Arrivant tout droit d’Afrique du Sud, l’Ocean Renegade R5 est un catamaran qui conjugue performance et écologie, tant au niveau des matériaux utilisés que de son mode de propulsion hybride voile/ électrique. Un concept intéressant sur bien des points et qui cache également bien d’autres surprises.
Lieu de l’essai : St Petersbourg (Floride – USA)
Conditions : 20 noeuds de vent, 3 personnes à bord, petit clapot
Infos pratiques
- Le chantier : Ocean Renegade R5
- La fiche technique
-
Découvrez notre vidéo exclusive
- Financez votre Ocean Renegade R5
- Assuez votre Ocean Renegade R5
- Articles autour du Ocean Renegade R5
Dans l’univers du catamaran, plusieurs écoles se côtoient, avec chacune ses spécificités et ses atouts. Depuis quelques années, l’Afrique du Sud est devenue l’un des eldorados de la construction de multicoques, avec plusieurs architectes et chantiers qui rivalisent en termes de talents et de performances. L’un des atouts des constructions nautiques africaines, en dehors des tarifs attractifs, est le recours massif à la fibre de carbone, un matériau qui permet de construire des embarcations aussi solides que légères. La marque Ocean Renegade est faite de ce bois-là (ou plutôt de ce carbone- là). Constructeur de catamarans de plaisance depuis 2014, l’entreprise tire ses racines de la marine commerciale, autant dire que l’expérience ne manque pas.
La marque Ocean Renegade est née sous l’impulsion de Clayton Dee et ses multicoques sont construits par Novaluxe Manufacturing, à Cape Town, en Afrique du Sud, un chantier majoritairement détenu par Allan Knight. Sensible à la cause environnementale, le constructeur produit sa propre énergie électrique grâce à des panneaux solaires.
La philosophie de la marque est d’offrir le bateau le plus adapté aux désirs du client en offrant un excellent compromis entre habitabilité et performances. La gamme se compose aujourd’hui de deux principaux modèles à voile, les R5 et R6, et d’un powercat, le R6 Power. Le R5 se décline également en plusieurs versions, le R5, le R5 MKII, qui propose notamment des performances améliorées et un cockpit arrière plus spacieux, et le R5 MKII Regatta, qui, comme son nom l’indique, met l’accent sur la performance avec des choix architecturaux intéressants, à l’instar des deux barres situées dans le cockpit avant. Hormis ces différentes déclinaisons, les catamarans Ocean Renegade sont semi-custom.

La circulation vers l’avant est très facile : les passavants sont larges et les filières efficaces. Relevées, les dérives n’entravent pas le passage grâce à leur positionnement excentré et à leur angle.
Un espace extérieur pensé pour égrener les milles
Le R5 est le premier modèle de la fratrie et aussi le plus petit, même si, avec ses 16,46 m (54 pieds) de long, il affiche déjà de bonnes dimensions. Niveau construction, le R5 profite d’une structure en carbone et d’une coque en époxy. Les dérives sont également réalisées en carbone tout comme de nombreux éléments à bord, incluant les lits superposés ! Des matériaux qui sont à la fois légers et solides, et qui ont aussi le mérite d’être en grande partie recyclables.
Doté d’une ligne de pont assez haute, d’étraves totalement inversées et d’une grande timonerie dont les montants avant se prolongent loin vers l’avant, le R5 affiche d’entrée une véritable personnalité. Contrairement à la tendance actuelle, les hublots de coque sont très petits, ce qui n’augure pas forcément d’une grande luminosité intérieure, et cela contraste vraiment avec les longs vitrages du pont principal. Autre caractéristique, même si la nacelle est assez haute au-dessus de l’eau, elle reste peu épaisse et très effilée, accentuant l’allure sportive du catamaran. Enfin, un long bout-dehors permet d’amurer les voiles de portant. La poupe est plus conventionnelle, avec deux larges jupes et deux bossoirs permettant de recevoir une annexe de bonne taille.
En pénétrant dans le cockpit, on est un peu surpris par la taille, pour le moins modeste, de celui-ci. Il s’agit en fait de la volonté du propriétaire qui a demandé à ce que la cloison arrière soit reculée pour offrir un plus grand espace intérieur au détriment du cockpit extérieur – un exemple de ce que l’on peut faire en version semi-custom. Cet espace dispose tout de même d’une grande banquette arrière avec des rangements dessous et d’une seconde assise adossée à la cloison de la timonerie, le tout bien abrité par une longue casquette qui, au passage, ajoute encore un peu de sportivité à l’embarcation. En revanche, sur cette version « spéciale », difficile de loger une table. La circulation vers les jupes est de son côté très facile, et les passavants permettant de rejoindre la proue sont assez larges et bien sécurisés par les balcons et filières.
Conçu pour être performant, le R5 dispose d’une partie avant occupée par des trampolines, y compris de chaque côté du bout-dehors. Un choix de marin qui permet de conserver un poids très raisonnable. Accolé à l’avant de la timonerie, un second cockpit est quant à lui réservé aux manoeuvres. Très bien pensé, cet espace regroupe toutes les drisses en pied de mât, les winches, ou encore les sacs à bouts pour garder l’endroit dégagé. On y trouve aussi une série de répétiteurs directement attachés à l’espar et lisibles autant par les hommes à la manoeuvre que par le barreur depuis l’intérieur de la timonerie. Dernier élément intéressant, ce cockpit est protégé sur les côtés par les vitres latérales de la timonerie qui se prolongent un peu sur l’avant. En cas de gros temps, on appréciera.
![]() |
![]() |
Le R5 reste un catamaran très convivial et surtout très confortable pour son équipage.
Pour la partie avant, Ocean Renegade a opté pour les traditionnels trampolines, ce qui permet notamment de gagner du poids.
Intérieur sobre et semi-custom
Accessible par une double porte coulissante, le pont principal nous fait basculer, en une fraction de seconde, dans un autre univers. Agrandi à la demande du premier propriétaire par rapport au plan initial, ce pont fait la part belle à la clarté avec de très grandes surfaces vitrées tout autour.

Sur cette version, le propriétaire a demandé à réduire le cockpit arrière, qui offre toutefois deux belles assises.
La couleur blanche des cloisons et la clarté du bois utilisé pour les meubles jouent une part importante dans la luminosité ambiante, tandis que l’aménagement qui a recours à des lignes simples et tendues ainsi que la décoration sobre donnent un aspect très moderne au catamaran. Sur tribord, un salon permet d’asseoir six personnes autour d’une grande table, le tout pouvant être converti en couchage double. Presque toute la partie bâbord est occupée par une grande cuisine qui ferait mourir d’envie le plus exigeant des chefs. Outre la surface des plans de travail, totalement insolite pour un bateau de 54 pieds, cette cuisine est réalisée avec des meubles en bambou (là encore dans un souci environnemental) et est équipée avec de l’électroménager dernier cri, à commencer par le four ou la table de cuisson à induction. Au plafond, des fausses poutres cachent un éclairage LED dont on peut changer la couleur, un détail qui se marie parfaitement avec les spots encastrés ou les éclairages indirects du plus bel effet. La partie bâbord avant accueille une table à cartes complète avec toute l’électronique du bord, le tableau électrique et même la VHF, le tout très bien encastré. Enfin, située derrière deux portes vitrées, la barre profite d’une vue parfaite, et elle peut basculer sur la gauche ou la droite pour optimiser la position du barreur, le tout en restant totalement à l’abri ou en ouvrant les portes pour apprécier la brise. Les poignées de commande des moteurs Torqeedo sont quant à elles facilement accessibles, et, en cas de besoin, le pied de mât et toutes les drisses sont quasiment à portée de main. Une conception vraiment bien pensée qui facilite la conduite du catamaran tout en dégageant au maximum l’espace intérieur de tous les apparaux de navigation. Dernière subtilité, deux panneaux de pont permettent de garder un oeil sur le gréement. Seule petite chose qui pourrait manquer… un strapontin pour le barreur, un bon élément de confort pour les longues distances.

La nacelle offre un volume impressionnant pour une unité de cette taille, une impression d’espace renforcée par les murs blancs et les grands vitrages.
Semi-custom oblige, ce catamaran peut être totalement configuré selon les désirs du client. Notre modèle d’essai était ainsi équipé de trois cabines. Sur tribord, un escalier mène au cabinet de toilette, très accessible pour les invités, mais aussi, grâce à ses deux portes, par les occupants des deux cabines. Pour favoriser les performances, les coques latérales ne sont pas immensément larges, mais on trouve tout de même sur l’arrière un vrai lit double avec quelques équipets et rangements. La partie avant reçoit quant à elle deux lits superposés réalisés… en carbone ! Un confort un peu minimaliste, même si rien ne manque… ou presque : un peu de lumière naturelle supplémentaire représenterait un plus.
|
![]() |
Chaque coque dispose d’un couchage double encadré par des rangements.
La cabine avant tribord reçoit deux lits superposés – ils sont réalisés en carbone !
Sur bâbord, la configuration est un peu différente, puisque la coque accueille la suite propriétaire avec un couchage double et une immense salle d’eau sur l’avant. Au milieu, on trouve un petit bureau et pas mal de rangements. C’est notamment là que se trouvent les batteries du système Torqeedo, mais aussi une adorable petite machine à laver venue directement de Corée. Là encore, si l’ambiance est assez sobre, voire zen, un peu plus de lumière naturelle ne nous dérangerait pas.
L’équipement est pour sa part dans la bonne moyenne, mais, comme chaque catamaran est unique, la mise de départ est décidée avec le client au moment de la commande.
|
![]() |
Tout l’électroménager est haut de gamme ; ces équipements ont été sélectionnés pour leur basse consommation. Quant à cette machine à laver très originale, compacte et peu gourmande en électricité, elle arrive tout droit de Corée.
Un multicoque pratiquement autonome énergiquement
Equipé principalement de lampes LED à faible consommation, l’Ocean Renegade dispose de huit panneaux solaires flexibles sur le toit du roof délivrant un total de 2,4 kWc. Les panneaux sont reliés à un inverter de 6 kW, tandis que le stockage de l’énergie est assuré par un parc de batteries représentant une capacité totale de 50 kWh. Une électricité qui peut ensuite être utilisée par les lampes, l’électroménager et les différents systèmes du bord, tous à faible consommation, ou par les deux moteurs électriques.
En effet, pour aller jusqu’au bout de la démarche, le R5 embarque une propulsion électrique, en l’occurrence deux moteurs Torqeedo Deep Blue de 25 kW. Outre l’aspect écologique évident, ces moteurs ont l’avantage de ne pas prendre trop de place, de ne pas peser trop lourd et d’être peu gourmands en énergie. Cette puissance plus ou moins équivalente à 2 x 34 CV thermiques permet au catamaran de croiser à environ 6 noeuds sans trop réduire l’autonomie ; elle autorise une vitesse maximale de 10,5 noeuds, juste au cas où. Les Deep Blue sont couplés à un parc de batteries BMW I3 haut voltage de 42 kWh avec, au passage, une garantie de neuf ans. Qui plus est, le système est capable de régénérer lors des navigations sous voile de l’énergie à raison d’1 kW par moteur à 10 noeuds.

Très compact, le moteur Torqeedo Deep Blue de 25 kW prend peu de place dans la cale moteur.
Enfin, en cas de manque d’énergie, ce qui normalement ne devrait pas arriver, un générateur Fischer Panda 15000i de 10 kW est disponible à bord avec un réservoir de diesel de 400 litres, de quoi voir venir.
Quoi qu’il en soit, le système électrique généré par les batteries et les panneaux solaires devrait être largement suffisant dans la plupart des cas, et cela, sans se priver du confort moderne, puisque le catamaran embarque notamment un système d’air conditionné, lui aussi choisi pour sa faible consommation. En fait, une fois à bord, on ne se sent pas sur un bateau où il faut faire constamment attention à la dépense énergétique, un vrai signe de maturité pour ce type de propulsion.
|
![]() |
Pour alimenter le moteur, le R5 reçoit un pack de batteries BMW I3 de 42 kWh.
Des performances de régatier
Grâce à sa fabrication en carbone-époxy, le R5 affiche un poids équivalent à nombre d’unités plus traditionnelles de 45 ou 50 pieds – fabriquées en fibre de verre. Un atout dont le catamaran tire largement parti. En outre, grâce à des coques très fines et à une nacelle peu épaisse, il traîne peu d’eau, ce qui favorise la performance.
Sans surprise, le mât et la bôme sont réalisés en carbone et plusieurs jeux de voiles sont disponibles, de la version croisière à la version régate. Pour l’occasion, le catamaran était équipé d’un set dénommé « Performance Cruising », c’est-à-dire une déclinaison un peu plus performante des voiles de croisière.
Concrètement, les voiles reçoivent des inserts en carbone qui améliorent la rigidité et donc la stabilité des profils. Hissée au mât de 21 m de haut, la grand-voile affiche une surface de 92 m2, tandis que le foc autovireur offre 42 m2 de toile, soit une surface au près de 134 m2. On peut bien entendu opter pour un Code 0 et pour un spi asymétrique. Là encore, tout est question de choix au moment de la commande. Ainsi armé, l’Ocean Renegade n’a pas besoin de beaucoup d’air pour s’agiter. Si la Floride est habituellement réputée pour son climat tropical, le jour de notre essai, on se croyait plutôt au nord de l’Angleterre. Température assez froide (pour la Floride), pluie constante, environ 20 noeuds de vent et 40 à 50 cm de creux, pas vraiment les conditions idéales, mais cela fait partie du dur métier d’essayeur que de s’adapter à la météo du moment !

Le mât de 21 m de long est en carbone – de quoi supporter aisément 134 m2 de toile au près.
Une contrariété vite oubliée au vu des capacités du catamaran. Dès la sortie du port et sitôt les voiles envoyées, le R5 ne se fait pas désirer : il démarre à la moindre risée. Dès notre premier bord bâbord amure, avec 15 noeuds de vent, le catamaran s’envole à 8 noeuds, puis 10 noeuds avec simplement la grand-voile et le foc autovireur. Sous Code 0, le résultat est encore plus convaincant, puisque la vitesse oscille entre 10,5 et 12 noeuds quand le vent monte à 17 noeuds, des valeurs plutôt satisfaisantes. Pour « taper un peu dedans », nous décidons d’aller chercher un peu plus de vent ; avec 20 noeuds affichés sur l’anémomètre, le R5 nous offre une petite pointe à 14 noeuds. Lors d’un convoyage autour des Florida Keys, l’équipage a même réussi à accrocher 20 noeuds, ce qui donne une idée des possibilités de ce catamaran – même si la version du jour est implement destinée à la croisière. Les dérives en carbone jouent elles aussi parfaitement leur rôle en permettant de tenir un cap très près du vent – sans dériver évidemment. Autre grand avantage : grâce à l’implantation des différents winches et poulies dans le cockpit avant, les manoeuvres sont vraiment faciles. Même remarque au moment d’empanner, où tout se passe rapidement et avec aisance. Une facilité qui permet de naviguer en équipage réduit et donc d’être vraiment autonome. Les conditions ne nous ont malheureusement pas autorisés à envoyer le spinnaker ; c’est un peu dommage, car le GPS affichait des données prometteuses. La barre en main, c’est une fois encore l’impression de facilité qui domine. Précis, l’Ocean Renegade conserve son cap sans qu’on ait besoin de le ramener en permanence sur sa trajectoire, c’est agréable.
A bord, le confort reste royal, ce qui fait que l’équipage peut profiter du spectacle, boire un verre ou se plonger dans un bon bouquin sans avoir à chercher un appui toutes les 30 secondes. Des caractéristiques qui confirment la vocation hauturière de ce catamaran aux multiples facettes.
![]() |
![]() |
Le cockpit avant est dédié aux manoeuvres. Toutes les drisses reviennent au pied de mât et on y trouve également des répétiteurs.
Conclusion
Conjuguant avec brio performance et confort à bord, le R5 ajoute à cela un volume habitable intéressant, même si l’espace dans les coques est un peu compté. En revanche, il se révèle facile à mener, même en équipage réduit. Sa construction est sérieuse, et son prix reste très bien placé pour une unité avec structure carbone de 54 pieds.

Idéalement située derrière des portes vitrées, la barre peut basculer sur la gauche ou sur la droite pour accroître la visibilité du barreur.
LES + :
+ Espace intérieur
+ Déplacement limité
+ Performances
LES - :
- Une seule salle d’eau pour les deux cabines bâbord
- Pas de siège barreur
- Cabines peu lumineuses
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Novaluxe Manufacturing (Afrique du Sud)
Concepteur : Tony Grainger
Longueur hors-tout : 16,46 m
Largeur : 7,75 m
Tirant d’eau : 1,30/2,30 m
Déplacement lège : 11,30 t
Grand-voile : 92 m2
Foc autovireur : 42 m2
Code 0 (option) : 96 m2
Spi asy (option) : 180 m2
Motorisation : 2 x 25 kW Torqeedo Deep Blue
Carburant : 397 l
Eau : 397 l
Couchages : 8
Prix : à partir de 1 900 000 $ HT
Prix de la version essayée : 2 200 000 $ HT
Options : sur devis






