Il nous est arrivé d’affirmer dans ces colonnes que le multicoque représentait probablement l’avenir du bateau à moteur de plaisance sans que cette assertion péremptoire soit réellement suivie d’effets. Pourtant, lentement, presque imperceptiblement, les attentes des Power plaisanciers se modifient, et une nouvelle clientèle plus respectueuse de l’environnement se manifeste autour de bateaux plus matures. Avec une longueur raisonnable et de réelles qualités marines, le Leopard 43PC arrive à point pour profiter de cette orientation du marché. Nous avons pu l’essayer pour une belle navigation en Méditerranée.
Infos pratiques
- Le chantier : Leopard 43 PC
- La fiche technique
-
Découvrez notre vidéo exclusive
- Financez votre Leopard 43 PC
- Assuez votre Leopard 43 PC
- Articles autour du Leopard 43 PC
Une carène très travaillée
Les deux versions (voilier L40’ et Power Cat 43’PC) sont des déclinaisons du même plan, et l’idée d’Alex Simonis est de rester dans la philosophie du projet 48’/51’ qui était l’aboutissement de nombreuses années de conception de catamarans à moteur. Les œuvres vives du 43’ Power sont donc totalement différentes de celles de son proche cousin voilier : le rocker (courbure de carène), utile pour diminuer la traînée et faciliter l’aptitude au virement, est considérablement réduit, et le brion d’étrave immergé pour tendre les lignes au maximum. L’aileron est supprimé, remplacé par un petit skeg qui permet l’échouage et le stockage en équilibre en protégeant les sorties d’arbres et les hélices. Les entrées d’eau sont très fines, la spatule frontale et la nacelle élevées pour la taille du bateau. Les sections en U profond de la moitié avant des flotteurs procurent une forme de carène très amortissante pour lutter contre le tangage, participer à un bon équilibre d’assiette et générer de vraies aptitudes au franchissement par mer formée. Le tiers arrière est évidé en forme de tunnel pour permettre le passage de l’hélice et améliorer l’angle de sortie d’arbre à 8° ; une profonde rallonge planante répond au double objectif de lutter contre le cabrage et d’évacuer le flux d’hélice en l’accélérant. Le cabinet Simonis-Voogd a confié une recherche d’optimisation hydrodynamique au bureau allemand du prestigieux cabinet Numeca, un des leaders mondiaux des mesures physiques, présent aussi bien aux côtés d’Airbus que d’Emirates New Zealand et Oracle (AC72) ou encore de Groupama 3 ! La notoriété de cette pépinière de polytechniciens est mondiale et son expertise s’applique aux éoliennes comme aux moteurs de fusée ou de F1 ; ce sont des as du bassin de carène numérique et de la mécanique des fluides en général !
Même avec un clapot bien formé, l'assiette du Leopard 43'PC est parfaite
Une motorisation puissante, moderne et efficace
La série des 6BY3 se décline en 2 propositions à partir du même bloc 3 l/6 cylindres ; l’atmosphérique développe 220 CV (ce qui constitue un rendement remarquable) et la version turbo compressée 260 CV (une puissance très honorable pour un moteur d’automobile à essence de même cylindrée !), obtenus à la vitesse de rotation modérée de 4000 tr/min. Ce très bon résultat est atteint grâce aux performances cumulées des superbes culasses multisoupapes (4 par cylindre) suralimentées par un turbo basse pression, des rampes d’injection directe et du pilotage électronique des paramètres de combustion. L’instrumentation analogique a disparu, au profit d’un écran multifonction (en option) qui affiche le régime moteur, les pressions d’huile et de turbo, la température d’eau, la charge alternateur et celle du moteur en pourcentage, et la consommation. Des alarmes d’eau, d’huile, de charge, de pression d’huile et de présence d’eau dans le fuel sont actives. Il ne manque que la détection d’obstruction du refroidissement (par un emballage plastique, la plupart du temps) qui préviendra d’un incident avant la montée en température critique du moteur. Ces Yanmar satisfont aux exigences draconiennes des dernières normes européennes et américaines ; la consommation théorique s’établit à 5 l/h à 1500 tr/min, 10 à 2000 tr/mn, 27 à 3000 tr/min, 40 à 3500 tr/min et 55 l/h au régime maximum de 4000 tr/min. Très compacts, ces blocs de 358 kg délivrent leurs performances étonnantes sans fumée apparente ni odeur.
Un catamaran à moteur marin capable d'affronter en toutes sécurité des conditions de mer inconfortables
Une silhouette sympathique
Le 43PC ne pâtit pas du tout de sa longueur raisonnable, il affiche même une personnalité dynamique qui se dégage de son assise gracieuse sur l’eau et de proportions réussies. Le flybridge s’intègre bien à la ligne générale. Le design des montants de toit du bimini comme leur présentation noir verni sont habiles. Le contraste entre les courbes du roof et les lignes tendues des ponts et des bordés procure au bateau son style volontaire ; le pare-brise de nacelle pourvu d’une généreuse surface frontale verticale (et d’une porte) passe bien. La perception extérieure est agréable sans arrogance ostentatoire. L’acheteur sera inspiré de choisir une annexe de taille et de poids adaptés pour ne pas obérer les qualités dynamiques et esthétiques.
Le flybridge, un belvédère marin sécurisé par un garde corps tubulaire. Beaucoup d'espace pour un 43' ! Avec wet kitchen, banquette relax, nav station et accès au bain de soleil vers l'avant
Un volume intérieur convaincant, des aménagements au style renouvelé
Plus encore que sur les voiliers (ou la manœuvre de la voilure impose des codes et des contraintes connus et acceptés par tous), les catamarans à moteur se doivent d’anticiper les attentes de certains pratiquants peu initiés ou à la culture nautique différente. Ces bateaux ont un but unique : se faire plaisir en famille ou avec des amis, et profiter de l’environnement maritime sans en subir les exigences ; ils doivent donc séduire immédiatement par la convivialité de leur accueil et leur simplicité d’usage. La perception des espaces, leur multiplicité et leur interconnexion sont des arguments majeurs déjà largement déclinés sur les versions voiliers, mais accentués par le programme motor yacht et la présence du flybridge. La manière de vivre l’eau du public Power Cat diffère substantiellement de celle du public des voiliers, il est même étonnant (et tout à l’honneur des concepteurs) qu’un produit issu du même creuset d’origine puisse satisfaire les deux parties. Faut-il voir dans cette problématique la raison du changement total de style de toute la gamme Leopard lors de l’arrivée des 51’PC et 43PC ? Il est probable que le design intérieur cossu des versions Sherry Wood, dans lequel le chantier était passé maître, aurait été difficilement transposable sur les Power, et il était impensable de maintenir deux lignes de fabrication ! Il n’y a plus d’ébénisterie traditionnelle sur le 43PC, l’atmosphère générale Frêne clair cérusé (Highland Ash en anglais) est très contemporaine, les tons clairs, les notes beiges, écrues dominent, le choix des matières privilégie le caractère fonctionnel au service de l’efficacité et d’un entretien rationalisé. Dommage, le tissu de la sellerie est banal. La cuisine en L s’épanouit en façade, les plans de travail sont remarquables, les rangements vastes et abondants et les réfrigérateurs tiroirs tout à fait performants et pratiques ; ils sont prêts à accueillir les 15 jours d’approvisionnement d’un équipage forcément hédoniste ! Le chef est heureux sur le 43PC, il peut s’exprimer tranquillement pendant qu’une partie de l’équipage prend des rafraîchissements sur la terrasse du fly, que certains profitent de la plage arrière pour une baignade et que les ados du bord dînent entre eux autour de la table de cockpit ; les amoureux ou les rêveurs ont déjà colonisé les bains de soleil avant. Cette harmonie du bord est facilitée par la fluidité de circulation et d’accès à ces espaces différenciés. La version essayée offre 4 cabines confortables, séparées par 2 cabinets de toilette-douche-WC satisfaisants, dont le volume ne peut rivaliser avec celui de la version propriétaire. La durée du séjour moyen probable n’est pas la même non plus.
Le chef dispose d'un outil performant, il peut travailler en toute tranquillité sans être dérangé par les déplacements d'équipage, tout en étant au coeur de la vie du bord
Essai en mer
Avant d’appareiller, profitons de la mise en route des moteurs pour une vérification des cales. Chaque panneau d’ouverture (les moteurs sont logés sous les lits arrière) est muni de 2 vérins électriques indispensables à une ouverture aisée et donc à une bonne surveillance des environnement machines ; des extincteurs automatiques sont en place, mais pas les caméras d’observation, pourtant utiles. L’isolation est soignée, l’espace disponible ne permet pas d’obtenir un effet cocon hautes performances, mais le résultat est correct, le programme du bateau n’incluant pas des navigations de nuit fréquentes. Les Yanmar 3l ont un bruit de fonctionnement agréable, sans claquements ni vibrations transmises au châssis ; à haut régime, ils sont sonores, c’est une évidence dans cette taille. Sur le pont, le garde-corps tubulaire inox remplace avantageusement les chandeliers habituels, il ceinture tout le bateau ainsi que l’arrière du fly, bravo ! L’interruption de cette protection vertueuse dans la descente de marche qui mène aux jupes pourra être corrigée par un balcon et une filière plus hauts, car c’est un endroit qui prédispose aux chutes à la mer. L’échelle d’accès au flybridge est inversée par rapport à la disposition habituelle, c’est pertinent ; la sécurité y est excellente et la prévention des chutes a été prise en compte ! Au poste de pilotage, je constate l’agrément de la navstation, son environnement est simple, mais l’ergonomie de pilotage est bonne, dommage que les tableaux de mise en route à la clé ne soient pas protégés par un capot, ou logés dans une réservation. L’aménagement de ce belvédère marin est séduisant, la banquette en large U et le wet bar sont au centre d’un séduisant point de vue. Le temps est beau, il y a 15 nœuds de vent en rotation et le coup de tabac de la veille a levé un gros clapot désordonné : le terrain de jeu idéal pour juger des qualités dynamiques du 43PC. Quelques milles à 9 nœuds permettent de constater que la mer est plus formée qu’il n’y paraît et que le champ de bosse est bien creusé. Augmentant progressivement le régime à la recherche du bon équilibre vitesse-franchissement, j’observe qu’à 11 nœuds le résultat est plus agréable et déciderais probablement d’une allure de croisière de longue durée (consommation 25 à 30 l/h selon la charge). L’assiette est parfaite, les mouvement bien amortis et la navigation n’est pas fatigante. Le couple et la puissance disponibles incitent à prospecter plus loin ; entre 12 et 15 nœuds, le bateau révèle une aisance remarquable, sans roulis (il y a plusieurs trains de vagues et aussi du ressac créé par des fonds marins importants le long d’une côte accore) ; le tangage a disparu et l’agilité de franchissement est maintenant bien perceptible. Accélérant encore (ce que je n’aurais pas cru possible quelques minutes auparavant), le 43’ surfe maintenant à 18 nœuds sans taper, puis à 20,6, qui sera notre record (consommation 80 à 90 l/h à cette allure). Le châssis fait la preuve de son sérieux et d’une étude hydrodynamique performante, l’accouplement des Yanmar avec ses hélices quadripales est une réussite, et la poussée des tunnels est remarquable. Au retour, l’exercice se corse d’un clapot de face plus organisé avec 15 nœuds de vent d’ouest sur les étraves ! Ces conditions permettent au 43’ d’affirmer son talent et de démontrer un passage à la mer étonnant d’aisance. Pas de chocs, pas de tangage sur ce terrain cabossé, une parfaite réponse directionnelle ; entre 15 et 19 nœuds, la finesse de pénétration dans la mer est bluffante… il est temps de revenir à une allure plus sereine.
L'atmosphère "frêne cérusé" est agréable, très contemporaine et facile d'entretien. Notez le volume de la version propriétaire !
Conclusion
Les conditions de l’essai n’étaient pas difficiles, mais l’état de la mer suffisamment désordonné pour mettre en évidence aptitudes et inaptitudes ; le bilan dynamique est réellement très positif et le bateau inspire une totale confiance. Il est agile et rapide, très équilibré en assiette (élément de confort et de performance essentiel) et son rendement est élevé, car notre bateau d’essai était bridé, la vitesse maxi avec cette motorisation étant supérieure à 23 nœuds selon le constructeur. En version 3 ou 4 cabines, ce Power 43’ donnera beaucoup de plaisir à ses utilisateurs ; 8 équipiers profiteront vraiment de la croisière tant les espaces différenciés sont complémentaires. La dépense de carburant dépendra du nombre de milles parcourus bien sûr, mais surtout de la modération de l’allure, car l’aisance du bateau et sa réserve de puissance incitent à conserver un rythme élevé, revers d’une médaille brillante et d’un comportement de très bon niveau.
Les moteurs Yanmar 6 cylindres 3l turbo développent 260cv. L'ouverture du compartiment est assistée par deux vérins électriques
PLUS
- Qualités dynamiques de très bon niveau
- Motorisation et hélices modernes et performantes
- Excellente réponse convivialité/intimité des aménagements
- Simplicité d’utilisation et manœuvrabilité
- Silhouette agréable
MOINS
- Eléments de quincaillerie marine intérieure parfois "légers"
- Fixation des charnières et blocages de certains tiroirs et portes
- Mécanisme coulissant de la porte du cabinet de toilette trop léger
- Hauteur de la filière arrière d’accès aux jupes
- Absence de balcon de jupe
Descriptif technique
- Architecte : Simonis-Voogd
- Constructeur : Robertson-Caine
- Matériau : sandwich balsacore/Verre/Poly-Vinylester
- Longueur : 13 m
- Largeur : 6,72 m
- Déplacement : 11,7 t lège, 13-15 t en charge
- Motorisation : Yanmar 6BY3 2 x 260 CV
- Capacité fuel : 1000 l
- Capacité eau : 750 l
- Prix du bateau standard en € HT : 379 000
- Prix des options en € HT Motorisation 2 x 260 CV : 9 091 Pack électronique + Pilote + commandes moteurs à la table à cartes : 9 741 Pack électrique 220 V : 5 195 Générateur 6 kW : 25 818 Panneaux solaires 4 x 70 W : 6104 Dessalinisateur 63 l/h : 19 156 Douche de cockpit + pompe lavage pont : 976 Bossoirs : 3896 Rideaux d’ombres cockpit et roof + sellerie extérieure : 1479 Mouillage Delta 20 kg + 50 m de chaîne : 1494 Livraison à Capetown : 12 857 Convoyage par la mer (CE-USA) : 31 500 Equipements de sécurité CE : 4613 Contrôle post-convoyage à la livraison : 6501 Prix du bateau essayé : 563 333 (une remise exceptionnelle est consentie sur ce bateau modèle d’exposition Cannes 2016, soit 509 000 € HT)
LEGENDES PHOTO FLÉCHÉE

- : On distingue parfaitement sur cette photo le comportement dynamique des flotteurs et leur équilibre général. Les œuvres vives sont bien dégagées de l’eau, l’assiette navire est parfaite.
- : Le tunnel est exempt d’eau verte, illustration de la bonne poussée verticale des flotteurs et de la cohérence de la forme.
- : Les rallonges de flotteurs jouent parfaitement leur rôle anti-cabrage.
- : Les jupes accueillent des tunnels qui accélèrent le flux d’hélice et contribuent au bon rendement.
- : Le pilote est confortablement installé au poste du flybridge, mais des commandes intérieures sont indispensables pour la sécurité des navigations fraîches ou nocturnes, ainsi qu’au maintien d’une allure apaisée.
- : Les montants de bimini sont adroitement stylisés, la présentation noir verni est pertinente.
- : Le flybridqe est confortable et sécurisant, il peut accueillir l’ensemble de l’équipage au mouillage.
- : Bravo pour cette banquette réversible et le carré extérieur ; panneaux coulissants ouverts, cet espace convertible dévoile une salle à manger bizone pour 12 personnes.
- : L’interaction des espaces constitue le point fort du 43PC. La porte frontale permet une fluidité sans comparaison entre les différentes zones de vie.
- : Les moteurs, bien avancés dans la carène, contribuent au bon équilibre dynamique du bateau.
LE MOT DE L’ARCHITECTE
J’ai été interrogé de nombreuses fois sur les qualités propres des Leopard 51’ et 43’ et les raisons pour lesquelles nous pensons que leur comportement et leur rendement sont meilleurs que ceux de leurs concurrents. ( ) La solution que nous avons trouvée pour y parvenir a été de dessiner une forme de coque peu sensible au changements d’assiette dans les différentes conditions de navigation et aux différentes vitesses. Pour cela, nous avons recherché un équilibre de carène parfait entre la poussée verticale générée par la vague d’étrave et la force d’enfoncement de la propulsion contrecarrée par une autre poussée verticale, celle de nos tunnels d’hélices spécifiques. L’idée des tunnels d’hélices paraît simple et n’a rien de novateur, mais celle de les utiliser pour améliorer non seulement le flux d’hélice, mais aussi l’assiette du navire, est loin d’être banale et même unique. ( ) A bord d’un catamaran à moteurs, tout tourne autour du contrôle de l’équilibre d’assiette et de l’angle de cabrage. S’il est trop important, tout ce que vous ferez sera de brûler du fuel en vain, la résistance croissant avec la vitesse. Les Power Cats ne planent pas et ne répondent pas aux correcteurs d’assiette, la seule option consiste à obtenir cet équilibre dès la conception par le dessin ! Alexander Simonis – Juin 2016
