Fountaine Pajot termine le renouvellement de sa gamme, initié avec le Lavezzi 40, par l’arrivée du Salina 48 ; ce bateau marque une nette évolution dans la tradition du chantier.
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Tandis que son concurrent direct imposait sa vision du catamaran de croisière, en érigeant le volume habitable en véritable idéologie architecturale, raflant ainsi quelques parts de marché, le chantier de Aigrefeuille se devait de réagir : les Bahia et autres Belize étaient certes des bateaux marins, mais avec cependant nettement moins de volume qu’un Lagoon (pour ne pas les nommer) de même taille mais de nouvelle génération. Avec l’arrivée du Salina, Fountaine Pajot se replace dans la course au grand volume. « Deux années ont été nécessaires pour mettre ce bateau au point », nous dit Hélène de Fontainieu, responsable communication du chantier Rochelais. Alors, le Salina, successeur du Bahia ? « Il ne faut pas les comparer », continue Hélène, « les deux bateaux ont d’ailleurs cohabité une année au catalogue du chantier ». Le dessin a été confié au cabinet Berret Racoupeau, habitué des gros bateaux de chez Fountaine puisqu’on lui doit notamment le dessin à l’époque du Marquises 56, plus récemment le Eleuthera 60, sans oublier le prochain Galathéa 65, le ‘flag ship’ du chantier comme on se plaît à le nommer.
Le volume, c’est bien, mais un bateau à voile qui avance… à la voile, c’est encore mieux.
Un plan de pont novateur et fluide.
Il faut s’y habituer : ici tout est grand, large, les concepteurs ont brisé les derniers tabous, abattu les dernières barrières, pour laisser les formes (enfin ?) s’affirmer. Par rapport au passé, le Salina apporte quelques réelles nouveautés. D’une part, la plateforme dédiée aux bains de soleil, au-dessus des bossoirs, tout à l’arrière, là où on est plus habitués à voir des panneaux solaires : il s’agit en effet d’un endroit parfaitement dégagé. On aime ou on n’aime pas, elle augmente bien sûr l’espace mais associée au bimini rigide, elle alourdit aussi sensiblement la ligne du bateau. On note ensuite l’absence de différence de niveau entre le cockpit et la nacelle. L’accès entre les deux se fait de plain pied. Seul inconvénient de la formule, dans le mauvais temps, l’eau d’une vague vicieuse pourrait très bien, après s’être écrasée dans le cockpit, pénétrer dans le carré par la porte mal fermée. Aussi une trappe a-t-elle été prévue, juste avant la porte coulissante, avec les dalots qui vont bien, pour évacuer l’eau rebelle. Rien que dans le cockpit, on dénombre pléthore d’espaces où il sera toujours possible de s’isoler, pour lire, se reposer, se nourrir, travailler (pourquoi pas), enfin, toutes ces activités oisives qui constituent le quotidien de la vie en mer, si possible dans des eaux bleues à température tropicale… Troisième point enfin, et celui-ci marque une quasi révolution, le poste de barre surélevé. Son originalité réside dans le fait qu’on peut y accéder par deux endroits différents : ou bien par le cockpit, en navigation de nuit par exemple, quand il faut aller rapidement du poste de barre à la table à cartes. Ou bien depuis le pied de mât, que l’on rejoint vraiment aisément, puisqu’il est au même niveau que le pont. La circulation est fluide et en tous points remarquables. Derrière la barre, le siège accueille jusqu’à 3 personnes. On s’y sent protégés, pas trop en hauteur, l’espace est fermé sur trois côtés, et les différents instruments, commandes et manettes du moteur, pilote, etc. prennent place de chaque côté de la barre à roue.
Au mouillage, on profite à fond de l'incroyable espace disponible à bord.
La bôme n’est pas très haute et on ne peut que s’en féliciter, en termes de centrage des poids, moins c’est haut et mieux ça vaut, il faudra simplement s’en souvenir lors des empannages. A un mètre en avant de la barre, se trouve le centre névralgique du bateau, là où se font l’essentiel des manœuvres de voiles. Elles s’effectuent par le biais d’une batterie de trois winches ; dessous, un grand sac récupère les cordages divers et variés et évite qu’ils ne traînent partout. On apprécie la bonne hauteur de travail, pour reprendre par exemple du chariot de grand-voile, en arrière du bimini rigide ; les efforts sur le rail sont repris dessous par deux tubes en inox, verticaux. La distribution est cohérente. Les trois bosses de ris reviennent librement jusqu’à la batterie de winches. Une fois la sangle crochetée, la drisse reprise et la bosse étarquée, il faudra retourner en pied de mât actionner le coinceur de la bosse, sous la bôme, de façon à libérer le winch. Il faudra sinon installer trois coinceur supplémentaires juste en avant des winches. Celui de tribord est dédié à la drisse de grand-voile (mouflée, bien sûr), elle est la seule à bénéficier d’un taquet coinceur Spinlock.
Dans le cockpit, chacun trouvera son espace personnel… Bien vu !
Limite dans le petit temps, mieux dans la brise.
Le volume, c’est bien, mais un bateau à voile qui avance… à la voile, c’est encore mieux. Culturellement, on a bien sûr l’esprit course chez Fountaine Pajot. Avant de diriger le chantier, et de se lancer dans la politique Jean-François Fountaine a disputé les Jeux Olympiques de Montréal et a été coureur au large. Quant à Eric Brunnell, il a remporté The Transat en multicoque 50 pieds en 2004. Que du beau monde. Prenons le temps d’observer le gréement. Il est à double triangulation, maintenu par un seul jeu de galhaubans. Le profil Z-Spar est légèrement banané, pour une meilleure pénétration dans l’air. Et aussi un meilleur profil des voiles, pour d’honnêtes performances. Alors, dans la lignée des autres modèles déjà produits, le Salina se devait d’être un bateau certes confortable, mais offrant un minimum de performances. Heureusement, avec 48 pieds on a de la longueur de flottaison, elle devrait permettre au bateau de maintenir des moyennes sommes toutes honnêtes. Et dans la brise il devrait donner le meilleur de lui-même (entendez par là : au portant dans un alizé un peu frais). Par contre, la masse implique de la surface mouillée et donc de la traînée hydrodynamique, il sera forcément à la peine dans le petit temps, comme c’est le cas aujourd’hui, la pire des situations pour un bateau à déplacement. Un code 0 serait assurément un plus. Il s’en tire cependant assez bien en affichant sur le speedo des valeurs inférieures de moitié à celles de l’anémomètre. Avec 11 nœuds de vent, il navigue au près à un peu moins de 6 nœuds ; et à 4,5 nœuds par 9 nœuds. Bien sûr, il faut préciser que nous sommes à bord d’un bateau de chantier, dont c’est d’ailleurs la première sortie, et ce même catamaran, chargé de tous ses pleins, avec son équipement de grande croisière, n’aura certainement pas les mêmes performances. La barre est parlante, la transmission est directe, à drosses en vectran ; les deux safrans sont reliés entre eux par une tige d’alu qui court à l’intérieur de la poutre arrière. On aurait aimé naviguer un peu plus longtemps mais seules deux heures nous ont été allouées pour cet essai, ça fait plutôt court pour 48 pieds.
Le poste de barre offre une belle vue sur l'avant, et les manœuvres tombent bien sous les mains. Une réussite !
Prenons le temps d’explorer le Salina. La clientèle des catamarans de croisière a évolué et les bateaux sont devenus des plateformes de loisirs. A force de rechercher du volume habitable maximal, et des espaces de vie toujours plus confortables, on a peut-être un peu trop lésiné sur certains points. Comme sur les autres bateaux de la gamme, les coffres de rangement seront un peu limite en grande croisière, ils sont au nombre de deux dans le cockpit, un sous le banc et un autre sous le poste de barre. On trouve en avant du mât un seul coffre mais il est immense, il reçoit la bouteille de gaz, le guindeau et la baille à mouillage, et surtout les deux grands réservoirs à eau, d’une contenance totale de 750 litres. La cloison qui les protège est démontable et amovible, pour permettre leur remplacement éventuel. En termes de centrage des poids, l’emplacement est idéal. Les pics avant, équipés si on le désire de matelas (en option), sont chacun ouverts sur l’extérieur par des panneaux Goïot circulaires, d’un diamètre de 50 cm. Par lequel ne passera sûrement pas un sac contenant un gennaker, un spinnaker, et encore moins une bicyclette, fût-elle pliante. Sinon, la surface du trampoline sera assez grande pour y faire la sieste en compagnie des dauphins.
A l'intérieur, mention très bien pour le choix des boiseries.
Des espaces généreux pour la vie, un peu moins pour les rangements.
Et à l’intérieur ? L’espace de vie est formidable, la couleur choisie pour les boiseries particulièrement chaleureuse, et la lumière omni présente. Depuis le carré, la vue est panoramique sur l’extérieur, on domine la situation. La cuisine est spacieuse, celles ou ceux qui y officient apprécieraient peut-être un peu plus de rangements en hauteur, pour y mettre les couverts, les verres et les assiettes, enfin, le tout venant, sans avoir à se baisser. Sinon, il y a bien sûr ce qu’il faut en termes de rangements. On appréciera les deux grands éviers, et le sèche vaisselle associé, tout à côté. A bord d’un cata, le froid est (trop) souvent traité par une armoire. Si à la maison la déperdition calorifique n’est pas très importante, puisque le secteur est là pour suppléer à la consommation, il n’en est pas de même sur un bateau, spécialement au mouillage, où il faut produire son électricité. Un coffre représente bien sûr la solution idéale, sauf que... le rangement y est vertical, et il faut parfois tout sortir pour accéder à la plaquette de beurre (salé of course), qui comme par hasard se trouve tout au fond. Le bureau d’étude de Fountaine Pajot (des marins, c’est sûr) a donc imaginé un frigo mixte (il s’appelle Piano©), qui s’ouvre à la fois sur l’avant, mais aussi sur le haut, avec des paniers amovibles de rangement. Il suffisait d’y penser ! Dans un même esprit, l’isolation n’a pas été négligée. La décoration intérieure est réussie, et ce particulièrement dans la nacelle, où se marient avec goût les vaigrages, les contre moulages blancs, les boiseries et le fil d’inox. La table à cartes n’est bien sûr pas assez grande pour y déplier une carte de format A0, le problème n’est de toutes façons plus récurent depuis longtemps, la cartographie électronique est passée par là. Ici aussi, on apprécie la vision sur l’extérieur
La cuisine est spacieuse, et offre de bons rangements…
Et dans les coques ? Les descentes sont confortables, on accède latéralement aux couchettes arrière (maxi 155 cm x 200 cm), sans qu’il soit nécessaire de ramper. Il y a là ce qu’il faut en termes de bibliothèque et d’équipets divers, pour les petits rangements. Dans la salle de bains bâbord, on remarquera un détail amusant, la petite meurtrière horizontale, pratiquée dans le miroir au dessus du lavabo, il donne sur un hublot extérieur, on peut ainsi admirer le paysage tout en se maquillant, se rasant, ou en se brossant les dents. Tout un art de vivre ! La cabine avant de cette même coque bâbord est bien sûr plus petite, mais avec une couchette d’une largeur maxi de 140 cm tout de même, et avec un accès latéral sur l’un des côtés. Bien vu ! Dans la cloison, une ouverture, à l’avant, permet d’accéder au pic. S’agissant de la version Maestro, la coque tribord est celle du propriétaire. La taille des portes des placards est peut-être impressionnante, mais leur ramage ne se rapporte pas à leur plumage, et elles ne débouchent que sur bien peu de rangements. Certains font office de caches pour les meubles de la cuisine, juste au-dessus. Heureusement, les deux grands tiroirs sous les couchettes sont là pour les affaires personnelles. Ce sera parfait pour une utilisation croisière en location (dans le cas d’une version 4 cabines), mais un peu juste en grande croisière. Certes, la cabine de la version Maestro est bien plus spacieuse, la salle de bains est décalée sur l’avant, elle dispose d’une douche séparée et qui ferme à l’aide d’une porte vitrée. Dans la salle de bains, la meurtrière de tribord, dans le miroir, a disparu, mais on a gagné un hublot latéral sous la douche. On notera, dans la coursive, la petite couchette cercueil, simple, qui permettra d’accueillir, le cas échéant, un invité supplémentaire. A l’avant de cette coque, se trouve un atelier. Fountaine Pajot a mis l’expérience de son savoir faire au service de ce bateau qui nous semble abouti, et qui répond aux demandes d’une clientèle exigeante, pas toujours mangeuse d’écoute et à la recherche d’une agréable plateforme de loisirs. Le Salina représente un compromis entre un minimum de performances d’une part, et la demande régulière pour un confort toujours accru. En cela il correspond au cahier des charges.
Les cabines sont vraiment lumineuses et agréables à vivre, même s'il manquera un peu de rangements dans un programme "vie à bord".
Voiles à corne : attention à ne pas confondre performances et marketing.
Le chantier vient de tester une grand-voile à corne sur un Salina 48 qui a participé à la Grande Traversée entre La Rochelle et Québec. Rebaptisée CST pour Cruising Square Top, elles ont pour but d’améliorer les performances dans le petit temps. Le gain sera probablement sensible, à condition de conserver un bateau léger. Attention : avec de telles voiles (en option), il faudra penser à réduire plus tôt. Une chose est sûre, esthétiquement, ça en jette !
La fameuse "plage arrière", un plus surtout au mouillage ou par navigations calmes.
Les plus.
- Une ergonomie soignée. - Un compartiment froid intelligent. - Enormément d’espace.
Les moins
- Une ligne un peu massive. - A la peine dans le petit temps. - Rangements un peu justes en grande croisière.
Caractéristiques techniques.
Longueur : 14,30 m Bau maxi : 7,70 m Tirant d’eau : 1,10 m Poids lège : 10.500 kg Surface de voile : 130 m² Surface du génois : 54 m² Surface grand-voile : 76 m² Prix : 536.765 euros TTC (version quatuor) 548.964 euros TTC(version Maestro).
