La construction navale polonaise n’a plus à faire ses preuves, mais son développement dans le domaine des multicoques est récent. Nous avons eu la chance de découvrir le dernier-né du chantier Wave, un 58 pieds, avec lequel nous avons pu naviguer à son bord avant son départ pour la Caraïbe.
Infos pratiques
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Un chantier créé par des passionnés
Le chantier Wave Catamarans a été créé en 2010 à Szczecin, le troisième port de Pologne ouvert sur la Baltique via le fleuve Oder. Zbigniew Lodyga (responsable du design team) et Bartosz Puchowski en sont les fondateurs et propriétaires. Le cahier des charges et la philosophie du bateau ont été élaborés avec Mieczysław Szwed, architecte et marin expérimenté. La construction s’est effectuée en coopération avec Bartosz Puchowski et Tomasz Gackoski, spécialistes des composites. Les deux unités produites sont des one-off en sandwich airex/époxy, et le souhait du chantier est de poursuivre une production à l’unité sans moules femelles. Interrogée, l’équipe de Wave est persuadée de pouvoir gagner encore une demi-tonne sur le prochain bateau. Dans les parties visibles, on observe une très bonne qualité de fabrication du composite.

La Pologne, nouvel atelier de l’Europe nautique
En toute discrétion, les chantiers polonais se sont hissés sur une position enviable d’acteurs essentiels de la production européenne de bateaux de plaisance. L’histoire a débuté au début des années 90, et le mouvement s’est accentué à partir de 2007 avec l’entrée franche de la Pologne dans l’économie de marché. Le pays devient rapidement leader du segment des unités à moteur de moins de 10 m en sous-traitant pour de nombreuses marques internationales comme Jeanneau, Bénéteau, Quicksilver… ou la construction de monocoques voiliers de plus grandes tailles avec Hanse ; d’autres implantations sont en cours. Le pays crée aussi ses propres marques et chantiers comme Delphia ou Maxus, qui s’enhardissent sur les salons européens de Düsseldorf et Paris avec des modèles accessibles. Galeon, Conrad ou YBM sont, eux, ancrés dans la tradition de construction navale d’unités de grande taille, voire de super-yachts. Le segment multicoque s’éveille, tiré en avant par la locomotive Sunreef, spécialisée dans les Multiyachts, mais plusieurs marques internationales construisent également en Pologne, comme Broadblue ou Rapier (pour les modèles jusqu’à 12 m).

Architecture et design extérieur
La silhouette du Wave 58’ Breeze (nom du restyling 2016) est élégante. Elle s’affranchit résolument des tendances actuelles en offrant des lignes inspirées du design "bionique" des années 90’ (ce n’est pas péjoratif, l’architecture n’a pas d’âge !) avec un roof en sifflet très prononcé. La stylique des coques est extrêmement originale et semble influencée par le travail de Phil Morisson ou John Shuttleworth, qui donna naissance aux Novara 44’ et 50’ de Martin Mai (sans le prolongement wave piercing, caractéristique de ces réalisations audacieuses restées, hélas, confidentielles). Les concepteurs du Wave 58’ ont conservé un important frégatage qui surplombe un bordé très rond, celui ci se comporte en partie inférieure comme un redan évolutif raccordé à des carènes fines. Structurellement, cette forme en coquille d’œuf autoporteuse permet de diminuer les renforts intérieurs en gagnant du poids et du volume ! La tonture marquée du pont fusionne à l’arrière avec des jupes élégamment dessinées, et à l’avant avec des étraves droites classiques sans volume tulipé. La hauteur de nacelle est tout à fait satisfaisante, et le tunnel est fluide sans décrochés de bordés toujours sonores et préjudiciables aux performances. Contrairement au premier Wave 58’ de 2011, qui disposait d’un poste de pilotage central sous le bimini rigide, l'évolution 2016 intègre un flybridge. Cette greffe architecturale audacieuse reste assez habile, puisque le chantier est parvenu à conserver une hauteur d’ancrage de vit de mulet tout à fait acceptable en abaissant le plancher du poste de barre à un niveau intermédiaire.

Plan de pont
En position d’amarrage long side, l’accès à bord depuis le quai est rendu quelque peu acrobatique par l’étroitesse relative des marches de jupes et l’arrondi du bordé qui éloigne le flotteur du quai ; l’arrivée en annexe ne pose en revanche aucun problème. Une fois à bord, la passerelle arrière constitue un chemin transversal très agréable, bordé par un garde-corps rigide en inox d’excellente facture ; un accessoire très pertinent pour prévenir les chutes à la mer autour de cette zone d’échange fréquentée ! L’accès à la plate-forme hydraulique Tenderlift bénéficie aussi de cet environnement sécurisé et d’une remarquable intégration dans la structure. Au-delà de ce volume de transition se trouve le salon de cockpit constitué d’une banquette magistrale tournée vers l’avant, face à une belle table en bois verni autour de laquelle 6-8 personnes peuvent dîner. Deux larges sofas latéraux ceinturent cet espace dont le sol est constitué d’un plancher latté de teck. La cabine équipage dispose d’une descente privative depuis le cockpit. Les passavants sont larges, pratiques et confortables, malgré la présence d’une cadène de bas hauban, l’accès au toit du roof par deux escaliers latéraux est cohérent. La fargue de pont constituée d’un tube inox boulonné (donc des perçages !) permet de fixer les pare-battages, mais elle n’est pas jolie ; un élément composite collé serait plus adapté et étanche à long terme. L’escalier d’accès au flybridge réclame une certaine agilité, mais il a le mérite d’être discret, la banquette en large U ceinture le poste de pilotage et la barre à roue implantée sur une console porte-instruments ; la visibilité est parfaite, mais l’ergonomie de manœuvre souffre de positions de winchage peu adaptées aux efforts d’une telle unité. Le bimini articulé semble fragile et exposé. Le winch (électrique) et les bloqueurs de drisses sont implantés en façade dans le cockpit sous le poste de barre, c’est bien pour la communication avec le barreur, mais la visibilité sur les actions est limitée, et oblige à de fréquents allers-retours lors des phases de transition.

Un design intérieur contemporain et des volumes convaincants
L’espace cockpit est parfaitement protégé du vent et de la pluie par des pare-brise amovibles frontaux ; la communication est aisée avec le poste de barre. L’accès vers le salon de pont s’effectue par deux baies coulissantes de part et d’autre de l’accès au flybridge. A l’intérieur règne une ambiance très design qui convoque habilement des influences nordiques. Verre, acier brossé, laque noire profonde et meubles blancs jouent de contrastes ; le sol en bois naturel clair et la sellerie de belle facture concrétisent une ambiance douillette et chaude au sein d’une décoration soignée. La visibilité panoramique est réelle, mais l’inclinaison des pare-brise nécessite des protections solaires efficaces. Le volume perçu est plutôt en retrait par rapport aux dernières tendances du marché, une conséquence de l’implantation des deux cabines transversales dans la partie avant de la nacelle. Cette unité destinée au charter est pourvue de 3 cabines doubles plus une double single, et d’un vrai logement équipage. Les 4 cabines bénéficient d’un très bon niveau d’équipement et de toilettes douches privatives. La lumière naturelle entre à profusion à travers les puits de lumière verticaux au design créatif et efficace (installation d’excellente facture vue aussi sur l’Xquisite X5) ainsi que par les panneaux de pont. L’éclairage électrique indirect par bandeaux à leds ou par dalles luminescentes de plafond soutient une atmosphère Art déco réussie et originale. Les têtes de lit textile en toile écrue apportent une note chaude à cet environnement au style dépouillé, mais séduisant.

Implantation mécanique
Les deux moteurs Volvo de 55 CV avec transmissions saildrive sont implantés dans des cales insonorisées. Il y a la place pour l’option 2 x 75 CV, qui pourra s’avérer utile pour certains programmes. Les accès à la tablette structurelle du tube de jaumière et au secteur de barre (hydraulique) sont bons et les implantations techniques lisibles, mais on aimerait, là comme dans la soute de bras avant qui accueille les groupes électrogènes, plus de rigueur dans la présentation des chemins de câbles.
Essai en mer
Malgré la présence d’un équipement luxueux, d’une annexe lourde, de l’air conditionné et de 2 génératrices, le Wave 58 s’avère immédiatement véloce, comme le laissaient augurer les lignes d’eau et l’assiette. Avec 12-13 nœuds de vent, la vitesse s’installe entre 8 et 9 nœuds réguliers sous grand-voile et génois au reaching. Le bateau monte bien au près, et l’attitude dynamique est bonne avec un équilibre d’assiette remarquable. La mer est peu agitée, mais le relief est suffisant pour mettre en valeur un passage agile dans le clapot et une foulée soutenue. La fluidité aérodynamique y contribue probablement, mais l’hydrodynamique réussie et le poids de construction maîtrisé trouvent ici leur traduction. Les mouvements de plate-forme restent agréables, sans amplitude de tangage ou de roulis. La manœuvre de ces grandes voiles à l’aide de winches manuels nécessite une réelle motivation, d’autant que les renvois d’angles liés à la modification flybridge ne simplifient pas la cinématique. Il paraît évident qu’il faut upgrader et assister (hydrauliquement ou électriquement) les winches de grand-voile et génois, ou embarquer un grinder en préparation olympique. Bien dégagés de la côte, c’est le moment d’envoyer le gennaker de 170 m2 ; immédiatement, la glisse se fait plus régulière et la vitesse augmente pour se stabiliser sur un palier 10-11 nœuds remarquable avec 13-14 nœuds réels. Le Wave 58’ ne traîne pas d’eau et a confirmé ses bonnes dispositions au portant lors d’une traversée Canaries-BVI en accomplissant plusieurs journées à plus de 200 milles par jour en équipage familial. La barre hydraulique reste assez floue, comme la plupart des équipements de ce type, heureusement, le bateau va droit, bien calé sur sa trajectoire, et ne fera pas souffrir le pilote. La visibilité depuis le poste de barre est excellente. Le Wave 58 est généreusement toilé, pourtant, le mât Sparcraft à double losange avec bas haubans, galhaubans et étai reste imperturbable. Les winches (manuels) d’écoutes de gennaker sont positionnés dans le cockpit, un équipier est donc mobilisé en bas pour le réglage, c’est peu pratique. La galette de stockeur est une belle mécanique Facnor, malheureusement sous-dimensionnée pour une telle puissance, ce qui rend l’enroulement acrobatique. Le bout dehors mériterait également un tube d’inertie supérieure.

Conclusion
Le Wave 58 dispose d’atouts évidents : son hydrodynamique est performante, la construction est remarquable (l’emploi de résine époxy optimise les qualités mécaniques et le vieillissement) et les qualités nautiques sont au rendez-vous. Le design intérieur et la qualité de fabrication sont dans le coup. La plate-forme attend un plan de pont digne d’elle et une ergonomie de manœuvre repensée pour affirmer ses atouts et convaincre !
1 : L’étroitesse des sections arrière surprend, mais traduit la finesse globale de la carène.
2 : Les bordés arrondis sont caractéristiques de ce catamaran, cette forme est structurellement intéressante (solidité de la coquille d’œuf) et esthétiquement séduisante.
3 : Les découpes de puits de lumière verticaux sont parfaitement intégrées dans le bordé et procurent un éclairage naturel original à l’intérieur.
4 : L’intégration du Tenderlift est parfaitement réalisée ; la sécurité de la zone arrière est renforcée par un balconnage tubulaire de bonne facture.
5 : Le plancher teck est agréable à l’œil et sous les pieds, bien que consommateur d’une essence rare.
6 : Cette forme de roof en sifflet est aérodynamiquement vertueuse et agréable pour le coup d’œil, elle implique de protéger l’intérieur de l’exposition solaire et ne simplifie pas le remplacement des pare-brise plexiglas.
7 : Une grand-voile de 106 m2 et un génois à recouvrement traduisent l’ambition d’un catamaran puissant, mais l’absence d’asservissement du plan de pont rend la manœuvre physique.
8 : Les renvois d’angles à 90° créent une cinématique d’écoute complexe, surtout avec des winches manuels.
9 : La position de barre est bonne, la visibilité panoramique excellente, mais l’absence de retour de sensation de la barre hydraulique pénalise le plaisir de pilotage.
10 : L’ajout d’un flybridge sur une plate-forme existante est complexe, Wave a réussi une intégration assez habile, mais il faut améliorer le bimini repliable et assister les manœuvres.
Le mot de l'architecte d'intérieur Agnieszka Bona

L'idée de la conception intérieure du Wave 58’ était de créer un catamaran qui combine l'esprit sport-navigation avec le luxe. Nous avons donc recherché un intérieur sobre et élégant pour plaire aux amateurs de voile. L'architecture intérieure est chaleureuse et accueillante. Avec des finitions alliant le bois naturel, les éléments foncés et clairs, nous voulions une atmosphère moderne et fraîche, mais également chaleureuse à l'intérieur du bateau. L’idée était de créer un look inoubliable et exceptionnel avec des finitions modernes et des éléments d’avant-garde capables de surprendre. Nous avons mélangé les surfaces brillantes et mates qui donnent une tendance "chic" ; la sellerie et l’éclairage adoucissant la perception. Le salon de pont est un volume fonctionnel divisé en un espace d’accueil assis et une cuisine dotée d’un équipement standard élevé et de beaucoup de place. Le carré est confortable avec une table élégante qui peut être utilisée comme salle à manger. Les cabines sont lumineuses et spacieuses. Les grands hublots et l'éclairage travaillé donnent aux cabines beaucoup de lumière naturelle pendant la journée, et une lumière indirecte créatrice d’atmosphère après le coucher du soleil.
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Wave shipyard Szczecin (Pologne)
Architecte : Wave Catamarans
Design intérieur : Agnieszka Bona
Longueur : 17,6 m
Largeur : 9,2 m
Poids lège : 17,5 t
Plan anti dérive : Ailerons
Surface grand voile : 106 m2
Génois : 67 m2
Gennaker : 170 m2
Spinaker : 250 m2
Motorisation : Volvo Penta D2 55 CV saildrive
Gasoil : 2 x 400 l
Eau : 2 x 600 l
Eaux noires : 2 x 200 l
Matériau de construction : Sandwich mousse airex/verre/époxy en partie sous vide
Prix hors taxes : 1 000 000 euros, version de base
Prix hors taxes du bateau essayé avec toutes les options : 1 250 000 euros

PLUS
- Composite époxy
- Catamaran véloce
- Silhouette et design intérieur
MOINS
- Plan de pont peu pratique
- Absence de visibilité depuis le winch de drisses
- Présentation et lisibilité des réseaux techniques à rationaliser