Un an après le lancement de son premier catamaran, le jeune constructeur Windelo, très impliqué dans la construction et la navigation écoresponsable, a mis à l’eau son deuxième modèle, le Windelo 54. Avec 1,22 m de coques en plus comparé au 50, ce 54 conserve pour le reste des caractéristiques assez proches de celles de son petit frère… avec un confort et des performances encore revus à la hausse !
Lieu de l’essai : La Grande-Motte (France)
Conditions : vent de 5 noeuds, mer calme
Infos pratiques
- Le chantier : Windelo 54 Yachting
- La fiche technique
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Nous avons pu découvrir le Windelo 54 Yachting lors du dernier International Multihull Show à La Grande-Motte en avril dernier. Dans sa robe grise, le catamaran a fière allure ; il reprend le design du 50 avec des coques fines mais hautes, des étraves sensiblement inversées et des imposants vitrages de nacelle, tous verticaux. Voilà pour les grandes lignes de ce dessin de Christophe Barreau. La construction est très innovante, avec l’emploi de fibre de basalte et d’une mousse PET (issu du recyclage de bouteilles en plastique/PVC). Le chantier estime son impact carbone réduit de 47 % grâce à l’usage de ce matériau, mais aussi à la fabrication interne et à un approvisionnement local.

La promesse du constructeur d’atteindre les 20 noeuds en navigation n’a rien d’utopique : le Windelo 54, la veille de notre essai, a été flashé à 17,5 noeuds…
Propulsion électrique hybride
Le constructeur a évidemment opté pour des moteurs électriques – ici 2 x 20 kW et divers moyens de charge. On peut compter pour commencer par un imposant parc de panneaux solaires de 4 500 Wc. Le constructeur annonce une recharge de 20 à 80% du parc batteries (1 120 Ah en 48 V) en 22 heures, soit 1,8 jours. A bonne vitesse (11 noeuds) à la voile, l’hydrogénération peut recharger tout le parc batteries en 24 heures. Théoriquement, ce parc batteries est capable d’alimenter les deux moteurs à 8 kW chacun pendant un peu plus de trois heures. La vitesse est la donnée clé de l’autonomie : à 4 noeuds, on parvient à naviguer 50 milles. Mais si on pousse à 8,5 noeuds, les batteries sont vides après seulement 8 milles parcourus… Le constructeur promet tout même 4 heures par jour à 6 noeuds ; avec une bonne journée ensoleillée et quelques heures de navigation à la voile, il doit être possible d’assurer de telles traites quotidiennes au moteur, et même de conserver assez d’énergie pour alimenter les autres équipements du bord. Le principe est bien sûr de retarder la mise en route du générateur – ce dernier, à lui seul, garantit une autonomie de 1 100 milles de route au moteur. Cette installation se veut donc le plus green possible tout en conservant une marge de sécurité indispensable dans la cadre d’un projet hauturier.
Un seul regret : la liste d’options propose de nombreux équipements tels que le chauffage diesel ou des hors-bords thermiques, qui selon nous font un peu désordre dans une philosophie forever green. En revanche, le constructeur a veillé à ce que l’ensemble des organes techniques de ce catamaran soient faciles d’accès.
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On retrouve le solent autovireur, la nacelle très reculée et les jupes arrière ajourées déjà adoptés à bord du Windelo 50.
Le pontage avant fait la part belle aux deux trampolines.
La nacelle est logiquement investie par les panneaux solaires – jusqu’à 4 500 Wc.
Des emménagements ouverts sur l’extérieur
Le relevage (au winch) de la grande porte basculante – 4,90 m de large par 1,90 m de haut ! – permet d’ouvrir complètement le catamaran vers l’extérieur. Le constructeur recommande de naviguer avec ce grand panneau fermé ; on conserve une porte classique pour évoluer entre le cockpit et la nacelle. Cette immense pièce manque semble-t-il un peu de rigidité, mais elle a le mérite de s’intégrer parfaitement dans le plafond. En standard, le Windelo 54 est équipé d’une double porte coulissante. Dans tous les cas, les baies vitrées latérales sont ouvrantes, ce qui permet de réguler l’aération en fonction des conditions météo du moment. A l’arrière, on retrouve deux jupes et une belle plate-forme de 4,10 m ; elle se relève électriquement. Il ne reste plus qu’à relever les bossoirs et l’annexe – au winch, cette fois. Le cockpit arrière proprement dit se limite au passage arrière – il est toutefois possible d’installer une table supplémentaire. Même si les dérives sont positionnées au quart intérieur de la largeur des passavants, la circulation reste aisée et sécurisée par de nombreuses mains courantes. A l’avant, les coffres sont aussitôt suivis par deux imposants trampolines.
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Même remontées, les dérives ne gênent pas la circulation sur le pont, car les passavants restent très larges.
En option, la porte basculante permet d’ouvrir complètement la nacelle. Il est également possible d’escamoter les vitrages latéraux.
Cuisine en U ou en L
La nacelle offre 1,90 m de hauteur sous barrot. Comparé au 50, le Windelo 54 offre 50 cm en plus dans les coques avant – exploitables pour le stockage et la cabine skipper – et 60 à l’arrière – ceux-là sont mis à profit par la nacelle et les cabines arrière. Notre modèle d’essai dispose d’une gigantesque cuisine en U – on peut aussi opter pour une configuration en L. Le carré est décalé à tribord, ce dernier présente une table de 139 x 80 cm en mesure d’accueillir 6 personnes. Une rallonge permet de pousser à 10 convives, mais la circulation est alors quelque peu entravée dans la nacelle. A bâbord, on découvre une vaste méridienne (117 x 200 cm) parfaite pour la veille – la table à cartes est installée juste devant, dans le sens de la marche. Les coques abritent trois ou quatre couchettes. On relève ici 2 m de hauteur sous barrot. L’aération, en plus des nombreux panneaux ouvrants, a été particulièrement étudiée, avec des extracteurs d’air. Les cabines arrière adoptent des couchages de 200 x 160 cm travers à la marche. Les grands hublots d’angle déjà présents à bord du Windelo 50 sont au rendez-vous – ils offrent une vue incroyable sur la mer depuis le lit. A l’avant, les couchages sont logiquement plus étroits – ils conservent tout de même 1,30 m de largeur aux pieds, mais pas question d’island beds… Les trappes de survie sont astucieusement exploitées comme hublot supplémentaire à l’intérieur des coques.
Quelques détails visuels de finition et autres angles vifs méritent d’être revus, mais dans l’ensemble, l’intérieur du 54 est très séduisant. La finition Yachting propose de nombreux éléments plus confortables, comme la sellerie, mais aussi un gréement anodisé en blanc, un revêtement personnalisé de coque, et toutes sortes de prestations proposées en option par la finition Adventure.
La particularité du Windelo est son poste de barre en pied de mât. Une vaste zone tout à l’avant de la nacelle est donc dédiée aux manoeuvres (elles reviennent sur trois winches, entre les deux barres à roue) ; elle peut être ouverte sur la plage avant et la nacelle, ou complètement fermée, selon les conditions. Les principaux avantages de ce cockpit avant sont d’abord une prise directe avec le plan de voilure, avec une réduction des longueurs de bouts et des frottements, mais aussi la possibilité de manoeuvrer au sec. La convivialité n’est pas exclue avec deux assises d’angle.
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Le carré permet de réunir 6 convives – voire 10 en utilisant la rallonge ou des tabourets supplémentaires.
La cuisine décalée sur tribord peut être agencée en U ou en L.
Une table à cartes est aménagée face à la route ; une découpe dans la cloison permettrait de voir le plan d’eau devant les étraves.
Les chiffres du constructeur pour mieux comprendre



Temps de charge parc 48 V de 20 à 80 %* de charge
- Panneaux 4 500 Wc : 1,8 jours (22 h de charge)**
- Panneaux 3 300 Wc : 2,4 jours (29 h de charge)**
- Hydrogénération 11 noeuds sous voile : 1 journée complète de navigation
(*) Considérant que la plage de décharge/charge se situera entre 20% (minimum constructeur) et 80% (idem automobile) pour une longévité optimale des batteries.
(**) Données équipementiers tenant compte du rendement effectif.
Ces temps de charge batteries affichés sont théoriques, sur la base de périodes de charge et de décharge distinctes comme ce serait le cas pour une voiture, et sans considérer que les différentes sources d’énergie viennent à se cumuler (solaire, hydrogénération, avec la possibilité d’ajouter en sus des éoliennes par exemple pour diversifier apports en énergies vertes). Dans son usage réel, le catamaran est dans un scénario de charge et de consommation en simultané. L’essentiel réside donc dans le fait d’avoir un équilibre énergétique faisant usage du mix énergétique que l’on choisira.
Pour illustrer la data ci-dessus, voici quelques scénarii en utilisation réaliste :
Ces exemples de consommation développés par le Bureau d’études (et confirmés par les datas d’utilisation réelle) montrent que :
- Un Windelo 54 équipé de 4 500 Wc de panneaux solaires produit 18 kWh via le solaire par jour (calcul tenant compte du rendement indiqué par l’équipementier).
- La consommation des équipements de bord + de navigation représentent 13 kWh (pilote compris) par jour.
- La consommation en croisière sous moteurs électriques est de 5 kWh par moteur.
- Si on ne fait pas de moteur, on consomme seulement les 2/3 de ce que peuvent produire les panneaux sur 24 h (vie à bord incluant dessal etc et équipement de navigation). Le bilan énergétique est donc positif à hauteur de 5 kWh (redonnant 30 min d’autonomie full électrique au moteur).
- Le solaire étale donc l’équipement de navigation (pilote compris) et toute la vie à bord en étant très généreux sur les équipements en fonctionnement.
Scénario 1
Journée de navigation côtière sans vent :
En partant pour une journée de navigation avec un parc de batteries rechargé (donc 48 kWh de capacité batterie disponible avant rechargement) nous pourrions, notamment en l’absence totale de vent, naviguer en moyenne 4 h au moteur à une vitesse de 6 noeuds. Dans le cadre d’une journée ensoleillée, nous rechargerions en parallèle nos batteries grâce au solaire pouvant étaler la vie à bord et équipements de navigation. En fin de journée si l’on souhaitait recharger le parc batteries pour bénéficier à nouveau de 4 h de moteur le lendemain, il faudrait déclencher le générateur (pas plus de 40 minutes – 2,2 litres de gazole) ou la prise de quai (à partir de 5h).
Scénario 2
Journée de navigation côtière avec navigation à la voile :
Imaginons un départ pour une journée de navigation avec un parc de batteries rechargé où nous utilisons les moteurs 2 h (20 000 Wh consommés) pour quitter le port ou le mouillage avec une utilisation classique des équipements de navigation et de vie à bord (13 600 Wh consommés). Les bonnes conditions de vent nous permettent de naviguer à 11 noeuds et ainsi d’hydrogénérer 1 500 kWh. 4 h d’hydrogénération et la production de 18 000 Wh par le parc de panneaux solaire permettront d’arriver tous les soirs au mouillage avec des batteries pleines.
Scénario 3
Traversée hauturière (Par exemple 5 jours de navigation entre Las Palmas et le Cap vert) :
Imaginons un départ batteries pleines et sans vent avec une utilisation des moteurs électriques pendant 4 h à 6 noeuds, puis navigation à la voile par la suite. Les parcs batteries seraient pleinement rechargés au bout de 30 h d’hydrogénération, tandis que l’équipement de navigation et de confort s’étale tous les jours par les panneaux solaires. Nous avons donc un multicoque totalement autonome en énergies vertes et de nouveau 4 heures d’autonomie moteur pour rejoindre le quai.
Bientôt des pointes à 20 noeuds !
La place où est amarré le Windelo 54, coincée entre un angle de ponton et la jetée ouest du port, est une excellente occasion de jauger de la maniabilité du grand catamaran. L’équipage Windelo est jeune et dynamique ; les aussières sont récupérées prestement, et Julie Rosière, responsable marketing et communication du chantier, se place au bon endroit avec son pare-battage volant. Le Windelo parvient à effectuer son créneau et à pivoter sur lui-même. Dehors, la mer est particulièrement calme et le vent n’excède pas 5 noeuds.
Avec sa grand-voile à corne de près de 100 m2 et son grand gennaker de 169 m2, le Windelo 54 parvient à glisser à 4 noeuds. La veille, le vent était bien plus soutenu ; l’anémo affichait entre 15 et 22 noeuds réels et le catamaran s’est offert un long bord sous Code 0, lancé entre 16 et 17,5 noeuds. Sous GV et solent au bon plein, la vitesse était encore de 12 noeuds. Le constructeur promettait des pointes à 20 noeuds – une performance en effet à la portée du 54. Les dérives sabres permettent de pratiquer un bon près serré et facilitent les relances à l’issue des virements de bord – le catamaran ne part pas en crabe à faible vitesse, mais bien sur le nouveau cap.

Façon Gunboat, le cockpit avant concentre toutes les manoeuvres et le poste de barre.
Conclusion
Le chantier Windelo – tout comme Vaan Yachts – tient une place à part sur le marché des multicoques : ce nouveau constructeur a dès le départ placé le respect de l’environnement comme une priorité.
Le Windelo 54, avec ses nouveaux matériaux recyclables et moins polluants, démontre que des évolutions importantes sont possibles dans la construction. Quant à l’usage, le 54 joue toujours la carte green avec une motorisation électrique et des systèmes de production aboutis. Ce premier modèle sera exploité en charter au départ de Hyères, ce qui démontre que la navigation green n’est pas seulement destinée et réservée à une clientèle de propriétaires engagés.

Cette grande méridienne est idéale pour se reposer ou s’installer pour la veille.
LES + :
+ Excellentes performances
+ Poste de barre/manoeuvres très convaincant
+ Possibilité d’ouvrir la nacelle
+ Hublots d’angle des cabines arrière
LES - :
- Nombreuses options peu écoresponsables
- Manque de rigidité de la porte basculante
- Niveau général de finition à améliorer
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Les cabines arrière sont équipées de couchages transversaux et d’un hublot d’angle – ce dernier offre une vue imprenable.
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Windelo
Architecte : Christophe Barreau
Matériau : sandwich basalte et mousse PET/PVC
Longueur : 16,46 m
Largeur : 7,98 m
Déplacement : 12,80 t
Tirant d’eau : 1,05/2,35 m
Grand-voile : 98 m2
Solent : 45 m2
Gennaker : 169 m2
Motorisation : 2 x 20 kW
Parc batteries : 1 120 Ah en 48 V
Générateur : 1 ou 2 x 18 kW
Carburant : 550 l
Eau : 400 l
Prix : 1 175 000 € HT
Prix du catamaran essayé : 1 277 160 € HT
Principales options en € HT
Pack électronique B&G : 18 900
Hélices trois pales repliables : 4 450
Balcon avant avec assise : 2 350
2 projecteurs sous-marins : 2 350
Mât carbone : 94 900
Bôme carbone : 21 900
Poutre longitudinale en carbone : 9 900
Bout-dehors en carbone : 1 900
Pack GV à corne et solent autovireur en Hydranet : 17 550
Code 0 sur emmagasineur et accastillage : 11 625
1 winch électrique 50 : 2 650
Panneaux solaires souples 4 500
Wc : 38 900
Dessalinisateur 50 l/h : 9 450
Table de carré modulable électrique : 2 300
4 poufs dans le carré : 1 560
Coussins de cockpit avant : 3 250
Equipement sécurité 8 personnes : 3 850
Pack annexe 3,50 m avec HB 20 CV : 9 450
Antifouling : 3 950
Kit amarrage : 1 950
Préparation, mise à l’eau, mise en service : 7 500
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A l’avant, les trappes de survie sont exploitées comme des hublots… entre les coques.











