Cheveux au vent ou bien abrités, les Seawind aiment se la jouer cabriolet. Avec leur caractère sportif sans être agressif, ils font le bonheur des fans de voile aux antipodes, et, forts d’une nouvelle organisation, ils repartent à la conquête du monde. En effet, bien que fiers de leurs racines australiennes, ils sont désormais produits au Vietnam. Ils gardent bien sûr tous les atouts qui font la réputation des Seawind depuis plus de trente ans. Alors, un petit tour en baie de Sydney, au pied du mythique opéra, à bord du dernier-né, le 1250, ne pouvait se refuser. Impressions.
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En Australie, royaume de la voile s’il en est, le multicoque est roi. En créant Seawind dès 1982, Richard Ward se fait fort de le rendre accessible non plus à une élite, mais au plus grand nombre. En plus de trente ans, il aura tout connu, même l’exil ! Volontaire, je vous rassure. En effet, après le rachat du fabricant de trimarans Corsair en 2010, qui produit ses bateaux au Vietnam, la décision est prise d’y délocaliser également la construction des Seawind. Un choix évidemment crève-cœur pour Richard, mais il a bien fallu se rendre à quelques évidences économiques et autres nécessités de rationalisation de la production, avec le désormais petit frère asiatique. Les moules ont été transportés avec un bateau à l’intérieur pour éviter toute déformation. Ainsi, nous avons pu rencontrer l’heureux propriétaire d’un bateau moulé en Australie et aménagé à Ho Chi Minh Ville ! Le déménagement a été long, mais tout est désormais en place, et la production en ordre de marche. Le bateau peut vous être expédié partout dans le monde par cargo, ou vous pouvez prendre livraison de vote nouvelle acquisition en Thaïlande, et profiter ainsi d’une des plus belles zones de navigation au monde, sans risquer l’embouteillage dans les mouillages !
Le solent auto-vireur, très bien accastillé, est d'une facilité des plus appréciées.
La gamme Seawind comprend trois modèles – 1000, 1160 et 1250 –, aux caractéristiques bien particulières. Ils sont dessinés et construits selon les contraintes du climat australien : grosses chaleurs, soleil de plomb et une majorité de petits airs. On accède à bord depuis le quai par des jupes aux larges marches, encadrées de très belles et rassurantes mains courantes inox. Nous ne sommes pas tout de suite au niveau du cockpit, mais à mi-hauteur entre celui-ci et le pont, pour garder une bonne poutre arrière, gage de solidité structurelle. La circulation sur le pont est excellente, bénéficiant de larges surfaces planes, et de trois niveaux de filières, bienvenues pour les petits comme pour les grands ! On accède au roof par une marche moulée dans chaque face de celui-ci. La descente par mer formée est plus impressionnante, même si le hauban tombe parfaitement sous la main. Les plexi de roof sont parfaitement intégrés, le gelcoat partout brillant, les inox d’une qualité devenue trop rare. En un mot, la qualité perçue est nettement au-dessus de la moyenne. Le barbecue qui trône à l’arrière du cockpit, l’impressionnant rack à cannes à pêche fixé sous le roof par le propriétaire et le bidon de crème solaire en self-service près de la balise de survie (message !) nous montrent immédiatement que nous sommes bien à bord d’un bateau australien. Une autre singularité des Seawind les rend reconnaissables entre tous : la façade arrière du roof escamotable. Elle ouvre entièrement l’ensemble carré-table à cartes sur le cockpit. En trois parties égales, l’ensemble est modulable à la demande : zéro, une ou deux parties latérales repliées sur le panneau central. Une fois au centre, l’ensemble se relève sous le roof, par l’intermédiaire d’un astucieux palan qui revient sur un winch électrique. Avec les deux immenses panneaux ouvrants situés sur la face avant due roof, la ventilation comme la vision sur l’extérieur sont excellents. L’intérieur se fait extérieur… à moins que ce ne soit l’inverse ! En tout cas, les frontières s’effacent fort à propos. Vive la liberté de circulation ! Quel plaisir de vivre comme en plein air tout en étant en permanence protégé des dangereux rayons du soleil, que ce soit par le toit du roof, ou par le grand bimini rigide qui couvre l’ensemble du cockpit. Dommage cependant qu’on n’ait pas su éviter la petite différence de niveau entre cockpit et carré.
Performant, oui, mais sans oublier le confort : ces banquettes invitent au farniente.
Les deux postes de barre, situés de chaque côté de la façade arrière due roof, sont particulièrement bien protégés, tant des ultraviolets que des éléments. Petite surprise qui nécessite un temps d’adaptation, la vision vers l’avant se fait à travers les vitrages du roof. On l’a déjà vu précédemment, ceux situés au pied de mât s’ouvrent largement. Ceux juste devant les barres à roue s’escamotent électriquement, comme dans votre voiture ! Du coup, le traceur situé sur un pied articulé à l’intérieur est à la fois à portée de main et toujours à l’abri, tant de l’eau, que du soleil, ou d’esprits mal intentionnés lorsque vous n’êtes pas à bord. Pour la vision sur le plan de voilure, deux plexiglass fumés, très joliment galbés, sont intégrés dans le bimini rigide et sont idéalement situés. Pour un usage plus sportif, on peut aussi s’asseoir sur le pont. Alors, décalé du roof, le barreur dirige le bateau du bout des doigts, dans une attitude très America’s Cup ! Autre caractéristique distinctive du Seawind 1250, les deux banquettes disposées au-dessus de l’eau à l’arrière du cockpit. Une version plus classique est maintenant proposée par le chantier avec banquette en L autour d’une table de cockpit sur tribord. On y perd le confort du poste de barre tribord, alors qu’on apprécie la vue et la convivialité offerte par la solution d’origine. Et une fois tout ouvert, on sera aussi bien dehors… dans le carré ! Le portique arrière en inox est, lui, une pièce imposante, et complexe, qui supporte moult fonctions : banquettes, barbecue, bossoirs, panneaux solaires… Cette très belle réalisation tout inox vient en prolongement de l’arceau arrière, qui reçoit, lui, le rail de grand-voile. Ainsi, à l’écart de la zone de vie, il reste astucieusement réglable à l’aide d’une simple manivelle de winch, à placer dans la poulie crantée qui contrôle le bout en continu du chariot. Si nous avons déjà évoqué le carré, qui est soit intérieur soit extérieur au gré de la météo et du jeu de portes du roof, que dire du reste des aménagements ? Tout d’abord, que le mariage de contre-moules blancs et de menuiseries claires, tous parfaitement réalisés, est harmonieux et agréable. A bâbord du carré, une table à cartes de bonnes dimensions. On serait prêt à se plaindre de la petite différence de niveau présente là aussi comme à l’entrée, mais la vision sur l’extérieur y est tellement efficace qu’on oubliera vite cet inconvénient mineur. A bâbord toujours, la coque propriétaire propose une vaste salle d’eau à l’arrière. Entre parenthèses, on appréciera la parfaite accessibilité au moteur, qu’elle procure par le panneau étanche placé dans la grande douche séparée. En avant, la cabine principale offre un lit double queen-size, accessible des deux côtés. Une gageure sur un 41 pieds voulant rester performant. La solution a été trouvée en positionnant ce couchage transversalement, et assez haut pour ne pas réduire la hauteur entre l’eau et la nacelle, car situé en grande partie sous celle-ci. Une cabine royale !
La très belle et lumineuse cuisine en coursive. On n'est pas à la cave pour autant.
A l’inverse, en symétrique, dans la coque tribord, on ne se battra pas pour occuper la cabine arrière, qui fait cohabiter couchage et moteur. On la gardera comme cabine d’appoint et/ou de rangement. Heureusement, en avant de la cuisine, la cabine principale offre un couchage double généreux et une salle d’eau tout à fait dans la norme pour un bateau de 12 mètres. Entre les deux, la cuisine en coursive évite le piège du confinement, grâce à l’ouverture vers le carré et aux larges hublots de coque. Les deux longs plans de travail sont une invitation à mitonner de bons petits plats, surtout que l’équipement y est complet et particulièrement bien intégré, à l’image du four micro-ondes ou du réfrigérateur. Nous passons sous Harbour Bridge à 6 nœuds, les moteurs à 2 200 tours/minute. Une fois ceux-ci coupés, la grand-voile hissée et le solent déroulé depuis le poste de barre tribord et sans le moindre effort, le Seawind 1250 ne demande qu’un souffle d’air pour démarrer. Sans doute cela a-t-il quelque chose à voir avec des coques qui ont su garder leur taille de guêpe, un déplacement qui reste sous contrôle et une surface de voilure adéquate. Bref, il n’y a pas 10 nœuds de vent et on glisse gentiment à 6 nœuds à 50 degrés du vent apparent. La brise monte à 15 nœuds et le speedo grimpe à 8. Puis redescend à 7,5 lorsque l’on se cale au près le plus serré. Les barres à roue à drosses proposent une sensibilité intéressante, et permettent un bon contrôle de la trajectoire. Les voiles en sandwich triradial de série ne font pas que bon effet, elles sont efficaces. Les winches Harken de bonne dimension rendent les manœuvres faciles, surtout lorsqu’il y en a au moins un, comme sur notre bateau d’essai, qui est électrifié. Lors de la première sortie, les manivelles sont enfermées à clé dans l’un des deux grands coffres situés sous chacune des deux assises doubles des postes de barre ! Malheureusement, le skipper a oublié la clé. La différence de gabarit moyen entre un skipper australien et un journaliste européen se confirmant, nous n’insisterons pas pour faire sauter le verrou, ce qui aurait risqué de mettre de mauvaise humeur le représentant de l’aimable propriétaire ! L’occasion de vérifier que le plan de pont est particulièrement bien étudié, où, avec un seul winch électrique, on peut pratiquement tout faire… si l’on accepte d’avoir parfois un bout qui traverse le cockpit ! Mais cela reste du dépannage. Heureusement, le solent est auto-vireur ! Non seulement cela nous facilite la vie dans la situation présente, mais c’est surtout d’une grande facilité quand on navigue en solo ou en équipage réduit. D’autant que le long rail courbe et les chariots à bille Ronstan sont très efficaces. Pratiquement toutes les drisses et écoutes reviennent au cockpit, et se rangent dans de jolies bailles à bout en polyester, intégrées au plan de pont. Une idée pourtant simple à mettre en œuvre, efficace et esthétique, mais que l’on ne rencontre que trop rarement. Simple, efficace, tout en offrant un confort surprenant pour un bateau aussi véloce, le Seawind 1250 déborde de bonnes idées et devrait trouver un public bien au-delà de son pays-continent d’origine. La modularité de la séparation carré / cockpit est une idée géniale qui agrandit le bateau, favorise la ventilation, la circulation, la vision, bref, le plaisir de vivre sur l’eau ! Loin d’être un gadget, c’est un vrai plus, qui vient s’ajouter à une très bonne qualité de construction, de finition et de confort. En conclusion, pour qui veut s’amuser sur l’eau avec un bateau différent, parfaitement bien adapté aux climats les plus chauds, le Seawind est définitivement un choix à envisager.
La plus petite des cabines, à l'arrière tribord, offre déjà un couchage digne d'un 41'.
Caractéristiques :
- Longueur : 41 ft / 12,45 m
- Largeur : 22’4’’ / 6,80 m
- Tirant d’eau : 3’8’’ / 1,16 m
- Déplacement : 17 637 lbs / 8 tonnes
- Moteurs : 2 x 29 CV
- Surface GV : 656 sf / 61 m²
- Surface génois : 258 sf / 24 m²
- Surface spinnaker : 710 sf / 66 m²
- Capacité eau douce : 185 US gallons / 700 litres
- Capacité gasoil : 126 US gallons / 480 litres
- Prix : 355 000 euros / 485 775 USD HT départ chantier
Le réglage du chariot de GV est astucieux. Il nécessite juste l'usage d'une manivelle de winch !
On aime :
- Les performances
- L’ouverture entre carré et cockpit
- La lumière partout
On aime moins :
- La vision depuis les postes de barre
- Différence de niveau cockpit/carré
- Les lits très hauts