Le Venezia 42 est un modèle emblématique Fountaine Pajot puisqu’il valide la fameuse casquette de rouf – toujours d’actualité plus de 30 ans après sa sortie. Dans la gamme du constructeur, ce modèle se permet aussi d’en remplacer deux d’un coup, le Fidji 39 et le Casamance 44. Un pari audacieux et… payant, puisque ce catamaran a été diffusé à 200 exemplaires – une excellente prouesse commerciale pour l’époque.
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Oui, dans l’univers du multicoque, 2000, c’était déjà il y a très, très longtemps : les catamarans et trimarans de croisière commençaient tout juste à s’imposer comme plate-forme de navigation – et bien sûr de voyage. Alors évoquer un catamaran lancé en 1992, ça pourrait être évoquer la préhistoire… Dans les faits, le Venezia 42 se veut assez moderne. Sa silhouette conserve les étraves camuses chères au cabinet Joubert/Nivelt, mais la tonture de pont inversée est moins marquée ; quant au rouf, le voilà donc plus volumineux que celui de ses prédécesseurs grâce à la face avant plus verticale – l’évolution de ce dessin est liée à l’apparition de la casquette, laquelle protège les hublots des rayons de soleil les plus chauds. Cette innovation est régulièrement attribuée au Venezia – en réalité, elle est apparue un an plus tôt avec le Marquises 56. Dans les grandes lignes, ce nouveau modèle apparaît au début des années 1990 très moderne ; nous verrons que de nombreux détails trahissent tout de même une conception datée – on ne peut pas tout avoir pour le tiers du prix du neuf…
Un plan de pont à l’ancienne
On remarque en effet dès les premiers pas à bord que le plan de pont est quelque peu daté. Du côté des deux trampolines séparés par une passerelle longitudinal en dur, rien à redire. Idem pour les passavants : ils sont assez larges, et surtout plats et bien dégagés (les panneaux ouvrants sont décalés à l’intérieur, sur le premier étage discret du rouf). Un passage est également aménagé tout à l’arrière. En revanche, le cockpit tranche avec les productions actuelles ; celui du Venezia semble barricadé par son hiloire. Cette protection est incontestablement efficace pour assurer une bonne sécurité par très gros temps, mais moins convaincante en termes de fluidité de circulation à l’heure de rejoindre les jupes arrière ou le pontage avant. Les banquettes/bains de soleil doivent donc être enjambées. Sur les premiers modèles en équipement de base, pas de bimini – tous les Venezia 42 ont adopté une protection textile du cockpit. Le poste de barre, légèrement surélevé, est positionné sur la face arrière du rouf, légèrement décalé sur tribord. Les manœuvres, en revanche, sont dispatchées un peu partout – les drisses et bosses au pied de mât sont reprises au pied de mât, les écoutes de foc courent vers des winches disposés sur le rouf, tandis que l’écoute de grand-voile et son traveller sont réglés sur les hiloires du cockpit. On mesure les progrès opérés en 30 ans en termes d’ergonomie… Pour autant, le Venezia reste simple à gérer, même en équipage réduit.
Catamaran de brise…
Le choix du constructeur d’opter pour un combo belle grand-voile lattée et petit foc (55 m2 contre 35) se traduit par de belles aptitudes dans le médium et la brise, mais une certaine paresse par petit temps. L’adoption d’un génois à recouvrement et de points de tire ad hoc suffit à changer radicalement le comportement de ce catamaran au près par vent faible, surtout sur une mer clapoteuse. Les ailerons ne sont pas très profonds ; on peut tabler sur un cap au près à 50° du vent réel. La carène passe plutôt bien dans la mer ; si la nacelle tape parfois, c’est plutôt au portant quand le catamaran rattrape les vagues – au moins, ça avance ! La plupart des Propriétaires évoquent des belles moyennes de 8 à 9 nœuds lors des traversées. L’héritage compétition du constructeur est ici bien présent : les coques affichent des entrées d’eau fines, des arrières porteurs et un tunnel relativement haut. Le déplacement est limité à 6,17 t. Ce poids plume est le fruit d’une belle construction certifiée ISO 9002 qui nécessitait l’usage de 34 moules, intégrait du sandwich nid d’abeille PVC pour les cloisons ou encore une structure de nacelle renforcée par de la mousse de Klégécell®. On ne peut s’empêcher de relever qu’en moins de 30 ans, le 42 pieds correspondant dans la gamme du constructeur a vu son poids doubler – l’Astrea 42 affiche 12,7 t au peson. On note que la surface de voile au près est passée de 90 à 111 m2, ce qui se traduit au final par un rapport voilure/poids de 14,61 m2/t pour le Venezia, contre 8,74 m2/t pour l’Astrea.
Une porte si petite !
Au chapitre de ce qui date le plus à bord du Venezia 42, c’est certainement le gabarit minuscule de la porte de la nacelle qu’on retiendra en premier – la facade arrière du rouf paraît presque aveugle… Pour autant, une fois à l’intérieur, on profite tout de même d’une vue quasi panoramique, puisqu’elle s’étend sur 220°. La finition qui forcément a vieilli était pourtant considérée comme soignée à l’époque, avec un gel-coat de couleur beige clair, des menuiseries en pabouk et des vaigrages camel. La table ovale est décalée sur bâbord ; en face trônent une table à cartes et le bloc cuisine – compact mais parfaitement fonctionnel. Les escaliers, plutôt larges, garantissent un accès aisé aux coques. Les cabines sont dotées de lits bretons de 2 x 1,50 m ; les sommiers à lattes garantissent un bon confort. Les rangements sont bien pensés, mais pas immenses en raison du volume global limité des coques. L’aération est dispensée par trois panneaux ouvrants par cabine. Les aménagements de ce Venezia 42 peuvent paraître rustiques aujourd’hui… n’empêche qu’en 1992, c’était le summum du confort !
Conclusion
Avec sa structure saine et robuste, ce modèle se prête parfaitement à une préparation complète pour devenir un excellent support de grand voyage en famille. On peut être surpris du prix élevé demandé – les derniers Venezia 42 apparus sur le marché de l’occasion émargent tout de même à 230 000 € HT. Jusqu’à présent, les multicoques les plus récents gardaient une belle cote, mais ce n’était pas le cas des modèles âgés de 30 ans. Cette flambée générale des prix observée sur les annonces est bien évidemment liée à la demande très forte (elle l’est d’autant plus que les délais du neuf sont de deux ans en moyenne) pour les multicoques, sans oublier l’inflation.
Les points à vérifier
Les Venezia 42 sont réputés pour leur robustesse générale, ce qui fait de ces catamarans de bonnes bases de refit. Evidemment, à bord d’un multicoque âgé de 23 à 31 ans, certains éléments – moteurs, voiles, gréement, plomberie, électricité, etc. – méritent un examen poussé. Plus en détail, certains propriétaires ont signalé des problèmes de corrosion au pied de mât, des fuites du réservoir de gazole – ce réservoir semble difficile à démonter sans travaux lourds.
A l’intérieur, le stratifié du bloc cuisine peut réclamer une reprise et des renforts.
Bon comportement marin
Excellente base pour un refit
Manœuvres éloignées du poste de barre
Porte de la nacelle sur le cockpit étroite
Fiche technique
Architectes : Joubert/Nivelt
Design : Flahault Design & Associates
Longueur hors-tout : 12,90 m
Longueur à la flottaison : 12,60 m
Largeur : 6,86 m
Tirant d’eau : 1,19 m
Tirant d’air : 18,90 m
Déplacement lège : 6,17 t
Surface de voile au près : 90,12 m2
Motorisation : 2 x 28 CV
Carburant : 360 l
Eau : 500 l
Matériau : sandwich PVC/polyester
Production : 200 exemplaires de 1992 à 2000
Prix occasion : à partir de 180 000 € HT


