Après une percée remarquée à la fin des années 90, le concept "power catamaran" semblait s'essouffler et chercher son identité. Certains chantiers ont maintenu, voire développé, une gamme active, mais avec des volumes de vente relativement faibles. On assiste aujourd'hui à une renaissance logique : les opérateurs majeurs reviennent avec des modèles entièrement revisités, de nouveaux acteurs apparaissent, les loueurs et les propriétaires s'intéressent de près à ce segment en évolution.
Infos pratiques
- Le chantier : Leopard 51 PC
- La fiche technique
-
Découvrez notre vidéo exclusive
- Financez votre Moorings 514 PC
- Assuez votre Moorings 514 PC
- Articles autour du Moorings 514 PC
Paradoxe de la crise
En dehors de leurs qualités propres, les multicoques à moteur représentent une niche de progression opportune dans laquelle il y a encore des parts de marché à conquérir. Ce filon potentiel suscite un intérêt particulier dans un contexte enviable d'évolution (même ralentie) du secteur. Le Power Cat propose une réponse pertinente à plusieurs catégories d'acheteurs potentiels : plaisanciers seniors, nouveaux pratiquants ou transfuges du monocoque à moteur, amateurs issus de pays avec une tradition de plaisance faible, comme l'Asie ou l'Amérique du Sud. Effet d'aubaine, ces contrées sont quasiment dépourvues d'offre alors que la demande des classes aisées (certes très minoritaires !) ne cesse de croître et que le prix local du pétrole est souvent attractif.
Les longues voûtes dissimulent les tunnels d'hélices et procurent un véritable appui dynamique en rallongeant la flottaison
Leopard Catamarans et les multicoques à moteur
Le leader sud-africain, membre depuis plusieurs années du club des trois plus gros constructeurs de multicoques, s'est lancé dans la production de catamarans à moteur avec une gamme issue du crayon de Morelli/Melvin : les 39 et 47 PC (essais Multicoques Mag nos 146 et 151). Un constructeur sensibilisé à l'évolution des attentes des locataires via ses contacts étroits avec le géant Mooring, Sunsail, Footloose et ses 27 destinations mondiales desservies par des centaines de bases. Pour renouveler complètement son offre moteur, Leopard a demandé à Alexandre Simonis d'étudier un 51' !
Les espaces lounge des 2 cockpits et du flybridge constituent les atouts de convivialité du Moorings/Leopard 51
Une exigence architecturale poussée
Avant d'appareiller à bord du tout nouveau Leopard 51 PC (en version Moorings 514 PC) pour une mini croisière test de 2 jours dans le cadre enchanteur des BVI (îles Vierges britanniques), tentons de mieux comprendre l’approche technique. L'architecture générale du Power 51' reprend l'essentiel de la plateforme du Leopard 48' voilier, à l'exception de la carène, qui est substantiellement modifiée pour répondre aux contraintes particulières de la marche au moteur. Le plan d'aménagement, la silhouette, la hauteur de tunnel et de franc-bord comme l'entraxe de coque du Leopard 48’ correspondaient bien au cahier des charges du futur 51’ Power, mais il fallait revisiter la partie hydrodynamique pour parvenir au résultat escompté. Le but : créer un catamaran à moteur moderne, habitable par 8 personnes + 1 marin, assez compact pour fréquenter les marinas, capable d'entreprendre des traversées en haute mer économiques à 10 nœuds, mais pouvant maintenir une vitesse de croisière de 15 nœuds avec une pointe supérieure à 20 ! Challenge en vue...
Le poste de pilotage est réellement confortable et sécurisant, on regrette seulement l'absence d'un pare brise saute vent
L'équation d'Alexander Simonis
Pour le 51 PC, l'équation qu'a dû résoudre l'architecte s'articule globalement autour de 6 facteurs : l'assiette, la surface mouillée, la poussée moteur, l'interaction des vagues dans le tunnel, l'optimisation des écoulements et l'aérodynamisme. L'équilibre général du navire est fondamental pour le confort et le rendement, et il est impensable de compenser artificiellement avec un réglage de trim comme sur de nombreux monocoques. L'architecture du 48’ voilier possédait les caractéristiques nécessaires (finesse, élévation, longueur), mais avait été conçu pour un centre de poussée vélique situé en hauteur et non sous l'eau et à l'arrière ! Il fallait donc réduire le rocking (courbure longitudinale), tendre la carène en abaissant le brion et prolonger la voûte. La réduction de surface mouillée se traduit par la suppression des ailerons (une paire de petits skegs de protection d’hélices est tout de même ajoutée). C'est en matière de transmission de la poussée et d'équilibre dynamique que Simonis-Voogt ont le plus travaillé en greffant une longue voûte à tunnel sur l'hydro d'origine. L'architecture de cette partie de la carène est complexe, car l'enjeu de performance, de rendement et de comportement est décisif. Le tunnel abrite l'hélice et permet de réduire l'angle de sortie d’arbre (autour de 8°), mais joue aussi le rôle d'un accélérateur dynamique en canalisant le flux d'eau. L'optimisation concerne aussi la lutte contre les turbulences dans le tunnel. On aura donc compris qu'il s'agit d'une carène totalement différente de celle de son cousin 48' voilier... La diminution de la résistance de vague, la lutte contre la traînée, l’optimisation des écoulements et de l'assiette sont aussi (comme en aviation) une question de micro réglages (safrans, angle de sortie du tunnel). Cette étude a été menée en partenariat avec l'antenne allemande du bassin de carène numérique Numeca, utilisé par les équipes Oracle et Emirates pour les AC72' ! L’aérodynamisme n'a pas été négligé, utilisant également ce type de modélisation.
Le cockpit arrière, surplombé par le Flybridge est largement ouvert sur le carré et la cuisine, une salle à manger d'extérieur parfaite!
Une motorisation moderne
Le Leopard 51 PC de notre essai est équipé des nouveaux moteurs Yanmar 8LV de 370 CV. Ces blocs V8 dernière génération sont pilotés par une électronique performante dotée d'un système de diagnostic par connexion plug and play. Ce sont des V8 à 90° bi-turbos de 4,46 l coiffés par des culasses à 4 soupapes par cylindre. L'injection de fuel est directe par rampes communes. L'alternateur de forte capacité produit 180 A en 12 V. Ces moteurs récents ont bonne presse parmi nos confrères spécialistes moteurs et les retours des usagers semblent également très positifs. Yanmar innove avec une architecture compacte et légère (530 kg) générant peu de bruit et d'émissions polluantes.
Lumière, espace, ventilation naturelle (ou rafraîchissement climatisé), communication directe avec la salle d'eau, le luxe en 50' à moteur
Une organisation de l'espace remarquable
Tout est grand à bord du Leopard/Moorings 51'. Les accès au cockpit par l'arrière sont facilités par les extensions de jupe et ouvrent sur un espace extérieur double lounge particulièrement accueillant. Cockpit classique avec table, flybridge totalement revisité (par rapport au 47 PC) qui dévoile un véritable salon de pont avec méridienne, canapé relax, grande table attenante au poste de pilotage. Le bloc kitchenette avec barbecue, réfrigérateur et évier est habilement intégré et l'ensemble parfaitement sécurisé par des garde-corps tubulaires inox rassurants et de nombreuses mains courantes. Cette terrasse nautique offre un atout de convivialité remarquable. La solide structure peut être entièrement close au moyen de parois textiles ; solution de mouillage parfaite, son fardage m’a paru peu compatible avec l’utilisation à la mer. Un saute-vent frontal rigide paraît souhaitable. A l’intérieur, Leopard Catamarans a radicalement fait évoluer le style, abandonnant l’ébénisterie merisier pour un design contemporain plus tendance. Les plaquages façon chêne cérusé très clair ont remplacé la menuiserie traditionnelle, générant une atmosphère urban chic claire de bon goût, bien adaptée au programme du bateau. La cuisine en L est fonctionnelle, pratique et facile à nettoyer. Four traditionnel, cuisinière trois feux et micro-ondes permettent d’envisager avec sérénité la satisfaction d’un équipage de gastronomes. Les rangements efficaces sont nombreux, mais ne disposaient pas, sur notre prototype, de systèmes de fermeture adaptés aux conditions agitées. Le cockpit avant accessible par l’intérieur reprend l’architecture du 48’ avec les avantages que nous avions évoqués pour ce modèle. L’agrément des cabines (4 sur notre bateau d’essai, dédié à la location) est absolument indiscutable, l’ergonomie des flotteurs de cette version dotée de quatre salles d’eau constitue une prouesse.
Une prouesse ce plan d'aménagement, avec 4 cabines et 4 salles de bains généreuses
Essai en mer : 80 milles autour du Sir Francis Drake Chanel (BVI)
L’atterrissage à Tortola en provenance de Miami-Porto Rico met immédiatement dans l’ambiance. Après le survol des Bahamas (magique !) la piste du mini aéroport de Beef Island semble flotter sur le lagon. Je vais découvrir le Leopard dans sa version Moorings 51 PC dans un écrin parfaitement adapté ! Le bateau, rafraîchi par la climatisation, favorise une transition douce, et nous appareillons aussitôt pour Cooper Island, notre premier mouillage de pirates Caraïbes (abandonnées par les Espagnols qui les avaient découvertes, les BVI furent un repère de choix pour les flibustiers anglais, hollandais et français). Vingt-cinq nœuds d’alizé soufflent sur une mer agitée arrosée de grains épars, le gros clapot frontal constitue un terrain d’essai révélateur. Avant de me passer les commandes, notre skipper appuie généreusement sur les manettes et fonce à seize nœuds "tout dessus" à l’assaut du Sir Francis Drake Chanel. Ce premier galop renseigne très positivement sur l’agilité du bateau. Malgré sa taille raisonnable (pour un multicoque à moteur !), le 51 PC chevauche les trains de vagues sans jamais taper. L’absence de tangage et de roulis sur ce plan d’eau agité est une révélation capitale. La facilité avec laquelle nous rejoignons le spot peu fréquenté (en avril) de Salt Island autorise une escale baignade avant l’arrêt sur la délicieuse Cooper Island pour déguster les conch friters (splendides beignets de lambis !) avant d’entreprendre le tour de Virgin Gorda. Les 20 milles à parcourir face à la mer d’alizé brossée dans l’axe par un bon force 5 à 6 auraient sans doute généré quelques interrogations à bord d’un voilier de même taille ! Nous attaquons la partie robuste du programme sous la houlette d’une poignée de gaz généreuse. À dix-huit nœuds, protégé par la partie nord de Cooper, le 51’ se comporte comme un tapis volant. En face de Spanish Town, nous mettons le cap au nord-est, face au vent, dans la partie resserrée du détroit qui lève une mer courte d’un mètre cinquante. Cherchant le meilleur compromis confort-consommation-vitesse, je trouve un point d’équilibre parfait à onze nœuds. Notre cata "accélérateur de programme" nous conduit (déjà !) à l’entrée du grand lagon de Gorda Sound (nord de Virgin Gorda), où nous prenons un coffre devant le splendide Bitter End YC (il y a peu de mouillages forains autorisés aux BVI). Cette chevauchée contre l’alizé a mis en évidence les qualités dynamiques du 51’, son équilibre d’assiette et son aptitude au franchissement. Les transfuges du voilier auront le sentiment d’une réserve de puissance et de vitesse importante et utiliseront le régime qui leur conviendra, mais le ressenti de plateforme très stable du catamaran réconciliera ceux qui gardent un mauvais souvenir des monocoques à moteur de même taille. Après le traditionnel painkiller (le planteur local "tueur de soucis"), nous profitons d’une nuit réparatrice parfaitement confortable (le bateau a été mis en température grâce à une heure de climatisation, groupe à peine audible !). Le shooting photo du lendemain nous conduit devant la barrière de Mosquito Island, où le petit mètre de tirant d’eau du cata et son excellente manœuvrabilité font merveille. Au large, l’alizé soutenu lève une mer formée sur notre piste de vitesse. La descente sur le légendaire mouillage des Baths au sud de Virgin Gorda nous permet de tester le bateau au maximum des possibilités de vitesse laissées par la bride de régime (500 tr/min au-dessous du maximum pour ce bateau destiné à la location). Le 51 PC va dévoiler une autre facette de son talent et montrer des qualités de glisse étonnantes, surfant à 19-20 nœuds avec une aisance bluffante. L’exercice met en valeur le travail de conception, la pertinence du choix de motorisation et le soin apporté à son installation : pas de vibrations parasites, un bruit moteur parfaitement acceptable à l’intérieur, peu perceptible depuis le flybridge, ainsi qu’une belle finesse de passage dans la vague et la fluidité des sillages. Après une dernière traversée du Drake Chanel, nous amarrons le 51’ au ponton de la charmante Marina Cay pour déjeuner avant de profiter d’une dernière et excitante séance de surf où, portés par une amplitude de vague plus longue, nous accrocherons plusieurs fois les 21 nœuds (la version débridée atteint 25 nœuds).
Les superbes blocs V8 Yanmar sont bien accessibles (coffres sur vérins hydrauliques), leur positionnement avancé contribue à la bonne assiette du bateau en navigation
Conclusion
Simonis-Voogt et Leopard Catamarans marquent un point avec ce 51 PC dont la conception et la réalisation constituent une réussite. Parfaitement adapté au vagabondage côtier ou à la découverte d’un archipel quelle que soit sa latitude, il est aussi capable à vitesse modérée d’entreprendre des traversées hauturières. Ce power cat n’est pas un multicoque d’expédition orienté vers l’hyper sobriété, mais ses qualités marines sont réelles et il sait recevoir.
La plate forme hydraulique facilite la mise à l'eau d'une grosse annexe et se transforme en plage de bain mais son poids, son prix et sa cinématique complexe méritent réflexion
Les plus
- Qualités dynamiques
- Design réussi
- Vie à bord
Les moins
- Cloisons textile de fly inadaptées
- Plage arrière hydraulique optionnelle lourde et complexe
- Blocages de portes et tiroirs insuffisants
Déplacement bateau : environ 19,5 tonnes (contrôle des mesures de vitesse : montre Garmin Quatix)
1500 tr/min à 8,5 nœuds, 6 l/h par moteur, soit 12 l/h 2000 tr/min à 10 nœuds, 11,5 l/h par moteur, soit 23 l/h 2400 tr/min à 15 nœuds, 22 l/h par moteur, soit 44 l/h 3300 tr/min à 18 nœuds, 40 l/h par moteur, soit 80 l/h 3500 tr/min à 20 nœuds, 45 l/h par moteur, soit 90 l/h Vitesse max 21 nœuds sur la vague au portant, 18,5 stabilisé. Consommation durant nos deux jours d’essai : 80 gallons, soit 302 l.
Les concurrents :
| Modèle | Constructeur | Motorisation | Architecte | Prix de base (en € HT) |
| Cumberland 47’ | Fountaine Pajot | 2x225 ou 500 CV | Joubert/Nivelt | 616 000 |
| Flashcat 47’ | Flash Catamarans | 2x220 ou 480 CV | Flashcats | 448 000 |
| Jaguar 48’ | Jaguar Catamarans | 2x260 CV | Dixon Yacht | 853 000 |
| Aquila 48’ | Aquila | 2x225 CV | J&J | 540 500 |
Fiche technique
- Architecte : Simonis-Voogd
- Constructeur : Leopard Catamarans
- Longueur : 15,54 m
- Longueur de flottaison :14,96 m
- Largeur : 7,64 m
- Tirant d’eau : 0,98 m
- Déplacement : 19,4 t/23,6 t
- Gasoil : 1 500 l
- Eau : 1 000 l
- Motorisation de la version essayée : 2X370 CV Yanmar V8LV
- Transmissions : lignes d’arbres
- Prix de base : 698 000 US$/552 700 euros HT
- Principales options (prix HT) - Pack électronique Raymarine complet 7 582 euros - Pack confort électrique : 5 604 euros - Système son Fusion dans tout le bateau : 2 857 euros - Génératrice Northern light 9 kW : 21 846 euros - Climatisation 40 000 BTU : 13 558 euros - Panneaux solaires 2X70 W : 2 655 euros - Grill électrique + réfrigérateur au flybridge : 3 682 euros - Protections toile du poste de barre : 7 582 euros - Sellerie extérieure : 3 309 euros - Planchers extérieurs teck synthétique : 17 308 euros - Plage arrière hydraulique/support annexe : 28 956 euros - 2 mouillages complets + défenses : 3 436 euros - Préparation et transport cargo Europe ou Floride + équipement de sécurité : 55 589 euros
- Prix du bateau essayé : 700 435 euros HT

Le mot de l'architecte
Afin de créer un catamaran à moteur réellement efficace, nous avons lancé un programme numérique de modélisation dynamique des fluides (CFD) d'une durée de 6 mois en collaboration avec la société allemande Numeca. Simonis Voogd Design développe activement des catamarans à moteur depuis 10 ans, les données recueillies lors de ces études ont été utilisées pour perfectionner les nouveaux Leopard. L'objectif était de trouver une solution au délicat problème d'assiette généralement associé aux multicoques à moteur. Optimiser l'angle de positionnement de la coque sur toute la gamme de vitesse du bateau améliore l'efficacité de conduite de manière considérable. En procédant à de nombreuses analyses par ordinateur avec de légères variations, nous avons trouvé une solution performante qui a permis la création de coques dotées d’une bonne tenue à la mer, d’une excellente stabilité et d’un mouvement de tangage réduit. Le nouveau Leopard 51 PC représente une importante avancée en termes de développement des catamarans à moteur, un véritable symbole de la recherche et des techniques de pointe actuellement disponibles. Alexander Simonis (avril 2014)

Détails du bateau

- La finesse d’étrave et l’équilibre de carène procurent un effet perce-vague très amorti
- Les longues voûtes intègrent le tunnel d’hélice et procurent au 51’ une grande partie de ses qualités dynamiques
- La plateforme hydraulique (barre et support d’annexe) semble lourde et complexe
- La sécurité offerte par le garde-corps tubulaire intégral est appréciable
- Le cockpit avant hérité du 48’ s’intègre parfaitement dans le concept
- Le flybridge aménagé constitue une terrasse marine extrêmement agréable, un pare-brise saute-vent rigide semble nécessaire pour le poste de pilotage
- Les cloisons textiles permettent de fermer complètement l’espace fly, parfait au mouillage !
- Le bloc de cuisine outdoor équipé d’un barbecue électrique est remarquable
- Les élégants flotteurs du 48’ ont vu leurs œuvres vives profondément modifiées, la carène est totalement différente
- La silhouette générale est agréable, le volume sous roof est surprenant