Wolfgang Koch est un passionné de tout ce qui navigue sur deux ou trois coques. Il a longtemps été président de l’association allemande des multicoques habitables. Il a découvert en Suisse le projet Ocean Youth Sailing – la construction de Vellamo, cet Arrow 1360, un catamaran étudié pour la construction amateur. Il nous livre ici ses premières impressions sous voile.
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Lieu de l’essai : Bottighofen, lac de Constance, Suisse
Conditions : 5 à 10 nœuds de vent, eau plate.
J’ai eu la chance de naviguer à bord de Vellamo en compagnie des femmes et des hommes qui avaient participé à sa construction. J’ai été invité à me rendre à Bottighofen, en Suisse, au bord du lac de Constance. J’ai d’abord assisté à l’arrivée du catamaran au port, de retour d’un précédent essai sous voile le matin. Propulsé par les deux moteurs électriques, le multicoque a glissé entre les quais sans aucune émission, odeur de gazole ou autre gaz d’échappement ! La manœuvre d’accostage s’est effectuée d’une façon très élégante et douce, typique d’un catamaran à deux moteurs, et ce, malgré la relative inexpérience de l’homme de barre. Grâce à ses deux moteurs, Vellamo a pivoté sur place sans aucun problème. Même si les conditions étaient calmes, le port est tout de même assez étroit… C’est une belle journée ensoleillée de fin d’automne. La brise est vive, à l’ombre, les températures sont plutôt fraîches. Mais le soleil éclatant est au rendez-vous pour nous chauffer un peu. Nous prenons un petit en-cas et, après le départ des invités du matin, nous quittons à notre tour le quai et sortons du port.
Premier constat : la qualité du travail est quasi professionnelle, et le niveau des finitions est assez incroyable. La construction a été assurée à partir d’un kit de panneaux en sandwich bois/mousse prédécoupés. Seuls quelques petits détails trahissent le fait qu’il s’agit d’un projet amateur et non pas d’un multicoque issu d’un chantier professionnel. Les caractéristiques techniques telles que le plan d’aménagement et le plan de voilure ont été fournies par l’architecte Schionning Designs – elle ont été soigneusement appliquées, avec une attention particulière portée sur les détails. Un exemple : afin de contrôler la consommation électrique depuis le cockpit ou encore le carré, on ne trouve pas de prises de courant dans les cabines.
Excellentes sensations sous voile
Notre skipper donne ses instructions à l’équipage, dont une partie ne connaît pas grandchose à la voile. Ce projet ne visait pas uniquement la construction du multicoque par des jeunes, mais il avait aussi pour objectif de leur apprendre à naviguer sur un catamaran de croisière. Aujourd’hui, pour certains d’entre eux, il s’agit d’une toute première fois. Tous participeront aux manœuvres, et prendront la barre à tour de rôle. Quant à moi, au départ, je me contente de les regarder, tout en observant les performances du bateau. La grand-voile entièrement lattée de 70 m² est rapidement envoyée, puis la voile d’avant est déroulée. Malheureusement, le vent tombe, et la brise est désormais assez légère. Malgré la présence à bord de 14 personnes, Vellamo accélère facilement. Avec un vent de force 1 à 2 Beaufort, nous sommes déjà à 3-4 nœuds, en direction de Constance. Après quelques milles, le génois est rentré et le gennaker bleu est envoyé, recouvert de sa chaussette.
Dès que cette dernière est hissée, le gennaker se gonfle avec le vent et commence à tirer. Bien que la brise du lac soit légère, on sent tout de suite que le catamaran accélère. Puis je prends la barre et commence à jouer avec les voiles et le cap. L’Arrow 1360 répond bien, mais la sensation n’est pas extraordinaire avec les drosses en Dyneema. Le vent baisse à nouveau, la voile d’avant peine à rester gonflée. Nous remplaçons le gennaker part le Code 0. Après nous être amusés à nouveau pendant un moment, nous empannons et reprenons la direction de Constance.
Motorisation électrique
Nous approchons de la côte, les voiles sont affalées, j’en profite pour tester les moteurs. Alors qu’ils accélèrent franchement, on peut entendre et ressentir les vibrations des lignes d’arbre. Aucun autre bruit ne se fait entendre, si ce n’est celui de l’eau sur la coque et celui du vent apparent. Je pense que les roulements des arbres pourraient être améliorés. Les propriétaires ont testé différentes tailles d’hélice avant de quitter la Suisse. Actuellement, Vellamo est équipé de deux hélices différentes. Sur bâbord : 16,5 x 10“3 LH, et sur tribord : 15 x 10“ 3 LH. A l’usage, la plus petite des hélices est plus performante pour la régénération, tandis que la plus grosse est plus efficiente pour la vitesse. A 5 kW de puissance, sur un seul moteur, l’Arrow 1360 progresse entre 5 et 6 nœuds. Avec celles qui sont actuellement montées et les deux moteurs embrayés, le catamaran atteint facilement 7 nœuds. Le couple et la puissance sont impressionnants, comme il se doit avec des moteurs électriques. De même, l’arrêt à pleine vitesse n’est pas un problème. Il ne nous a pas fallu plus de deux longueurs pour nous stopper, bien que je sois passé prudemment en marche arrière. Le petit choc habituel ressenti lors du passage en marche arrière avec la boîte de vitesses d’un moteur diesel n’existe plus. Evidemment, faire tourner le bateau avec un moteur en marche avant et l’autre en marche arrière produit le même effet qu’avec des moteurs diesel ordinaires. Manœuvrer et tourner sur place ne pose aucun problème. On remarquera cette très bonne idée : si l’une des commandes moteur est activée, celle de l’autre côté est bloquée, ce qui rend impossible toute intervention accidentelle. Sur chacun des postes de barre, on peut lire les informations sur les moteurs, comme leur régime, ou leur consommation en kilowatts/ heure. La décision d’équiper le bateau de moteurs électriques, appelée « Green Vision », a été prise au cours de la construction. L’association à la tête du projet s’est lancé un nouvel objectif et a décidé de mettre l’accent sur la durabilité et la protection de l’environnement. Cela a entraîné un coût supplémentaire d’environ 70 000 €. Le but étant d’arriver à l’absence de diesel, de CO2, et de bruit. Les moteurs diesel ont été retirés au profit de deux moteurs électriques, des Oceanvolt Twin Shaft Drive AXC (48 V, 10 kW). Le catamaran est équipé de deux batteries au lithium-ion de 10 kWh à l’intérieur des coques. Elles sont chargées par les panneaux solaires – situés non seulement sur le rouf et sur les bossoirs – avec un maximum de 2 300 W. Les regénérateurs d’arbre, entraînés par les hélices pendant la navigation, peuvent également fournir jusqu’à 1 500 W à 10 nœuds. Et si cela ne suffit pas, le bateau dispose aussi d’un groupe électrogène diesel Fischer-Panda de 10 kW – il sera toujours là pour alimenter les moteurs.

Le designer italien Riccardo Bulgarelli a su combiner une esthétique élégante à une coque efficace et puissante, avec beaucoup de volume sur l’arrière.
Deux postes de barre
Ce catamaran dispose de deux postes de barre, un de chaque côté du cockpit. Ils offrent une bonne vue sur les voiles et le mât, de chaque côté du bimini rigide, au centre du cockpit. Comme c’est le cas à bord de la plupart des catamarans de taille équivalente, la vue est dégagée sur la coque, de la poupe à la proue. Le catamaran est équipé de deux commandes moteur, sur chacun des postes de barre. Idem pour l’instrumentation satellitaire B&G, avec toutes les informations nécessaires, comme la vitesse du vent et du bateau, l’angle du vent, la profondeur d’eau. Les drisses et les bosses de ris reviennent au cockpit via une goulotte qui chemine sous la nacelle. Par mer agitée, les ris peuvent être pris sans qu’il soit nécessaire d’aller en pied de mât. Les bouts se manœuvrent à l’aide de cinq winchs. Trois d’entre eux (des 52) sont dédiés aux écoutes et aux drisses, les deux autres (des 58) desservent quant à eux la drisse de grand-voile et son chariot. La partie avant offre des espaces de stockage généreux. Elle permet aussi de travailler en toute sécurité pendant les manœuvres. Les trampolines sont de taille assez réduite, mais il s’agit là d’une spécification donnée par Schionning Designs. Un guindeau vertical est monté au centre de l’énorme baille à mouillage.

La nacelle est à 0,80 m au-dessus de la surface.
Jusqu’à 12 couchages
Ce catamaran offre un espace généreux à l’intérieur comme à l’extérieur afin d’accueillir jusqu’à 12 personnes à bord. L’Arrow 1360 dispose de quatre cabines doubles transversales au sens de la marche. Sur l’avant de la coque bâbord, on découvre une autre cabine avec deux couchettes superposées, et en cas de besoin, deux autres couchages sont disponibles dans le carré. La cabine située à l’avant de la coque tribord propose quant à elle un atelier assez bien équipé, l’équipage peut y effectuer quelques réparations basiques. On y trouve bien sûr un dessalinisateur d’eau de mer.

L’Arrow 1360 propose cinq cabines doubles.
Conclusion
Il s’agit là d’un catamaran plutôt singulier – accessible à la construction amateur, écologique et durable. Naviguer et manœuvrer ce multicoque s’avère plutôt amusant, même dans les petits airs. L’immense carré, la grande cambuse, tout est prêt pour accueillir l’équipage de 12 personnes, ce pour quoi ce catamaran a été conçu.
Ocean Youth Sailing Un projet de construction amateur et d’école de voile
Le projet a été initié par un groupe de 30 jeunes. L’objectif n’était pas seulement de construire ce catamaran, mais aussi d’éduquer et former les jeunes à la navigation tout en leur permettant de passer leur permis de navigation. L’association a été fondée en 2014 ; deux ans plus tard, elle disposait de moyens suffisants pour débuter la construction. A ce jour, 407 bénévoles ont participé au projet, pour un total de 20 374 heures de travail. 16 réfugiés ont été intégrés dans le projet. Les frais d’exploitation sont compensés par les cotisations des membres. Toutes les personnes impliquées dans la construction bénéficient d’une remise, mais ne peuvent revendiquer des parts dans le catamaran, ou le droit de naviguer à son bord. C’est la seule façon de trouver un équilibre économique pérenne. L’exploitation est prévue pour les années à venir, pendant 30 ans. L’été dernier, Vellamo a commencé son voyage fluvial jusqu’aux Pays-Bas, où il restera cette année en raison de la pandémie sanitaire. Des formations y seront proposées avec un plus petit nombre de stagiaires à bord. En 2021, le catamaran sera convoyé en Méditerranée. Vellamo y restera pour les années à venir.

Cette construction amateur a demandé plus de 20 000 heures de travail – 407 personnes y ont participé !
Les +
+ Design flatteur
+ Performances par petit temps
+ Motorisation électrique convaincante
Les -
- Sensations de barre décevantes
- Temps de construction très long en amateur
DESCRIPTIF TECHNIQUE

Constructeur : Ocean Youth Sailing
Association suisse Architecte : Schionning Designs, Australie
Longueur hors tout : 13,60 m
Largeur : 7,40 m
Tirant d’eau : 0,50 m dérives hautes
Tirant d’air : 17,5 m
Déplacement : 7 tonnes
Hauteur de la nacelle au-dessus de l’eau : 0,8 m
Surface de voile au près : 104 m²
Grand-voile : 70 m²
Foc : 34 m²
Gennaker : 145 m²
Code zéro : 80 m²
Plusieurs autres voiles d’avant sont prévues ; elles sont en cours d’essais.
Moteurs : 2 moteurs électriques Oceanvolt Twin Shaft Drive AXC 48 Volt, 10 kW chacun.
Capacité carburant : 400 litres
Capacité eau douce : 400 litres
Cabines : 5 cabines doubles
Hauteur sous barrot : de 1,90 m à 1,97 m
Budget : Le budget initial a été calculé à CHF 300 000, soit environ 270 000 €. Il a été bouclé grâce à des dons et des sponsors. En raison des coûts supplémentaires occasionnés par les moteurs électriques, les coûts du matériel ont augmenté, pour atteindre CHF 385 000, environ 346 500 €.
