Découvert en septembre dernier lors du Cannes Yachting Festival, ce trimaran électrique destiné à la croisière à la journée tranchait singulièrement avec l’ensemble des modèles exposés. Le concept de l’Orphie 29 revient aux fondamentaux de la navigation qui promettent l’amusement et la détente sur l’eau dans un respect optimal de l’environnement. Nous avons bien sûr voulu en savoir plus…
Lieu de l’essai : Cannes
Conditions : 4 à 8 noeuds de vent, léger clapot
Infos pratiques
- Le chantier : Orphie 29
- La fiche technique
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Une partie du Cannes Yachting Festival était consacrée au bateau à propulsion hybride ou 100 % électrique de moins de dix mètres. Une bonne vingtaine de modèles étaient exposés au bout de la panne centrale ; c’est donc là que nous avons découvert l’Orphie 29. Ce petit multicoque d’un genre nouveau est très large et bas sur l’eau. Il ressemble à une unité de course aux coques très effilées, mais sans mât. La coque centrale est traitée comme un day cruiser à moteur avec un beau cockpit salon recouvert d’un hard top et une proue très étroite se prolongeant avec un pare-brise saute-vent profilé. Tous les ponts sont recouverts de teck et ceinturés d’un liston en acajou verni, à la manière des canots automobiles vintage. Les poupes des flotteurs sont dotées de jupes. Quant au tableau arrière de la coque centrale, il supporte un moteur hors-bord Torqeedo. Bref, l’Orphie 29 ne ressemble à rien de connu !

L’Orphie 29 se déhale sur le plan d’eau en silence et sans émissions de CO2 grâce à sa motorisation électrique.
La volonté de changer les comportements sur l’eau
Les deux associés Cyril Ambrozy et Yann Herriot sont passionnés de mer, de voile et de glisse sur l’eau. Ils se sont donné pour objectif de faire découvrir le littoral autrement en privilégiant le plaisir basique d’être sur l’eau. Il s’agit donc, sinon tenter de faire changer les comportements, d’une manière moderne et écoresponsable de naviguer. Pour Cyril et Yann, l’avenir de la propulsion en mer est électrique et éolien, rien de plus.
La plate-forme de trimaran a été choisie pour sa grande stabilité, ses qualités de passage en mer et sa capacité à embarquer six à dix personnes en répartissant le poids sur trois coques, minimisant la traînée, et donc la consommation d’énergie. Le déplacement, précisément, a été identifié comme un ennemi pour la propulsion, que ce soit par hélice ou vélique. La chasse au poids a été une préoccupation cruciale lors de la conception assurée par Jean-Marc Piaton et Clément Bercault – qui viennent de monter leur agence d’architecture et de design. Les coques très fines (0,53 m pour les flotteurs latéraux et 1,56 m pour la coque centrale) ont été fabriquées en contreplaqué/époxy et reliées par des poutres infusées en carbone. C’est simple, solide, efficace et léger.

La finesse des coques garantit une très faible traînée, et donc un moindre besoin d’énergie de propulsion.
Une motorisation high-tech
Alors que la ligne moderne et fluide associée à un traitement belle plaisance du plan de pont nous rappelle la production néo-rétro, la motorisation est quant à elle de haute technicité. « En fait, se souvient Yann, ingénieur électricien de formation, le déclic est venu en voyant les trimarans (Diam 24, NDLR) du Tour Voile, évoluer au moteur. » L’Orphie 29 est donc propulsé par un moteur de 50 kW hors-bord – une version inbord n’est pas exclue. Cette puissance permet de naviguer à 8-10 noeuds sur une quinzaine de milles et, selon l’état de la mer, de pousser une pointe à 14-15 noeuds avec une hélice adaptée. La vitesse de carène étant un peu inférieure à huit noeuds, on pourrait se contenter d’une puissance de 25 kW ou deux fois 12 kW sur les flotteurs extérieurs. Le chantier propose d’ailleurs cette dernière option, déclinée en deux fois 24 k W avec des batteries de 30 kWh, le tout fonctionnant en 48 volts. La batterie BMW i3 en 400 volts de notre modèle d’essai est logée sous le plancher du cockpit et n’entrave pas l’habitabilité.

Avec un tirant d’eau de 35 centimètres moteur relevé, l’Orphie vient tout près de la plage.
Des sensations retrouvées… ou à découvrir
Un petit tour de la baie de Cannes nous est proposé pour nous convaincre de la justesse du concept. L’Orphie 29 est muni d’un propulseur de proue et de poupe à jet ; il se manoeuvre aisément, mais on se met à penser que la version avec deux moteurs de chaque côté constitue une alternative intéressante et moins coûteuse. En sortant du port, il est amusant de constater l’étonnement que nous suscitons : les regards semblent rivés sur notre étrange engin. Un léger clapot nous cueille à la sortie des jetées, et les fines étraves perce-vagues – fidèles à l’orphie si allongée – s’en accommodent très bien jusqu’à huit noeuds. Le trimaran ne rechigne pas à accélérer encore, mais la consommation électrique s’élève rapidement. Pierre, le skipper, m’explique que ce n’est pas la vitesse qui est réclamée par ses clients. Le multicoque a été exploité tout l’été dernier par la société Riding Watt, laquelle propose des croisières à la journée depuis Hyères. « L’usage a été plutôt de croiser à 6-8 noeuds et de sortir l’aile de kite pour tracter le bateau dès qu’il y a un brin d’air », détaille Pierre. Nous n’avons pu essayer cette fameuse aile dans cette baie encombrée par les essais du salon, mais l’enthousiasme des clients est intarissable, semble-t-il. « A cette vitesse, juste au moteur, la batterie BMW permet de faire quinze à vingt milles, et plus de trente si on se contente de cinq noeuds. C’est largement suffisant : les clients sont là pour profiter de la baignade et du soleil. Quand on rentre au port le soir, il suffit de cinq heures de recharge sur une banale prise de quai 32 A pour recharger la batterie. » C’est vrai que le plaisir est ailleurs que dans la débauche d’énergie ; il suffit de pencher la main par-dessus bord pour goûter la température de l’eau pour s’en convaincre – 25 °C en cette fin d’été. Les oreilles ne sont pas agressées par un quelconque bruit de moteur thermique, sans parler des gaz d’échappement, évidemment absents. Les capacités d’accueil du bord sont simples mais ludiques. Une grande table sous le hard-top permet à tout l’équipage de partager un repas. Ensuite, pendant que les uns se baignent, les autres farnientent au soleil ou sous les tauds d’ombrage. La petite cabine intérieure dans le pic avant procure l’essentiel : une mini-cuisine, des toilettes et une couchette simple.
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L’Orphie 29 tente de donner toute satisfaction dans le minimum d’espace. Les panneaux solaires sur le hard-top servent à alimenter la consommation de service, notamment pour l’éclairage.
Le poste de barre est sommaire, mais l’essentiel est là – commande moteur, speedo et VHF Raymarine, cartographie B&G, guindeau, et même des propulseurs d’étrave à jet de proue et de poupe.
Conclusion
La finition n’était pas encore au top niveau sur ce premier modèle, mais le chantier améliore sa copie avec un deuxième exemplaire qui est en construction. Yann nous précise que cette deuxième unité sera revue suite aux apprentissages de la première saison. Le centre de carène sera avancé et l’arrière relevé, optimisant encore le bon comportement à huit noeuds, la vitesse plébiscitée par les utilisateurs. Certes, le trimaran perdra deux noeuds en vitesse de pointe, mais l’agrément revu à la hausse et la consommation inférieure en dessous de dix noeuds justifient ces légères modifications.

Une aile de kite de 20 m² peut être facilement déployée au vent portant. Cela permet de rajouter encore de l’autonomie.
LES + :
+ Concept innovant et convaincant
+ Design élégant et simple 100 % sans émission de CO2
+ Nombreuses possibilités de motorisations/batteries
LES - :
- Finitions à améliorer
- Habitacle un peu exigu
- Très large pour une place au port
- Prix élevé

DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Orphie Boats
Architecte : Piaton-Bercault Yacht Design
Matériau : CP/époxy/carbone
Longueur : 9,98 m
Largeur : 5,30 m
Tirant d’eau : 0,35/0,75 m
Déplacement lège : 1 850 kg
Motorisation : Torqeedo de 12 à 48 kW en 48 V ou Deep Blue 25 à 50 k W en 400 V
Batteries : 50 kWh en 400 V (i3) ou 30 kWh en 48 volts
Eau : 60 l
Tarifs :
Version de base avec 1 Torqeedo de 12 k W = 180 000 € HT
Version 2 x 12 kW Torqeedo avec batteries 30 + 15 kWh en 48 V = 200 000 € HT
Version essayée avec 50 kW Torqeedo et batterie BMW = 248 000 € HT
Principales options :
Panneaux solaires 400
Propulseur à jet 2 ou 4 sorties d’eau Aile de kite 20 m²
Leds de pont additionnels et sous la flottaison
Tauds d’ombrage supplémentaires à poteaux carbone

