Ce titre colle parfaitement au powercat que nous essayons ici, puisqu’il est issu d’un poème de Charles Beaudelaire dont le titre est L’Invitation au voyage – les vers devenus célèbres et source de multiples œuvres et inspirations sont précisément : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté. » C’est donc exactement le sentiment que nous avons ressenti au large de Cannes à bord du 60 Sunreef Power Eco #2. Ce powercat aussi glamour qu’exclusif valide une motorisation électrique aboutie et bien sûr silencieuse dont nous avons souhaité comprendre les particularités techniques, et tenté d’évaluer le caractère écologique et économique.
Infos pratiques
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Conditions : petit clapot court, 5 à 8 nœuds de vent
Nous aurions bien souhaité essayer le premier exemplaire de ce 60 Sunreef Power Eco, mais cela n’a pas été possible pour des raisons de calendrier. C’est un peu dommage, car la coque #1 est la propriété du pilote de Formule 1 Fernando Alonso… De plus, elle est couverte de panneaux solaires sur les flancs, contrairement au modèle que nous découvrons aujourd’hui à Cannes sur la jetée Albert 1er, dont seuls le T-Top et le tour de casquette de rouf sont équipés. La comparaison aurait été instructive… Qu’à cela ne tienne : Alexander, le Propriétaire de ce deuxième 60 Power Eco, nous accueille chaleureusement à bord. Très enthousiaste quant à son nouveau Sunreef qu’il a d’ailleurs baptisé Double Happiness, il va nous livrer son intéressant témoignage – à même de dissiper nos frustrations journalistiques. En ce qui concerne le look, le 60 que nous découvrons se positionne plutôt comme moderne et à la dernière mode ; la teinte anthracite métallisé pour la coque et noir laqué pour les superstructures est du plus bel effet. On remarque donc à peine les fameux panneaux solaires intégrés sur le côté du roof. Noir sur noir, on n’y voit que du… noir. Et c’est justement pour préserver ses coques anthracite qu’Alexander a décidé de ne pas les équiper de panneaux solaires, lesquels selon lui ressortent trop à son goût et nuisent à l’esthétique générale. C’est évidemment un peu dommage de se passer de cet apport d’énergie verte – nous y reviendrons plus loin.
Plusieurs sites de production
Sunreef Yachts exploite désormais deux chantiers navals à Gdansk couvrant 125 000 m², et un nouveau chantier naval de 65 000 m² à Ras Al Khaimah, aux Emirats arabes unis. Le constructeur emploie désormais près de 3 000 personnes dans le monde. Depuis le lancement de la nouvelle gamme dont fait partie le 60, on compte pas moins de 50 unités mises à l’eau toutes tailles et tous genres (voile ou moteur) confondus.
Deux 100 Power ont été livrés, un 35 mètres est en cours de finition, et une nouvelle gamme, Ultima, va bientôt faire son apparition. Côté Eco, plusieurs exemplaires de 60, 70 et 80 ont été livrés aussi bien à voile qu’en version Power. La construction des coques en composite fibre de verre/résine/balsa est assurément robuste, d’autant que certaines parties structurelles, comme des cloisons ou liaisons, sont encore renforcées par de la fibre de carbone. Les panneaux solaires intégrés dans la structure sont le résultat d’un développement interne breveté. Ce procédé a permis de se débarrasser des problèmes de chaleur générés parfois par les panneaux photovoltaïques traditionnels. Le devis de poids n’est pas communiqué par le chantier, mais, à n’en pas douter, les échantillonnages sont conséquents. La synchronisation entre le bureau d’études et les ateliers est un point fort chez Sunreef, autorisant de confectionner des intérieurs sur mesure qui permettent de s’adapter aux desiderata du commanditaire. Pour les clients potentiels, il s’agit sans doute du meilleur atout dont dispose le chantier : la marque se targue en effet de n’avoir jamais construit deux unités similaires du même modèle – à l’exception cependant de catamarans appartenant à une même flotte et destinés principalement au charter. Sunreef doit sans doute son succès à sa capacité à customiser ses modèles. Le Power 100 #2 amarré juste à côté du 60 démontre à lui seul ce savoir- faire du chantier, avec une décoration très personnalisée et un aménagement qui intègre un fumoir-boudoir sur le flybridge !
Des espaces de détente bon chic bon genre
La grande largeur (10,70 m) procure à la nacelle une surface très importante. Toute la longueur est exploitée, ce qui offre une surface disponible impressionnante – en extérieur comme à l’intérieur. Plusieurs plans d’aménagement sont prévus pour respecter les contraintes structurelles. On compte ainsi trois à cinq cabines, une cuisine dans une coque ou sur le pont, et toujours deux cabines d’équipage – une à l’arrière (éventuellement contiguë à la cuisine) et une dans un des pics avant. Notre modèle d’essai est destiné à un usage plutôt privé, mais le Propriétaire, qui souhaite rejoindre le Portugal puis les Caraïbes cet hiver avec sa famille de six personnes, n’exclut pas quelques semaines d’exploitation en charter de luxe. L’équipage est composé de trois personnes (skipper, chef et hôtesse-marin) de manière à assure un niveau de service de standing dans cette catégorie.
La cuisine de Double Happiness a été installée dans la coque tribord, en face d’une cabine d’équipage. Le salon reçoit une très grande table pour les repas et un coin lounge avec canapé-sofa super agréable. Sur l’avant, une porte hydraulique donne accès à un cockpit et au bain de soleil. La décoration, dans les teintes de noyer mi-foncé pour les boiseries, d’anthracite mat pour les laques et enfin noires veinées pour les plans de travail en quartz, est contrastée avec le crème des selleries et des draperies. Les boiseries sont dotées de mini-sculptures qui rehaussent le côté douillet faisant souvent défaut aux intérieurs très (trop ?) design. A l’extérieur, le très grand flybridge aménageable à souhait est un must dans cette taille. La grande plate-forme de bain hydraulique et une plage avant avec salon et solarium offrent des espaces grandioses à tout moment de la journée. Cerise sur le bateau, une palanquée de jouets dont l’incontournable e-foil électrique équipent les coffres. On dispose même à bord de vélos de plage à pneus ballons.
Un cahier des charges bien spécifié
Au niveau technique, tout est également paramétrable en fonction du programme du client. On se souvient que Rafael Nadal avait voulu une motorisation puissante sur son 80 lui permettant de tutoyer les 18 nœuds. Un autre 80 se contentait de deux fois moins de puissance pour naviguer à 10 nœuds en croisière. Fernando Alonso avait déclaré que, pendant ses loisirs, la vitesse ne l’intéressait pas, seule la détente était primordiale. Eh bien, Alexander a, lui aussi, exercé son influence dans la sphère Sunreef avec des caractéristiques dimensionnées à sa mesure. Les deux moteurs électriques de 120 kW permettent ainsi une vitesse de pointe qui s’établit à un peu plus de 10 nœuds. Mais au-dessus de 8 nœuds, la consommation électrique est très importante – il faudrait deux groupes de 100 kW pour l’étaler. L’accent est plutôt mis sur la cohérence de la gestion de l’énergie. Un parc de batteries de 330 kWh est facilement rechargé à 80 % par un groupe électrogène Yanmar de 85 kW. La recommandation est de ne pas trop décharger le parc, et si l’on charge à 90 %, il vaut mieux utiliser rapidement les 10 % de surplus, qui ne sont pas bons à stoker dans les batteries, pour une meilleure longévité. Alexander préfère faire tourner sa génératrice un quart d’heure de plus chaque jour, ce qui correspond à l’apport que les panneaux verticaux pourraient amener par très beau temps. Ses panneaux solaires, qui produisent 10 kWc, suffisent à passer la nuit avec la climatisation, et son parc batteries conséquent lui octroie une autonomie de 48 heures au mouillage sans fumée, sans bruit ni vibration. Et surtout, sans polluer l’eau où ses voisins de mouillage et lui-même se baignent. Un autre avantage réside aussi dans la maintenance des moteurs électriques, moins coûteuse que celle des moteurs diesel.
Une motorisation économique
L’heure est venue de naviguer en baie de Cannes pour vérifier le bien- fondé de la formule. En sortant du port, le clapot court typique de la Méditerranée fait planter les étraves. Mais en reprenant un peu de vitesse, le 60 Power équilibre son assiette longitudinale et ne tangue presque plus. En naviguant à 8 nœuds, le parc batteries tient 4 heures ; à 6 nœuds, on gagne une heure de plus. En fait, le bon compromis se situe à 7 nœuds, vitesse à laquelle les moteurs consomment 70 kW. A ce rythme, le groupe (que l’on n’entend pas en navigation) fournit en instantané la puissance nécessaire pour alimenter les moteurs via le parc batteries. Et il reste encore quelques kW pour le service à bord en cas de défaillance du soleil, alors que le générateur limite sa consommation à une quinzaine de litres à l’heure. Selon Alexander, « c’est trois à quatre fois moins qu’avec des moteurs diesel ». Le Propriétaire connaît bien son affaire, puisqu’il a rallié la Côte d’Azur depuis la Pologne à 7 nœuds de moyenne précisément. Double Happiness sera d’ailleurs certainement le premier Power Eco à effectuer une transatlantique – ce sera donc pour cet hiver. Avec les 10 000 litres de carburant de ses réservoirs, nul doute que son Sunreef traversera l’océan sans encombre
Conclusion
Sunreef Yachts impose sa gamme Eco avec brio, puisque la moitié des commandes sont désormais des catamarans équipés de moteurs électriques. Reconnaissons que les arguments sont convaincants. Le prix à payer ? Une vitesse de croisière très modeste, il est vrai… Ce powercat offre une qualité de vie à bord exceptionnelle, puisqu’on navigue avec beaucoup moins de bruit, on peut mouiller sans polluer son environnement – et en silence. Certes, on a plutôt affaire à une motorisation plutôt hybride que full électrique/solaire, mais, pour ce niveau de confort et d’espace, la consommation – qui est comparable à celle d’un catamaran à voile de 40 pieds – est vraiment très faible et procure une autonomie géante. Dès lors, il y a de quoi être doublement heureux pour Alexander !
Consommation et maintenance très contenues compte tenu du niveau de luxe
Cohérence de l’hybridation
Vitesse limitée à 10 nœuds
Consommation électrique très importante au-dessus de 8 nœuds
Descriptif technique
Architecte : Sunreef Yachts
Design : Sunreef Yachts
Construction : composite fibre de verre/mousse/balsa
Longueur hors-tout : 18,30 m
Largeur : 10,70 m
Motorisation : 2 x 130 kW
Générateur : 85 kW
Batteries : 330 kWh
Panneaux solaires : 4,5/24 kWc
Carburant : 2 x 6 000/10 000 l
Eau : 800 l
Déplacement en charge : environ 65 t
Cabines : 3 à 5 + 3 équipage
Invités : jusqu’à 12 personnes
Equipage : jusqu’à 5 personnes
Prix : sur devis

