Les powercats sont assurément des supports séduisants pour les marins au long cours comme les plaisanciers qui se contentent de sorties à la journée. Cet Iliad 70 construit en Chine démontre rapidement qu’il sera difficile d’offrir un espace plus vaste, une plateforme plus stable et, plus surprenant, un croiseur à moteur de cette taille plus économe…
Infos pratiques
- Le chantier : Iliad 70
- La fiche technique
- Découvrez notre vidéo exclusive
- Financez votre Iliad 70
- Assuez votre Iliad 70
- Articles autour du Iliad 70
Lieu de l’essai : Sydney, Australie
Conditions : mer calme
Iliad : une nouvelle gamme lancée en 2019
En 2019, avec la gamme Iliad, la société australienne Multihulls Solutions a lancé sur le marché une nouvelle gamme remarquable. Le premier modèle, l’Iliad 50 (essai dans MM198), a été dévoilé au salon de Sanctuary Cove. Son grand frère, l’Iliad 70, a été présenté lors du Sydney Boat Show. Un troisième modèle de 90 pieds est en gestation. Mark Elkington, big boss de Multihulls Solutions, s’est fortement impliqué dans la conception et le design. Il nous explique la philosophie Iliad : “J’ai étudié partout dans le monde le marché des bateaux à moteur aptes au grand voyage et aux explorations. Ce type de navire, pour moi, doit pouvoir s’échouer sans dommages. Mais la plupart des modèles utilisent des moteurs IPS, trop vulnérables. Notre choix était au final de faire l’impasse sur ce segment du marché, ou au contraire de constituer une équipe et de construire notre propre navire.” C’est bien sûr la seconde option qui a été retenue… La popularité des yachts d’exploration n’a jamais été aussi élevée : les marins cherchent de plus en plus à échapper aux voies navigables très fréquentées. Ils adoptent les dernières technologies afin d’être libérés de tous les services jusqu’alors disponibles à terre seulement. Pour les yachts à moteur, le rendement énergétique est une caractéristique clé ; c’est là que les catamarans, avec leurs coques à faible traînée, deviennent attrayants. “Le cahier des charges imposait que le yacht à semi-déplacement proposé soit capable d’atteindre les 20 nœuds à pleine charge avec tout son matériel et équipement de croisière, mais également d’offrir une autonomie de 2 000 milles minimum à une moyenne comprise entre 8 et 10 nœuds”, poursuit Mark. La solution est bien sûr de proposer un large éventail de choix de moteurs – dont les hélices sont entraînées par arbre – adaptés aux besoins de des clients. Et, si la gamme Iliad démarre à 50 pieds, c’est que Mark considère que c’est la taille minimum pour embarquer tout l’équipement nécessaire à une véritable expédition lointaine.
Trois niveaux
La forme rectangulaire de la plate-forme qui chapeaute les coques se poursuit sur les deux niveaux supérieurs, flybridge XXL compris. Comparé au 50 que j’ai testé précédemment, le 70 me paraît énorme ; les chiffres me donnent pour partie raison, puisqu’on passe de 30 à 60 tonnes à pleine charge. Mais, au-delà de ces caractéristiques, on obtient ici un multiyacht avec un salon aussi grand qu’une salle de bal, un hébergement pour 10 personnes dans cinq cabines, plus un quartier équipage avec salle d’eau dans une pointe avant. Le point fort des aménagements est sans conteste la suite Propriétaire, installée sur le pont supérieur. Elle offre une vue panoramique vers l’avant et exploite la majeure partie des 9,15 m de largeur disponible. Cette disposition nécessite que la timonerie intérieure soit surélevée. Un second poste de pilotage est bien sûr présent sur le flybridge. Les superstructures sont partout découpées par de grands hublots : le plein de lumière et la vue imprenable sont garantis, que vous soyez installé dans le salon ou en cuisine. Cette dernière est installée à l’arrière, de manière à assurer une communication directe avec le salon et le cockpit ; sous l’extension du flybridge, les convives peuvent s’installer à 12 à une table en teck. Un bar extérieur et un grill complètent la grande cuisine intérieure. Véritable office digne d’un superyacht, elle permet à plusieurs chefs de s’y cotoyer et travailler, même quand la mer est agitée. Les cuissons sont assurées grâce à une cuisinière à gaz à cinq brûleurs avec four électrique en dessous et micro-ondes au-dessus. Les finitions élégantes comprennent des portes laquées et des menuiseries soignées avec divers compartiments pour optimiser le rangement. Il y a aussi des plans de travail spacieux en Corian et deux éviers profonds en acier inoxydable. Les grands placards au-dessus et sous les plans de travail sont idéaux pour l’approvisionnement au long cours. On peut compter également sur un lave-vaisselle, tandis qu’un grand réfrigérateur à double porte peut contenir beaucoup de denrées périssables. Un second ensemble de réfrigérateurs à tiroirs est intégré dans la coque. D’autres équipements électroménagers incluent une machine à laver installée dans la coque tribord. Mon seul reproche ? Le manque de fargues pour empêcher la vaisselle de voler sur le parquet.
Ailleurs, les canapés de salon sont somptueusement tapissés en Ultraleather crème, y compris une magnifique chaise longue. Ces assises font face à la cuisine et permettent de profiter d’un grand écran plat. Sur tribord, un bureau séparé propose un plan de travail et une chaise réalisés sur mesure. Découvrir ce loft immense permet de relever des détails intéressants – en tout cas inconnus sur les multicoques de grande série. Finitions miroir, chaises personnalisées, matériaux inhabituels : le tout participe sans doute à une ambiance un peu bling-bling, mais illustre avant tout le niveau de personnalisation disponible. “C’est le propriétaire qui a demandé ce niveau de finition. Nous avons même procédé à une découpe de pierre brute pour les éviers et à une incroyable multitude d’autres détails traités sur mesure. C’est précisément ce que nous sommes capables d’offrir à nos clients”, assure Mark.
Monter vers le poste de barre à bâbord permet de profiter d’une vue dégagée sur le pont avant. Le skipper profite d’un siège baquet. A côté du barreur, un petit salon permet à des invités de s’installer. Deux écrans Raymarine dominent la console avec les commandes de gaz et des propulseurs (il y en a un sur chaque coque). Les autres éléments essentiels installés comprennent le pilote automatique et les commandes de guindeau. La vision est améliorée avec les caméras Flir, qui offrent également des vues de l’intérieur et de l’extérieur. Sous cette zone surélevée se trouve le tableau électrique principal, de sorte que toutes les commandes soient bien centralisées.
L’Iliad 70 peut naviguer en mode trawler à 8 nœuds ou atteindre des vitesses conformes à des carènes à semi-déplacement, soit 22,4 nœuds maximum selon nos relevés en baie de Sydney
Chambre avec vue imprenable
L’espace de vie généreux est l’essence même des grands catamarans, mais l’utilisation de la largeur complète en créant une suite Propriétaire au niveau du pont offre à l’Iliad 70 une caractéristique exceptionnelle. La cabine propose un lit queen size face à l’avant pour garantir une vue panoramique à travers les grandes ouvertures. Des rideaux sont prévus pour assurer l’intimité et l’ombre. Le stockage est assuré grâce à la cloison arrière : deux portes coulissantes délimitent la zone, mais une fois celles-ci ouvertes, la cabine s’ouvre sur tout le catamaran et profite de ce flux d’air essentiel et si précieux quand on navigue dans les eaux tropicales. Il y a aussi du rangement sous le lit pour le propriétaire et dans la coque tribord – une volée de marches mène à la salle de bains attenante. Lorsque je descends visiter la salle d’eau, ce long escalier me rappelle la taille de l’Iliad 70. Je découvre ici une cabine de douche séparée – il va sans dire que la place ne manque pas…
Les coques disposent de quatre cabines doubles plus une couchette d’équipage. Accessible depuis le milieu du salon sur les deux côtés, le logement principal dans chaque coque comprend deux cabines arrière ; elles sont symétriques avec des lits Queen size (1,60m de large) et des salles de bains à l’arrière. Encore une fois, les salles de bains sont spacieuses, avec de grandes cabines de douche et une bonne lumière naturelle, mais pas de panneau ouvrant. La cabine avant de la coque tribord à bord de notre catamaran d’essai est équipée de deux couchettes simples et un passage central qui mène à la salle de bains nichée dans l’étrave. Cette coursive est également utilisée pour l’électroménager – ici, une machine à laver le linge. La cabine avant bâbord dispose d’un lit double, d’une salle de bains, et même d’un bureau. La coursive est occupée par un double réfrigérateur Vitrifrigo. Dans toutes les cabines, les grandes armoires sont idéales pour la grande croisière. Mais elles sont quelque peu mises en défaut par des fermetures magnétiques trop faibles. Un seul reproche pour des aménagements et une finition exceptionnels.

La suite Propriétaire profite d’une généreuse lumière naturelle – grandes ouvertures latérales et puits de lumière – et d’une bonne ventilation.
Immense flybridge
Le flybridge couvre près de la moitié de la plate-forme ; il est donc spacieux pour les passagers comme pour l’annexe. Les grands multicoques hauturiers réclament un système de stockage de leur annexe, aussi, celle de l’Iliad 70’ peut être calée à l’arrière du flybridge et mise à l’eau grâce à une grue. Lors d’une utilisation plus régulière, le dinghy peut rester sur la plate-forme de bain hydraulique. Certains propriétaires favorables à la navigation à la journée peuvent préférer un jacuzzi ou un bar à cocktails : “Il suffit de nous demander !” s’exclame Mark Elkington. Le flybridge est dominé par le salon central avec transats et la cuisine extérieure avec barbecue – on dispose même d’un bar avec tabourets. Impressionnant ! Pouvoir accueillir 12 personnes avec style tout en proposant un barbecue fait de ce flybridge un espace convivial, protégé par le bimini à toit rigide. Installé à la console latérale à tribord, le skipper peut également apprécier cet espace pour une autre raison : ses commandes sont une réplique de celles de la timonerie intérieure, mais du côté opposé – cette configuration est idéale pour amarrer le côté dont vous avez besoin. Un ensemble de larges escaliers me guide vers le pont revêtu de Flexiteek. Je marche sur de larges passavants protégés par de hauts pavois jusqu’aux étraves. L’effort en vaut la peine : je peux m’étendre sur le transat de la terrasse avant, puis tout de même m’installer un peu plus sérieusement afin de prendre mes notes. Autour de moi, des grands coffres pour les pare-battages et autres équipements volumineux. Le guideau Quick m’a semblé sous-dimensionné. En revanche, le stockage de la chaîne est bien étudié, et l’ancre Ultra de grande taille. Idéalement, un guindeau plus grand avec cabestan et un second davier devraient être ajoutés pour les aventures lointaines. Les autres équipements essentiels du plan de pont comprennent des cabestans arrière et des taquets tout autour du powercat.

Le grand flybridge et le large pont arrière créent un vaste espace de vie à bord de l’Iliad 70 ; ces aménagements sont pour la plupart personnalisables.
Des salles des machines bien pensées
Les coques infusées sont construites en Chine selon la norme de catégorie CE A. Elles disposent d’une base robuste en fibre de verre et de mini quilles pour permettre une mise au sec (ou un carénage des coques sur une plage à marée). Des cloisons étanches sont utilisées partout – dans la salle des machines, au centre des coques et aux étraves, en cas de collision. “C’est une plateforme entièrement en vinylester. Non seulement sous la ligne de flottaison, mais aussi audessus avec du verre monolithique renforcé autour des zones de quille et des zones soumises à des efforts importants”, détaille Elkington. Ailleurs, l’infusion de PVC à cellules fermées a été utilisée par le chantier expérimenté de Xinlong Yachts. Le chantier a fait l’objet de visites d’inspecteurs CE européens indépendants à différentes étapes de la construction. L’accès à la salle des machines est assuré par deux grandes trappes sur les ponts arrière. Une grande échelle me conduit à un des Volvo Penta D11-725. Ce sont des blocs 6 cylindres en ligne, d’une capacité de 10,8 litres, alimentés par des injecteurs diesel avec turbos à double entrée. La ventilation est assurée via un collecteur d’échappement refroidi à l’eau – qui se sont avérés silencieux pendant notre séjour en mer. Le stockage du diesel se fait dans des réservoirs en alliage séparés. Encore une fois, l’espace est prévu afin que le technicien puisse accéder aux points de service, y compris les filtres à carburant Racor et dans la coque tribord, le générateur 22 KVA qui fait fonctionner le compresseur de plongée du propriétaire, sans oublier le dessalinisateur. D’autres produits électriques de qualité comprennent des chargeurs / convertisseurs Victron et un ensemble de huit batteries AGM gel house (200 Ah). Le panneau électrique est positionné en hauteur sur les cloisons, et un système d’extinction d’incendie (accompagné de la surveillance d’une caméra Flir) complète ces salles des machines bien pensées.

Le salon de l’Iliad 70 est vaste avec une grande surface de plancher. Les immenses ouvertures latérales courent jusqu’à la salle à manger du cockpit arrière.
Odyssée raccourcie…
La fameuse Odyssée de la Grèce antique attendra : notre temps d’essai est limité à un séjour en baie de Sydney avant que les nouveaux propriétaires ne démarrent leur voyage inaugural. Donc, sans plus tarder, le skipper Leon Bowles et moi larguons les amarres de Burkenhead Point. J’ai déjà navigué sur l’Iliad 50 avec Leon ; du coup, je lui demande ce qu’il pense de la gestion de ce grand frère : «Oui, c’est un powercat beaucoup plus gros, mais son déplacement reste encore gérable donc tout se passe bien ! ” Pour nous écarter du quai, nous utilisons un moteur et un propulseur, tout en douceur grâce à la barre hydraulique Seastar installée sur le flybridge. Nous mettons ensuite le cap vers le pont du port de Sydney : à 8 nœuds, les deux Volvo murmurent à peine. A cette vitesse, notre autonomie est de 2 000 milles. Bien installé derrière la console et protégé des embruns par le sautevent et les bâches transparentes, j’apprécie le pilotage. La bonne vision sur le plan d’eau me met en confiance pour accélérer. Un rugissement des moteurs et un net cabrage des étraves nous amènent rapidement à la vitesse de croisière rapide, soit 17 nœuds. J’ai prétexté l’inconfort du vent apparent devenu très fort pour tester la timonerie intérieure alors que nous nous rapprochions des Sydney Heads. Installé à l’intérieur et perché très haut sur le siège de barre, je constate que la vision reste bonne. En se baissant, il est possible de voir l’arrière – ou plus simplement surveiller les images de la caméra Flir sur l’écran Raymarine. Lors de ma courte expérience à la barre, je relève une tendance au survirage. Mais je sais que la plupart des propriétaires se contentent de naviguer sous pilote automatique – donc en ligne droite. Je ne résiste pas à la tentation de pousser les manettes à fond pour regarder les chiffres monter jusqu’à 22,4 nœuds – je note également que les vases sur le plan de travail de la cuisine ne bougent pas d’un pouce. Bien sûr, il n’y a pratiquement pas de clapot aux Sydney Head. Mais la grande hauteur sous nacelle (1,25 m) devrait assurer le même confort même par mer agitée. 8 9 10 11 8/ Le salon de l’Iliad 70 est vaste avec une grande surface de plancher. Les immenses ouvertures latérales courent jusqu’à la salle à manger du cockpit arrière. 9/ La timonerie intérieure est surélevée au-dessus de la cabine Propriétaire. Le panneau électrique principal est aisément accessible. 10/ La suite Propriétaire profite d’une généreuse lumière naturelle – grandes ouvertures latérales et puits de lumière – et d’une bonne ventilation. 11/ Les cinq salles de bains sont spacieuses, élégantes et dotées d’un sol en lattes en teck pour une touche Yachting. 12/ Les Volvo à ligne d’arbre se trouvent derrière une cloison étanche. Tous les points de service sont accessibles. 13/ Les apparaux de mouillage sont bien pensés, mais un guindeau plus puissant, accompagné d’un cabestan et d’un second davier, serait le bienvenu.

La timonerie intérieure est surélevée au-dessus de la cabine Propriétaire. Le panneau électrique principal est aisément accessible.
Conclusion
L’Iliad 70 est sans aucun doute un catamaran de croisière abouti et pensé dans les moindres détails. Ce powercat est également le résultat très convaincant de l’ingéniosité australienne associée à la construction chinoise. J’ai hâte de découvrir le 90 !
DESCRIPTIF TECHNIQUE
L’Iliad 70 propose un hébergement pour 10 personnes avec la suite du propriétaire au niveau du pont.
Constructeur : Xinlong Yachts, Zhanjiang, Province de Guandong, Chine
Design : Riccardo Bulgarelli
Longueur hors-tout : 21,08 m
Largeur : 9,15 m
Tirant d’eau : 1,29 m
Tirant d’air : 6,49 m
Déplacement lège : 46 t
Déplacement en charge : 60 t
Moteurs : 2 x 725 CV – Volvo Penta D11-725 6 cylindres en ligne 10,8 l de cylindrée
Carburant : 7 600 l
Eau : 1 300 l
Hauteur de la plate-forme : 1,25 m
Certification CE : A-12, B-12, C-20, D-30
Prix : 3 300 000 US$ HT
www.xinlongyachts.com
Distributeur international : www.multihullsolutions.com.au

Les +
+ Confort exceptionnel
+ Personnalisation possible
+ Postes de barre complémentaires
Les -
- Apparaux de mouillage sous-dimensionnés
- Aération insuffisante dans les salles d’eau arrière
- Quelques détails de finition à revoir
“Un bateau à moteur apte au grand voyage et aux explorations, pour moi, doit pouvoir s’échouer sans dommages. Notre choix, au final a été de constituer une équipe et de construire notre propre navire.”
Mark Elkington, CEO de Multihulls Solutions
