En vingt années de production de catamarans custom haut de gamme, Sunreef s’est construit une place unique et enviable sur la planète multicoque. Sa réputation mondiale faite, la marque polonaise créée par le français Francis Lapp ambitionne désormais d’associer luxe et écologie. Le très innovant Sunreef 80 ECO tente-t-il de résoudre une équation impossible ?
Nous sommes allés chercher la réponse dans les eaux du golfe Persique.
Lieu de l’essai : Dubaï
Conditions : vent de 5 à 10 noeuds, mer calme
Infos pratiques
- Le chantier : Sunreef 80 Eco
- La fiche technique
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Bleu marine métallisé
Dans le quartier de Dubaï Marina, au pied de l’île artificielle Palm Jumeirah, le premier Sunreef 80 ECO s’intègre finalement parfaitement à son environnement. Tout à Dubaï étant démesuré – la longueur des pontons comme l’implacable chaleur – c’est en voiturette, électrique forcément, que nous rejoignons le Marie-Joseph. Voilà un nom qui sonne bien français dans cet univers mondialisé. C’est un bel hommage que le propriétaire du chantier a rendu à ses parents : il a donné leurs prénoms à son premier Sunreef personnel. Pour l’événement, la famille a fait le long voyage aux Emirats arabes Unis depuis le berceau alsacien de la famille. Car ce catamaran qui cumule les innovations vaut le déplacement : propulsion électrique, gestion intelligente de l’énergie et nouvelle technologie de panneaux solaires, la « green touch » est bien au rendez-vous. Dans sa robe bleu marine métallisé – elle intègre les cellules photovoltaïques –, le 80 ECO brille de mille feux sous le soleil du golfe. Mais le grand catamaran réclame à son équipage une attention de tous les instants pour le maintenir parfaitement propre dans cet environnement ; l’air très sec est ici souvent saturé de poussière de sable.
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Le cockpit arrière s’ouvre sur une immense plate-forme hydraulique.
Deux moteurs électriques de 180 kW
Depuis le poste de navigation intérieur ou depuis le flybridge, les grands écrans tactiles permettent de contrôler et surveiller l’ensemble des fonctions du bord. Cela va des deux moteurs électriques de 180 kW chacun à la montée et descente des rideaux, électriques eux aussi. L’ergonomie et la réactivité des interfaces sont vraiment à mettre au crédit du chantier. Francis Lapp ayant d’abord réussi en Pologne dans l’électricité pour le BTP, il n’est pas vraiment surprenant de trouver un tel savoir-faire dans ce domaine à bord des Sunreef. Trois ans et six mois après la présentation du 60 pieds électrique « E » à Cannes, on mesure à quel point la technologie est aboutie et maîtrisée. Pour ne rien gâter, le fonctionnement est assez intuitif. Le contrôle du parc de batteries principal, composé de 5 unités au lithium de 183 Ah en 600 V chacune, est bien sûr la pierre angulaire du système. Charge, décharge, température, tension, consommation, les informations sont immédiatement accessibles et facilement lisibles en chiffres ou graphiques. Du bout des doigts, on passe sur la page de contrôle des deux moteurs électriques. Comme les batteries, dont le compartiment est climatisé, ils sont surveillés par des caméras thermiques qui permettront de détecter toute hausse anormale de température. Entre la marina et le mouillage, 6 kWh seront dépensés sur l’un, et 5 kWh sur l’autre. La différence s’explique par les manoeuvres de départ et d’arrivée qui ont sollicité les moteurs asymétriquement.
Mais à travers cette interface produite par le constructeur lui-même, tout le suivi technique du multiyacht est également accessible à tout moment : réservoirs gasoil, eau douce, eaux usées, pompes, éclairages, feux de navigation… Livrer un catamaran certes innovant mais fiable était un enjeu majeur pour satisfaire une clientèle habituée à la perfection. Beaucoup de fonctions sont donc redondantes, avec un équipement d’usage et un autre de secours, immédiatement disponible. Il en va ainsi du convertisseur, qui alimente depuis le parc principal les batteries en 24 V dédiées à l’éclairage, à l’électronique, aux stores électriques… Plus incongru : à bord de ce bateau qui se targue d’être écologique, deux groupes électrogènes ont été installés. Jusqu’ici, ils n’ont pas servi, assure le skipper. Il est vrai qu’entre le soleil dubaïote et la possibilité de se connecter régulièrement au quai, le besoin ne s’est pas encore fait sentir. Sinon, au cas où l’ampérage des batteries descendrait trop bas, un générateur démarrerait automatiquement. Mis en route manuellement pour la démonstration, il s’avère absolument inaudible dans son double cocon. Au moment où démarre cet essai, les 160 m² de panneaux solaires disposés sur le grand catamaran fournissent déjà 2 kW. Le soleil est pourtant voilé par le sable que soulève un vent inattendu. Au mouillage, en journée, même avec la climatisation en route, la production des panneaux solaires est à même de surpasser la consommation du bord quand les conditions sont bonnes. A Dubaï, cela signifie que le vent vient du large et chasse le sable de l’atmosphère. La puissance de la charge, uniquement due à l’énergie solaire, est alors déjà montée à 9 kW Elle pourrait théoriquement atteindre les 20 kW.
A bord du Sunreef 80 ECO, les panneaux solaires sont partout, et c’est bien l’une des avancées les plus marquantes. Mais, en plus de couvrir une surface inhabituelle, ces panneaux possèdent des caractéristiques uniques : ils sont fins (moins d’un millimètre d’épaisseur), aussi solides que la coque composite, souples, relativement légers (1,5 kg/m²), et bien sûr efficaces. Aucune offre existante ne répondait à cet exigeant cahier des charges ; aussi, Sunreef s’est lancé dans un nouveau métier en concevant – puis en fabriquant désormais – ses propres cellules photovoltaïques. Les retrouver sur le bimini n’est pas vraiment une surprise, tout comme sur les vitrages – même si l’effet visuel est saisissant. En revanche, il est inédit de découvrir des panneaux solaires sur l’ensemble des bordés, et plus incroyable encore sur le mât carbone, pourtant conducteur. Les ingénieurs maison sont donc parvenus à disposer un maximum de cellules photovoltaïques. Une véritable prouesse technologique qualifiée de « révolution » par le chantier. Les connexions, la mise en place, la manière de remplacer les cellules à l’unité en cas d’accident sont d’ailleurs autant de secrets jalousement gardés.

Le pontage avant intègre un salon extérieur.
Dubaï : Le pari du solaire
Dubaï ? Un émirat pétrolier, commercial et touristique – surclimatisé en plein désert. Voilà, de manière caricaturale, l’image entretenue en Occident par ce petit territoire. On est donc loin, a priori, d’un parangon de vertu environnementale, et donc du fil conducteur de ce numéro spécial. Pourtant, à l’étudier d’un peu plus près, la stratégie émiratie est ambitieuse, avec l’objectif d’une production énergétique à 75 % décarbonée à l’horizon 2050. Un fond de 100 milliards de dirhams des Emirats arabes unis (soit un peu plus de 25 milliards d’euros) a été créé pour supporter les investissements en ce sens. Le plus visible à ce jour est la centrale solaire de Saih Al-Dahal à cinquante kilomètres au sud de la capitale cosmopolite de 3,5 millions d’habitants. Près de la moitié des 5 000 MW programmés sont déjà en service. Dès 2030, ils devraient fournir 25 % de l’électricité consommée dans l’émirat.
Un investissement somme toute logique quand on sait que le soleil y brille en moyenne plus de 10 heures par jour, 340 jours par an !

Le constructeur est parvenu à intégrer ses cellules photovoltaïques partout, y compris sur les bordés et le gréement.
Une consommation de 30 kWh par moteur à 7 noeuds
Lorsque nous quittons le quai, le silence absolu et l’absence totale de vibrations offrent une sensation vraiment nouvelle à bord d’un multicoque aussi impressionnant. En lieu et place parviennent à nos oreilles les douces notes que joue en direct une pianiste virtuose dans l’immense carré – le constructeur a bien sûr tenu à mettre en exergue les qualités de ce modèle de sa gamme ECO. Les vitrages de 1,60 m de haut, la baie vitrée arrière s’ouvrant sur plus de trois mètres et les caméras dans le mât offrant une vue aérienne de la plateforme permettent de piloter depuis le poste de navigation à l’avant tribord. Mais c’est depuis le flybridge que, du bout des doigts, le skipper joue avec les deux moteurs et le propulseur. Rejoignant un premier mouillage au moteur, à pleine puissance, nous atteignons 10 noeuds. Plus raisonnablement, la vitesse de croisière s’établit autour de 7 noeuds. La consommation est alors de 30 kWh par moteur, et l’électronique nous annonce 8 heures de pleine autonomie sans recharge aucune. Fort logiquement, à bord, en dehors de la plate-forme arrière qui est hydraulique, tout est électrique – des winches aux enrouleurs des voiles d’avant en passant par les plaques de cuisson. Naviguer sous voile étant la plus écologique des manières de voyager, la grand-voile full-batten est classiquement montée sur chariots et non sur enrouleur. Les autorités portuaires nous interdisent d’aller tester le catamaran au large, aussi, nous nous contentons de l’avant-port pour naviguer sous voile. Le déplacement du 80 ECO, non communiqué par le constructeur, est on s’en doute particulièrement élevé compte tenu du volume et des équipements offerts. Les performances espérées sous voile par petit temps sont donc modestes – 4 à 5 noeuds –, mais la longueur importante assure des moyennes supérieures à 10 noeuds, pour peu que le vent daigne dépasser les 15 noeuds. Le savoir-faire de Sunreef ne se limite pas à la haute technologie. Le plan de pont de ce 80 pieds est tout de suite opérationnel - pour un équipage professionnel. Tout aussi silencieux sous voile – l’hydrogénération s’ajoute alors aux moyens de recharge du bord.
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Au milieu de la nacelle, on peut utiliser une immense table capable d’accueillir une quinzaine d’invités.
Aménagements sur mesure
Cette navigation comme suspendue nous laisse tout le loisir de partir à la découverte des aménagements. Comme toujours chez le constructeur de Gdańsk, l’intérieur est entièrement modulable, tant dans la répartition des volumes que dans la décoration. Moquette épaisse, matériaux nobles, éclairage soigné, on reste bien dans l’univers du luxe qui séduit autant les people (de Rafael Nadal à Niko Rosberg) que de plus discrets propriétaires – tout aussi fortunés. Invariablement, à bord d’un catamaran aux mensurations d’un court de tennis, les volumes proposés donnent le tournis. Ce n’est pas forcément le cas du cockpit arrière (quoique). En revanche, le carré, lui, est immense, avec ses deux grandes banquettes latérales en L. En cas de fraîcheur nocturne, il reste toute la place au centre pour dresser une grande table de repas. A l’avant, outre le poste de pilotage sur tribord, un bar précède l’accès au cockpit de proue. Peut-être devrions-nous plutôt parler de terrasse d’ailleurs, puisque là encore les dimensions impressionnent. Quant à l’aménagement des coques, si les possibilités ne sont pas infinies, elles sont multiples. Sur cette unité, la cuisine en contrebas occupe tout l’arrière bâbord, soit un format XXL. Une cabine invités et surtout la cabine Propriétaire investissent les deux tiers avant. Toutes deux sont accessibles grâce à une deuxième descente. Température maîtrisée, silence absolu, literie haut de gamme, marbre dans les salles d’eau et… vue sur la mer à travers les larges hublots : voilà le programme proposé dans cette zone nuit. Dans la coque opposée, trois cabines, dont une réservée à l’équipage, offrent le même niveau de prestation, mais dans une taille plus « raisonnable ». Tout en haut, sur le flybridge, la vue à 360 degrés est impressionnante. En navigation, le vent apparent y est vite sensible. En revanche, la fréquentation au mouillage sera assidue ; sous son toit rigide évidemment couvert de panneaux solaires, ce fly accueille en plus du poste de barre et de manoeuvres un carré pour une dizaine de convives, une cuisine d’extérieur, un salon aux fauteuils modernistes et même deux tapis de course. Dommage qu’ils fonctionnent à l’électricité au lieu d’en produire !
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Dans les coques, les cabines offrent un luxe inouï…
Conclusion
Ce nouveau Sunreef ne saurait s’attribuer le monopole de l’avenir écologique de la plaisance : démesuré, luxueux et forcément très lourd, il constitue même un paradoxe. Soyons honnêtes, il en est de même pour nous en réalisant un parcours de 5 000 kilomètres en avion pour essayer ce multicoque. Ce multicoque tout comme notre reportage sont le reflet d’une époque où nos comportements s’adaptent (un peu) plus lentement que nos consciences.
Ce nouveau Sunreef est en ce sens très contemporain – avec ses limites, mais aussi avec ses mérites. Car en matière d’écologie, on ne peut attendre pour l’heure de grande révolution. Chaque évolution est une bonne nouvelle. Ce catamaran conjugue au présent, même imparfait, le multicoque d’un futur que l’on espère proche. Par les technologies mises en oeuvre et leur intégration aboutie dans l’univers luxueux de la marque, le Sunreef 80 ECO est un jalon dans l’histoire toute neuve de l’éco-plaisance.
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Le système de contrôle Sunreef permet de vérifier toutes les données du bord, comme les mesures des caméras thermiques.
LES + :
+ Fonctionnement vraiment silencieux
+ Intégration des panneaux solaires
+ Niveau de luxe toujours bluffant
+ Domotique parfaitement opérationnelle
LES - :
- Faire plus léger irait dans le bon sens
- Deux groupes électrogènes incongrus
- Equipage de 3 ou 4 personnes indispensable
- Baille à mouillage difficile d’accès

Les installations techniques du constructeur sont particulièrement soignées.
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Sunreef Yachts
Longueur hors-tout : 23,87 m
Largeur : 11,53 m
Grand-voile : 200 m²
Génois : 155 m²
Gennaker : 340 m²
Trinquette : 70 m²
Panneaux solaires : 160 m² / 34 kWc
Moteurs électriques : 2 x 180 kW
Parc batteries principal : 550 kW
Groupes électrogènes : 2 x 80 kW
Prix : Sur demande








