Design classique, devis de poids mesuré, emménagements ouverts : ce catamaran australien est bien né, facile à naviguer et suffisamment rapide pour avaler les milles lors des grandes traversées. Un futur grand classique !
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Le Seawind 1260 a été lancé en 2018 ; il s’agit d’une évolution du populaire 1250 qui a fait ses preuves tout autour du monde, tout comme son petit frère, le 1160, qui lui est toujours au catalogue. Pour moi, ce nouveau modèle profite d’emblée d’un jugement positif vu les expériences que j’ai pu cumuler à bord du 1250 – j’en ai même convoyé un vers le nord de l’Australie. Au terme de cette navigation de 1 500 milles, par toutes sortes de conditions, je peux témoigner de ses qualités marines.

Le bel héritage du Seawind 1250
Lors de la crise de 2008, le constructeur, précédemment basé en Australie, a rencontré de sérieuses difficultés financières qui l’ont conduit à une réorientation industrielle et à une délocalisation pour s’implanter au Vietnam, où j’ai pu visiter leurs installations modernes. Plus récemment, le CEO Richard Ward m’a informé des nouveaux projets d’expansion de l’entreprise basée à Hoh Chi Minh : la construction d’un tout nouveau chantier, à proximité immédiate de l’eau, facilite la mise à l’eau de toute la gamme Seawind, sans oublier les Corsair. Le 1260 s’inscrit dans le sillage du modèle précédent, avec notamment une tonture de pont inversée marquée et un redan à l’intérieur des coques – il permet d’offrir un surcroît de volume à l’intérieur. Le rouf profilé, quant à lui, diminue la traînée aérodynamique. Pour les coques, Ward avait pour objectif de construire un « vrai bateau de grand voyage, conçu pour naviguer autour du monde en toute confiance ». L’autre point important concernait la facilité de manœuvre, préférée à tout signe ostentatoire, pour permettre à un couple de tout gérer facilement.

Un cockpit plus convivial
Le confort en navigation et la qualité de la vie à bord représentent, par rapport à un monocoque de taille équivalente, les points forts des catamarans : l’objectif lors de la conception du 1260 visait à les maximiser, à commencer par le cockpit, où les navigateurs passent 80 % de leur temps. Ce point a été revu de façon significative par rapport au 1250. Seawind a bien sûr conservé l’espace ouvert des modèles précédents. Les fameuses portes basculantes sous le bimini, signe de fabrique du chantier, sont toujours repliables en trois parties, mais l’étanchéité est désormais renforcée par des joints lèvre. Le 1260 consacre tout le tableau arrière à une assise, avec sur bâbord une plaque de cuisson et un évier. L’ajout d’une petite table s’avère être également une bonne idée. Le cockpit est protégé par un large bimini rigide réalisé en fibre de verre polyester. Une configuration similaire à celle des modèles précédents qui inclut aussi le rail d’écoute de grand-voile, contrôlé par un winch. Plus sur l’arrière, le constructeur propose des panneaux solaires – en option. Les bossoirs soutiennent l’annexe. L’accès à la mer depuis chacune des coques est aisé grâce aux échelles de bain et aux marches. Sur les deux postes de barre jumeaux, l’électronique B&G est connectée au traceur de cartes, lequel reste lisible depuis le poste situé à tribord. Sur chaque bord, le barreur est bien abrité par le bimini rigide. Des ouvertures au-dessus des postes de barre permettent de voir les voiles. Les fenêtres situées sur la face arrière du rouf se baissent électriquement de façon à offrir une bonne vue sur l’avant, au travers des hublots de la nacelle. L’inventaire du 1260 comprend un winch électrique Lewmar utilisé pour les drisses – à côté du poste bâbord –, un autre winch manuel, juste en avant, et enfin un dernier sur tribord. Comme nous l’avons vérifié au cours de notre navigation, la configuration s’avère pratique à l’usage : les positions de barre sont à la fois abritées et confortables. Quant aux manœuvres courantes, elles sont bien disposées et reviennent sur de gros coinceurs. Un autre point positif concerne les sièges de barre : ils permettent au barreur de s’asseoir et d’adopter une posture plus « course », ce qui s’avère également pratique quand on utilise les doubles commandes moteur. Toute cette zone a bénéficié d’un design intelligent, y compris les dossiers rabattables des sièges de barre et les barres en composite – une évolution par rapport aux barres métalliques des modèles précédents.

Des coques ouvertes sur la nacelle
En pénétrant dans la nacelle, on constate immédiatement que l’emprise du rouf déborde sur les coques – ces dernières sont donc pour partie intégrées à la zone de vie. Au centre, une grande couchette de veille intégrée au carré en U. Cette zone jouxte la table à cartes sur bâbord, qui elle-même fait face au poste de barre bâbord à l’extérieur où se trouve le traceur de cartes – il pivote pour pouvoir être lu d’un côté ou de l’autre. Les finitions sont de qualité, avec des revêtements en cuir véritable, et les boiseries soigneusement polies. Depuis l’intérieur, on apprécie la vue sur 360°. On peut ici se détendre, mais, en cas de nécessité, le cap peut être modifié à l’aide de la commande à distance B&G – en option. La face avant du rouf est donc inclinée pour réduire la traînée aérodynamique, et les panneaux ouvrants fournissent l’essentiel de la ventilation. Seawind a choisi d’implanter la cuisine en coursive, ce qui permet de dédier l’intégralité de la nacelle au carré. La configuration avec les trois cabines et la cuisine en bas, dans la coque tribord, implique de fait l’implantation de la coque propriétaire à bâbord, avec deux couchettes doubles sur tribord. Un cabinet dans chaque coque permet de se doucher confortablement grâce à un réservoir généreux. Les toilettes livrées en série sont manuelles, des modèles électriques sont également disponibles en option. La protection de l’intimité est l’un des gros avantages offerts par un catamaran : la suite propriétaire dans la coque bâbord du 1260 l’illustre parfaitement. On découvre à l’avant un lit en îlot et à l’arrière une salle de bains très agréable. En option, on peut commander un petit bureau entre les deux. Depuis les coques, la vue sur l’extérieur est dégagée grâce à de grands hublots. La présence dans chacune des coques d’un panneau ouvrant assure une parfaite ventilation. Grimper les trois marches et traverser le carré offre une vue panoramique sur les deux éviers : cela devrait encourager les plus réticents des équipiers à redescendre dans la cuisine à tribord pour faire la vaisselle ! A côté se trouvent le four et la plaque de cuisson à gaz avec ses trois brûleurs. Parmi les bons points de la conception, on note un grand congélateur coffre de 140 litres (sur le côté intérieur) et un réfrigérateur à ouverture frontale de 130 litres. Toute la zone est entourée de vastes plans de travail synthétiques et d’un espace de rangement. Les deux autres cabines doubles sont implantées à l’avant et à l’arrière de la cuisine, avec une salle de bains attenante à l’avant, complétant une disposition bien pensée. Une finition en stratifié de frêne clair partout à l’intérieur contraste joliment avec l’ambiance douce des meubles de couleur neutre, prouvant que ce ne sont pas seulement les grands chantiers européens qui peuvent avoir du style. Je ferais une remarque personnelle : elle concerne – s’agissant d’un bateau destiné à la grande croisière – l’absence en série de trappes d’évacuation, même si, encore une fois, le chantier peut les adapter si nécessaire.

Déplacements aisés sur le pont
En se déplaçant vers l’avant du bateau, chose que vous aurez rarement l’occasion de faire sauf à prendre un bain de soleil sur les trampolines, l’accès s’avère aisé, avec de solides mains courantes sur rouf. On trouve également des marches pour grimper et accéder à la bôme. La zone avant est épurée et bien pourvue avec tous ses coffres – y compris le gros guindeau horizontal Muir dont le cheminement de la chaîne passe sous la poutre longitudinale – et un second davier. A proximité se trouve le circuit du foc autovireur, encore un choix intelligent sur le 1260, car, une fois déroulé et réglé, il n’y a plus rien à faire. La grande grandvoile gréée sur le bateau de notre essai était une Doyle full-batten, coupe croisière en Dacron, avec lazy jacks. Une prise de ris automatique sur un brin dont l’ensemble, ici encore, revient au cockpit, conclut un plan de pont fonctionnel. Lequel peut encore être amélioré par un génois à recouvrement : le passage des écoutes est déjà défini sur les larges passavants. Pour la navigation au portant, les options concernant les grandes voiles incluent un asymétrique et un screetcher avec bout-dehors. L’ensemble est tenu par un haubanage en Dyform avec des cadènes stratifiées dans les plats-bords, fixées sur un mât 7/8e en aluminium à un étage de barres de flèches.

Construction soignée et facilité d’entretien
Le Seawind est conforme aux normes européennes CE, mais aussi australiennes. De plus, le catamaran de notre essai – la coque no 11 – a été construit selon les normes standard australiennes, en accord avec la location. Cela a nécessité un renfort de la structure et l’ajout de matériel de sécurité. Les coques en polyester sont construites en sandwich mousse, ce qui garantit à la fois résistance et flottabilité. La technique de l’infusion sous vide a été améliorée afin de rajouter des tissus triaxiaux dans certaines zones sensibles. Le 1260 est doté de petits ailerons qui protègent les saildrives lors des échouages. Un point important : la nacelle est suffisamment haute au-dessus de l’eau (0,80 m) pour ne pas taper dans la mer – à condition de ne pas surcharger le catamaran. L’accès au moteur se fait derrière la cloison des toilettes ; les points d’entretien des Yanmar 29 CV sont bien accessibles. Afin de réduire la traînée, les saildrives sont équipés d’hélices repliables bipales. Trois batteries AGM 400 Ah constituent le parc de servitude. Les moteurs, quant à eux, sont démarrés grâce à des 700CCA AGM. Concernant la production d’électricité, en dehors de l’alternateur du moteur, le grand espace au-dessus de la cabine peut accueillir deux panneaux solaires de 125 W, couplés à un régulateur de 40 ampères. L’emplacement pour un groupe électrogène a également été prévu.

Régate dans la baie de Sydney
Les régates de soirée, organisées les jeudis d’été par Multihull Central – le concessionnaire Seawind en Australie et en Nouvelle-Zélande – se sont révélées le support idéal pour découvrir le nouveau 1260 ; je pourrais en effet le comparer à son prédécesseur, le 1250, et bien sûr à d’autres catamarans – en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’un catamaran destiné à la croisière encore un peu plus alourdi avec le matériel lié au charter. Quitter l’espace d’amarrage confiné de Multihull Central Sydney s’est avéré être finalement l’opération la plus compliquée de l’essai du 1260. Nous étions en effet contraints de pivoter sur la longueur. Mais, en poussant simplement l’une des commandes moteur vers l’avant et l’autre vers l’arrière, tout s’est bien passé. A mon sens, un propulseur d’étrave est inutile. Une fois dégagés des dangers, progressant au moteur jusqu’aux confins de Rozelle Bay, nous avons navigué à 7 nœuds, avec les Yanmar 29 CV à 2 500 tr/min. A 3 000 tr/min, en les poussant à fond, nous avons atteint 7,6 nœuds. Après avoir quitté le port, nous avons rencontré une flotte hétéroclite de Seawind – allant des premiers modèles, le 1000, le 1160 et d’autres encore, révélant l’historique de ce constructeur reconnu. A bord du 1260, l’envoi de la grand-voile se fait facilement en venant bout au vent, puis en appuyant sur le contacteur du winch électrique Lewmar. Le foc autovireur se déroule en un tournemain. Toutes ces manœuvres peuvent être effectuées en solitaire… mais nous étions nombreux à bord. Notre équipage comprenait le concessionnaire Brent Vaughan et le propriétaire du 1260, Edward, qui a été heureux de tester ses compétences en voile dans un environnement convivial de régate. Les régates amicales sans spi représentent le support idéal à la fois pour la camaraderie qu’elles engendrent et l’apprentissage qu’elles offrent à un marin encore novice comme Edward. Notre hôte a tout de même de grands projets : « Après cinq années passées à le chercher, nous sommes sûrs d’avoir trouvé le voilier idéal. Notre rêve est d’explorer le Pacifique ouest », m’a expliqué l’homme d’affaires de Sydney. En attendant, sa femme et lui ont profité d’une navigation côtière jusqu’à Pittwater – l’occasion parfaite de prendre en main leur nouveau 1260. Déterminer le potentiel de son multicoque s’effectue rapidement quand on régate. Sitôt les voiles de notre catamaran réglées pour notre premier bord de près, j’ai noté 6,8 nœuds sur le traceur, à environ 40 degrés du vent de 14 nœuds. Une dizaine de multicoques nous entouraient, les plaisanteries fusaient, mais nous sommes parvenus à rester concentrés. Le louvoyage vers le port s’est effectué facilement grâce au foc autovireur, ce qui nous a permis de nous focaliser sur notre navigation en arrondissant au mieux la marque de parcours au vent, puis en choquant les écoutes pour la descente. Fait intéressant, notre vitesse était la même au portant, mais, si nous avions envoyé une grande voile de portant, on aurait pu atteindre une vitesse à deux chiffres. Assis, la vue sur les penons est bonne, et la transmission à drosses de la barre fournit des sensations agréables, suffisamment pour en faire une expérience enrichissante. Autre point intéressant, dans un environnement de course tendu, nous avons apprécié de voir à travers les hublots et le rouf. Cela nous a aidés à décrocher un podium, le reflet à la fois des efforts de l’équipage et des capacités évidentes de ce nouveau Seawind pourtant sans génois. Nul doute que le 1260, avec une garderobe complète, peut faire bien mieux !

Descriptif technique:
Constructeur : Seawind Catamarans
Architectes : Richard Ward/Seawind Catamarans
Longueur hors tout : 12,45 m
Largeur : 6,8 m
Tirant d’eau : 1,16 m
Déplacement : 8 240 kg
Surface de grand-voile : 69 m²
Surface foc autovireur : 24 m²
Surface génois : 60 m²
Surface gennaker : 66 m²
Surface spi : 115 m²
Hauteur sous nacelle : 0,80 m
Double poste de barre : Transmission à drosses
Motorisation avec sail-drives : 2 x 29 CV
Yanmar Carburant : 480 litres
Eau : 700 litres
Prix : 355 000 € HT