Déclinaison moteur du Privilège Serie 5, l’Euphorie 5 s’est fait attendre pratiquement trois ans, mais nous a convaincus… immédiatement. Naviguer à son bord, c’est profiter d’un confort exceptionnel et d’un luxe de bon goût. C’est aussi se sentir en confiance pour de longues traversées, quelle que soit la météo.
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Encore un ! Encore un catamaran qui abandonne son gréement et adopte des puissants moteurs, histoire de s’affranchir du vent contraire, des calmes, et bien sûr de la gestion des voiles. Une tendance de fond qui pourrait inciter certains constructeurs à se lancer à la va-vite sur ce nouveau marché plein de promesses. Rien de tout ça chez Privilège Marine où l’étude, la construction et la mise au point de cet Euphorie 5, qui dispose comme base de travail du Serie 5, ont pris plus de deux ans. Et le résultat est clairement à la hauteur. Cette unité se veut luxueuse et compatible avec les desideratas des propriétaires les plus exigeants en termes d’emménagements, de finition et d’équipements. C’est bien le cas. La silhouette de l’Euphorie 5, vue du ponton, en impose. Force est de reconnaître que Marc Lombard a fait du bon boulot sur le plan esthétique. Le rouf en sifflet confère un zeste d’agressivité qui se marie parfaitement avec le flybridge plutôt bas et son T-top aérien. Les étraves verticales et légèrement tronquées à hauteur du pont paraissent plus agressives que celles du Serie 5 – ce sont pourtant les mêmes. Construction tout sandwich PVC/verre identique, y compris pour les cloisons structurelles. Et bien sûr des crash-boxes aux étraves comme aux poupes.
Les deux moteurs de 320 chevaux Yanmar sont en route. Il s’agit de blocs V8 common ride de 4,4 litres de cylindrée. La motorisation de base est 2 x 220 CV. Possibilité de se contenter de 2 x 180 CV, selon le chantier. Mais la demande est clairement orientée vers des grosses puissances ; aussi, Privilège Marine est en mesure d’installer deux blocs de 370 CV.

Vitesse et souplesse
L’écartement des coques offre une grande facilité de manœuvres quand on inverse les gaz ; pas besoin de propulseur d’étrave. Aux commandes, confortablement installé sur le flybridge, la vue est excellente sur le plan d’eau. La plate-forme masque toutefois les poupes – il suffit de reprendre les commandes à un second poste de pilotage installé à l’arrière bâbord. On est surpris par le faible bruit des moteurs – on passe tout de même de 2 x 75 CV sur le Serie 5 à 2 x 320 CV ! Sortis un peu au large du chenal des Sables d’Olonne, on peut pousser les manettes. La barre offre une sensation inédite : elle est très douce, et surtout revient en ligne droite quand on la lâche, comme une direction assistée de voiture. Avec sa commande électro-hydraulique, la barre gère indépendamment les deux safrans – pas de liaison entre les deux. On peut intervenir sur les réglages de ce système de direction, lequel se met en route dès l'allumage des moteurs.Possibilité de synchroniser les deux moteurs – la manette gauche peut tout commander.
L’accélération est franche, puisque la vitesse maximum, 20 nœuds, est atteinte en moins de 11 secondes. Un virage à fond se traduit par une courbe de 70 à 80 m de rayon ; l’Euphorie 5 reste rigoureusement à plat. C’est face au clapot que son comportement est le plus convaincant : pas de tangage, des mouvements doux et pas d’embruns. Marc Lombard a particulièrement travaillé le tiers arrière des coques afin de disposer de plus de volume et d’une courbe inversée qui fait office de flap. Le but est d’optimiser le travail des hélices et de limiter le cabrage à 2°. L’Euphorie a été optimisé pour des vitesses de 10 à 15 nœuds, mais son comportement reste excellent à plus petite et plus haute vitesse. En revanche, les réservoirs de carburant nous semblent bien trop petits. Avec 2 x 545 litres (pas beaucoup plus que les 2 x 400 litres du Serie 5), on dispose de 345 milles d’autonomie à 10 nœuds… ce n’est pas assez ! Le chantier travaille d’ailleurs à cette optimisation – puissance des moteurs et capacité carburant. En attendant, on imagine naviguer avec un seul moteur, comme on le fait souvent en mode voile/moteur. Mais ici, cette pratique se traduit par un angle de barre de 8 à 9°, générateur d’une forte traînée. Une solution qui peut être intéressante par vent fort de ¾ arrière, avec moteur sous le vent en marche. A l’heure de s’approcher au plus près de la plage du Veillon – elle borde l’estuaire sauvage du Payré –, on apprécie le tirant d’eau limité à 1,30 m – contre 1,57 m pour le Serie 5.

Farniente sur le pont
L’Euphorie 5 est décliné en trois versions de plan de pont. La première conserve peu ou prou la silhouette du Serie 5, la deuxième intègre un flybridge, et enfin, celle dont nous disposons pour cet essai dispose d’un flybridge protégé par un T-top. Le bureau d’études du chantier a pris soin de faire disparaître tous les éléments d’accastillage du Privilège Serie 5 ; c’est à peine si on relève, à tribord du cockpit, la réserve dans le moulage pour un ancien winch. Le cockpit est bien abrité sous le bimini, avec une grande table de 120 cm par 93 cm, de nombreuses assises, deux méridiennes, une grande banquette arrière et un passage bien dégagé tout contre les bossoirs. Quelques volées de marches mènent à de larges plates-formes de baignade. Les passavants sont larges (57 cm minimum) et protégés par un haut bastingage. Les mains courantes sont toujours là. A l’avant, une vaste surface en dur – le fameux rostre –, deux petits trampolines et trois bancs de balcons. Un escalier hélicoïdal de 7 marches mène au fly. Cette pièce, réalisée à partir d’une tôle d’inox précontrainte en tube, est aussi esthétique, luxueuse, que spectaculaire. Là-haut, le poste de pilotage, bien sûr, mais également de vastes banquettes en U à l’arrière, des coffres de rangement et un réfrigérateur. Sur la face avant, un passage amovible est prévu pour l’accès à des bains de soleil. Des mini-marches – trop petites – en quinconce sont moulées pour un accès direct au pont avant. Les taquets d’amarrage sont passés de 45 cm à 50 cm, et sont plus hauts pour s’accommoder des plus grosses aussières.

Emménagements tout confort et sur mesure
L’accès à la nacelle est à niveau et sans seuil depuis le cockpit. L’ouverture, grâce à ses trois modules vitrés dont deux coulissants, offre 189 cm de hauteur par 144 cm de largeur. La trame des emménagements est quasi la même que celle du Serie 5 : « Plus de volume devant grâce à la suppression de coffres, un peu moins à l’arrière pour caser les caissons moteur », précise-t-on chez Privilège. La nacelle propose un volume imposant avec une cuisine en U à l’avant bâbord. Le carré est positionné à tribord ; il propose une table de 130 cm par 76 cm. Le plateau est mobile et se baisse à la demande. La table à cartes jouxte le cockpit, à bâbord. On s’y installe travers à la marche, face à un plateau de 72 cm par 65 cm. Cette disposition préserve une grande surface de plancher, et donc une circulation toujours aisée. La qualité de finition est remarquable, jusque dans les moindres détails – assemblages, circuit électrique. Les batteries, idéalement centrées sous le plancher, sont protégées par une plaque. 5 marches et 130 cm plus bas, les cabines. A noter : la hauteur sous barrot est partout supérieure à 2 mètres.
Trois versions sont proposées : en standard, on a droit à trois cabines, dont une propriétaire immense, casée dans le rostre central. La deuxième déclinaison rogne un peu cette fameuse cabine sur bâbord pour en aménager une double plus modeste. Enfin, le troisième plan offre quatre cabines doubles. C’est cette version que nous découvrons… à ceci près que la cloison de séparation des deux cabines avant a été déplacée sur bâbord afin de favoriser… une suite propriétaire déjà spectaculaire à tribord. C’est ici que le chantier montre la prise en compte des souhaits de ses clients. Tant qu’on ne touche pas à la structure du bateau, toutes les personnalisations – disposition générale, boiseries, sellerie, éclairage –sont possibles. Les Privilège défendent donc une vision one-off du catamaran, bien loin du diktat de la standardisation longtemps imposée par les grands constructeurs – lesquels semblent en revenir. Chaque cabine propose un lit double de 2 m par 1,55 m (ou deux simples) et profite d’un cabinet de toilette privatif.

Conclusion
L’Euphorie 5 semble bénéficier d’un excellent accueil sur le plan commercial – le Cannes Yachting Festival devrait transformer l’essai et se clôturer par quelques commandes supplémentaires. Un succès mérité : dans cette catégorie des catamarans haut de gamme, ce nouveau modèle est une incontestable réussite. Marin, confortable et élégant, il invite à la croisière. Et pourrait même vous emmener beaucoup plus loin avec des réservoirs plus importants.

1 : L’Euphorie 5 se décline en trois versions de plan de pont : simple bimini, flybridge et flybridge couvert.
2 : Le rostre, sorte de mini coque centrale commune à tous les Privilège, permet de loger une ou deux spacieuses cabines tout en rigidifiant la structure.
3 : Les marches, ici coiffées de teck, mènent à de larges jupes arrière idéales pour la baignade.
4 : Confortablement installé sur le flybridge, on a une vue imprenable à 360° – et de confortables assises pour en profiter.
5 : Réalisé à partir d’une plaque d’inox contrainte en énorme tube, l’escalier est une prouesse esthétique et… de maîtrise technique.
6 : Un deuxième poste de commande à l’arrière bâbord facilite certaines manœuvres, comme reculer cul à quai.
7 : Un bastingage tout inox de 77 cm de hauteur ceinture tout le bateau.
8 : Les redans offrent plus de volume à l’intérieur au-dessus de la flottaison. Ils limitent également les mouvements de tangage.
9 : Les marches sur la face avant du rouf sont bien pratiques pour rejoindre le rouf. Mais elles sont trop petites…
Caractéristiques :
Longueur hors-tout : 15,25 m
Longueur de coque : 15,25 m
Longueur à la flottaison : 15,13 m
Largeur : 7,98 m
Déplacement prêt à naviguer : 19 t
Déplacement en charge max : 25 t
Tirant d’eau : 1,30 m
Matériau : sandwich verre/PVC
Architecte : Cabinet Marc Lombard
Design : Franck Darnet
Certification CE : B
Constructeur : Privilège Marine
Motorisation : 2 x 220 CV ou 320 CV
Carburant : 2 x 545 l
Eau : 2 x 300 l
Prix : 1 066 000 euros HT
Principales options :
Motorisation de 2 x 320 CV : 34 900 euros HT
Hard-top de flybridge : 29 900 euros HT
Groupe électrogène 7 kW : 16 400 euros HT
Climatisation : 41 000 euros HT
Intérieur en chêne : 9 300 euros HT
Teck en fond de cockpit, plate-forme arrière et jupes : 13 900 euros HT
Bossoirs électriques : 5 600 euros HT
Pack navigation (électronique) : 17 900 euros HT
Données moteurs :
0 à 10 nœuds en 6,75 s
0 à 20 nœuds en 10,65 s
Tours/min Vitesse nœuds Conso totale l/h Autonomie
1 400 7,45 9,2 883
2 200 9,9 31,3 345
2 800 13,35 60,8 239
3 000 15,55 68,3 248
3 400 20,05 102,2 214