En lançant un catamaran à moteur de grand luxe sous la bannière de sa gamme innovante Bluegame, la marque italienne Sanlorenzo fait une entrée remarquée dans l’univers du multiyacht. Destiné à des amoureux de la mer et de l’esthétisme, le tout nouveau BGM75 que nous avons pu découvrir en septembre dernier lors du Cannes Yachting Festival apporte des alternatives intéressantes qui ont clairement été développées dans le but de ne pas trop désorienter sa clientèle motoryacht encore très attachée à la formule monocoque.
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Conditions : 2 à 4 nœuds de vent, mer plate
Connue dans le monde de la grande plaisance depuis 60 ans pour ses yachts de grand standing, la marque Sanlorenzo occupe depuis une dizaine d’années le devant de la scène avec des modèles très en vogue. Porté par des vents favorables, le constructeur emblématique a décidé d’intégrer la marque Bluegame, fondée en 2004 par l’architecte et designer Luca Santella – la tâche a été confiée à Carla Demaria, qui a rejoint le groupe italien fin 2018 après 10 ans de pilotage de la marque Monte Carlo Yachts (Groupe Bénéteau). La passion et l’esprit créatif de Luca sont intacts, aussi, les opportunités de développement émergent rapidement. Bluegame cultive la différence ; son slogan « for Bluegamers only » fait valoir le fait que ses yachts ne sont pas destinés à tout le monde. Cette détermination de proposer d’autres solutions, hors des grands standards, a donné naissance à des designs parmi les plus innovants de ces dernières années, comme la cabine Propriétaire révolutionnaire orientée vers l’arrière du BG74 et le beach club intérieur/extérieur du BGX65. Mais le nouveau Bluegame que nous découvrons sur la Riviera est sans doute la réalisation la plus audacieuse de Luca à ce jour. Le cahier des charges du BGM75 imposait d’offrir un peu plus de largeur que celle affichée par un monocoque traditionnel afin d’offrir plus d’habitabilité et une meilleure stabilité. La formule catamaran s’impose assez naturellement, d’autant qu’elle permet de réaliser de substantielles économies de carburant… mais voilà : pas question d’abandonner l’élégance « classique » des monocoques, lesquels sont encore plébiscités par 90 % de la clientèle de la marque, en imposant des lignes rectangulaires. Le défi a consisté également à éviter la surenchère des frais portuaires et à ne pas imposer de cabines étroites dans les coques.
Un développement au millimètre
Avant de mettre à l’eau le premier BGM75, trois ans d’études et un investissement conséquent ont été nécessaires. Une dream team a rapidement été mise en place : Philippe Briand pour l’architecture navale, Bernardo Zucon pour le design au-dessus de la ligne de flottaison et Piero Lissoni pour l’aménagement intérieur. L’objectif est donc d’oser mettre en place un projet innovant et bien sûr en adéquation avec l’esprit Bluegame - une marque créée pour les amoureux de la mer qui revendique clairement un esprit hédoniste. L’opération consiste en quelque sorte à couper en deux un monocoque pour l’élargir, mais pas trop. En effet, une étude du chantier montre qu’avec son maître-bau de 8,15 mètres, le BGM75 revendique une place de port qui s’apparente à celle d’un motoryacht de 27 à 30 mètres – un gabarit qui correspond à l’habitabilité offerte par le 75. En revanche, en élargissant à plus de 10 mètres, on se rapporte à un super yacht de 65 mètres – une catégorie complètement différente en termes de luxe, mais surtout en ce qui concerne la disponibilité et le tarif d’une place de port. Comme le rappelle l’architecte, le rapport longueur/largeur retenu pour le BGM75 favorise l’angle de croisement des vagues d’étraves dans le tunnel central. Il en résulte une moindre résistance à l’avancement, mais ceci peut avoir une incidence sur la stabilité, nous y reviendrons. Ce concept monobloc a déjà été mis en œuvre, notamment chez Aquila, dans le domaine des unités purement de série. Ici, l’ajout d’un rostre en V proéminent, qui forme presque une troisième coque au centre de la nacelle, vise à améliorer l’écoulement des vagues dans les grosses houles. La hauteur de franc-bord est aussi bien rehaussée, justifiant trois objectifs complémentaires : élever suffisamment la nacelle au-dessus de l’eau, bénéficier d’un pont principal de plain-pied incluant le salon à la manière des grands motoryachts et enfin disposer de hauteur dans la nacelle, entre la coque et le pont. Sur le plan de l’aménagement, il était impératif d’intégrer une cabine Propriétaire de plain-pied sur toute la largeur à l’avant, d’offrir de l’espace devant le lit dans les cabines de coque et de disposer d’un garage pouvant accueillir une annexe semi-rigide de cinq mètres ainsi que de nombreux jouets nautiques. Autant d’attributs incontournables pour la clientèle visée.
Le style, toujours le style…
Mais en voulant effacer toutes les contraintes pour ne conserver que des qualités, ne risque-t-on pas d’enfanter un monstre ? C’est sans compter la maestria italienne du design : Bernardo Zuccon et Piero Lissoni ont veillé à ce que leur BGM soit aussi élégant et luxueux que les monocoques habituels de Bluegame/ Sanlorenzo. Des lignes de coques adoptent un double redan courbé, lequel souligne les bordés tout en les élargissant. La superstructure est composée d’une surface vitrée de plain-pied sur 360 degrés. Sur l’avant, l’angle s’inverse pour assurer une protection optimale. Ces lignes arrondies, sans protubérances, un peu à la manière d’une rotonde, apportent une fluidité remarquable sur le plan visuel. Cette légèreté est renforcée au niveau du livet de pont car le bastingage n’est composé que de chandeliers. Idem pour le garde-corps du flybridge, entièrement vitré et arrondi, qui préserve une parfaite visibilité et donne l’impression que le T-top posé sur ses quatre fins piliers vole comme un aileron. Les teintes traitées en bicolore avec le roof noir et la coque plus claire contrastent subtilement et correspondent parfaitement à cette volonté d’offrir du « chic sur l’eau ». Le pont principal est entièrement recouvert de teck, un luxe qui devient rare de nos jours. La terrasse arrière, au-dessus du garage à annexe, ainsi que la plage avant sont toutes deux meublées avec des sofas à disposer au choix. Si les intérieurs avec trois cabines et la cuisine sur le pont inférieur de la coque #1 sont signés Lissoni & Partners, l’aménagement du deuxième BGM75 construit a été confié à Zuccon International Project. Ce modèle dispose de quatre cabines et la cuisine est installée sur le pont principal, ce qui correspond à un cahier des charges en quête d’une certaine flexibilité. La pièce de choix est assurément la cabine Propriétaire à l’avant, dans l’entrepont. De plain-pied sur toute la largeur, elle est traitée avec un plafond arrondi, un peu comme sur une suite à bord d’un avion gros porteur privé. Lees matériaux sont chaleureux mais restent discrets. Partout à bord, l’harmonie des teintes et des matériaux est d’une élégance irréprochable. On accède à la plate-forme arrière par un large escalier – un peu comme d’une villa vers sa piscine. Ce beach club, très bas sur l’eau et équipé de pavois ouvrants, renforce d’ailleurs ce sentiment – pour peu que la couleur de l’eau du mouillage du jour tire sur le turquoise. La porte arrière du garage occulte l’espace entre les coques, une solution déjà exploitée par les Supreme de Sunreef Yachts – mais ici, cette porte est en verre foncé, ce qui renforce l’apparence d’un grand yacht monocoque.
40 % d’économie de carburant
Dans sa quête vers plus de sobriété, le bureau d’études de Bluegame annonce des résultats probants, puisque la consommation du BGM75 est réduite de 40 % comparée à celle d’un yacht monocoque de 90 pieds. Pendant les 300 premières heures d’essais, Bluegame a estimé que son multiyacht avait économisé environ 66 000 litres de carburant et 175 tonnes de CO2 par rapport à un monocoque de volume intérieur équivalent, mais à plus fort déplacement et propulsé par deux moteurs d’au moins 1 200 ch. Lors de notre navigation au large de Cannes, la donne est un peu différente, car nous disposons de moteurs plus puissants que la propulsion proposée en standard.
La timonerie intérieure est réduite à sa plus simple expression – juste un pupitre avec un joystick et une commande de propulseurs, et rien d’autre. En revanche, la console du flybridge est royale, d’autant que la transparence du garde-corps dont nous avons parlé plus haut offre une excellente vision sous tous les angles. Ceci est particulièrement agréable en navigation et au mouillage, et permet également d’effectuer des manœuvres de port au millimètre, comme ce fut le cas le jour de notre essai.
A l’extérieur du port, la mer est bien plate : les conditions sont parfaites pour que les moteurs prennent leurs tours. Nous atteignons un peu plus de 22 nœuds en vitesse de pointe et, à la vitesse de croisière de 18 nœuds, la consommation s’établit à 260 litres/heure – à comparer avec celle d’un motoryacht monocoque de 27- 29 mètres, qui brûle plus de 400 litres de carburant à l’heure à cette allure.
L’économie est donc bien réelle, même avec des moteurs plus puissants, mais ce n’est pas le seul point important. Dans les courbes, la tendance du powercat (à moins qu’il ne s’agisse d’une unité compacte équipée de hors-bords) est de prendre de la gîte vers l’extérieur de la courbe là où on préférerait l’inverse. Ce comportement n’a rien de dangereux à bord des grandes unités, mais ce n’est pas agréable – raison pour laquelle le BGM75 est équipé de doubles stabilisateurs gyroscopiques SmartGyro (voir encadré). Il y en a un dans chaque coque et ils fonctionnent ensemble, reliés par une centrale de calcul. La démonstration de la correction d’assiette latérale est encore plus probante au mouillage – le catamaran étroit est certes naturellement plus stable qu’un monocoque, mais moins qu’une plate-forme extralarge. Lors de notre essai, nous avons fait l’expérience de stopper la marche du multiyacht en le positionnant travers aux vagues de sillage et de mettre on non le système de stabilisation en route. Verdict : la différence de comportement est notable et il devient dès lors possible de passer à table même dans les mouillages exposés à un fond de houle de travers.
Conclusion
Ce nouveau Bluegame, premier catamaran développé par le groupe Sanlorenzo, se prête sans complexe à la croisière luxueuse côtière et semi-hauturière, tournant le dos au programme d’un explorateur au long cours. Pour autant, ce BGM75 est parfaitement cohérent et fait même progresser sensiblement les standards de l’architecture et du design des powercats. On retient en particulier les surfaces courbées qui se fondent les unes dans les autres avec transparence, créant ces lignes qui tendent à s’intégrer sur la mer avec élégance.
Stabilisation :

A bord du BGM75, l’idée a résidé dans l’installation de deux stabilisateurs synchronisés, un dans chaque coque. Pour réaliser ce projet, Bluegame s’est associé à SmartGyro, qui bénéficie de plusieurs années d’expertise. L’équipementier a fourni au constructeur des données sur les forces maximales pouvant être générées par les stabilisateurs, permettant à l’équipe R&D de Bluegame d’adapter les formes de coques en conséquence. Sans modèle mathématique existant pour les catamarans, l’équipe a d’abord dû étudier comment installer et faire fonctionner efficacement deux gyroscopes en parallèle dans chaque coque d’un catamaran. Cela a nécessité des ajustements importants des systèmes de contrôle du logiciel de SmartGyro et a permis de déterminer le calibrage requis pour le BGM75. Alors qu’un navire monocoque de 50 tonnes ne réclame qu’un SmartGyro G60, pour le BGM75, qui pèse 48 tonnes, c’est un G80 qui a été sélectionné. Grâce à une coque dédiée aux essais, il a été possible de valider les théories et d’affiner les algorithmes du gyroscope pour assurer un fonctionnement parallèle optimal dans des conditions de mer variables, et obtenir une réduction importante du roulis.
Consommation de carburant réduite de 40 %
Cabine Propriétaire digne d’un superyacht
Programme limité à la croisière semi-hauturière
Complexité technologique qui peut s’avérer exigeante à l’entretien
Descriptif technique
Architecte : Briand Yacht Design
Architecte intérieur : Garroni Design
Décorateur intérieur : Lissoni & Partners, Zuccon International Project
Longueur hors-tout : 22,75 m
Largeur : 8,15m
Tirant d’eau : 1,60 m
Déplacement lège : 48 t
Motorisation : 2 x 800/900 ch Volvo D13 IPS 1050/1200 Vitesse max : 22 nœuds
Vitesse croisière : 18-20 nœuds
Cabines : 3 à 5 + 1 équipage
Carburant : 6 000 l
Eau douce : 1 800 l
Eau noire : 500 l
Homologation : B16
Tarif : de 5 600 000 à 7 500 000 € HT selon version et motorisation

