvo
- Transmission : Saildrive
- Eau : 350 l
- Fuel : 2 x 200 l
- Eaux noires : 2 x 80 l
- Version essayée : Premium à ailerons
- Principales options de la version testée en € HT : Mât carbone Axon : 62 000 *inclus Premium Bôme canoë carbone : 13 000 * Poutre de compression-bout-dehors carbone : 12 000 * Panneaux solaires 5 x 48 W : 3 390 Transmissions de barres rigides Jefa : 6 500 Winch électrique H46 sur le roof : 2 700 Dessalinisateur 60 l/h : 8 000 Chauffage air pulsé : 8 000 Intérieur luxe : 9 500 Pack électronique : 8 000 Alternateur 120 A : 3 500 Hélices Flexoflod tripales : 2 800
- Prix : Version de base Voyager avec mât aluminium : 490 000 € HT Version de base Premium avec mât carbone et ailerons : 590 000 € HT Version essayée Premium full options avec ailerons : 690 000 € HT
Les plus
- Qualité de fabrication et devis de poids
- Hydro, aéro et masses en phase
- Harmonie confort-performances
Les moins
- Ergonomie des winches de cockpit
- Absence de martyrs d’échouage
- Cabinets de toilette exigus en version 4 cabines
Concurrents
| Modèle | Constructeur | SV au près en m2 | Poids en t | Prix HT en € |
| Outremer 45’ | Outremer Yachting | 121 | 8,7 | 469 500 |
| Swiss 45’ | Swiss cat | 112 | 12 | 692 500 |
| Dazcat 13,50 | Multimarine | 150 | 6,5 | 488 750 |
| Catana 47CR | Catana | 139 | 10,9 | 609 700 |
L'avis de l'architecte
Un catamaran de voyage est un passionnant dilemme. Les lois de la nature et les limites de la matière sont ainsi, la quête du confort s’effectue au détriment du poids, du fardage et du comportement sous voile. Il appartient ainsi à chacun de placer le curseur volume/performances selon son programme et ses goûts. J’aime les catamarans performants ; ce qui me motive, c’est de créer une unité agréable à vivre, marine, réalisant facilement de bonnes moyennes. La vitesse en croisière n’est pas seulement un plaisir, c’est aussi un facteur de sécurité et de confort. L’étude du Class 4 m’a permis de m’exprimer avec un piment supplémentaire, un luxe certain et une finition parfaite. Or, c’est ce poste qui est le plus pesant sur un catamaran dont les grands volumes sont tentants ! Ce fut l’occasion d’innombrables discussions avec le promoteur pour placer les limites au bon endroit. Bref, la recherche de la qualité avec l’obsession d’un devis de poids raisonnable ! L’apport du talentueux designer Clifford Denn fut important, donnant un style intemporel au Class 4. Les carènes sont le produit d’une constante évolution, c’est le privilège d’avoir étudié plus de 200 catamarans ! Il s’agissait d’avoir des coques efficaces mais tolérantes sur la charge et de travailler le passage dans le clapot. De bons ailerons ont été retenus pour la première unité. Des dérives sabres sont possibles. La construction est en sandwich infusé, des renforts Kevlar sont prévus sous la flottaison. Les poutres sont en carbone pour gagner du poids, réduire les masses aux extrémités et obtenir une grande raideur structurelle. L’intérieur est intégralement en sandwich, parfaitement homogène, et les aménagements participent à la raideur. Le plan de voilure est classique, mais une grande variété de voiles légères s’amurent sur le bowpole pour s’amuser. Le superbe mât rotatif Axon en carbone contribue à l’efficacité de la grand-voile à corne. Les haubans en textile réduisent le tangage. Tout cela est servi par un accastillage haut de gamme. Le plan de pont offre toute la fonctionnalité et tout l’agrément d’un catamaran de croisière contemporain avec un fardage acceptable. La disposition intérieure privilégie l’espace avec vue vers l’extérieur, le positionnement de tous les équipements a été une préoccupation constante pour le centrage des poids. La structure du chantier O’Yacht permet de fabriquer des unités semi-custom, c’est de la haute couture ; dans la limite des moules existants, nous pouvons ajuster finement pour résoudre l’éternel challenge du catamaran idéal. Erik Lerouge
Détails du bateau

- : Les entrées d’eau des flotteurs combinent à la fois finesse et progressivité de volume en participant à la stabilité de route
- : La croix carbone intègre l’élégant bowpole et la poutre dans un poids mini
- : L’amure de l’enrouleur de solent (à sangle) traverse la poutre pour une fiabilité à toute épreuve
- : Le génois à recouvrement complète adroitement le solent, amuré loin devant sur le bout-dehors, il exonère presque de gennaker, laissant la place à un code 5 ou un asymétrique moderne enroulable
- : La disposition solent auto-vireur prend tout son sens sur ce bateau vif et véloce
- : Le poste de barre unique combine les avantages des nav stations récentes avec la précision de transmissions rigides d’une sensibilité inégalable
- : Le fameux pod de manœuvre regroupe toute la gestion GV (envois, réductions, bordure) dans un dispositif innovant et d’une ergonomie enviable
- : La superbe bôme carbone intègre les bloqueurs constrictors textiles pour les bosses de ris et le rail de bordure dans un design élégant et un poids plume
- : Le tube Dracula spars/Axon, associé aux haubans Kevlar : un choix efficace en version Premium
- : Le jeu de voiles Ullman Sails carbone, couplé au rail de GV à aiguillages Harken, est une perfection