Ce nouveau modèle est le premier catamaran conçu ex nihilo depuis que Privilège Marine s’est adossé à Hanse Yachts. Le 510 Signature, lancé il y a un an, reprend en effet de nombreux éléments de l’ancien Série 5. Voilà donc un indicateur fort de ce que souhaite le puissant groupe allemand : respecter l’ADN de la marque Privilège fondée par Philippe Jeantot en 1985 tout en proposant une vision contemporaine du luxe en navigation. Nous nous sommes rendus aux Sables d’Olonne, berceau de la marque, pour vérifier que le 580 Signature était bien… un Privilège !
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Lieu de l’essai : Les Sables-d’Olonne, France
Conditions : vent de 8 à 12 nœuds d’est-nord-est, mer peu agitée

Au bon plein par belle brise, le 580 arbore une grand-voile à corne et un génois à recouvrement.
C’est Gilles Wagner, PDG du chantier, qui vient m’accueillir en personne ; on sent rapidement que ce lancement est important et que des choix forts ont été faits, en toute conscience. En effet, après 35 années pendant lesquelles le clou de la visite d’un nouveau Privilège était la fameuse cabine propriétaire logée dans le rostre central, le 580 Signature ose s’en affranchir. Mieux qu’une révolution, c’est une démarche totalement différente qui a été adoptée dès l’origine du projet. Comme pour les superyachts, le design extérieur a été prépondérant dans les choix initiaux. Déjà en charge de l’aménagement intérieur des Privilège depuis plusieurs années, l’agence Darnet Design s’est naturellement vu confier le style extérieur de ce nouveau modèle. Si l’ordonnancement des différents intervenants a changé, l’architecture navale reste le domaine du cabinet de Marc Lombard ; on ne change pas une équipe qui gagne ! Visiblement, les clients apprécient cette évolution : sept unités ont été commandées avant même la mise à l’eau de ce numéro 1. Avec 35 % de clients déjà propriétaires d’un catamaran de la marque, l’équipe est confiante. Non seulement les clients « historiques » ne semblent pas désorientés, mais en plus le Privilège 580 Signature séduit de nouveaux profils.

Le yankee retenu comme voile de portant sur emmagasineur est aisé à envoyer et régler – mais sa surface est nettement inférieure à celle d’un gennaker, plus recouvrant et doté d’un point d’écoute plus bas.
Une ligne plus fluide
Que ce soit avec un peu de hauteur depuis le quai, de très près une fois sur le ponton ou encore avec du recul en mer – depuis le bateau aimablement mis à disposition pour une séance photo –, les proportions sont bien celles d’un Privilège. La hauteur de bordé, notamment, laisse augurer un volume intérieur généreux dans les coques. Mais, par rapport à ses prédécesseurs, y compris le très récent 510 Signature, l’ensemble paraît plus fluide. Certes, la robe gris métallisé est particulièrement seyante... Des hublots de coque mieux intégrés, une nervure qui court de l’étrave à la poupe ou encore une ligne de roof qui se prolonge de l’arche avant au bimini : autant de petits détails qui bonifient la perception visuelle du 580. Cette unité inaugurale est joliment baptisée Vento, mais malheureusement… le vent est aux abonnés absents quand nous quittons le ponton Privilège. Les deux moteurs de 110 CV optionnels (standard 80 CV) n’ont aucun mal à extraire l’imposant multicoque de sa place. Les futures hélices MaxProp, pas encore installées, ne feront qu’améliorer la manœuvrabilité. Les imposants pare-battages gonflables protégeront dans tous les cas la peinture de coque immaculée. En plus, grâce à leur poids plume, ils ne sont même pas difficiles à manipuler.

Exit la cabine Propriétaire dans le rostre central ! Place à un accès direct sur le pont et à un éventuel cockpit avant, comme sur notre modèle d’essai.
Un vrai pare-brise pour le poste de barre
Surélevé d’une seule marche par rapport au pont, le poste de barre a été ajusté au millimètre, à la recherche d’un compromis toujours difficile à trouver entre vision et protection. Cette dernière fonction est particulièrement soignée. Situé derrière la cloison protectrice du roof, le poste de barre bénéficie en effet d’un véritable pare-brise et d’un T-top rigide. Bien qu’optionnel, il serait vraiment dommage de s’en passer tant sa fonction est importante et son design soigné, entre hublot donnant sur la grand-voile et montants gainés de simili cuir du plus bel effet. Comme le pare-brise en verre, il y a une bénéfique influence « Fjord » (autre marque du groupe Hanse Yachts) dans l’esthétique et la qualité de ces équipements. Les imposants winches sont électriques en standard, c’est donc sans effort que la grandvoile de 121 m² est hissée. La vitesse de 10,5 nœuds procurée par les deux moteurs lancés à 3 000 tours/minute étant bien supérieure à celle du vent une fois les mythiques jetées sablaises passées, il n’est pas difficile de rester dans le lit du vent pour bien passer les lazy-jacks. Intervenir sur la bôme reste au besoin aisé grâce aux trois solides marches qui donnent un accès direct et rapide au bimini rigide. On ne peut que se réjouir que les concepteurs aient fait le choix d’une hauteur de bôme raisonnable et donc accessible. Ce n’est pas seulement esthétique et pratique, c’est surtout cohérent avec les qualités marines chères à Privilège. Cela n’empêche pas la présence d’un vrai beau salon de fly, avec sa large banquette en U invitant au farniente. La table basse aux dimensions modestes confirme la vocation hédoniste de cet espace qui, bien intégré, ne gâche pas la ligne. Bref, un espace de vie réussi sans faire exploser le fardage. De retour au poste de barre, pour se protéger des éléments, il suffit de refermer le panneau coulissant en plexiglass prévu pour offrir un passage des plus confortables vers le toit du roof et le bimini. Mais peut-être devrions-nous évoquer encore le poste de manœuvre : tout y est regroupé à portée de main. La zone peut bien sûr être intégralement fermée – tout comme le cockpit – par des toiles sur - mesure, mais, pour la séance photo prévue, l’esthétique en souffrirait. Le siège individuel de barre choisi par la propriétaire de cette première unité gagnera à être remplacé par une banquette double pour veiller - contempler la route à deux.

Cockpit avant ou pas ?
Banquette ou non, ce n’est pas le choix le plus structurant qui est offert à l’acquéreur d’un Privilège 580 Signature. Les possibilités d’aménagement sont nombreuses et vont bien au-delà du traditionnel nombre de cabines et de salles d’eau. Des options bien plus originales, lesquelles vont fortement impacter la fonction de chaque espace et la circulation à bord, et devront donc être définies au regard du programme de chaque propriétaire. Libéré de la traditionnelle cabine dans le rostre central, l’avant du rouf peut donc être aménagé en un vaste cockpit. Opter ou non pour cette configuration est bien sûr déterminant. Les navigateurs au long cours préfèreront sans doute de vastes et profonds coffres. Notre modèle d’essai, lui, est équipé de ce cockpit avant. Ce dernier se révèle bien agréable dans certaines conditions de navigation, au port arrière à quai ou encore au mouillage par temps chaud. Ce cockpit avant est accessible à la fois depuis le carré par une solide porte étanche, mais aussi, et c’est là plus original, depuis l’avant de la coque bâbord. Cet accès assez inédit donne à la suite Propriétaire une nouvelle et très convaincante ouverture sur l’extérieur. Précisons que la quinzaine de mètres carrés permettent d’intégrer à cette cabine un très bel island-bed (160 cm x 200 cm). Le sofa le long du bordé est parfait pour admirer l’océan sur un écran – pardon un hublot – de plus de quatre mètres de diagonale, pas moins ! Avec deux salles d’eau – l’une pour la douche, l’autre pour les toilettes –, on caresse le confort 5 étoiles.

La fameuse cabine Propriétaire et son accès direct sur le pont.
Grands hublots de coque et vision panoramique
La connexion intérieur/extérieur, tendance des plus contemporaines, se retrouve dans les longs hublots de coque qui se prolongent dans les cabines arrière sur toute la largeur des jupes. Ils offrent là-aussi une vision immersive vraiment séduisante depuis les généreux couchages (140 cm x 200 cm). Bâbord ou tribord, les invités seront logés de manière parfaitement équitable, puisque ces cabines VIP sont rigoureusement symétriques, avec bien sûr leur salle d’eau privative avec douche séparée. De même, le parti pris d’abandonner la cabine de rostre central permet d’offrir une hauteur devitrage frontal inédit sur un Privilège. Résultat plus que bénéfique : la vision depuis la nacelle peut vraiment être qualifiée de panoramique.

Cuisine dans la nacelle ou en coursive
La nacelle, justement, réclame elle aussi un autre choix très structurant : accueille-t-elle la cuisine, ou cette dernière est-elle positionnée sur la moitié avant de la coque tribord, comme sur notre unité d’essai ? Dans ce cas, la cuisine développe plans de travail et électroménager sur 2,40 m de chaque côté d’une coursive de 80 cm, ce qui permet de se croiser. C’est important car, dans cette configuration clairement organisée autour de la présence d’un équipage permanent à bord, les quartiers du personnel de bord sont en avant de cette belle cambuse. Un bureau-carré, une belle salle d’eau, et deux couchettes superposées de bonnes dimensions (80 cm x 200 cm) tout près de l’étrave tribord. Avec de tels aménagements les candidats ne devraient pas manquer pour s’occuper de cette luxueuse unité. Affranchie de la cuisine, la nacelle paraît vraiment immense. Il faut dire qu’il lui manquait encore la table basse de salon qui occupe l’angle arrière tribord. En diagonale opposée, le carré en L accueillera sans effort huit convives sur sa solide table – sitôt que les sièges additionnels au design léché auront été livrés. A l’avant tribord, la table à cartes prend des allures de poste de pilotage, avec son tableau de bord digne ou presque de celui d’un Boeing. Plutôt haut pour intégrer la multitude d’écrans devenus semblet-il incontournables sur un multicoque moderne, il empiète quelques centimètres sur le vitrage frontal. Mais l’endroit restera néanmoins un poste de veille privilégié. La vue y est presque à 360°, et surtout, on est au centre stratégique du catamaran, à la croisée des chemins entre poste de manœuvre extérieur, cockpit avant et coque tribord équipage.

Deux brions légèrement déjaugés
L’équipage est d’ailleurs à la manœuvre. L’objectif est de profiter du moindre souffle d’air pour lancer les 32 tonnes de Vento. En ayant coché toutes les options « lourdes » (groupe électrogène, deux dessalinisateurs, air conditionné, plateforme hydraulique…) et préféré le mât aluminium standard à un espar en carbone qui aurait été bienvenu, nous sommes dans la pire configuration possible en ce jour de faible brise. D’autant que le futur skipper a opté pour une voile d’avant assez spécifique, plus solide et plus plate qu’un gennaker, mais moins grande qu’un Code 0 avec son point d’écoute très haut. L’idée est sûrement de le porter par vent même forcissant, mais a contrario de faire appel aux moteurs en cas de pétole. Mais nous ne nous en laissons pas compter et déroulons toute la toile. Si les empannages se passent sans problème, les virements de bord nécessitent de rouler la voile d’avant – la relance est plus difficile. Il est important de noter que, grâce au plan de pont et à l’ergonomie très bien étudiée du poste de barre, la plupart des manœuvres se réalisent sans problème en solitaire, ce qui n’est pas toujours évident sur un presque 60 pieds. Une fois lancé, par mer plate, le Privilège 580 Signature ne démérite pas. À 70 degrés d’un vent apparent qui ne dépasse pas 8 nœuds réels, on réussit à atteindre 6,9 nœuds. Plus près du vent, la vitesse chute vite, jusqu’à 5,1 nœuds à 40° du vent apparent. Alors à l’heure du déjeuner, autant profiter de ce grand beau temps pour improviser un pique-nique dans le cockpit avant. Bien à l’abri du vent arrière, au soleil, on y oublie les températures encore hivernales. Autre avantage : il n’y a pas meilleur endroit pour surveiller les casiers de pêcheurs et guider le barreur. Heureusement, le vent prend quelques tours l’après-midi pour la remontée vers notre port d’attache. Avec 16 nœuds de vent apparent et sous génois, l’angle de remontée est très correct – moins de 40 degrés. Le speedomètre oscille entre 6,2 et 6,7 nœuds. Sans affoler les compteurs, le catamaran est « facile » et on ne se lasse pas d’admirer les deux brions, légèrement déjaugés, fendre l’eau. Il est déjà temps de rentrer alors que tout à bord incite à partir loin et longtemps. On profite encore quelques instants du cockpit arrière, délaissant la banquette en L tribord avec sa table de repas, pour prendre un peu de recul depuis la longue banquette arrière.

Conclusion
Alors, ce premier modèle Privilège/Hanse ? Avec son design extrêmement soigné, ses œuvres vives parfaitement adaptées et une qualité de construction qui le rend prêt à affronter tous les temps, ce Privilège 580 Signature est bien le représentant d’une marque déjà présente sur le marché depuis 35 ans… Le 580 a eu également l’audace de déroger au rostre central, jusqu’alors marque de fabrique de Privilège, pour proposer des formules de plans de pont et d’aménagement originales. La relève est assurée !
Les +
+ Suite propriétaire
+ Elégance de la ligne
+ Circulation à bord
Les -
- Tableau de bord un peu haut
- Quelques finitions à soigner
- Déplacement conséquent
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Privilège
Architecte : Marc Lombard Yacht Design
Designer : Darnet Design
Longueur hors-tout : 18,65 m
Longueur flottaison : 17,98 m
Longueur de coque : 17,90 m
Largeur : 9,18 m
Tirant d’eau : 1,75 m
Déplacement lège : 29 t
Déplacement en charge : 35 t
Surface de voile : 213 m2
GV : 121 m2
Génois : 92 m2
Trinquette (option) : 51 m2
Gennaker (option) : 176 m2
Tirant d’air : 27,57 m
Moteurs 2 x 75 CV
Carburant : 1 000 l
Eau : 1 000 l
Réservoir eaux grises : 430 l
Homologation CE
Prix standard : 1 740 000 € HT
Prix du modèle essayé : 2 700 000 € HT
Principales options :
Peinture de coque : 65 500 € HT
Mât et bôme carbone, gréement Kevlar : 215 500 € HT
Grand-voile et génois Hydranet : 29 200 € HT
Gennaker 131 m² : 18 200 € HT
Spi asymétrique 203 m² : 14 600 € HT
Enrouleur de génois électrique : 15 100 € HT
Mouillage principal : 12 800 € HT
Garde-corps rigide : 9 750 € HT
Plate-forme hydraulique arrière : 86 000 € HT
Cockpit et jupes teck : 39 000 € HT
T-Top rigide de poste de barre : 34 500 € HT
Sellerie cuir : 12 500 € HT
Air conditionné : 75 000 € HT
Chauffage : 11 500 € HT
Groupe électrogène 25 kVA : 31 900 € HT
Pack électronique Raymarine : 26 100 € HT
Moteurs 110 CV en ligne d’arbre : 15 500 € HT
Dessalinisateur 200 l/h 230 V : 22 700 € HT
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