Les visiteurs du salon de Barcelone ont découvert en octobre le tout nouveau grand modèle du constructeur australien Seawind : le 1600. A l’issue du salon à flot catalan, nous avons essayé ce catamaran séduisant, dessiné par le cabinet californien Reichel-Pugh. Résolument différent des productions européennes ou sud-africaines, ce catamaran à forte personnalité nous a réservé de belles surprises.
Infos pratiques
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30 années de production de catamarans en Australie !
Richard Ward, le fondateur de la marque Seawind, est originaire du Queensland, la "Gold Coast" Pacifique du nord-est de l’île-continent, baignée par la "Grande Barrière de corail" et un climat tropical enchanteur. A l’issue de ses études, Richard sillonne le Pacifique en croisière, et prend goût à la course et à la régate (plusieurs Sydney-Hobart), avant de fonder la marque en 1982 et de s’installer à Wolongong dans la banlieue de Sydney. Les premiers modèles fabriqués seront de petits catamarans de camping côtier (les Maricats), puis un transportable, le Seawind 24’. Vinrent ensuite les 850 et le 1000 (un succès, avec 165 exemplaires vendus !). Le chantier poursuit sa route pendant les années 2000 en vendant 20 à 30 bateaux par an, et rachète Corsair (le constructeur américain aux 1600 trimarans produits !) en octobre 2010. Paul Koch (le propriétaire précédent de Corsair) avait délocalisé la production de l’usine californienne de Chula Vista au Viêt Nam ; Seawind saisit donc l’opportunité de rapatrier à Ho Chi Min ville l’ensemble de la fabrication du groupe (les catamarans Seawind et les trimarans Corsair). Le site industriel emploie aujourd’hui 200 personnes. La gamme des catamarans Seawind compte trois modèles : le 1600, le 12,60 et le 11,90 (Charter ou Sport).
Reichel-Pugh, un cabinet d’architecture mondialisé
John Reichel est natif d’Oyster Bay (New York), il rejoint Doug Peterson au sommet de son excellence dans la jauge IOR, et l’accompagnera sur des projets aussi divers que les baroudeurs Hans Christian 48’ et 52’ ou les prototypes America3, Prada Challenge ou NZL32. Le tandem créé avec Jim Pugh (originaire de Liverpool) au sein du bureau de design de San Diego (Californie) est à l’origine d’innombrables réalisations prestigieuses en course ou en croisière et de one-off d’exception, comme Wild Oats, Perini Navi 42m, le Baltic 130’ My Song, Alfa Romeo, les Wally Magic Carpet 3 et Galateia… mais paradoxalement, peu de multicoques !

Une silhouette et une architecture originales
A partir d’un cahier des charges de Seawind, qui affectionne les vrais dériveurs intégraux et veut proposer un catamaran haut de gamme principalement orienté vers les propriétaires désireux de vivre à bord en vagabondage océanique, Reichel-Pugh ont conçu un multicoque très équilibré entre performances réelles à la voile, qualité de vie et aménagements raffinés. Les sections de flotteurs sont des U profonds dont la mise en volume est gracieuse et progressive depuis le brion immergé jusqu’en milieu de carène, avant de s’épanouir dans le tiers arrière. La pente de voûte abrite astucieusement les saildrives, mais la courbure de carène reste peu prononcée. En termes de design extérieur, le Seawind 1600 affiche une élégance classique, intemporelle, servie par une tenue de proportions rigoureuse. Les étraves droites, la hauteur de franc-bord modérée (malgré une nacelle à 80 cm), le redan délicat, le volume maîtrisé du roof, sa position reculée et le beau design des pare-brise permettent à la ligne générale de filer avec style. A l’approche, le bateau est très séduisant, tant par son architecture que par la perception de qualité qui s’en dégage. Notre modèle d’essai était d'ailleurs présenté avec une superbe peinture (optionnelle, le bateau étant normalement livré avec un gelcoat blanc).

Un composite haut de gamme
L’utilisation intégrale du vinylester constitue un choix pertinent ; les caractéristiques mécaniques sont proches de l’époxy, mais les contraintes d’emploi sont moindres, notamment en matière d’hygiène et de sécurité pour les collaborateurs. Le process infusion est généralisé, et les renforts carbone (cloisons) et Kevlar (zones d’impact) nombreux. Le bateau est rendu échouable par la création d’une semelle monolithique de quille de 30 cm de large. Bravo !

Un plan de pont séduisant
Le Seawind 1600 est un catamaran de propriétaire, et cette philosophie sous-tend tous les arbitrages, de l’organisation des espaces de vie extérieurs à l’ergonomie des postes de barre ou de manœuvre. Malgré des coques très fines à l’avant, les surfaces marchantes sont généreuses et entièrement flush, les passavants sont larges, et l’ancrage rentré des bas-haubans (à l’aplomb du roof) facilite le passage. La liaison avec le cockpit est travaillée et le résultat s’en ressent. Peu de différences de niveau, des marches adroitement sculptées ; le positionnement avancé des postes de barres réhabilite avec succès cette fonction essentielle dans l’organisation du pont, les sièges de barre très enveloppants permettent à deux personnes de s’y installer confortablement. Une jolie méridienne-bain de soleil fait face, et l’accès au toit du roof et au bimini est aisé et sécurisant. Le vit de mulet est très accessible, et la bôme peu élevée, ce qui rationalise les interventions sur cet élément majeur et sensible (vérification des prises de ris, ferlage et envoi de grand-voile, clarté des passages de bouts, cravates de ris…). Concernant les manœuvres courantes, le plan de pont reprend la cinématique popularisée par Catana avec deux palans de grand-voile et un winch central électrique implanté en position horizontale sur un bossage du bras arrière. Cette géométrie permet de dissimuler les renvois de drisse de GV, des 3 bosses de ris, la balancine et l’écoute de solent dans une goulotte technique sous la nacelle (via deux renvois d’angles à 90°), et d’éviter les contraintes vers l’arrière du pied de mât. La manœuvre des belles dérives s’effectue depuis le cockpit via un line driver (poulie crantée dotée d’une prise de manivelle) et la circulation des bouts est dissimulée sous le pont, la précision d’ajustage et la douceur de manœuvre sont frappantes. Le Seawind est un dériveur intégral, ce qui implique le relevage des safrans ! Le système choisi est probablement un des plus élégants, même s’il ne permet pas l’effacement de l’appendice en cas de choc ; celui ci coulisse en effet dans une boîte carbone pivotante reliée au magnifique système de barre à biellettes rigides (articulées sur rotules inox). Le parallélisme est réglable. Superbe !

Aménagements : une navette pour la vie permanente à bord
Contrairement à la tendance généralisée d’ouverture et de décloisonnement des espaces, Seawind et Reichel-Pugh ont choisi une répartition et une accessibilité plus intimistes. Le cockpit et le salon de pont ne sont pas de plain-pied, cette disposition ménage un petit sas qui permet d’y laisser bottes et cirés trempés. Une porte coulissante ouvre sur l’intérieur, mais ce n’est pas une baie ouvrante ; la communication entre la cuisine et le carré extérieur (également plus réduit que les représentations habituelles) s’effectue par 2 larges fenêtres coulissantes. Cette disposition générale modifie la perception contemporaine des volumes, et privilégie l’intimité d’espaces différenciés, bien marqués et intelligemment reliés entre eux dans l’esprit d’une navigation ou d’une vie à bord sous tous les climats. Le jour de mon arrivée, un épisode méditerranéen proche du déluge mit parfaitement en scène la pertinence de ces choix ! Le Seawind fait également la part belle à la cuisine, qui bénéficie d’une surface ostensiblement privilégiée, d’installations efficaces, de plans de travail enviables et d’une lumière/ventilation remarquable. Les sources de froid sont au nombre de 3 (grand réfrigérateur à accès vertical, congélateur et journalier dans le cockpit). Le bateau est aussi équipé de l’air conditionné réversible. Les 1000 watts de panneaux solaires, les deux gros alternateurs et le groupe équilibreront aisément ces consommations, rendant ainsi le catamaran entièrement autonome. L’ébénisterie et la sellerie sont superbes, les abondantes sources d’éclairage (leds) indirectes mettent en valeur une belle qualité perçue, un style net, fonctionnel, au service d’une atmosphère séduisante. Le bureau de navigation est vaste, la table convertible en sofa permet à 4-6 convives de déjeuner confortablement dans la logique d’accueil intimiste du bateau. Le flotteur propriétaire abrite une chambre accueillante avec lit Island, un bureau coiffeuse, une grande penderie et une salle d’eau splendide, dans laquelle est également logée la machine à laver le linge. Le flotteur bâbord est disponible en différentes versions (2 ou 3 cabines doubles). Notre bateau d’essai, en vraie formule propriétaire, disposait d’une double et une double single pour s’adapter aux différents accueils possibles. Une visite technique approfondie m’a convaincu de la qualité des installations techniques et du soin accordé aux implantations et aux installations, notamment de l’électricité (rack batteries, porte-fusibles protégés, chemins de câblage nets, lisibilité des coupe-circuits…), mais également du très bon travail de composite et de l’exigence de la présentation finale.

Essai en mer
Le mât fixe en aluminium laqué All Yacht Spars (Australie) est autoporté avec deux étages de barres de flèches, un excellent profil simple et costaud qui permet de gréer une grand-voile Doyle généreuse (rail et chariots Ronstan), un solent autovireur frappé sur une bride inox qui ceinture la poutre de compression composite, un screecher (petit gennaker polyvalent) amuré sur l’extrémité de la poutre et un spi asymétrique furlable sur le bout dehors télescopique, futé et bien réalisé ! La console de barre au design travaillé reste fluide et élégante, elle permet de recevoir d’éventuels multiples écrans répétiteurs ou dédiés à la cartographie comme la tendance l’impose ! La position de conduite est très agréable, la roue carbone grand diamètre est accouplée à une transmission rigide remarquable (quelques petits réglages fins de sensibilité la rendront parfaite), la fenêtre dans le toit du bimini permet au régleur de grand-voile d’agir sans se contorsionner. La motricité généreuse des Yanmar 80 CV favorise la manœuvrabilité, et offre des performances que seule la consommation modérera (comptez 8 à 9 nœuds de vitesse de croisière économique). A l’extérieur de la marina One Ocean de Port Vell, la mer est agitée des convulsions du coup de SE de la nuit, et le ciel bas entrecoupé de grains ; ce sont de bonnes conditions pour un essai. Le vent de 10-20 nœuds permettra d’utiliser plusieurs combinaisons de voiles d’avant et de grand-voile. Je suis d’abord frappé par l’excellente réactivité et de la glisse efficace du bateau sous 1 ris solent alors que le vent ne dépasse pas 15 nœuds, cette mesure m’avait paru précautionneuse à l’excès, mais c’était bien la toile d’un temps changeant. La finesse hydrodynamique des coques et l’aérodynamisme des superstructures expliquent en partie ce bon résultat, mais le devis des masses contenu et la bonne qualité du composite (raideur) y contribuent également. A la relance sous grand-voile haute et solent, le Seawind affirme un tempérament presque sportif, et surtout un équilibre de mouvements très agréable dans cette mer cabossée. Le catamaran reste vivant dans les "molles", la barre ferme et sensible, les capacités de franchissement se révèlent à l’évidence dans les parties plus nerveuses où la finesse des étraves fait merveille. Notre bateau d’essai est armé en grand voyage avec les pleins et l’approvisionnement, mais reste vivant et dynamique. Sous gennaker à 110° dans 15 nœuds de SE et mer agitée, nous maintenons une vitesse de 12-13 nœuds (la polaire prévoit 14,5 sur mer plate, et indique même 23 nœuds dans 30 nœuds réels sous GV/Solent). Au près, le catamaran se comporte bien, et vire avec aisance, c’est surtout le confort dans la mer formée à 70-80° du vent qui m’a frappé. Les mouvement de plate-forme, très amortis par un centre de gravité favorable (entre autres caractéristiques), contribuent à un confort élevé et à un ressenti sécurisant. Le bateau se montre agile à toutes les allures et plaisant à la barre avec un contact appendices-plan de voilure sensible.

Conclusion
Le Seawind 1600 est un joli multicoque qui joue adroitement avec les tendances du moment tout en taillant son propre chemin. Esthétique sobre, qualité de fabrication, justesse des arbitrages et agrément d’utilisation constituent les atouts de ce nouveau-venu qui affirme une personnalité et une identité originales.
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Seawind Catamarans
Architectes : John Reichel/Jim Pugh
Matériau : Sandwich mousse verre vinylester renforts carbone et Kevlar process infusion
Longueur : 15,74 m
Largeur : 7,90 m
Tirant d’eau : 0 ,54 m/2,60 m
Tirant d’air : 22,80 m
Poids armé: 13 t
GV : 95 m2
Solent : 38 m2
Screacher : 82 m2
Spinaker asymétrique : 161 m2
Motorisation : 2 x 57 cv (2 x 80 cv Yanmar sur le bateau d’essai)
Fuel : 2 x 340 l
Eau : 2 x 300 l
Eaux noires : 2 x 60 l
Prix de base HT : 859 000 $
Principales options en $ hors taxes
- Cruising pack (bateau totalement paré à la navigation hauturière, sécurité, électronique, confort, machine à laver le linge, panneaux solaires, annexe, spi, moteurs 80 cv…) : 91 850
- Performance pack (poutre avant, bôme, mat, barres en carbone ; gréement textile et voiles racing, électronique de bord…) : 186 980
- Dessalinisateur Spectra 54 l/h : 11 775
- Screecher et accastillage : 13 448
- Flexiteek cockpit : 13 000
- Batteries lithium : 11 185
- Fisher Panda 8 kW : 19 992
MOINS :
Saildrive au lieu d’arbres d’hélices
Bimini rigide massif
Renvoi de l’écoute de solent dans le mât (compression et renvois multiples)
Prix du pack performance avec mât carbone
Balcon avant peu protecteur
Différence de niveau trampoline-pont
Sortie de bôme du Preventeur (retenue-hale bas) qui présente du raguage
PLUS :
Superbes carènes
Agrément et performances
Cadènes composite
Présentation générale, finitions et silhouette
Justesse de concept pour le programme
Dériveur intégral
LES ESSENTIELS
Finesse des équilibres de conception
Unité séduisante
Qualité produit
LES CONCURRENTS
|
CHANTIER |
SWISS CAT |
BALANCE CATAMARANS |
PRIVILEGE |
DISCOVERY |
EXQUISITE |
|
MODÈLE |
SWISS CAT 48 |
BALANCE 526 |
SERIE 5 |
DISCOVERY 50 |
EXQUISITE 50 |
|
SURFACE AU PRÈS EN M2 |
123 |
149 |
141 |
119 |
142 |
|
POIDS EN TONNES |
10,5 |
9,3 |
16,8 |
14,5 |
18 |
|
PRIX ht en €,£ ou $ |
1 M€ |
1,299 M$ |
995 000 € |
995 000 £ |
1,2 M€ |

1 : Les puits de dérive sont recentrés à l’aplomb du roof, la circulation des va-et-vient s’effectue sous le pont. La manœuvrabilité est excellente.
2 : Les safrans coulissent dans une boîte carbone articulée très accessible depuis la jupe. Le S1600 est un dériveur intégral !
3 : Les cadènes sont en composite (carbone).
4 : Les postes de barre sont plus avancés que dans la tendance habituelle ; confortables, sécurisants et dotés d’une visibilité parfaite
5 : Une seule porte coulissante et de larges baies ouvrant sur un carré extérieur plus petit que la concurrence affichent clairement le programme du bateau : la vie permanente à bord sous tous les climats en équipage réduit.
6 : Bout dehors télescopique en carbone et petit balestron en prolongement de la poutre de compression composite, cadène de solent sanglée, trinquette possible. Une belle réalisation !
7 : Les passavants recouverts de flexiteek sont agréables sous le pied et très ergonomiques.
8 : Le salon d’extérieur (4/6 personnes) est très intime, accueillant, parfaitement relié à la grande cuisine ; il peut également étre utilisé comme couchette de veille.
9 : Les coques fines, l’aérodynamisme général et le centrage des masses favorisent de très bonnes performances.
10 : 95 m2 de GV et une bonne combinaison de voiles d’avant pour 13 t armé ; un rapport poids/puissance intéressant !