Lors du dernier Cannes Yachting Festival, nul visiteur ne pouvait manquer le profil quasi révolutionnaire du Wave 50, exposé en premier de cordée des multicoques du quai Ouest de Port Canto. Notre credo, chez Multicoques Mag, a toujours été l’ouverture d’esprit et la bienveillance quant aux innovations, quelles qu’elles soient – une sentence lapidaire qui s’arroge le droit de résumer cinq années de développement, ce n’est pas notre truc !
Au contraire, nous devions en savoir plus sur cet OFNI, et bien sûr naviguer à bord. Nous n’étions pas au bout de nos surprises…
Lieu de l’essai : Cannes
Conditions : 7 à 10 noeuds de vent, mer calme
Infos pratiques
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Si le terme « disruptif » a été quelque peu galvaudé à force d’avoir été trop usité ces dernières années, il retrouve tout son sens pour qualifier le design du Wave 50 : « Concept créant une véritable rupture au sein d’un secteur d’activité en renouvelant radicalement son fonctionnement. »
Certains esprits chagrins iront même jusqu’à parler de « provocation ». Agneszka Bona, la jeune designer polonaise en charge du projet, assume son travail et… les éventuelles critiques. Elle nous dévoile le concept de ce multicoque, soit « quelque chose qui attire l’œil, qui serait un petit peu excentrique. Le catamaran étant amené à pratiquer un peu de charter dans les Caraïbes, l’idée était d’avoir de l’ombre sur l’avant. A partir des premiers croquis, j’ai dessiné cette forme assez originale. J’ai cette chance que le chantier m’ait fait confiance pour créer quelque chose qui n’avait jamais été fait auparavant ».
Le marché ne manque pas de multicoques au classicisme rassurant – à défaut d’être excitant. Aussi, ne boudons pas notre plaisir de voir arriver un nouvel entrant aux idées si décapantes. Susciter autant d’effervescence et de commentaires est même rafraîchissant dans cet univers nautique quelque peu corseté : nous ne nous souvenons que trop bien des cris d’orfraie entendus lors du lancement des premiers Lagoon aux vitrages de roof verticaux, puis des portes avant des Leopard… Des concepts innovants frappés d’infamie, voire d’hérésie, dont on ne saurait plus se passer aujourd’hui ! Et le Wave 50 va bien plus loin encore – il s’aventure sur le terrain des motoryachts, relativement coutumiers des libertés stylistiques. Pourtant, notre catamaran est bien propulsé par le vent. Et, contrairement aux concept-cars de salon qui annoncent les futures tendances des constructeurs automobiles mais ne sauraient prendre la route, ce nouveau catamaran se veut parfaitement abouti et opérationnel. Nous avons donc pu l’essayer en conditions réelles – même si la brise était légère.

Les supports du rouf blancs se marient habilement avec l’arceau arri re noir. L’exercice, en termes de design, serait certainement plus convaincant avec des coques plus longues.
Un plan de pont étudié dans les moindres détails
Du quai de Port Canto au pont, il n’y a véritablement qu’un pas à faire grâce à la plateforme hydraulique, laquelle se fait donc passerelle quand elle ne sert ni de support d’annexe ni de terrasse sur la mer. En position haute, elle se retrouve en effet parfaitement de plain-pied avec la nacelle. Ceinte de chandeliers et de filières, la plateforme agrandit alors sensiblement le cockpit arrière – seulement équipé de deux méridiennes. Si, depuis la terre, la silhouette du Wave 50 est un manifeste pour une esthétique radicalement différente, l’impression est différente une fois le pied posé à bord. Il devient alors évident qu’aucun détail, qu’il soit technique ou non, n’a échappé au regard bleu acéré d’Agneszka Bona. Même les seuils de porte, subtilement siglés, sont visiblement passés par le studio de design. N’allez pas croire que l’esthétique prime sur la fonction ; d’ordinaire, sur un flybridge, winches, écoutes et bloqueurs se retrouvent au niveau des tibias – ce qui est évidemment peu ergonomique. Ici, les paliers aménagés dans les marches d’accès au flybridge offrent une parfaite hauteur de manœuvre sur chaque bord. On y gagne également une très bonne vision sur les voiles, et de l’espace détente supplémentaire sur le pont supérieur. Intégrer un flybridge à la ligne d’un catamaran de 50 pieds, qui plus est doté d’un bimini rigide, n’est jamais chose facile. Agneszka Bona a visiblement passé beaucoup de temps sur le sujet. Le traitement laqué noir de l’arceau arrière contraste avec le blanc de la jambe de roof ; cet artifice rend l’arceau plus discret. Cette pièce supporte à la fois le rail d’écoute de grand-voile et le toit ouvrant du flybridge. Sur les parties fixes de ce dernier, on découvre de discrets panneaux solaires. Sur la partie avant, un pare-brise assure au barreur (installé sur tribord avant) une parfaite vision sur son plan de voi- lure. Une courte banquette tourne le dos au pied de mât. Une grande assise en U (transformable en immense bain de soleil) fait face à la route. L’espace entre dossiers et assises, le beige de la sellerie et le noir de la plateforme seulement soutenue par deux discrets poteaux cylindriques noirs eux aussi participent à rendre l’arrière du flybridge aérien, comme suspendu au-dessus du cockpit.

Le cockpit arrière se résume à deux méridiennes – c’est la plateforme qui prolonge la nacelle. Notez les marches ininterrompues des jupes arrière au flybridge.
Une mise en main de 2 000 milles !
Au-delà de l’audace des lignes, la jeune designer s’est employée à rendre le plus discrets possible les impressionnants volumes proposés par le Wave 50. C’est ici une nervure qui file en diagonale du haut de l’étrave au bas de la jupe, divisant l’imposante hauteur des bordés. Là, c’est un film micro-perforé, nacré comme la coque, qui dissimule les immenses hublots de coque. C’est enfin l’effet miroir des vitrages de roof qui reflète la mer, le ciel et la lumière pour faire oublier un clair de glace qui atteint 1,30 m dans sa partie avant. Mais que vaut cette démarche quasi artistique sur l’eau ? Malgré sa construction en infusion, mêlant fibre de verre et carbone là où c’est nécessaire, le Wave 50 affiche 29 tonnes lège au peson. Un déplacement impor- tant qui n’augure rien de bon au rythme de la rotation très lente des cuillères de l’anémomètre, en tête de mât. La baie de Cannes ne veut pas encore entendre parler d’automne – le plan d’eau nous réserve une météo estivale. Sortir du port encombré au sein d’un trafic anarchique semble une formalité depuis le poste de barre du flybridge : la vision périphérique est excellente, et Filip pilote avec précision. Il faut dire que notre skipper connaît le Wave 50 mieux que personne, pour l’avoir pris en main dès sa mise à l’eau en Pologne et ensuite convoyé jusqu’en Méditerranée. Un périple de 2 000 milles nautiques effectués en moins de vingt jours, voilà qui est plutôt rassurant sur le niveau de fiabilité de ce tout premier exemplaire.

C’est à l’avant du rouf qu’on profite de la plus vaste zone de farniente extérieure
Bonne surprise sous voile
La grand-voile est hissée depuis le fly. On accède facilement depuis le poste de barre au pied de mât reculé pour aider les bosses de ris à filer. La surface du génois a été optimisée : sa bordure coure en paral- lèle du rouf jusqu’aux postes de manœuvre. Lors d’une prise photos depuis le tender, la géométrie de l’ensemble me semble évidente, mais elle a dû demander un travail énorme pour servir à la fois l’esthétique et la performance. Le Wave 50, avec ses 139 m² de voilure au près, nous a plutôt agréablement surpris – sans soulever un enthousiasme débordant. Malgré un vent réel qui n’a jamais dépassé les 10 nœuds, le speedo oscille entre 5 et 7 nœuds selon les allures. Au près, à 57 degrés du vent apparent, l’électronique Garmin affiche 5 nœuds de vitesse. Même dans ce temps de demoiselle, les virements de bord sont effectués sans avoir à rallumer les moteurs. Il suffit de laisser le génois quelques instants à contre, jusqu’à ce que la grand-voile passe, et le tour est joué. Les ailerons fixes, pourtant très reculés, semblent efficaces en navigation. Ces appendices protègent également embases de sail drive et safrans à l’échouage. Si notre skipper du jour est un régatier dans l’âme qui règle les voiles au millimètre, le Wave 50 a encore de la puissance en réserve. Il faudra pour cela aller piocher dans le catalogue des options : mât carbone, gennaker, spinnaker… Autant de mètres carrés en plus et de kilos en moins qu’il nous aurait plu d’essayer dans les conditions légères de cet essai, mais ce sera pour une autre fois. Découvrons plutôt l’intérieur de ce catamaran qui ne ressemble à aucun autre. Est-il aussi original et novateur que ses lignes extérieures ?
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Le flybridge et son hardtop abrite le poste de barre et de manoeuvres, mais également de belles assises et une cuisine.
Même fraîcheur créatrice à l’intérieur
Se passer de cockpit arrière n’est pas nouveau, on l’a déjà vu chez McConaghy notamment. C’est un choix cohérent et donc parfaitement assumé sur le Wave 50 – entre le cockpit avant et le flybridge, il y a en effet déjà de beaux espaces « al fresco » à disposition, avant même d’ouvrir la baie vitrée donnant accès à l’intérieur. On constate rapidement qu’Agneszka Bona s’est emparée des aménagements avec la même fraîcheur créatrice qu’à l’extérieur. La largeur et surtout la longueur disponible – près de 7 mètres – permettent d’offrir trois belles zones distinctes : cuisine avec îlot central sur bâbord, carré sur tribord, et très grand salon en avant de l’épontille de pied de mât. Une disposition intelligente, mais pas révolutionnaire. Non, là où le Wave 50 revisite encore une fois tous les codes de la plaisance, c’est dans le design du mobilier, le traitement des surfaces ou encore les matériaux employés. Le meuble central de la cuisine est un concentré de toute l’audace créatrice qui a soufflé sur ce projet. Le corian blanc immaculé s’affine sur l’arrière, pour finir comme suspendu au-dessus de rangements aux portes en miroir, lesquelles reflètent le plancher latté de teck ciré aux joints noirs longilignes. L’étagère est plus aérienne encore – elle est suspendue sous le plafond (2,06 m de hauteur sous barrot), dont l’éclairage a été subtilement travaillé. La hotte aspirante qui surplombe la plaque de cuisson est à l’image du réfrigérateur, du four et de tout l’électroménager « comme à la maison » : capacité et qualité sont au rendez-vous. Sur tribord, on s’assoit autour d’une longue table de verre, entre banquette en L et sièges enveloppants blancs. En avant de l’épontille de pied de mât, un grand salon fait face à un meuble bar cristallin et à un grand écran de télévision escamotable. Mais ce salon offre surtout une vue panoramique absolument captivante grâce aux immenses vitrages qui l’encerclent. Sur tribord, une baie coulissante donne accès au cockpit avant avec cuisine d’extérieur, protégé des rayons du soleil les plus chauds par le fameux prolongement de rouf qui court jusqu’au centre de la poutre d’étai. L’équipe de Wave Catamarans nous confie que ce « toit » si original n’est toutefois pas obligatoire.
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L’immense nacelle est éclairée par des vitrages géants… quant au mobilier, il affiche une originalité incontestable sans altérer sa fonctionnalité.
Trois plans d’aménagement
Dans les coques, trois plans d’aménagement sont proposés : trois cabines avec la coque bâbord dédiée au propriétaire, quatre cabines assez similaires en tailles, avec autant de salles d’eau, ou bien quatre cabines plus équipage. C’est dans ce dernier format qu’a été réalisé le Wave 50 Sara, et c’est peut-être là qu’il nous a le moins convaincus : la cabine équipage, accessible par l’extérieur depuis la jupe arrière tribord, est vraiment petite. Pour le reste, il n’y a pas grand-chose à redire. La qualité de réalisation est indiscutable, les matériaux riches, la lumière entre à flots par les grands hublots de coque verticaux, et la sellerie est des plus moelleuses. On ressent une petite gêne dans ces cabines : peut-être un design plus torturé, plus chargé, moins fluide que sur la plate-forme. Les trop nombreux miroirs ne font pas qu’embêter le photographe ; ils donnent une impression de palais des glaces un peu kitsch. Mais ce ne sont là que des impressions subjectives. Le chantier se fait fort de réaliser l’intérieur de chacun à la demande.

Inspiration design - De Norman Foster à Guggenheim ?
Alors, plutôt que de regarder le Wave 50 comme un OFNI égaré à quelques mètres de la fameuse Croisette, nous pouvons comparer, en toute liberté, ce catamaran à d’autres réalisations. On pense d’abord au célèbre designer britannique Lord Norman Foster et son superyacht Ocean Sapphire, dont la ligne de roof se prolonge elle aussi jusqu’à l’étrave tandis que les marches s’envolent sans interruption de la mer au flybridge. L’audace générale des lignes et le roof entièrement recouvert de vitres à effet miroir ne sont pas sans nous rappeler l’AIR 77 d’Oxygene Yachts, qui avait, lui, défrayé la chronique cannoise lors de l’édition 2013. Dans la lumière magique des matins de la French Riviera, les reflets du soleil sur les grands vitrages du rouf sont presque semblables à ceux du fameux musée Guggenheim de Bilbao – on a affaire au génie de Franck Gehry. L’objectif n’est pas ici de faire passer le Wave 50 pour une œuvre d’art, mais bien de livrer quelques pistes quant à l’inspiration de ce projet.
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AIR 77 - Ocean Sapphire - Le musée Guggenheim de Bilbao
Conclusion
Avec ce 50 pieds détonnant, Wave Catamarans a souhaité marquer les esprits – le but est atteint. Ce cinquante pieds n’est pas seulement un concept de boat show, mais bien un vrai voilier capable de faire le tour de l’Europe par la mer pour sa première navigation. Une version Breeze plus performante est dans les cartons, mais surtout, un 60 pieds sur le même concept serait en fabrication. Trois mètres de longueur en plus qui pourraient affiner la ligne générale et finir de convaincre les plus conservateurs.
Les + :
+ Design extérieur et intérieur audacieux et rafraîchissant
+ La notion de navigation à la voile n’a pas été oubliée
+ Le très beau cockpit avant, ombragé et équipé
Les - :
- Mécanique de plate-forme arrière très basse sur l’eau
- Silhouette massive sous certains angles
- Cabine équipage minimaliste à l'arrière tribord
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Wave Catamarans
Architectes : Wave Catamarans
Design : Agneszka Bona
LongueurHT : 17,60m
Largeur : 9,20 m
Tirantd’eau : 1,30m
Grand-voile : 70 m2
Génois:69m2
Trinquette (option) : 18m2
Gennaker (option) : 185m2
Spinnaker (option) : 220m2
Motorisation : 2x60 CV Volvo Penta D2-60
Carburant : 3 x 372 l
Eau : 2 x 340 l
Homologation CE : A
Prix : sur devis (version essayée : 1 300 000 € HT)










