Les constructeurs automobiles ont toujours confié leur image de marque aux modèles sportifs. La Golf de Volkswagen ou la 205 de Peugeot, de même que l’Impreza de Subaru ou la Lancer de Mitsubishi n’auraient connu une telle diffusion sans leurs versions sportives devenues les locomotives de la communication maison. Les ateliers courses modifiaient en profondeur les exemplaires engagés en compétition au point que seules leurs silhouettes rappelaient le modèle d’origine, avec une réussite certaine !
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Dans le nautisme, aucun constructeur ne dispose de moyens comparables pour cultiver ce lien entre compétition, croisière et futurs acheteurs, d’autant que la catégorie "rallye-pro" n’existe pas en courses de multicoques, où l’on passe directement à la F1 ! Malgré ces différences d’univers, le chantier Outremer, qui a toujours revendiqué ses gènes sportifs, s’inspire de cette culture de marché avec une déclinaison survitaminée de son 45’ : le 4X.
Un mât et des cloisons carbone ; une poutre de compression/bout-dehors également en fibre noire, un gréement textile et des voiles (très) optimisées. Voici la recette d'une version sportive réussie.
Un aboutissement logique
Les 38’ et 40-43’ dessinés par Gérard Danson (créateur d'Outremer) correspondaient au profil de versions "croisière rapide" à la française et incarnaient parfaitement ce concept de GTI nautique des années 90, l’architecte constructeur signait là des modèles inspirés qui reçurent un accueil enthousiaste de la part des amateurs éclairés. Les coûts de production élevés de ces bateaux "simples" liés à leur fabrication artisanale les cantonnèrent à une époque aujourd'hui révolue. Leur concepteur éprouvait de la méfiance à l’égard des mâts rotatifs et des gréements textiles qui faisaient leur apparition, mais qui constituent aujourd’hui l’apanage incontournable d’un multicoque performant. La reprise du chantier en 2007 par le groupe Grand Large Yachting ouvrit une nouvelle ère, la sortie du 51’ (Barreau/Neuman) et ses évolutions dotées de mâts et de cloisons carbone optionnelles, puis du 5X (design VPLP) préparèrent l’arrivée du 4X équipé en série de ces atouts.
Sans augmentation notable de surface, les voiles redessinées pour les matériaux haut de gamme sans déformation (ici Incidences D4) procurent des performances sensiblement supérieures aux tissés croisière.
Un châssis "Sport" et un moteur vélique gonflé
La précision du dessin numérique et l’évolution des procédés de construction (généralisation de l’infusion) ont rendu possible la fabrication en série de grandes pièces en fibre noire (cloisons, poutres) en dehors du segment de la compétition. L’arrivée sur le marché de fabricants de tubes carbone très fiables livrés à des prix acceptables permettait une vulgarisation (très relative) de ces produits exceptionnels et leur sortie du créneau confidentiel de la course. Leur acceptabilité par les futurs propriétaires progressant, le contexte devenait favorable, voire ordonnait la mise sur le marché d’un modèle sportif comme le 4X.
Dans ces conditions (sous spi maxi) de médium ou de petit temps, la position de barre franche permet un contact direct avec les appendices pour des sensations de pilotage vraiment ludiques.
Une silhouette séduisante
Poursuivant le parallèle automobile, je me souviens de la publicité de la Ford Sierra Cosworth 4 portes au moment de sa sortie – "Plus jamais vous n’emprunterez la sportive de vos amis" –, le tout en baseline d’une photo avantageuse de l’avant bodybuldé de la 2l Turbo 4x4 côtoyant une GT rouge presque sage ! Cette maxime pourrait s’adapter à la version sport du 45’, qui procède de la même approche: réconcilier usage et plaisir, croisière et sortie à la journée en augmentant les performances ! Pas question de passer inaperçu avec ce genre de bateau, le gelcoat des bordés arbore donc une jolie couleur anthracite ornée d’un motif dynamique et d’une police de caractères spéciale 4X. C’est joli, mais nécessitera du soin (housses de pare-battages obligatoires et polish annuel). Les bossoirs et les mains courantes de roof en fibre noire se raccordent esthétiquement au mât rotatif carbone laqué Axxon-Dracula Spars auto raidi par un étage de Rod rigging. L’élévation du tunnel (90 cm) annonce des capacités de franchissement adaptées à l’ambition. Le bordé extérieur convexe très marqué (trop ?), les étraves fines et élégantes, la poutre de compression carbone qui se prolonge en bout dehors sans pattes d’oie contribuent à l’identité sport du 4X.
Le 4X, malgré un couple et une puissance supérieurs, conserve l'habituel équilibre des Outremer. La hauteur de tunnel, le centrage des poids, la finesse et la mise en volume des flotteurs lui permettent d'affronter en sécurité la mer agitée.
Une plate-forme renforcée et allégée
Le 4X est géométriquement identique au 45’, mais l’hydrodynamique a été lissée au niveau des voûtes arrière, et des cloisons mousse carbone (collées puis cornièrées manuellement) sont venues se substituer à la fibre de verre pour raidir et alléger la structure. Le pont est également renforcé de carbone, comme les dérives et le nouveau profil de safran, plus allongé (qui viendra remplacer celui du 45’ dont étaient équipés les premiers exemplaires de 4X). Les parements extérieurs de bordés comme les œuvres vives sont en vinylester, et les fonds de flotteurs en stratifié monolithique. L’ensemble des éléments noirs permet de gagner environ 500 kg sur la plate-forme.
Il n'est pas indispensable de passer inaperçu avec ce bateau ! Le gelcoat gris anthracite et la sérigraphie dynamique contribuent à débanaliser la silhouette.
À la recherche de l’équilibre Sport-Confort
Le cockpit du 4X est parfaitement connecté aux actions de manœuvre (les winches sur colonnes y sont intelligemment implantés), ce qui ne l’empêche pas d’être confortable et polyvalent pour la partie croisière farniente du programme. La banquette en L et la méridienne à tribord peuvent accueillir un équipage nombreux. Une belle table réglable en hauteur se transforme en position basse en tatami (parfait pour la sieste) ; voire en external bed, parfait pour une nuit de quart de beau temps. Au-dessus, la passerelle rigide centrale offre un accès aisé à la bôme ; avec les extensions textiles (coulissant dans des rails latéraux), elle devient bimini. Cette architecture légère offre une bonne protection solaire et protège de la pluie au mouillage, c’est une solution pertinente pour associer visibilité panoramique sous voile, agrément de l’équipage, fonctionnalité et fardage réduit. La baie coulissante vitrée dévoile largement le passage de plain-pied vers la nacelle (mais elle pourrait être mieux intégrée dans la cloison, ou carénée). A l’intérieur (comme depuis le cockpit), la visibilité panoramique est excellente, un élément de sécurité important ! La ventilation active efficace est assurée par deux grands panneaux frontaux (qu’il faudra veiller à fermer en navigation pour ne pas les piéger avec les bouts). La toile écrue et les parements type Alpi clairs (placages haut de gamme de bois tranché-reconstitué) composent une atmosphère sobre et contemporaine. Les cabines sont claires, bien ventilées, bravo pour la conception simple et efficace des occultants de hublots (un panneau composite découpé à la forme) et les grands logements sous les lits pour les sacs de voyage. Outremer semble avoir réussi avec le 4X le mariage d’un confort marin raffiné et fonctionnel avec un châssis aux ambitions sportives affirmées.
Le 4X est capable de performances remarquables par petit temps et médium (étonnant pour un croiseur rapide aussi confortable) ; dans la brise, il atteindra très tôt des performances à 2 chiffres.
Essai en mer
Que faire lorsque la météo locale annonce 5 à 9 nœuds de vent sur votre zone de navigation ? Sortir en mer pour une expérience intéressante et une journée de nav ludique constitue une décision logique avec un Outremer 4X ! Notre exemplaire d’essai n’est pourtant pas le plus léger de la série, loin s’en faut, puisqu’il est bourgeoisement équipé d’un chauffage à air pulsé, d’un dessalinisateur, de nombreux éléments de confort et de sécurité, et paré pour un départ en croisière. Il dispose toutefois d’un jeu de voiles Incidences D4 d’une coupe et d’une tenue de forme parfaites. C’est au moteur que nous nous dégageons du port de La Grande Motte avec les 2 X 30 CV, dont la puissance est tout à fait suffisante (hélices tripales Volvo repliables, bien sûr). Nous rejoignons les premières risées perceptibles et stoppons la mécanique avec 4 nœuds à l’anémomètre. Au près bon plein, le 4X démarre sans rechigner sous génois et grand-voile (notre bateau d’essai est également équipé d’un solent auto-vireur pour une utilisation paisible en couple ou en solitaire). Normal, il est fait pour ça, et les conditions du jour vont nous permettre de le vérifier ! La position de conduite adaptée dans ces conditions est évidemment le siège baquet installé de chaque côté sur le passavant. Dans les petits airs, les barres franches carbone ne sont plus des accessoires, mais le lien physique direct avec les appendices et les sensations fines. Créer du vent apparent et traverser à vive allure un plan d’eau dépourvu de clapot constitue une expérience exclusive réservée aux multicoques affutés ; accéder à ce potentiel en catamaran habitable est réservé à un petit nombre d’unités, dont le 4X fait partie.
Le plan de pont est moderne et bien lisible. Quelques points mineurs sont en correction sur les unités suivantes pour tenir compte de l'exigence et de la puissance du bateau (traveler, centreurs d'écoute, alignement de certains bloqueurs).
L’objectif de cette première journée est de profiter de ces qualités en espérant franchir la barre symbolique des 10 nœuds. Nous n’y parvenons pas, et pourtant le 4X exprime tout son potentiel lors de cet exercice. Dès 5 nœuds de vent, la vitesse bateau au reaching est constamment très proche du vent réel, voire parfois supérieure sous asymétrique, et ces valeurs sont régulières et non liées à un effet d’aubaine momentané. Dès 7 à 8 nœuds de vent vrai, le 4X navigue dans le médium, les sillages s’animent réellement et le vent vitesse rafraîchit le barreur. Glisser à 9 nœuds de moyenne avec moins de 10 nœuds de vent sur un plan d’eau presque lisse procure un plaisir intense, aussi réel que de débouler à 20 nœuds dans la brise. Les virements et les relances sont extrêmement rapides (attention à l’écoute de génois, qui a tendance à se piéger dans le col de cygne du câblage de pied de mât), et les angles sont très fermés au près. Le bateau est parfaitement équilibré et poursuit sa route sans pilote pendant les réglages. Les safrans du 45’ sont efficaces et neutres, l’effet directionnel est sensible, ces appendices sont parfaitement satisfaisants, mais le chantier a choisi de leur substituer des profils à fort allongement d’une plus grande finesse, qui amplifieront encore le plaisir de pilotage et amélioreront leur réactivité à haute vitesse. Le record de cette journée (trace Navionics + mesure Garmin Quatix) s’établit à 9,6 nœuds sans que nous ayons pu observer plus de 10 nœuds de vent réel. Le lendemain, une bascule pluvio-orageuse est prévue pour l’après-midi ; amarres prêtes, nous guettons le petit front, prêts à larguer. En récompense, nous profitons de 15 h à 18 h d’une bonne brise un peu irrégulière de 12 à 19 nœuds. Sitôt les jetées franchies, un long bord de près légèrement ouvert permet au 4X de sortir les crocs et de serrer le vent entre 12 et 14 nœuds, pas mal pour un bateau de croisière, d’autant que cette puissance est délivrée en parfaite sécurité (ce qui n’interdit pas de confier le traveller à un équipier en cas de surventes !). La stabilité des profils D4 est étonnante à cette allure, la rotation de mât améliore concrètement l’écoulement. Nous avons la chance de naviguer ensuite de concert avec un autre 4X en livraison ; le vent mollit à 10-11 nœuds, mais sous asymétrique, le petit duel se déroule tout de même à plus de 10 nœuds de moyenne.
Le volume du roof permet de loger un aménagement confortable. La lecture formelle est épurée et contemporaine ; l'atmosphère reste agréable en toutes saisons.
Conclusion
Quelle belle machine que ce 4X ! Joli, bien équipé, le catamaran répond parfaitement à son cahier des charges et parvient sans difficulté à faire cohabiter plaisir sportif et habitabilité grande croisière, au prix toutefois d’un budget élitiste. Le gréement combinant puissance et facilité d’usage (génois + solent auto-vireur) est superbe ; le plan de pont et les doubles commandes roue/barres franches totalement pertinents. Il ne lui reste qu’à faire parler la poudre sur une transat comme l'ARC en attendant la renaissance attendue d’un programme de régates en multicoques de croisière (Multi 2000) dans lequel il devrait s’illustrer.
La visibilité à travers le roof depuis le cockpit et les postes de barre est très soignée.
Descriptif technique
Architectes : Christophe Barreau et Frédéric Neuman Constructeur : Outremer Yachting Design : Patrick Le Quément Design intérieur : Franck Darnet Longueur : 14, 65 m Largeur : 7,10 m Tirant d’eau : ½ m Hauteur du mât : 17,50 m Gréement : Textile Tirant d’air : 20,40 m Surface GV Hydranet: 68 m2 Surface Génois Hydranet : 55 m2 – Gennaker : 115 m2 (option) Spi asymétrique : 130 m2 (option) Motorisation : 2 X 30 CV Volvo transmission sail drive, hélices tripales repliables Fuel : 336 l Eau douce : 450 l Batteries moteurs : 2 x 70 A Batteries service : 180 A (lithium) Prix HT : 689 000 euros
Plus
- Bel équilibre sport-croisière
- Catamaran habitable offrant d’excellentes sensations de barre
- Présentation réussie
- Double commande roue/barres franches débrayable
Moins
- Fixation de certains éléments sur la console de table à cartes
- Retour de la bosse de gennaker complexe et stockeur sous-dimensionné
- Système de palans centreurs d’écoute de génois à upgrader
- Quelques approximations dans l’alignement des bloqueurs sur les premiers modèles
LES CONCURRENTS
| Constructeur | Modele | Surface au pres | Poids lege | Prix HT |
| O’YACHT | CLASS 4 | 126 m2 | 7,5 t | 800 500 |
| CATANA | 47CR | 139 m2 | 10,9 t | 598 900 |
| BALANCE YACHTS | 451 | 131 m2 | 8,4 t | 419 000 |
Le point de vue de l'architecte, par Frédéric Neuman
Le cahier des charges de l’Outremer 4X était clair : pousser le curseur côté performance sur la base de la plate-forme de notre dernier Outremer 45’. Il s’agit de jouer sur l’ensemble des facteurs de conception, sans pour autant perdre de vue les fondamentaux de la marque : conserver un bateau simple, rapide et sécurisant. Les proportions générales et la puissance (impossible de toucher à la largeur de la plate-forme) sont calées par l’Outremer 45’ existant. Nous avons donc joué sur l’optimisation des carènes, la légèreté et l’optimisation du plan de voilure pour gagner en performances. Les carènes ont été optimisées par l’allongement de la longueur à la flottaison au niveau de la voûte arrière. Nous avons effectué un certain nombre de passages en CFD afin d’optimiser la forme et la longueur de cet allongement. Sur ce seul facteur, les performances théoriques sont optimisées de plus de 7,5 % ! La structure a été optimisée, par l’emploi du carbone là où cela a vraiment un sens (en particulier dans les cloisons principales). Cela donne une structure à la fois plus raide et plus légère. Le plan de voilure a été optimisé, mais à puissance constante en travaillant surtout sur la qualité des voiles dans les conditions de vent faible et médium (dessin d’un génois et de belles voiles de portant de petit temps). Le chantier et les premiers clients ont joué le jeu sur l’optimisation constante de la masse de chaque équipement installé à bord. Les navigations que nous avons effectuées durant la dernière Outremer Cup ont démontré la pertinence de ces choix. En optimisant par petites touches les facteurs de conception, nous avons réussi un bateau très performant pour de très bonnes moyennes et des vitesses de pointe impressionnantes dans le confort et la sérénité chers à Outremer !

Details du bateau :

- : Le dessin de flotteur de C. Barreau et Fred Neuman est efficace et plein d’énergie. L’inversion convexe est originale et raidit le panneau.
- : Le mât rotatif Axxon est superbe, il améliore concrètement l’écoulement sur la grand-voile.
- : Le roof assez reculé offre des proportions agréables à l’œil et reste aérodynamiquement assez fluide, malgré un volume intérieur conséquent.
- : La hauteur sous nacelle de 90 cm est confortable et permet une élévation agréable par rapport aux vagues et une bonne évacuation de l’eau.
- : Les bossoirs carbone (comme toutes les pièces noires) contribuent au gain et au centrage des poids.
- : Le double système de barre (roue et barres franches) est particulièrement bien adapté au 4X.
- : Les carènes Barreau/Neuman sont rapides et sécurisantes. Les dérives sabres carbone et les nouveaux safrans à fort allongement permettront d’en tirer le maximum si on conserve le bateau léger.
- : La combinaison du solent auto-vireur pour la croisière en équipage réduit et du génois à recouvrement pour de meilleures performances convient parfaitement au 4X. Des voiles membrane (ici du D4) permettront de conserver une tenue de forme parfaite dans la brise.
- : La navstation rassemble l’essentiel du plan de manœuvre, les tableaux de commande moteurs, l’électronique Garmin (dans un coffret étanche) et la barre à roue carbone débrayable.
- : Le bimini conçu autour d’une passerelle centrale permet un bon accès à la bôme. Des extensions textiles latérales constituent une protection efficace et légère contre le soleil.