Après le succès bien mérité de l’Alegria 67, le chantier Fountaine Pajot lance son plus grand modèle jamais construit. Pour le groupe, devenu un incontournable acteur de la construction navale de plaisance, il s’agit de la toute première incursion dans le monde de la grande plaisance. Un pari audacieux, d’autant qu’il précède de deux ans le projet du grand concurrent Lagoon – dont le Eighty 2 sera dévoilé au prochain Cannes Yachting Festival en septembre. Le Thíra 80 sera-t-il suivi par un multicat plus grand encore ? En attendant d’avoir une réponse à cette question, nous avons eu la chance de naviguer sur la French Riviera, entre Cannes et Monaco.
Infos pratiques
- Le chantier : Thira 80
- La fiche technique
- Découvrez notre vidéo exclusive
- Financez votre Thira 80
- Assuez votre Thira 80
- Articles autour du Thira 80
Conditions : vent de 10 nœuds, mer belle
Grande première au dernier Monaco Yacht Show : le groupe Fountaine Pajot y présentait pour la première fois un catamaran. Le navire amiral de la gamme de voiliers du constructeur ne détonnait pas dans l’enceinte du prestigieux port Hercule. Pourtant, nous étions bien au milieu des plus imposants super- yachts de la planète… Le Thira 80, avec ses coques élancées, son imposante stature bien campée sur ses flotteurs écartés et sa vertigineuse mâture, en impose. « C’est une cathédrale sur l’eau », nous confie le Propriétaire chypriote qui nous accueille à bord de Serenissima III, le deuxième exemplaire du Thíra 80 – le premier a été exposé à Cannes en septembre 2023.
Benjamin Lachaise, le chef de projet de la marque, est également avec nous : il va pouvoir nous livrer tous les secrets du développement et de la finition de ce luxueux catamaran – jamais le degré de personnalisation n’a été aussi poussé au sein de la marque (voir encadré).
La griffe de la série
Quand on découvre le Thíra 80 au port, le premier sentiment qui vient à l’esprit, c’est que ce catamaran est gigantesque, voire démesuré… mais, pour peu qu’on l’observe tout seul, de plus loin en navigation, ce sentiment s’estompe ; nous sommes bien dans la gamme voile de Fountaine Pajot. Tonture de pont et étraves inversées, hublots de coque effilés sous leur encoche, rouf bien proportionné à la fine casquette : tous les codes qui caractérisent les modèles du New 41 à l’Alegria 67 sont bien au rendez- vous. Certes, le flybridge imposant se traduit par un important fardage et une bôme relativement haute, ce qui ne manquera pas de choquer les voileux puristes. Pourtant, avec ses 340 m² de voilure, le Thíra compte bien se passer de ses moteurs dès que le vent est au rendez-vous. 340 m2, c’est également la surface habitable proposée ; nous voilà bien au sein d’une catégorie inédite pour le constructeur, celle des superyachts. Le cabinet Berret-Racoupeau Yacht Design, en charge de l’architecture et du design, est parvenu à un subtil équilibre entre élégance et confort – comme nous allons le découvrir bientôt, rien ne manque pour offrir les prestations les plus élitistes. L’expérience du chantier est mise à profit en réalisant une enveloppe de série et des aménagements, aux différentes variantes préconçues, dans le but de répondre à tous les besoins exprimables sur plans et au catalogue. Pas moins de 80 moules différents sont réalisés pour infuser coques et superstructures. Rien que draper les tissus prend trois semaines, et il faut compter au minimum 6 mois entre le démarrage de la construction et la mise à l’eau « brute ». Les finitions, quant à elles, réclament 12 mois de travail ; au total, le délai de fabrication s’allonge à 16 mois – nous sommes bien loin des 1 000 à 1 500 heures de travail nécessaires à la construction d’un catamaran de série de 40 pieds !
Pour répondre aux exigences d’un cahier des charges dédié au luxe sans concessions, certaines solutions techniques inédites ont été mis en œuvre. L’isolation phonique, par exemple, est au centre des préoccupations. Dans les cales moteur, de la mousse est appliquée sur les gaines et les systèmes d’extraction. 200 kg de sable sous chaque moteur permettent de réduire les vibrations par la coque. Quant aux cloisons, elles sont composées de couches multiples de mousse, de liège, de caoutchouc – elles traitent les différents sons, du plus grave au plus aigu. La fourniture d’énergie verte est mixée avec des panneaux Solbian et des cellules Energy Glass qui créent de véritables puits de lumière tamisée. Le tout génère plus de 8 kWc – des groupes électrogènes fournissent le complément.
Relaxation à tous les étages…
Les dimensions hors normes de la plate-forme ont permis une approche innovante des espaces, notamment pour proposer une vision optimale sur l’extérieur. Une quinzaine de banquettes – des méridiennes le plus souvent – sont réparties sur le pont principal et le flybridge du Thíra 80 pour organiser 8 ou 9 salons de pont de toutes tailles. Les deux plus spectaculaires sont déployés sur les pavois ouvrants, formant sur chaque bord une terrasse qui fait face à la mer.Juste au-dessus, la protection est assurée par les ailes du rouf semi-transparentes.
A l’arrière, un beach club, avec un immense bain de soleil et une plate-forme de bain sur toute la largeur, a été aménagé. A l’avant, le pontage en dur court jusqu’aux étraves. A tribord, on découvre un jacuzzi – déjà proposé à bord de l’Alegria – pourvu de grands matelas et d’un bain à remous contigu. Des minibars sont dispatchés partout. Un garage abrite un scooter des mers électrique, alors que deux coffres avant dissimulent les paddles et autres jouets nautiques. Pour partager les repas, deux tables – une sur le flybridge et une dans le cockpit – complètent ce dispositif de détente extérieure particulièrement complet. A noter : toutes les assises, qui peuvent se démonter, sont composées d’une structure rigide et de plusieurs épaisseurs de mousse à densité différente.
L’industrialisation du luxe
La différence entre les deux premiers Thíra 80 est tangible, puisque, sur celui-ci, la cuisine est sur le pont principal, alors qu’elle se situait dans la coque bâbord sur le premier. Le choix est d’emblée donné entre une cuisine américaine dans le salon et une plus discrète au niveau inférieur. Dans les deux cas, un quartier avec un mess et les cabines de l’équipage est installé dans la coque bâbord dans le but de préserver l’intimité des invités tout en offrant un réel confort à l’équipage. Le séjour de plus de 50 m² est dépourvu d’éléments hauts, offrant ainsi un coup d’œil panoramique dès l’entrée – gardée par un superbe office bar. A tribord, un salon reçoit tous les invités ; en face, on dispose, selon le plan d’aménagement retenu, d’un boudoir ou d’une cuisine. A bord de Serenissima III, équipé de sa cuisine en haut, l’îlot central mène vers la porte avant et le pontage devant le rouf. Mais avant d’y parvenir se présentent les deux descentes principales vers les coques, dans lesquelles se lovent 4 à 6 cabines. Sans surprise, les Propriétaires sont les plus gâtés : leur suite de 20 m² comprend, en plus du lit immense, un bureau, un lounge, et enfin un dressing donnant accès à une salle de bains double vasque et à une baignoire jacuzzi. La personnalisation est organisée sur catalogue de manière à composer une décoration unique. On peut ainsi opter pour une des trois essences de bois disponibles pour les meubles et les planchers, et pour une des quatre teintes pour les capitonnages en cuir qui habillent commodes et table à cartes. Avec les selleries qui sont à décider directement sur le catalogue de la maison Pierre Frey à Paris, les combinaisons s’avèrent infinies – raffinement garanti !
La croisière hauturière en toute sérénité
Serenissima III est équipé de la plus grosse motorisation disponible. Les 2 x 425 ch Cummins sont de fait près de 2,5 fois plus puissants que les 2 x 175 ch livrés en standard. Une motorisation intermédiaire de 2 x 270 ch est également disponible. Après la sortie du port, nous croisons à 9 nœuds ; on ne perçoit qu’un faible ronronnement, preuve que le soin porté à l’isolation des cales moteur et des cloisons évoqué plus haut apporte un bénéfice très positif. A ce régime, la consommation s’établit à 30 l/h, soit un peu plus de 3 l au mille. Si on pousse à 10 nœuds, il faut compter 50 l/h, ce qui est assez dissuasif compte tenu du faible gain obtenu. Une fois au large, le Capitaine stoppe les machines pour envoyer grand-voile et gennaker – ces 400 m2 sont parfaitement adaptés à la brise du jour qui parvient à s’établir à 2/3 Beaufort. Les manœuvres sont opérées électro-hydrauliquement par l’équipage depuis la zone avant du fly qui héberge deux barres à roue et un piano central. La partie arrière, bien délimitée, est dédiée au farniente. Au bon plein, nous longeons la Riviera à 6 nœuds pour 10 nœuds de vent. Cette proportion vitesse max = 60 % de la force du vent réel fait précisément partie intégrante du cahier des charges du nouveau multicoque amiral de Fountaine Pajot – en tout cas de 5 à 20 nœuds de vent. En optimisant la voilure, il est donc possible de tabler sur des moyennes de 12 nœuds. Au-delà, évidemment, il convient de réduire, car les pressions sur le gréement sont rapidement très importantes.
Conclusion
Qui aurait pu croire que le chantier fondé par deux champions de voile en 1976 pour construire des dériveurs légers et des planches à voile livrerait près de 50 ans plus tard des monstres de quelque 66 tonnes ? Force est de constater que le constructeur ne s’est pas aventuré à l’aveuglette dans l’univers ultra sélectif du superyacht : le nouveau navire amiral de Fountaine Pajot allie un luxe discret à la ligne élégante d’un vrai voilier. L’ouverture à la finition semi-custom est évidemment un plus ; les clients potentiels ne s’y sont pas trompés, puisque le n° 3 de la série est déjà commandé. Pour ne rien gâter, le Thíra 80 se montre plutôt vivant à la barre, même quand le vent est léger. Nous avons bien affaire à un yacht… à voile !
Construction semi-custom : Les équipes du chantier, les architectes et … le client !
Luxe et confort en navigation comme au mouillage
Multitude des espaces de détente
Les hublots de coque sont bien plus hauts que les lits
Table de cockpit un peu petite
Descriptif technique
Longueur hors-tout : 23,98 m
Largeur : 11,09 m
Tirant d’eau : 2,10 m
Déplacement lège : 66 t
Grand-voile : 200 m²
Génois : 140 m²
Motorisation standard : 2 x 175 ch
Motorisation optionnelle : 2 x 270 ou 2 x 425 ch
Carburant : 2 400 l
Eau : 1 600 l
Groupe électrogène : 2 x 19 kW
Cabines : 4, 5 ou 6 + 3 équipage
Prix : à partir de 7 500 000 € HT


