Le 1370 marque le début d’une nouvelle ère pour le constructeur Seawind, né en Australie il y a plus de 40 ans. Nouveau design plus moderne et capacité de production singulièrement augmentée sont de bon augure quant au succès de ce modèle. Mais ce catamaran de croisière performant conserve-t-il la légendaire qualité de construction de ses aînés ? C’est ce que nous avons voulu savoir…
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Conditions : vent 11 à 14 nœuds, petit clapot
Seawind poursuit sa production de catamarans de croisière performants à partir de son chantier au Vietnam, après avoir quitté l’Australie il y a une dizaine d’années pour améliorer sa chaîne d’approvisionnement. La gamme comprend désormais des modèles de 39 à 52 pieds, et ce sont aujourd’hui les multicoques de milieu de gamme qui renforcent la popularité de la marque, tant en Australie que sur son plus grand marché étranger, les Etats-Unis.
Le 1370, long de 45 pieds, est ainsi la star du moment. Nouvellement conçu, ce catamaran a déjà reçu plus de 70 commandes au moment où nous mettons en ligne et sous presse. Pour 2024, il est rejoint par le 1170, un modèle de 39 pieds, que le propriétaire de la société, Richard Ward, évalue depuis que la première coque est sortie du moule, fin 2023. Ces deux catamarans incarnent la nouvelle philosophie de ce chantier lancé il y a déjà 42 ans. L’entreprise s’est également agrandie en 2024, avec la construction d’un nouveau chantier sur les bords de la Méditerranée, en Turquie. Ces nouveaux locaux, ainsi que des bâtiments plus vastes au Vietnam, ont permis une augmentation substantielle de la production.
Alors, pour voir si la qualité s’est maintenue alors que la quantité a augmenté, j’ai cherché un 1370. Pour en trouver un, j’ai pris l’avion depuis chez moi (Sydney) jusqu’en Thaïlande pour monter à bord d’un des premiers 1370, car la société a développé une base à seulement quelques jours de navigation de Hô Chi Minh-Ville pour ceux qui choisissent un transfert d’usine. Par ailleurs, le nouveau chantier turc permet aussi une remise en main propre à l’usine, une bonne idée, car la Méditerranée est pour beaucoup la destination de croisière par excellence.
Un nouveau modèle… très longtemps attendu
En rejoignant la mer, à une heure de taxi de l’aéroport de Bangkok, dans le golfe de Thaïlande, j’ai eu l’occasion de découvrir pour la première fois le 1370. Il s’agit de la coque numéro quatre, la première coque se trouvant également à proximité et appartenant aux youtubers Sailing Ruby Rose.
L’esthétique est assez angulaire, mais reste élégante avec des étraves inversées. Ce design moderne est servi par une construction dont le devis de poids a été bien maîtrisé, et un plan de voilure optimisé pour s’adapter à toutes les forces du vent, et ce, à toutes les allures. On le verra bientôt, c’est l’un des points forts du 1370. Les fidèles clients de l’entreprise ont, semble-t-il, souhaité passer à ces nouveaux modèles, comme le démontre le carnet de commandes… mais pour cela, ils ont dû attendre longtemps. En effet, la crise sanitaire du Covid a considérablement retardé la sortie de ces catamarans, il est donc vraiment satisfaisant de les voir enfin.
Nous avons rendez-vous à l’Ocean Marina, un site superbe géré par l’Australien Scott Finsten, ancien directeur du Cruising Yacht Club d’Australie. Après avoir régaté ici lors des Top of the Gulf Regattas, j’étais enchanté de revenir et de monter à bord du Seawind 1370 en compagnie du vendeur Brent Vaughan de Multihull Central à Sydney.
Dès le premier coup d’œil, on s’aperçoit que ce 45 pieds possède des caractéristiques propres à la marque Seawind – lesquelles ont fait leurs preuves, à l’instar de ces portes triples pour maximiser l’accès entre le cockpit et le salon, ou encore les deux barres à roue pour faciliter les manœuvres. Dans le cockpit, le 1370 dispose d’une banquette adossée au tableau arrière, juste à côté de la plaque de cuisson, du barbecue électrique, tandis que l’évier est installé sur la paroi opposée. Le cockpit est protégé par un bimini en fibre de verre, similaire à celle des modèles précédents. C’est là que repose le rail d’écoute de la grand-voile, contrôlé par un winch sur l’un des supports verticaux. Des bossoirs en carbone supportent l’annexe, et l’accès à la baignade est satisfaisant sur les deux coques avec de larges marches, une grande jupe et une échelle.
Le Seawind dispose donc de deux barres à roue, et chaque poste de barre est doté d’un équipement électronique B&G comprenant notamment un traceur 12 pouces et des afficheurs des deux côtés. Les postes de barre sont bien ombragés par le toit rigide. Le chantier a judicieusement découpé des ouvertures afin que le barreur puisse voir la grand-voile. De même, les fenêtres du salon s’abaissent électriquement pour offrir une vue dégagée sur l’avant du catamaran. Notre modèle d’essai était équipé de deux winches électriques Harken 50 de chaque côté avec des bloqueurs adjacents, ainsi que d’un autre winch sur le mât pour les voiles de portant. Comme nous l’avons constaté au cours de notre navigation, cet ensemble fonctionne bien, les deux barres à roue sont confortables et les drisses du gréement courant finissent toutes dans des boîtes à bouts. Un autre point positif est la présence de passavants plats qui permettent au barreur de s’asseoir et d’adopter une position plus proche de celle de la course. Les manettes de gaz des deux côtés sont également bien positionnées pour les manœuvres d’accostage. De manière générale, ces postes de barre sont vraiment bien dessinés, avec des dossiers réglables pour le barreur ou encore les barres à roue Lewmar en fibre de verre, un matériau constituant une amélioration par rapport au métal utilisé sur les modèles précédents.
Une nacelle baignée de lumière
A l’intérieur de la nacelle, l’espace est plus encombré que sur les modèles précédents, car le chantier a adopté la disposition standard avec une zone de vie complète « à l’étage », alors que les précédents modèles privilégiaient l’aménagement de la cuisine dans une des coques. Concrètement, le côté tribord est occupé par une cuisine en U avec un poste de navigation à l’avant. La hauteur sous barrot est de 2,10 m. De partout, la vue est superbe grâce à des fenêtres assez hautes et à une hauteur sous barrot généreuse. La table du salon est mobile de façon à se transformer en couchage d’appoint au besoin. En face, nichée dans la cloison arrière, se trouve la télévision. Partout, la qualité des finitions est remarquable, et les assises profitent de revêtements Sunbrella et de finitions arrondies en bois massif poli. Les vitres inclinées à l’avant réduisent la prise au vent et les grands hublots ouvrants assurent la circulation de l’air. La cuisine située à l’arrière de cet espace offre des vues panoramiques depuis les deux éviers, ce qui pourrait persuader même l’équipage le plus réticent de faire la vaisselle. A côté d’eux se trouvent la plaque de cuisson à gaz à trois brûleurs et le four. Un grand congélateur coffre et un réfrigérateur à ouverture frontale constituent aussi les points forts de cette cuisine. L’ensemble de la zone est entouré de vastes plans de travail et de placards, tous situés en dessous des vitrages afin de ne pas masquer la vue.
Une vraie suite pour le Propriétaire
Dans la configuration trois cabines, la coque bâbord est dédiée à la suite Propriétaire, tandis qu’à tribord se trouvent deux cabines avec une salle de bains partagée. L’intimité est bien sûr l’un des grands avantages de l’hébergement sur les catamarans, et la suite Propriétaire bâbord du 1370 y répond bien, avec le lit en îlot transversal à l’avant et la salle de bains à l’arrière. Un espace très agréable qui peut s’enrichir d’une option coiffeuse ou d’un espace de bureau entre les deux. Depuis la cabine, la vue sur l’extérieur est excellente grâce à de grands hublots de coque. La ventilation est également bonne, puisqu’un panneau latéral ouvrant est installé sur les deux coques. Sur tribord, on trouve une cabine double à l’arrière et une couchette simple à l’avant, complétant ainsi un aménagement très fonctionnel. La finition en frêne clair dans tout l’intérieur contraste agréablement avec la couleur neutre des autres meubles, ce qui prouve qu’il n’y a pas que les grands constructeurs européens, sud-africains et américains qui peuvent donner de l’allure à leurs multicoques. Les normes européennes CE s’appliquent à ce catamaran, de sorte qu’une trappe d’évacuation est incluse dans chaque coque, ce qui est essentiel pour un catamaran à voile de haute mer de moins de 20 tonnes.
Une circulation facile grâce à des passavants bien dégagés
Il est facile de se déplacer à bord du 1370 grâce aux larges passavants, mais aussi aux mains courantes du rouf et aux lignes de vie. Grâce à l’intégration de tous les systèmes dans des coffres, la zone avant est bien dégagée. Cela s’applique notamment au guindeau vertical Maxwell équipé d’une ligne principale (80 m de chaîne galvanisée et une ancre Excel de 30 kg) qui passe sous la poutre transversale principale, où l’on trouve un rouleau secondaire installé. Les taquets d’amarrage sont omniprésents, y compris au milieu du catamaran, mais ils sont un peu trop petits à mon goût. A proximité se trouve le rail du foc autovireur, une autre fonction de croisière utile du 1370. La grande voile installée sur notre multicoque d’essai était une Doyle Racing Laminate Performance Cruising Cut améliorée, avec des lattes et des lazy-jacks. La prise de ris sur une seule bosse, toujours commandée depuis le cockpit, complète un plan de voilure fonctionnel. Pour la navigation au largue, les options de voiles comprennent un spi asymétrique et un génois léger avec un bout-dehors. Le gréement en alliage léger est réalisé par All Yacht Spars à Brisbane, en Australie.
Les coques en polyester armé de fibre de verre sont construites avec une âme en mousse, ce qui leur confère à la fois une plus grande résistance et une meilleure flottabilité. La construction a également été améliorée avec l’utilisation de l’infusion et de tissus triaxiaux dans les zones soumises à des efforts importants. Le 1370 dispose de quillons qui protègent la transmission et les hélices lors de l’échouage. Il est important de noter que le pont est largement dégagé (0,85 m de largeur de passavant) afin de faciliter les déplacements. Les Yanmar de 57 CV facilement accessibles, puisque le constructeur a prévu deux points d’entretien – un par le pont, l’autre depuis la cloison de la salle de bains. Les sail drives sont équipés d’hélices Gori bipales repliables avec overdrive pour améliorer l’efficacité, tout en minimisant la traînée. L’électronique, la connectique et les différentes commandes ont fait l’objet d’une mise à jour majeure avec l’installation d’un système de commutation numérique Czone, qui permet de choisir simplement les différents modes dans le menu du logiciel et d’améliorer le contrôle des erreurs. Pour alimenter tout cela, notre catamaran d’essai était équipé d’un parc de trois batteries lithium de 400 Ah. Ces batteries prennent place dans la nacelle à côté d’un onduleur capable de faire fonctionner les appareils électroménagers si vous souhaitez éviter l’installation d’un groupe électrogène. L’air conditionné, une autre commodité tropicale, repose sur un système de 32 000 BTU/24 V de chez Mastervolt. Enfin, le toit de pont principal reçoit plusieurs panneaux solaires souples.
Merveilleux golfe de Thaïlande
Participer à des régates dans le golfe de Thaïlande a été l’une de mes grandes joies « nautiques » au fil des décennies, mais prendre le temps de naviguer ici était quelque chose que j’attendais avec impatience, et c’est ce que nous avons fait avec le Seawind 1370. Au départ d’Ocean Marina, l’horizon est parsemé d’îles à l’ouest et au sud ; des péninsules mystérieuses s’étendent également jusqu’à la frontière cambodgienne. Cette région offre donc de vastes possibilités pour le plaisancier s’il choisit de récupérer son bateau à la base Seawind, comme l’ont fait David et Olivia, un couple de Sydney. Au moteur, les deux 57 CV nous permettent de naviguer à une vitesse de croisière d’environ 7,3 nœuds avec les deux Yanmar calés à 1 700 tours/minute. En pivotant face au vent, nous ralentissons puis envoyons la grand-voile grâce au winch électrique Harken ; nous déroulons ensuite le génois. Assis à la barre, je jette un coup d’œil par la « lucarne » pour vérifier les indicateurs de la grand-voile. Nous accélérons grâce à une brise établie à 14 nœuds : le GPS affiche une vitesse de 8,7 nœuds au largue. Grâce au système Lewmar, la barre se révèle légère et précise.
Nous nous dirigeons vers la célèbre île aux Singes ; nous nous préparons à un abordage musclé au cas où nous mouillerions trop près. Nous devons également esquiver la myriade d’engins de pêche éparpillés sur notre route, et c’est donc l’occasion d’apprécier la vue dégagée du cockpit jusqu’aux étraves grâce aux fenêtres du 1370. Les conditions se calment rapidement et le vent stabilisé à 11,5 nœuds devient portant (120 degrés), ce qui permet à l’équipage d’envoyer le spi asymétrique. Nous atteignons 7,1 nœuds, une bonne vitesse qui nous permet d’évoluer rapidement sous le vent de l’île. Là, le guindeau Maxwell fait son travail ; nous pouvons profiter d’une pause déjeuner détendue avec une vue sur les collines recouvertes par la jungle. L’ambiance est rythmée par les sons étranges des créatures vivant là. J’avais bien envie de naviguer deux jours de plus pour rejoindre les côtes pittoresques des îles de Koh Samui, et peut-être passer une nuit endiablée à la Full Moon Party, mais hélas, nous avons dû lever l’ancre et rentrer à la « maison ». Un retour facile puisque, grâce au foc autovireur, je n’ai qu’à tourner la barre de temps en temps, changeant de cap sans avoir à toucher l’écoute de grand-voile ou l’écoute de foc.
Conclusion
Simple comme bonjour, voilà un adage qui résume bien ce nouveau catamaran aussi confortable que performant proposé par Seawind. La plate-forme que nous avons découverte est facile à utiliser, mais aussi à vivre, avec de beaux espaces intérieurs et une finition très correcte ; ce multicoque est donc parfait pour la croisière en famille.
Excellentes performances
Construction sérieuse
Nombre de couchages réduit
Taquets trop petits
Descriptif technique
Design : Seawind Catamarans
Longueur hors-tout : 13,70 m
Longueur à la flottaison : 13,70 m
Largeur : 7,60 m
Tirant d’eau : 1,30 m
Tirant d’air : 21,60 m
Hauteur de la nacelle : 0,85 m
Déplacement : 11 t
Motorisation : 2 x Yanmar 40 CV (57 CV en option sur notre modèle d’essai)
Carburant : 600 l
Eau : 600 l
Grand-voile : 80 m²
Foc : 36 m²
Prix : à partir de 820 000 $ HT au départ de l’usine au Vietnam
Prix du modèle essayé : 1 160 000 $






