La nouvelle marque Vaan Yachts affiche clairement ses ambitions avec ce R5, deuxième modèle mis à l’eau, à peine un an après la présentation de son petit frère le R4. Plus long de presque 10 pieds – mais toujours en aluminium –, le catamaran que nous présente Igor Kluin, cofondateur de la marque, affiche un design très soigné, un confort remarquable en croisière et un bon potentiel de performances. La Vaan R5 est également l’un des multicoques forever green qui ouvre la voie en matière de respect de l’environnement.
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Conditions : 2 à 3 nœuds de vent, mer calme
Dans le bassin du petit chantier de service de Hellevoetsluis, à côté de Rotterdam, nous découvrons le très attendu Vaan R5. Cette coque #001 est en cours de finition, mais elle sera livrée à son Propriétaire dans quelques semaines – la fenêtre d’essai était on ne peut plus étroite ! L’œil relève les coques peintes en noir mat, le roof gris métal, la casquette réalisée en sandwich PET recouverte d’un tissu Sunbrella noir, le mât Selden en aluminium noir et le pont recouvert de liège. Cette robe noire contraste avec le premier R4 gris laqué et souligne une élégance digne du yachting contemporain. En prêtant attention aux détails de design – livet de pont taillé à la serpe, étraves anguleuses, pare-brise du roof en verre teinté galbé –, on ne peut s’empêcher de faire une association avec Van Dutch, une marque néerlandaise iconique de bateaux à moteur Open. Igor Kluin semble apprécier cette comparaison – flatteuse, il est vrai – et m’avoue même s’être inspiré des codes du motonautisme.
Le constructeur me dévoile les trois principaux critères qui ont constitué la genèse de sa marque : « Assurer de belles sensations de navigation, offrir un look épuré, chic et confortable, et garantir un multicoque au summum du respect de l’environnement » ! Ce cahier des charges est pour le moins exigeant pour une si jeune entreprise. Sous le hangar, un deuxième Vaan R4 trône sur son ber. Le bordé en alu est impeccablement lisse, gage d’un savoir-faire de haute qualité – nous y reviendrons. Comme s’il lisait dans mes pensées quant à cet état de surface incroyable, Igor sourit : « Cela tombe bien, celui-là va être livré coque nue, sans apprêt ni peinture ». Seul le roof sera peint en gris anthracite, et la combinaison alu brut/laque gris foncé offrira un look baroudeur branché on ne peut plus séduisant. Avec trois catamarans construits en moins de deux ans et un beau carnet de commandes, on peut dire que la formule Vaan connaît un bon démarrage. Dans ce chantier – au départ de maintenance – racheté par Igor et sa compagne, Nienke van ‘t Klooster (la cofondatrice), les hangars dédiés à la construction sont en train de prendre plus d’importance.
Des intervenants de qualité et engagés
Mais il ne suffit pas de proposer un concept au design très avancé et engagé sur le plan écologique ; la maîtrise de l’ingénierie, de la mise en œuvre et la capacité d’assurer une finition irréprochable sont indispensables pour convaincre les clients de signer un bon de commande. Pour ce faire, les rôles sont bien répartis et les partenariats bien sélectionnés chez Vaan Yachts. Igor est le project manager, tandis que Nienke élabore le style et la communication. Le fameux cabinet hollandais Dykstra Naval Architects s’occupe du dessin, des calculs de structure et de superviser la mise en œuvre. D’anciens champions ou ingénieurs à forte expérience conseillent également cette petite équipe de passionnés engagés. Pour la construction des coques et de la superstructure, Vaan Yachts dispose de trois sous-traitants très expérimentés. A moins d’une heure de voiture, ils garantissent une super qualité et une logistique fluide. De l’aluminium recyclé à 60 % à partir de panneaux de signalisation routière est utilisé pour assembler des panneaux de 6 à 8 millimètres d’épaisseur, selon les contraintes, sur une ossature de couples et de lisses très resserrés. Les finitions sont ensuite réalisées au chantier situé au bord de l’eau. Il n’y a pas de transport terrestre dans le circuit de fabrication – les incontournables canaux hollandais et autres plans d’eau remplacent les deux fois deux voies... Les fournisseurs sont aussi sélectionnés pour leur engagement environnemental et leur proximité. Laine de verre recyclée pour l’isolation, vaigrages en panneaux de PET, liège Seacork pour le pont, motorisation électrique, belle surface de panneaux solaires sur le roof, vitrage en verre, menuiseries en Ecoplex, tapis en fibre de sisal : tout est pensé pour endommager le moins possible nos ressources futures. L’absence de moules pour fabriquer le R5 est également un argument écologique ; ce dernier est renforcé par le fait que quasiment tous les matériaux utilisés ont démontré une légitimité green avant d’être acceptés à bord.
Deux versions d’aménagement
Le gabarit du R5 – évidemment bien plus imposant que celui du R4 – le destine à de plus longues navigations hauturières. La version à cockpit ouvert, intronisée sur le R4, est toujours d’actualité, mais ici complétée par une version à cockpit fermé baptisée « LA » – pour live aboard. L’entourage du cockpit composé de panneaux vitrés latéraux et d’une baie vitrée arrière s’ouvre ou se ferme généreusement, donnant la sensation d’être dehors ou dedans selon l’envie ou la météo du moment. Cette formule a déjà fait ses preuves à bord d’autres catamarans ; elle permet de ne pas dédoubler les fonctions entre intérieur et extérieur. On profite ainsi d’une grande cuisine, d’un coin salon aménageable de différentes manières – y compris avec une extension de la cuisine –, d’une immense table pour les repas et de vastes sofas. Le tout offre une aisance de circulation digne d’un 60 pieds. Séjourner à une douzaine de convives dans cet espace très lumineux et parfaitement ventilé est agréable. Pour autant, les cabines n’accueillent que six personnes. La suite Propriétaire occupe toute la coque bâbord avec de profonds rangements, tandis qu’à tribord deux cabines, séparées par une large coursive, offrent aussi de beaux espaces avec un lit double à l’avant ou des lits superposés. Les couchages sont d’excellente qualité et vastes. Les grands gabarits (les Hollandais sont le peuple le plus grand du monde !) se sentiront bien à bord : les couchettes arrière mesurent 2,10 m de long pour 1,80 m de large et la hauteur sous barrot est partout égale 2,10 m. Le style de décoration se veut épuré, mais aussi chaleureux grâce à des revêtements et des tons chauds pour les selleries, les boiseries et les sols. Une ambiance feutrée et cosy prédomine, ce qui n’est pas toujours le cas avec ce parti pris stylistique moderne. L’isolation optimum et la présence du sisal dans les cabines participent au bien-être ressenti. Lors des déplacements sur le pont, le liège procure une indéniable douceur. Les équipements ne fonctionnent que grâce à l’électricité – pas de gaz à bord. Le parc batteries de 80 kWh est divisé en deux : 76 kWh en 48 volts sont dédiés à la motorisation, tandis que les 4 kWh restants en 24 volts sont réservés au le service – y compris le guindeau et les winches. Sans renier les performances sous voile, la plage avant du R5 comporte un cockpit qui pourra, à l’occasion, se transformer en une mini piscine.
Jusqu’à 138 milles d’autonomie en tout électrique
Avec tous ces équipements, le poids lège du Vaan R5 frise les 18 tonnes, ce qui reste raisonnable par rapport à des catamarans de taille équivalente (9,7 t pour le C-Cat 48, 14,8 t pour le Bali 4.8, 19,05 t pour l’Excess 15…). La marque propose plusieurs puissances de motorisation. Les nouveaux Oceanvolt ServoProp peuvent être montés en 15 ou 24 kW. Sur ce R5-01, le système sur ligne d’arbre de la même marque a été installé, mais avec trois modules de 10 kW, soit 30 kW dans chaque coque. Avec de bonnes hélices, c’est une motorisation qui permet de remonter aisément contre un vent soutenu. Le jour de notre essai, le soleil est bien au rendez-vous, mais le vent se fait désirer ; tout juste daignera-t-il caresser le plan d’eau avec 2 ou 3 nœuds. Je commence par les relevés moteur. A 4,5 nœuds, la consommation n’est que de 2,1 kW, et en poussant à 7 nœuds, elle monte à 9,5 kW. Rapportée au parc batteries avec 15 % de réserve, l’autonomie (sans apport photovoltaïque ou de l’hydrogénération) est donc à faible vitesse de 31 heures, soit 138 milles, et à haute vitesse de 7 heures, soit 49 milles. Face à un vent fort et des vagues courtes, la consommation pourrait en poussant les manettes se limiter à 3 heures et demie, soit à peine plus de 20 milles.
Dans ces conditions, se contenter de naviguer à 5 nœuds permet de naviguer deux fois plus longtemps, et donc d’assurer une traite de 35 milles. Pas d’émissions, quasiment pas de bruit (la ligne d’arbre permet semble-t-il de se défaire du bruit de transmission inhérent aux saildrives) et pas de vibrations.
Voilà pour le bilan « tout électrique ».
Le groupe électrogène Fischer Panda proposé en option est disponible en 15 ou 22 kW ; avec cet équipement, la marge de sécurité est donc très importante. Ces bonnes aptitudes au moteur se confirment sous voile. Le plan de voilure (Quantum, aussi disponible en tissu durable) foc autovireur de 45 m² et une grand-voile de 80 m². Le foc monté sur enrouleur électrique Facnor et la GV sur une bôme à enrouleur Furlerboom sont déroulés rapidement grâce aux retours de manœuvres sous la nacelle vers une console centrale arrière. Le catamaran, malgré le vent anémique, est instantanément évolutif, et l’on dépasse légèrement la vitesse du vent pour atteindre 3,5 nœuds. Le virement de bord s’effectue très facilement, les coques gardant leur vitesse lors de la rotation. Le système de barre à cardan demande encore des ajustements, mais il est direct et très précis. L’on se prend à rêver que la brise arrive. Malheureusement, ce ne sera pas pour aujourd’hui, et nous vous renvoyons à la vidéo de l’essai qui est assez évocatrice du plaisir de barre que peut procurer cette plate-forme au demeurant ultra-rigide. Il n’y a qu’à voir la poutre en croix, démunie de martingale, pour se convaincre de la résistance de l’ensemble. Igor est bien sûr resté en contact avec nous lors de son convoyage et le constructeur semble enchanté du comportement sous voile de son R5 – par vent établi s’entend !
Les postes de barre répartis sur chaque coque possèdent aussi des winches optionnels pour faire revenir les écoutes de voiles de portant – Code, spi asy et gennaker –, elles aussi optionnelles. Notre modèle était équipé de quillons de 1,35 m de tirant d’eau. Des quilles fixes de deux mètres sont une alternative standard, tandis que des dérives pivotantes de la même profondeur sont proposées en option.
Conclusion
Alors que l’on pourrait penser l’aluminium réservé aux seuls multicoques d’exploration ou aux one-off purs et durs auxquels l’adaptabilité du matériau offre des customisations presque illimitées, le Vaan R5 défriche un nouveau terrain de jeu. La jeune marque dynamique démontre que la transition écologique n’est pas forcément synonyme de morosité et de résignation. Bien au contraire, le R5 privilégie le plaisir, avec son look très soigné, des sensations de barre qui devraient être au rendez-vous et des aménagements smarts et confortables. Le R5 entend séduire une clientèle sensible à la ligne green que défend la marque sans compromis.
Empreinte carbone minime
Belle habitabilité en mode cockpit fermé
Petits détails de finition à peaufiner
Polyvalence des aménagements limitée
Descriptif technique
Architecte naval : Dykstra Naval Architects
Design intérieur : Vaan Yachts
Design extérieur : Vaan Yachts
Longueur hors-tout : 14,95 m
Largeur : 7,94 m
Tirant d’eau : 1,20 à 2,00 m
Hauteur mât : 23,80 m
Hauteur nacelle : 0,91 m
Déplacement lège : environ 17 t
Moteurs : 2 x 15 ou 2 x 30 kW
Grand-voile : 80 m²
Foc autovireur : 45 m²
Code 0 : 120 m²
Eau : 670 l
Tarif en € HT :
Prix de base avec 2 x 15 kW : environ 1 000 000
Version essayée : environ 1 600 000
Principales options
Version Live Aboard : 25 250
Intérieur réalisé sur mesure : 22 500
Pont et cockpit en liège : 23 600
Moteur sur ligne d’arbre : 57 500
Climatisation : 43 160
Bôme à enrouleur : 36 530
Panneaux solaire 4 kWc : 32 700
Générateur 22 kW : 34 065



Le plancher est recouvert de liège. Ce matériau procure une excellente isolation thermique et phonique.






