On n’avait pas vu un nouveau Swiss Cat depuis 2017 – c’était la sortie du Swiss Cat 48. Autant dire que nous n’avons pas raté la présentation, lors du dernier Cannes Yachting Festival, du tout dernier SC55. Ce catamaran semi-custom est la première réalisation de la nouvelle équipe désormais basée en Italie. Au départ de Port-Canto, nous avons pu découvrir cette séduisante unité dans sa livrée bleu métallisé…
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Conditions : vent de 9 à 11 nœuds, mer calme
La marque Swiss Cat, créée en 2009 par Jurg Von Ins, s’est distinguée en proposant des catamarans de grand voyage très soignés. Performants, robustes, confortables et personnalisables – pour ce qui concerne les aménagements, les finitions, sans oublier les équipements de manœuvre et de confort –, ces modèles ont trouvé leur public parmi des connaisseurs. Le premier S2C 55 (voir essai dans MM142) a été suivi par un S2C 45 (voir essai dans MM164), puis par le SC 48 évoqué plus haut (voir essai dans MM184). Ces modèles étaient produits dans les anciens ateliers de la marque Switch à Balaruc- les-Bains, rachetés par le fondateur en 2005. La philosophie du chantier a toujours été de construire, en toute petite série, des catamarans de grande qualité destinés à être manœuvrés facilement en équipage réduit. Le commanditaire, dès les premiers modèles, a été invité à s’impliquer dans certains choix d’équipements. La marque, avantageusement portée par un idéal « Swiss made », est incontestablement parvenue à se faire un nom.
Design : renouveau à l’italienne ?
En découvrant le 55 à quai durant le salon, on réalise immédiatement l’ampleur du travail effectué par cette nouvelle équipe – une tâche qui combine architecture, conception et design. La couleur bleu électrique métallisé des coques, associée au pont blanc et au roof anthracite, offre d’emblée un sacré caractère à l’ensemble. Sur la page dédiée du site Internet du constructeur, on s’aperçoit que les combinaisons de couleurs sont infinies – elles peuvent même jouer avec la teinte de l’antifouling. Ces robes multiples sont évidemment mises en valeur par un design très moderne. Les étraves, assez fortement inversées, offrent une agressivité de bon aloi que la proéminente poutre/bout-dehors ne fait qu’amplifier. Les hublots de roof, également sensiblement inversés et teintés, contribuent au mordant de la silhouette. Au final, on relève quelques codes empruntés au yachting à moteur. La casquette de roof intègre les panneaux solaires flush – l’harmonie des nuances n’est surtout pas rompue avec le mât carbone noir Axxon et les voiles anthracite Incidence. Rien à voir avec les précédentes productions Swiss Cat : le look de ce SC55 se distingue par la modernité de ses lignes et ses couleurs aussi inédites que raffinées. Côté carène, les architectes ont mis l’accent, comme nous tenterons de le mesurer en navigation plus tard, sur l’équilibre et l’efficacité du passage en mer formée, de manière à naviguer rapidement en tout confort et en sécurité. Le faible tangage recherché favorise évidemment la glisse. La détermination de la surface mouillée et de la ligne de flottaison tient compte du déplacement en charge. Ainsi, il est possible d’ajouter 3,5 t de chargement aux 14 t à vide du SC55, ce qui correspond à une unité pouvant accueillir une famille en mode tout confort pour vivre à bord.
Une construction sophistiquée
Dès qu’on pose un pied à bord, la qualité de réalisation est perceptible : c’est raide, raide et raide ! Le Swiss Cat est fabriqué en composite fibre de verre multiaxiale/mousse Corecell/résine époxy avec le procédé de l’infusion. Des tissus de carbone renforcent les éléments structurels comme les poutres, l’épontille ou encore les cloisons. La mâture et la martingale sont elles aussi full carbone. La sécurité est prise très au sérieux. Les crash boxes en mousse courent sous les soutes avant sur 4,80 m depuis les étraves, et des renforts quadri-axiaux enserrent les mèches de safran. Pour les aménagements, des matériaux haut de gamme sont sélectionnés, à l’instar d’essences de bois précieux pour les placages. On perçoit des travaux d’assemblage, de jointure et de placage particulièrement soignés. Les planchers et panneaux de mobiliers sont allégés au maximum, avec une âme en mousse ou en balsa selon l’exigence de rigidité. Christian Paulitsch, spécialiste des composites high-tech, supervise les procédés de construction et s’assure que le devis de poids soit respecté. Ce travail exigeant réclame bien sûr plus de temps qu’une production en grande série. Les ateliers de Bay Srl se fixent donc un objectif de production de trois unités par an, sachant que la durée de construction d’un exemplaire est de 12 à 14 mois.
Des aménagements à la carte
A bord d’une unité où le devis de poids se veut maîtrisé au plus juste, le semi-custom doit quand même être précisément encadré, pour éviter tout dérapage intempestif qui mettrait en péril le subtil équilibre recherché. Le design des aménagements a été confié à Marco Amadio. Sur une base de trois ou quatre cabines, trois plans différents ont été élaborés en respectant les impératifs structurels tels que les cloisons ou les puits de dérives. Ce premier SC55 mis à l’eau, défini comme la version standard, est doté de trois cabines, dont celle du Propriétaire qui prend ses aises dans toute la coque bâbord. Une autre version, avec une cuisine différente et un sofa en L, baptisée Gran Turismo, est également proposée, tout comme une déclinaison quatre cabines et l’ajout d’une cabine de marin dans un des pics avant. A bord de notre modèle d’essai, les planchers sont en chêne brossé et les meubles en teck, mais d’autres essences de bois sont au choix du client. La politique tarifaire de Swiss Cat est en effet peu habituelle (voir encadré). Pour ma part, j’ai bien apprécié cette version dite standard ; elle comporte une disposition plaisante. Les deux tables, une dans le carré et une dans le cockpit, sont en continuité longitudinale, séparées par la baie vitrée qui s’ouvre sur toute la largeur. Celle-ci fermée, on peut prendre les repas à six, à l’intérieur ou à l’extérieur. Dès lors que les vantaux sont grand ouverts, on profite d’une grande table qui peut recevoir plus de douze personnes – de quoi organiser un véritable banquet ! La cuisine en U est ultra-complète, mais le comptoir vers l’avant gêne un peu l’accès aux tiroirs froid qui sont situés dans la poutre avant. Sur l’autre bord, la table à cartes est spacieuse et bénéficie d’une vue imprenable sur le plan d’eau. En tout état de cause, la disposition précise des aménagements et la liste des équipements sont à discuter au moment de la commande.
Carènes perce-vagues
Enrouleurs de génois et de trinquette électriques Facnor, six winches électriques Harken, traveler de grand-voile électrique Antal : l’accastillage est à la hauteur du plan de voilure dont j’ai parlé plus haut. Le mât à un étage de barre de flèche est équipé d’un support radar. Dès que les carènes acérées se mettent en mouvement, l’équipage passe en mode performance. Une jolie brise de 9 à 11 nœuds souffle dans la baie de Cannes ; cela devrait être amplement suffisant pour jauger les aptitudes du Swiss Cat 55. Les dérives symétriques légèrement incurvées plongent à 2,80 mètres sous la surface et se manœuvrent électriquement. Avec une mer relativement plate, la remontée au vent sous génois est très efficace. A 30° du vent vrai, le Swiss Cat 55 file à plus de 6 nœuds. En abattant à 50 degrés du vent, l’allure s’accélère à plus de 8 nœuds. La vitesse est constante ; le barreur tient facilement son cap, sans efforts. Pour descendre encore dans le vent dans ces conditions, le gennaker est déroulé. Il est très grand et permet de se déhaler entre 7 et 8 nœuds en abattant à 100 puis 120° du vent vrai. Ce sont de belles performances compte tenu de la modeste force du vent. Pour l’heure, la mer est très calme… nous finissons heureusement par croiser un imposant motor-yacht ; nous prenons immédiatement le cap vers le sillage, histoire de tester un peu plus le comportement du SC55. Les étraves démontrent leur efficacité et coupent les vagues conséquentes comme deux rasoirs. La plate-forme, quant à elle, reste parfaitement rigide, sans vibrations perceptibles. Cela ne me consolera pas de n’avoir pu tirer des bords dans 20 nœuds de vent avec une belle houle, mais me voilà tout de même impressionné par les aptitudes de passage de ces carènes perce-vagues ; j’imagine déjà la souplesse de la navigation de haute mer…
Conclusion
Je connaissais déjà la qualité « helvétique » des catamarans Swiss Cat, et je suis tout à fait convaincu quant à la continuité de ces prestations consécutive à la réorganisation de la marque et à la production en Italie. Le SC55 est un catamaran hauturier, performant et confortable qui offre un vrai plus en termes de caractère et de design, un peu dans l’esprit des spécialistes du genre – Comar Yachts, Cure Marine, Gunboat, HH, Kinetic ou encore McConaghy, pour ne citer qu’eux.
Franchement, comment résister à ce look d’enfer ?
Tarif et options : Prêt à naviguer en mode semi-custom
Swiss Cat semble vouloir relever le défi, puisque son SC55 est paré pour prendre la haute mer dans les meilleures conditions d’équipement en tarif standard. L’inventaire est en effet particulièrement exhaustif : mât carbone, accastillage électrifié, équipement de sécurité, groupe électrogène 10 kW, panneaux solaires, électronique complète de navigation Raymarine, radar, caméra de mât, jeu de voiles complet – y compris le gennaker en membrane DFI –, gréement courant premium, une annexe rigide OC de 3,50 m avec moteur hors-bord de 20 ch et même dessalinisateur 100 l/h sont donc compris en ce qui concerne la navigation. Des équipements de confort, comme une télévision, un système audio, un routeur Wi-Fi, un pack électroménager complet et tous les coussins extérieurs, sont livrés sans supplément. La peinture de coque polyuréthane du coloris de votre choix est également comprise. A noter : les frais de livraison sont à rajouter. Il y a bien quelques options quand même ; elles concernent essentiellement des améliorations techniques : mât carbone haut module sans barre de flèche, moteur, groupe, batteries ou encore dessalinisateur plus puissants, voile(s) et pilote automatique supplémentaires, réservoir à carburant plus grand, antenne Starlink, etc. Le chantier précise que toute autre option non listée peut être discutée avec un prix sur devis. On pense par exemple au « siège » de barre – vous avez été nombreux à réagir lors de la diffusion de notre vidéo à la découverte d’un simple boudin sur tube. Cette configuration typique des racers-cruisers, qu’on peut qualifier de sommaire peut être remplacée, sur devis, par une classique banquette deux places. Décidément, le semi-custom a bien des avantages !
Bonnes performances même par mer formée
Customisation possible
Annexe un peu petite pour le grand voyage
Prix élevé – même pour une unité prête à naviguer
Descriptif technique
Architecte : Yacht Design Collective (Perus/Scolari)
Consultant technique : Christian Paulish, Topmarine
Architecte intérieur : Amadio & Partners
Longueur hors-tout : 16,90 m
Largeur : 8,20 m
Tirant d’eau (dérives) : 1,20/2,85 m
Déplacement lège : 14 t
Déplacement en charge : 17,5 t
Génois : 70 m²
Trinquette sur rail autovireur : 20 m²
Code 0 : 105 m²
Gennaker : 225 m²
Motorisation : 2 x 57/80 ch
Prix de base prêt à naviguer : 2 640 000
Prix du modèle essayé : 2 840 000
Cabine skipper dans pic avant : 11 400
Configuration Gran Turismo : 45 000
Mât carbone haut module : 57 000
Supplément moteurs Yanmar 80 ch : 7 160
Compresseur bouteille : 9 600
Spinnaker A2 265 m² : 15 525
Livraison à Fano, Italie : 15 600



