La nouvelle marque Millikan Boats a présenté à l’occasion des derniers salons d’automne un powercat qui s’affranchit du générateur. Ce prototype baptisé « M.9 », que nous avons pu essayer à Cannes, a servi de base de travail pour concevoir au mieux la déclinaison « série », le M.10.
Infos pratiques
- Le chantier : Millikan M.9
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Conditions : vent calme, clapot résiduel
Ce M.9 que je découvre à Port Canto n’est assurément pas le bateau de monsieur Tout-le-monde. Voilà un catamaran open de type bowrider avec sa circulation centrale coiffé d’un hard-top qui couvre tout le pontage – voire plus, puisque des ailes peuvent se déplier bien au-delà du maître-bau de manière à installer un maximum de panneaux solaires (sur les deux faces !). Il faut bien ça pour que ce petit prototype multicoque puisse se passer de tout appui thermique.
Le concept de départ du M.9 a été imaginé dès 2015 par Bruno Causse, qui a créé un premier catamaran de plage de sept mètres 100 % électrique. Faute d’avoir trouvé des investisseurs pour l’accompagner dans un développement industriel, l’inventeur passe le relais à Philippe Raynaud. Le projet devient un weekender de 9,70 mètres dessiné par Vincent Lebailly. La marque Millikan est lancée, un hommage façon Tesla à Robert Andrew Millikan, qui fut le lauréat du prix Nobel de physique de 1923 pour ses travaux sur la charge élémentaire de l’électricité et l’effet photoélectrique. Quant au M.9 qui nous intéresse, il est construit par le chantier naval La Passagère, à Saint-Malo.
L’éloge de la simplicité… et du plaisir d’être en mer
Le M.9 se veut simple et basique – sans imposer d’inconfort. La plateforme proposée fait donc à peine 10 m de long pour 3,40 de large. Les coques sont très fines ; elles génèrent peu de traînée afin de rester économes en énergie. Au-dessus, le T-top dépliable est recouvert d’une douzaine de panneaux solaires en mesure de produire 5 kWc. Quant au parc batterie, il est volontairement limité à 2 x 16 kWh afin de ne pas pénaliser le déplacement.
La motorisation électrique constituée par deux pods BlueNav de 15 kW à l’intérêt pour le constructeur d’être très facile à mettre en place. Voilà pour la présentation express. Plus en détail, le plaisir sur l’eau est bien au rendez-vous, avec tout de même 32 m² sur le pont répartis en un lounge avec coin repas modulable en couchette double, une cuisine minimaliste (mais complète tout de même) et un cockpit avant flanqué de méridiennes. Le tout est très aéré, puisque totalement ouvert, un peu à la manière d’un lodge. La vue est assurée à 360° sans obstacle et le tirant d’eau réduit permet de beacher aisément. Pour quelques nuits sur l’eau, deux cabines sont aménagées dans les coques avec un coin toilette et une penderie.
Portrait-robot du bateau idéal – et de demain ?
Coïncidence ? A l’heure où le M.9 est présenté pour la première fois au public, Bénéteau, n° 1 mondial de la construction de bateaux de plaisance, livre les premières statistiques tirées de l’application de gestion du bord Seanapps. Il s’agit de l’analyse approfondie des données de 1 000 bateaux connectés (pour la plupart à moteur), couvrant les pratiques de 180 000 utilisateurs en Méditerranée. On apprend, bien que les unités concernées soient en majorité comprises entre 12 et 18 mètres et à 80 % munies de fortes motorisations, que le parcours journalier moyen ne dépasse que très rarement 20 milles et quatre heures de navigation. On découvre également que la vitesse moyenne entre les escales est de l’ordre de 8 à 10 nœuds, que la durée des séjours en navigation de plus d’une semaine sont anecdotiques, et enfin qu’un maximum de temps est passé au mouillage, au plus près du rivage. J’oubliais : le groupe électrogène n’est mis en route qu’une fois au large dans la mesure du possible. « Les principales attentes des navigateurs sont une expérience de plein air enrichissante, la simplification des compétences requises et une sensibilité accrue au développement durable », résume Damien Jacob, le directeur produit du groupe.
Cette étude a permis à Bénéteau d’imaginer le concept Island Cruising Boat, un monomaran (étrave de monocoque et arrière de catamaran) très ouvert sur le pont, recouvert de panneaux solaires et propulsé par une motorisation hybride. Certes, le projet ne va pas aussi loin que le M.9, mais les similitudes sont frappantes.
Un prototype pour démarrer
Lors de notre essai, le caractère prototypal du M.9 était évident – il s’agit bien, comme l’a souligné Philippe Raynaud, de valider certains choix techniques et ergonomiques. Notre rôle d’essayeur n’est donc pas de compiler toutes les imperfections – cela a déjà été fait en détail par le constructeur –, mais plutôt de mettre en perspective notre ressenti et ce concept de navigation 100 % électrique.
L’accès à bord est aisé grâce aux jupes basses ; on reste toujours très proche de l’eau, en lien avec l’environnement. Le pont offre une surface généreuse et, grâce à la circulation centrale, on ne se gêne pas. Le « fond » du cockpit avant est en fait un filet ; ce dernier n’offre que peu de protection et rend impossible installation d’une table. Pour autant, il est très agréable de se détendre sur les méridiennes. De part et d’autre, deux cabines en miroir sont équipées de lits de seulement 1,10 mètre de large – mais le coin repas du pont peut se transformer en couchette double d’1,40 m de large. Une fois les ailes abaissées et les joues textiles déroulées, l’intimité est parfaite.
Il n’y a pas de barre sur le poste de pilotage, le système se commande à l’aide d’un joystick façon propulseur d’étrave, et d’un levier de puissance. Les fines étraves passent très bien dans le clapot cannois de sortie de port. Nous lançons les tours et le M.9 prend de la vitesse, mais pas trop, c’est le principe de la balade. Pour changer de cap, il suffit d’appuyer sur le joystick. C’est un peu frustrant, car la sensation n’est pas aussi directe qu’une barre. Mais c’est efficace, et cela permet de suivre sa route correctement. Avec tout ce clapot, nous atteignons 7,5 nœuds en consommant 24 kWh, ce qui dépasse largement les capacités des panneaux solaires, qui ne peuvent collecter que 5 kWc. Dans ces conditions, l’autonomie est inférieure à 1 h30. Nous ralentissons pour nous caler à 1 000 tours et 4,5 nœuds. A cette allure, les batteries ne se vident plus que de 6 kWh ; plus de dix heures de navigation deviennent envisageables.
Mais, si on reprend le chiffre de 4 h de n avigation par jour et un bon ensoleillement estival, le M.9 est largement capable « de se refaire les batteries » sans passer par la case 220 V au port.
Propulsion 100 % électrique sans recharge
Répond positivement aux normes environnementales les plus strictes
Cabines un peu exiguës
Pontage avant en filet
Descriptif technique
Architecte : Vincent Lebailly Yacht Design
Longueur hors-tout : 9,70 m
Largeur : 3,55 m
Tirant d’eau : 0,82 m
Déplacement lège : 2,7 t
Motorisation : 2 x 15 kW BlueNav Batteries : 2 x 16 kWh
Panneaux solaires : 5,6 kWc
Eau douce : 80 l
Couchages : 4
Catégorie : C6

Le M.10 gagne 45 cm par rapport au M.9, ses ailes et arceaux sont plus esthétiques, et le toit, désormais réalisé en aluminium, est plus robuste. Les tests avec une motorisation en ligne d’arbre ont démontré un très net gain en rendement, tandis que les progrès technologiques des batteries lithium ont permis de passer de 32 à 40 kWh pour un poids quasiment identique. »Le constructeur annonce ainsi que son nouveau modèle est capable de naviguer en auto-suffisance à 7 nœuds pendant une belle journée d’été entre 10 et 17 h.
Afin de simplifier au maximum l’utilisation de son M.10, le constructeur a mis au point un système de gestion intelligente de l’énergie capable de tenir compte de la production, de la consommation, et bien sûr du stockage. En option, il est possible de commander une aile de kite afin de tirer le meilleur parti des conditions avec du vent portant ; il sera peut-être possible de produire de l’électricité grâce à l’hydrogénération. Millikan ne va pas en rester là, puisque des foils sont à l’étude. Le M.10 devrait être présenté pour la première fois au public lors du prochain Cannes Yachting Festival.
Descriptif technique
Architecte : Vincent Lebailly Yacht Design
Longueur hors-tout : 9,70 m
Largeur : 3,55 m
Tirant d’eau : 0,82 m
Déplacement lège : 2,7 t
Motorisation : 2 x 15 kW BlueNav Batteries : 2 x 16 kWh
Panneaux solaires : 5,6 kWc
Eau douce : 80 l
Couchages : 4
Catégorie : C6


