Après six ans d’interruption, Lagoon se relance sur le marché du powercat en 2015 avec ce 40 MY, dont la plate-forme est directement issue du catamaran à voile Lagoon 39. Le constructeur a opté pour des moteurs de faible puissance afin de favoriser une faible consommation et une grande autonomie. Un choix qui n’a pas convaincu sur le plan commercial… L’ambiance trawler est-elle définitivement ringarde ? Rien n’est moins sûr…
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Il y a bientôt six ans, lors de la sortie du Lagoon 40 MY, nous avions été enchantés par la simplicité d’usage et la sobriété de ce modèle. Pour nous, cette nouveauté était forcément promise à un bel avenir… Eh bien non ! Le Lagoon 40 MY, diffusé à une trentaine d’exemplaires seulement, est l’un des pires bides commerciaux du leader mondial des catamarans de croisière. Il a disparu du catalogue deux ans après y être entré. Pourquoi ? Très certainement parce que les acheteurs ne se satisfaisaient pas d’un powercat incapable de dépasser les 11 nœuds. Un coup d’œil sur le marché démontre en effet que toutes les success stories dans l’univers du multicoque à moteur sont réservées aux modèles fortement motorisés, comme le Leopard 43 PC ou l’Aquila 44. Et pourtant, la volonté d’économiser l’énergie, moins polluer et même ralentir les rythmes sont des idées plus que jamais actuelles… Le Lagoon 40 MY avait-il 10 ans d’avance ?
La puissance des moteurs est limitée à 2 x 75 CV – les plus gros saildrives disponibles.
La base du Lagoon 39
Lagoon, en 2015, n’en est pas à son coup d’essai avec les powercats : le chantier a produit une centaine de Lagoon Power 43 (devenu 44) de 2001 à 2006. Pour son Lagoon 40 MY, le constructeur a opté pour la transformation d’un catamaran à voile existant, le Lagoon 39. Les carènes – ou plus précisément le tiers arrière – ont été modifiées afin d’offrir plus de portance. Il s’agit de lutter contre l’effet de cabrage et contrer le poids supérieur des moteurs. Mais sans aménager des lignes d’arbre quasi horizontales, nous le verrons plus loin. Les coques sont globalement plus fines que celles conçues pour un usage moteur. Ce qui se traduit par une très faible résistance à l’avancement aux vitesses faibles à moyennes, mais également une impossibilité de déjauger franchement. Du coup, les moteurs proposés sont moins puissants ; autant jouer la carte de l’économie de carburant et assumer des vitesses peu élevées. Soit un programme trawler – à ceci près que la connotation vieillotte de ce vocable lui a valu de passer aux oubliettes, remplacé par le plus séduisant Motor Yacht…
Le mât devient mâtereau…
Vu du quai, le 40 MY est plutôt élégant, avec ses étraves droites assorties d’un angle supérieur en diamant. Le bandeau noir qui prolonge les hublots latéraux parvient sur le plan visuel à libérer le rouf des coques, dont le franc-bord élevé passe bien. L’effet « sustentation », expliquait-on chez Lagoon en 2015… Sur le rouf, justement, le mât et l’ensemble du gréement ont bien sûr disparu… Le tout est remplacé par un élégant mâtereau, héritage des premiers Lagoon Power. Sur ce support sont fixés le radôme du radar, les antennes, les feux et la corne de brume.
Pas de flybridge : juste un poste de barre surélevé et moyennement protégé ; on accède sur le rouf grâce à une échelle basculante.
Confortable même par mer agitée
Dans la baie d’Aigues-Mortes, dans le Sud de la France, 30 nœuds de tramontane et clapot très court nous avaient cueillis à froid lors de notre tout premier essai, en avril 2015. Grâce aux deux moteurs, nous avons noté la facilité de manœuvre et la possibilité de pivoter sur place en inversant les commandes, barre bloquée. Autre avantage de la configuration catamaran : on profite, pour un fardage identique à celui d’une vedette de même longueur, d’un plan antidérive bien plus efficace. Les deux carènes fines associées aux quillons n’ont aucune tendance à chasser en travers. Le propulseur d’étrave est donc inutile, ou presque…
Avec 30 nœuds de vent établi et un clapot très court, le Lagoon 40 MY a fait une convaincante démonstration de ses qualités marines lors d’une première sortie en avril 2015.
Si la puissance est limitée à 2 x 75 CV – ce qui est bien plus faible que la concurrence –, c’est dû au choix d’adopter des coques non planantes comme écrit plus haut, mais également parce que 75 chevaux, c’est le plus gros saildrive disponible. Face aux vagues très courtes, le 40 MY tangue, mais ne tape pas du tout. Pas de craquements ni de vibrations inopportuns : la structure – fonds en monolithique, œuvres mortes en sandwich balsa, contre-moule monolithique et sandwich feutre, et enfin cloisons en contreplaqué stratifiées ou collées – est rigide et robuste. En prenant un peu d’angle par rapport au vent, le passage des coques est plus doux encore, et le roulis très mesuré. Premier constat, le bateau est très confortable dans ce clapot haché. Un plus évident pour les équipages familiaux. Pas question d’ailleurs de s’étourdir de vitesse. La bonne allure est 8 nœuds, soit 2 150 tours. La consommation se cale sur le litre au mille, soit une autonomie de 600 milles. Pas gourmand, ce Lagoon ! A fond, les compte-tours affichent 3 300 tours. On peine à atteindre les 11 nœuds, et la consommation est multipliée par trois. Pas bon… En revanche, aidé par les vagues, le 40 MY part volontiers au surf.
Trampolines devant le rouf
Le plan de pont offre un grand cockpit parfaitement protégé par un bimini rigide. Le chantier a aménagé des assises en U autour d’une grande table sur bâbord, une méridienne en face et un passage à l’arrière. Deux jupes permettent d’accéder facilement à quai, dans l’annexe, et bien sûr de se baigner. En option, Lagoon proposait des toiles de protection, et même un tour de cockpit complet. Le poste de pilotage privilégie la vision sur la coque tribord tout en offrant un bon contrôle de la route. Le petit pare-brise tente de protéger le pilote des embruns – il est insuffisant pour nos rudes conditions. On apprécie les larges passavants – rien à voir avec ceux de la plupart des vedettes monocoques –, les trampolines devant le rouf et le solarium au-dessus.
Une nacelle bien protégée du soleil
A l’intérieur, la nacelle offre un volume exceptionnel assorti d’une belle vue panoramique. Les hublots et vitrages verticaux sont la meilleure réponse à l’effet de serre. Les rayons verticaux du soleil, les plus chauds, ne les frappent pas. La hauteur sous barrot atteint deux mètres. Comparé à la nacelle du Lagoon 39 – la version voile –, seule l’épontille a disparu ou presque. Tout le reste des aménagements est identique, avec un carré pour six personnes, une table à cartes en L installée travers à la route, une grande cuisine qui s’ouvre directement sur le cockpit et des rangements partout. Quant aux coques, deux versions sont proposées par le chantier : Propriétaire avec coque privative pour l’heureux skipper, qui découvrira un lit king size – oui, oui, deux mètres sur deux ! – et un bureau. Dans l’autre coque, deux cabines et un cabinet de toilette. La version quatre cabines est quant à elle équipée de quatre cabinets de toilette.
Conclusion
A l’aise dans toutes les conditions de mer, facile à manœuvrer et à entretenir, le Lagoon 40 MY se prête bien à la grande croisière ou au cabotage longue durée en famille. Pays scandinaves, tour de Méditerranée… Les terrains de jeu ne manquent pas. Certes, sa vitesse de pointe est limitée ; mais la possibilité de croiser à 6 nœuds avec une consommation de 0,5 litre au mille mérite réflexion !
Les +
+ Faible consommation
+ Manœuvres faciles
+ Confort exceptionnel pour un 40 pieds
Les -
- Vitesse de pointe limitée
- Protection du poste de pilotage perfectible
- Peu d’exemplaires sur le marché de l’occasion
Les points à vérifier
Un multicoque aussi récent – six saisons au maximum – est forcément en très bon état général, à moins d’un traitement très peu précautionneux ou d’une fortune de mer. La structure est globalement robuste, les aménagements simples et résistants à un usage intensif. Seuls les moteurs et leurs périphériques méritent un contrôle poussé : nombre d’heures de fonctionnement, bien sûr, mais également suivi de l’entretien courant. En cas de doute, une analyse d’huile n’est pas inutile.
DESCRIPTIF TECHNIQUE

Constructeur : Lagoon Catamarans
Architectes : VPLP
Design intérieur : Nauta Design
Longueur hors tout : 11,99 m
Longueur de coque : 11,74 m
Largeur : 6,79 m
Tirant d’eau : 0,91 m
Déplacement : 11 673 kg
Matériau : polyester
Cabines : 3 ou 4
Couchage : 6 ou 8
Réservoir carburant : 2 x 300 l
Réservoir eau : 300 l
Motorisation : 2 x 75 CV diesel
Catégorie d’homologation : A : 10 ; B : 12 ; C : 16 ; D : 30
Production : 30 exemplaires de 2015 à 2017
Prix occasion : à partir de 250 000 € HT