Dans la catégorie des catamarans de croisière de moins de 50 pieds, nombre de multicoques sont conçus pour une croisière limitée à une ou deux semaines. Le Vision 444, quant à lui, est d’une tout autre trempe, puisqu’il est pensé pour les navigations au long cours et les traversées océaniques. Ce catamaran construit en Afrique du Sud a donc été conçu pour affronter toutes les conditions de mer en sécurité et dans le confort. Nous avons pu découvrir ce modèle unique sur bien des points dans la mythique Chesapeake Bay sur la côte est américaine.
Infos pratiques
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Conditions : vent de sud-est 12-14 nœuds, mer belle
Le chantier Vision Yachts est basé à Knysna, à l’est de Cape Town. Si la charmante ville borde un paisible lagon, les passes qui s’ouvrent sur l’océan Indien sont suffisamment agitées pour que les constructeurs locaux soient particulièrement sensibles à la robustesse et aux qualités marines de leurs multicoques. C’est bien sûr le cas de Vision Yachts. La particularité de ce chantier est qu’il ne produit qu’un seul modèle, le Vision 444 – lancé en 2019. Une stratégie assez inusuelle que l’on doit au créateur du chantier, James Turner. Marin accompli, James voulait créer un vrai catamaran hauturier, capable de naviguer partout dans le monde tout en étant performant et confortable.
Pour parvenir à ce résultat, le chantier a opté pour une construction en infusion permettant d’obtenir un multicoque léger et solide. Ce qui différencie également ce catamaran de ses concurrents, c’est son espace de vie vraiment généreux. De même, le Vision 444 a été conçu de sorte que les meubles soient collés à leur emplacement et fassent ainsi partie de la structure. Une solution qui permet de gagner du poids tout en améliorant la solidité de l’ensemble.
Dès le premier coup d’œil, le Vision 444 donne une impression de robustesse. Bien posé sur ses deux coques, le catamaran affiche une largeur de 7,60 m, mais paraît pourtant plus large. Un effet que l’on doit au profil des coques, un peu resserrées sur l’arrière, alors que la nacelle centrale occupe beaucoup d’espace. Cette sensation est encore renforcée par les larges passavants entourant une timonerie au volume généreux, laquelle se termine par un long bimini protégeant le cockpit arrière. Un profil assez simple, si ce n’est pour le bimini top au-dessus du poste de barre sur tribord, mais nous y reviendrons.
Pour ce test, nous avons le plaisir d’être accueillis à bord par David Stein, le Propriétaire de Jubilee, la coque no 8. L’accès au cockpit, en passant par les jupes arrière, est facile et deux marches suffisent pour rejoindre le pont principal. On peut également glisser une porte arrière en haut de chaque jupe, un bon point pour la sécurité des enfants, mais aussi pour éviter aux paquets de mer d’entrer dans le cockpit. Le catamaran ne comporte pas de plate-forme centrale arrière, mais des bossoirs pour recevoir l’annexe. Relativement vaste, le cockpit dispose d’une vaste banquette en U avec une table de taille correcte. Une autre banquette adossée au tableau arrière et une assise sur tribord, juste en bas du poste de barre, offrent une capacité totale de 8 ou 9 places assises, plutôt pas mal pour un catamaran de 44 pieds.
Un plan de pont simple et rationnel pensé pour un équipage réduit
Du cockpit, on grimpe facilement sur les passavants. Plutôt larges, ces derniers permettent de rejoindre l’avant en toute sécurité. A l’image du reste du catamaran, cet espace de proue est assez simple. L’avant de la nacelle comporte une série de coffres, ce qui est toujours très pratique à bord. Qui plus est, cette grande surface plane reçoit le pied de mât, ce qui permet, en cas de besoin, d’y travailler en toute sécurité. L’ensemble se prolonge par un trampoline classique pour ne pas alourdir l’embarcation.
Sur chaque proue, une petite assise constituera le spot parfait pour observer les dauphins ou pour surveiller les fonds, tandis que la poutre avant accueille l’enrouleur principal, celui du foc autovireur. Un second enrouleur pour le gennaker est installé sur le bout-dehors. Enfin, l’ancre à poste vient se caler sous la poutre avant, ce qui ne la rend pas très accessible en cas de problème.
Dans l’ensemble, les choix d’installation et les équipements privilégient la simplicité, ce qui se traduit une grande fiabilité dans bien des cas.
Afin de profiter d’une visibilité maximale, le poste de barre est placé sur tribord en position surélevée. Simple, mais complet, ce dernier permet effectivement d’avoir une visibilité optimale sur la mer et sur le gréement, y compris avec le bimini top qui intègre une fenêtre de toit. Pour le reste, on trouve ici l’électronique nécessaire à la navigation ainsi que deux winches. Toutes les drisses reviennent au poste de barre, ce qui facilite les manœuvres, même en cas d’équipage réduit ou de navigation en solitaire – une activité à laquelle le propriétaire de Jubilee s’adonne régulièrement. A noter encore que ce poste de barre peut être entièrement fermé par toile transparente en cas de mauvais temps ; il en est de même pour le cockpit, un vrai plus pour les jours de pluie.
Un déplacement contenu qui favorise les performances
Grâce à sa construction en infusion, le Vision 444 n’accuse que 9 tonnes au peson, un déplacement particulièrement bien contenu pour un catamaran de croisière de 44 pieds. Dès lors, nul besoin d’une immense surface de toile pour animer ce multicoque. En version standard, le Vision 444 est livré avec une grand-voile de 66,8 m2 associée à un foc autovireur de 29,1 m2, soit une surface au près de 95,9 m2. Jubilee profite également de deux gennakers signés North Sails, deux voiles qui lui permettent d’accroître les performances du bateau tout en restant facilement contrôlables. Enfin, quand les conditions s’y prêtent, le Vision 444 peut aussi arborer un grand spinnaker asymétrique, une bonne addition à cette garde-robe. Dans les faits, David nous indique qu’après plus de 10 000 milles effectués avec son Vision 444, la vitesse moyenne relevée est d’environ 7,8 nœuds. Un résultat plus que correct pour un catamaran destiné à la grande croisière. Plus surprenant, David nous assure qu’il peut aisément remonter à 45° du vent réel, un angle très serré pour un catamaran ne possédant pas de dérives, mais des quillons relativement courts. Le jour de notre test, dans la baie de Chesapeake, nous avions une brise de 12 à 13 nœuds. Pas de quoi battre des records, mais un vent suffisant pour tirer le Vision entre 6 et 8 nœuds, ce qui confirme les informations fournies par David.
Au-delà de la performance, nous avons réellement apprécié la facilité de manœuvre avec la plupart des bouts revenant au poste de barre et la réactivité du catamaran – surtout à l’approche des cailloux ! Le foc autovireur joue évidemment un rôle primordial dans cette simplicité, et pour David, qui navigue souvent en solitaire, c’est un élément indispensable.
Un aménagement intérieur plein de (bonnes) surprises
Aisé à mener, le Vision 444 est aussi facile à vivre. Dès que l’on pose le pied à bord, la première chose qui frappe, c’est évidemment l’impression d’espace, qui ferait presque oublier que nous ne sommes « que » sur un 44 pieds. Le grand cockpit s’ouvre ainsi sur un carré qui tire parti du moindre recoin de la nacelle. Cela commence par la grande baie vitrée, à laquelle s’ajoute une fenêtre coulissante abolissant presque la frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Dans les faits, cette fenêtre s’ouvre directement sur la cuisine, ce qui permet non seulement de ne pas isoler le cuistot du jour mais se révèle aussi pratique pour passer les plats ou les cocktails. Logée sur bâbord, cette cuisine est très complète avec une partie en U où sont logés notamment l‘évier et la table de cuisson, tandis que, vers l’avant, un bloc accueille le réfrigérateur et le congélateur avec un volume de stockage qui permet véritablement d’envisager de longues traversées. Cette nacelle abrite également un coin repas transformable en couchette supplémentaire et, surtout, un véritable poste de navigation, tout près du poste de barre, très complet et orienté dans le sens de la marche – un élément devenu rare dans cette catégorie.
Aménagé de manière très rationnelle, ce pont principal est également baigné de lumière grâce aux larges baies vitrées qui offrent une vue panoramique. Enfin, on apprécie la hauteur sous barrot (2,10 m), qui satisfera même les plus grands.
Personnalisable à l’envi
Bien qu’étant le seul modèle de la marque, le Vision 444 peut être personnalisé selon les envies ou besoins du Propriétaire, à l’image de la coque n°1, adaptée aux personnes handicapées. Jubilee possède quant à lui trois cabines. La coque tribord est ainsi réservée au Propriétaire et dispose d’un lit double sur l’arrière. La partie centrale dispose d’un bureau et de rangements, tandis que l’avant est occupé par un grand cabinet de toilette avec une douche aux dimensions XXL. Dernière surprise et pas des moindres, une porte dans la douche donne accès à une pièce secrète, qui n’est autre qu’un atelier avec établi et étau et des tonnes de rangement. Un aménagement original qui prend tout son sens lors des longues navigations.
La coque bâbord abrite de son côté deux cabines, avec chacune une salle de bains privative. On découvre la première cabine sur l’arrière, alors que la deuxième, localisée à la proue, offre un lit en position transversale et une salle d’eau dans le coqueron avant. L’organisation générale est donc pensée pour optimiser au maximum l’espace.
En fait, sous son apparente simplicité, ce catamaran révèle nombre de bonnes surprises, à commencer par les rangements, dissimulés absolument partout. La finition est très correcte, et si ce modèle n’est pas à proprement dit luxueux, il reste agréable à vivre et surtout très fonctionnel. Bon point également pour la luminosité intérieure, grâce à des hublots de coque et à des capots de pont qui laissent le soleil entrer à peu près partout dans le catamaran, y compris dans l’atelier.
Vraiment pensé par des marins pour des marins, le Vision a été conçu de manière à faciliter les opérations de maintenance. On trouve ainsi des trappes facilement accessibles avec chaque système clairement identifié, que ce soit au niveau électrique ou au niveau de la plomberie.
Pour sortir de la marina ou pour les jours sans vent, le Vision 444 de notre essai était équipé de deux moteurs Yanmar de 40 CV, une motorisation qui a été remplacée par des Nanni de 37 CV sur les modèles les plus récents. Une puissance largement suffisante pour animer ce catamaran, et un choix économique qui permet de faire de la route sans utiliser trop de carburant. Couplés au moteur, on trouve deux alternateurs associés à un parc de batteries lithium 24 volts. Au passage, ces moteurs sont eux aussi facilement accessibles, puisque situés sous les couchages arrière. L’électricité est également fournie par six panneaux solaires de 370 Wc, soit une capacité solaire totale de 2 220 Wc, largement suffisante pour offrir une autonomie quasiment totale au catamaran sans sacrifier le confort et l’utilisation de l’électroménager du bord.
Enfin, il convient de noter la qualité de l’accastillage et des équipements. Outre les voiles signées North Sails, le catamaran utilise des winches Harken, de l’électronique de navigation B&G et de l’électroménager haut de gamme qui ne va pas vous lâcher au milieu de l’océan.
Conclusion
Le 444 est indéniablement un multicoque de grand voyage bien pensé. A l’heure où de nombreux catamarans sont conçus avant tout pour la vie à bord au port ou au mouillage – ce qui correspond à 90 % de l’usage réel, rappelons-le –, le Vision est optimisé pour naviguer de manière fiable et efficace. Tout est pensé de manière rationnelle pour aider le marin dans les challenges de la navigation au large. Cela passe par les déplacements nécessaires à bord, la façon de manœuvrer ou encore la maintenance. L’équipement est de qualité et la construction sérieuse. A la réflexion, il ne semble pas forcément nécessaire d’avoir beaucoup de modèles à son catalogue : un seul, bien construit, suffit parfois à faire le succès d’une marque !
David Stein : Un Propriétaire heureux !

Après avoir organisé son business pour qu’il fonctionne sans lui, il a pris livraison de son Vision 444 en 2022, directement à Knysna, en Afrique du Sud. De là, il a mis le cap sur le Mozambique avec sa fille et un skipper pour une croisière inaugurale, puis est revenu au chantier pour quelques mises au point. David a ensuite poursuivi sa route vers les Caraïbes, et n’a jamais cessé de naviguer depuis – mais cette fois, sans Capitaine. Depuis la livraison de son catamaran, David a déjà parcouru plus de 14 000 milles, et se montre toujours aussi satisfait par le confort, la vitesse et la facilité de manœuvre de son 444.
Habitabilité générale
Facilité de manœuvre
Design très (trop ?) classique
Descriptif technique
Architecte : James Turner
Longueur hors-tout : 13,50 m
Longueur à la flottaison : 13,01 m
Largeur : 7,60 m
Tirant d’eau : 1,15 m
Tirant d’air : 19,90 m
Déplacement lège : 9 t
Déplacement en charge : 11,5 t
Grand-voile : 66,8 m2
Foc autovireur : 29,1 m2
Moteurs : 2 x 37 CV Nanni diesel
Panneaux solaires : 2 220 Wc
Homologation CE : A
Prix : à partir de 888 000 € HT


