Annoncé en tout début d’année 2022 et mis à l’eau discrètement au printemps, le premier powercat construit par Prestige Yachts aura attendu le Cannes Yachting Festival pour faire (enfin) sa première apparition. C’est dire si ce catamaran conçu par un des plus importants spécialistes du motonautisme était attendu ! Nous avons pu essayer en exclusivité la Prestige M48 au cours d’un convoyage sur la Côte d’Azur.
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Conditions : mer calme à peu agitée, petite houle résiduelle de sud-ouest, 3 à 7 nœuds de vent d’ouest.
Le M48 et la Prestige M48… Le ou la ? Même au sein de la marque, les acteurs n’ont pas encore tranché le genre de leur nouveau bébé. Normal : chez le constructeur, on a coutume de parler de « la » Prestige – sous-entendu la vedette – pour évoquer un modèle. Mais, dans l’univers des multicoques, on pense à un catamaran ou un powercat. Du coup, le masculin résiste un peu avec le M48 même si on peut entendre la M48… Pour notre part et pour l’heure, cette appellation mixte en termes de genre nous convient très bien ! Cette anecdote démontre bien que lancer un catamaran au sein d’une marque qui construit depuis 30 ans des vedettes monocoques n’a rien d’anodin.
Une Prestige avant tout
La démarche marketing a d’ailleurs été très mûrement réfléchie : partant du principe que les clients de la marque demandaient toujours plus de confort et d’aisance et que cette exigence arrivait à son maximum en termes de faisabilité avec la dernière gamme X-Line, Erwin Bamps (directeur de Prestige Yachts) et son équipe ont décidé, en accord avec le groupe Bénéteau, de se lancer sur le marché des powercats. Pas question pour autant de « perdre » les clients fidèles de la marque ; il s’agissait avant tout de proposer une Prestige, mais avec deux coques. Cette démarche multicoque aurait pu s’appuyer sur Lagoon, autre marque du groupe, mais le projet M48 a été mené de manière autonome. Andrea Garroni, auteur du design de tous les modèles Prestige, a logiquement été sollicité pour le M48. Sur le plan de la filiation Prestige, le résultat est très convaincant. Reste à étudier ce modèle plus en détail…
Des cabines sous le plancher de la nacelle !
Dans les grandes lignes, la Prestige M48 est sensiblement plus étroite que ces concurrentes : à peine 6 mètres contre 6,56 m pour l’Aquila 44 (qui mesure presque un mètre de moins en longueur), 6,60 m pour le MY5, 7,34 m pour le Leopard 46PC, 7,50 m pour l’Aventura 14. Un parti pris qui s’accompagne d’un autre tour de force : loger les cabines entre le plancher de la nacelle et la fond de coque ! On le verra plus loin, ce choix architectural audacieux se paye forcément à un moment… mais ces cabines immenses procurent incontestablement un effet whaou évidemment profitable au premier modèle d’une nouvelle gamme.
Finition très soignée
Vu la hauteur du franc-bord, l’accès à bord s’effectue par une des deux jupes arrière ou via la grande plate-forme hydraulique. Dans l’imposant tableau arrière se cache une véritable soute aussi imposante qu’inhabituelle. Un bastingage pivotant – il suffit de le soulever pour le libérer – effectue un quart de tour pour sécuriser la zone lors des navigations. Dès les premiers pas à bord du M48, on est surpris par le niveau de finition. Les matériaux, pour commencer, sont tous qualitatifs. Les assemblages sont irréprochables, et partout les cinétiques des éléments mobiles sont bien pensés. On sent tout de suite que le constructeur est à son affaire à l’heure de la conception des aménagements. Produire plus de 300 vedettes haut de gamme de 40 à 70 pieds par an y est certainement pour quelque chose. Restons encore sur le pont avant de découvrir l’intérieur. Les passavants, malgré la relative étroitesse du powercat, affichent toujours une largeur supérieure à 40 cm. La marche vers l’avant n’est pas gênante. Un pavois dont la hauteur oscille entre 15 et 25 cm assure une bonne protection lors des déplacements, d’autant que le bastingage est costaud et les mains courantes partout présentes. Côté tribord, une porte de coupée assure un accès direct à l’intérieur. L’ouverture est petite (106 x 54 cm), ce qui oblige à se plier un peu en deux pour passer, mais elle a le mérite d’exister. La plage avant est dédiée au farniente, avec un vaste bain de soleil et un canapé, installé à poste fixe tout à l’avant. L’assise est évidemment particulièrement exposée en navigation et génère un fardage non négligeable – il s’agit d’une option dont on peut, selon nous, se passer. Le pontage avant recèle également des rangements – ils sont très nombreux à bord – et deux accès tout à l’avant de chaque coque. On peut installer ici une cabine skipper et une salle d’eau.
Le cockpit, quant à lui, présente des assises tout contre la nacelle et une grande table reculée. Modulables, les plateaux peuvent totaliser 1,95 x 0,71 m.
Un flybridge particulièrement convivial
Un escalier à bâbord du cockpit mène au flybidge ; en cas de mauvais temps en mouillage comme en navigation, un large panneau sur charnières peut fermer l’accès – ce qui permet au cockpit de rester au sec. Là-haut, on profite évidemment d’une vue imprenable, mais également d’un poste de pilotage parfaitement agencé. L’instrumentation est aussi claire que complète, et deux banquettes pour deux personnes – dont celle du barreur – font face à la route. Le pare-brise inversé est assez grand pour assurer une bonne protection quand on est allongé. Toute la partie arrière du flybridge est en effet dédiée au farniente, avec un bloc cuisine, une table de 90 x 160 cm pour 8 personnes, et même un immense solarium. A l’image du pont principal, tout ce pont supérieur est protégé par un robuste bastingage inox. Un seul détail à régler : les montants du T-top, pourtant de section imposante, ne sont pas assez rigides pour maintenir fermement le toit en place, ce qui génère parfois des bruits parasites. Le constructeur travaille donc sur de nouveaux montants.
Timonerie intérieure
La transition cockpit/nacelle est parfaitement gérée par un accès de plain-pied et une ouverture de 1,93 m de hauteur par 0,76 de large. Un panneau coulissant permet d’obtenir 78 cm supplémentaire. Le carré à tribord propose l’accueil de six personnes avec sa banquette en U et sa table de 150 x 68 cm. En face, la cuisine en U est complètement à l’écart du passage. La hauteur sous barrot, dans toute la nacelle, frise les 2 mètres. La lumière naturelle est abondante et la vue sur la mer imprenable – debout comme assis. Malgré sa largeur modeste, cette zone de vie est très bien traitée, tant sur le plan de l’ergonomie que de celui de la qualité. Comme à l’extérieur, on constate avec évidence le luxe offert par la Prestige M48. La timonerie intérieure présente un confortable fauteuil – juste un peu éloigné du tableau de bord, un détail facile à régler – et toutes les commandes utiles pour manœuvrer le M48 bien à l’abri.
La cabine avant dédiée au Propriétaire est également une illustration du savoir-faire du constructeur. Il suffit de descendre trois marches et demie pour accéder à un volume immense qui s’étend dans toute la largeur disponible, avec une hauteur sous barrot de 1,95 m. Le lit king-size est placé au centre ; à bâbord, on profite d’un canapé de 1,62 m. En face, on trouve un grand bureau de 2,05 x 0,50 m. Quatre panneaux ouvrants sont en place. Depuis la nacelle, sept marches plus bas, on accède sur chaque bord aux cabines dans les coques. A bâbord, deux lits simples sont convertibles en un seul double. Dans l’autre coque, on dispose d’un grand lit double de 1,75 x 2 m. Chaque cabine dispose d’un cabinet de toilette complet, et bien sûr d’une belle vue sur l’eau. Des « chambres » dignes de celles d’un hôtel, rien à redire sinon un seul bémol : l’aération naturelle est ici un peu négligée, surtout à tribord, où l’on ne dispose que d’une seule ouverture.
500 milles d’autonomie à 9 nœuds
La (bonne) prise en main des commandes, que ce soit sur le flybridge ou à l’intérieur, est immédiate. Notre modèle d’essai est équipé de toutes les aides possibles pour manœuvrer – l’héritage monocoque est bien là ! –, mais les deux puissants moteurs Volvo D4 permettent d’évoluer avec sérénité. Il suffit de jongler avec les « en prise avant/point mort/en prise arrière » des deux manettes juste sensibles comme il faut pour se positionner au centimètre. C’est vrai que le franc-bord important et le pied dans l’eau limité peuvent, dans certaines conditions de fort vent de travers, motiver l’usage du propulseur d’étrave, voire du fameux Ship Control qui permet de naviguer en travers. Une fois dégagé de la zone des 300 mètres du rivage, on appuie progressivement sur les manettes des gaz. La Prestige se cabre peu et reste étonnamment silencieuse. Un coup d’œil dans les salles des machines suffit à donner l’explication de cette insonorisation très poussée : il n’y a pas de machines visibles ! Il convient d’ouvrir un deuxième jeu de panneaux pour y accéder. Très peu de bruit, mais un entretien et une surveillance moins accessibles. On rejoint ici une tendance très « automobile » où, a priori, c’est le mécano qui met les mains dans le cambouis, pas le Propriétaire… Si le M48 affiche une consommation mesurée jusqu’à 9 nœuds – on émarge à 2 litres au mille, les moteurs deviennent sans surprise bien plus gourmands quand on dépasse les 10 nœuds. Le constructeur recommande le régime de 3 250 tours/minute pour la vitesse de croisière rapide, soit 16,40 nœuds au GPS ; il est vrai qu’entre 14 et 19 nœuds, l’autonomie reste quasiment identique. Cela signifie que cette Prestige a bien été optimisée pour ces vitesses. En revanche, l’autonomie est limitée à un peu plus de 200 milles (avec une marge de sécurité de 10 %), ce qui nous semble un peu chiche. Une capacité de carburant qui passerait de 1 200 litres à 1 850 comme le Leopard 46PC, ou même 2 000 comme le MY6, serait une bonne nouvelle. Sur l’eau, le M48 reste évolutif en mode semi- planning. A fond, on atteint tout juste 20 nœuds. Les redans qui courent autour des étraves acérées évitent efficacement les effets de spray. Parlons maintenant du fameux tunnel entre les coques, forcément relativement bas puisqu’il a fallu caser les cabines : il est défendu dans sa partie centrale par un V en aile de mouette, mais présente de chaque côté des longues zones plates. Face à un certain type de houle, il arrive sans surprise au fond de coque de taper. La plupart des chocs sont relativement adoucis – sans doute grâce au V central –, mais certaines vagues peuvent provoquer de bons plats. Ce n’est pas très agréable, mais la structure est assurément conçue pour supporter les pires traitements : à l’intérieur, rien ne bouge. On mesure ici que la Prestige M48 priorise le confort au mouillage plutôt qu’en navigation. Il s’agit bien d’un powercat plaisir en adéquation avec le temps moyen quotidien de navigation d’un tel navire, soit 1h30, et non un trawler taillé pour traversées océaniques.
Nous déposons Andréa Cragnotti, responsable des ventes Europe, au port de Saint-Laurent-du-Var pour qu’il puisse prendre son avion à l’aéroport de Nice tout proche. La température particulièrement douce de ce début d’automne nous impose juste, au soleil couchant, d’enfiler une veste pour rester sur le flybridge. Les rochers des îles de Lérins et bien plus loin le cap Dramont disparaissent progressivement, remplacés progressivement par les lumières des villes côtières. Les feux vert et rouge de Port-Fréjus sont bien timides, mais ils indiquent bien la chicane des enrochements à emprunter. Je prends les commandes pour nous garer cul à quai : même pas besoin de l’assistance du Ship Control ! C’est tellement facile, le catamaran !
Conclusion
Prestige Yachts est donc une nouvelle marque au sein de la communauté multicoque… et elle n’est pas là pour faire de la figuration, puisqu’un nouveau modèle plus grand (a priori un M68) devrait être lancé l’année prochaine.
A terme, selon les prévisions d’Erwin Bamps, cette gamme M devrait peser pour 40 % du chiffre d’affaires total. Un chiffre qui semble réaliste, puisque, sur la vingtaine de ventes qui ont été signées à Cannes, un peu plus de la moitié étaient des M48 ! Le positionnement de ce nouveau modèle plus proche d’une villa sur l’eau que d’un trawler océanique peut choquer les puristes, mais il répond à une réelle demande du marché.
Confort exceptionnel des cabines
Insonorisation efficace
Capacité carburant un peu juste
Aération cabine tribord insuffisante







Descriptif technique
Architecte : Philippe Briand/Valentina Militerno De Romedis
Design : Garroni Design
Longueur hors-tout : 14,79 m
Longueur de coque : 14,37 m
Largeur : 6,00 m
Tirant d’eau : 1,08 m
Tirant d’air : 4,80 m
Déplacement lège : 17,48 t
Vitesse de croisière : 9/18 nœuds
Vitesse max : 20 nœuds
Carburant : 2 x 600 l
Motorisation : 2 x 320 CV
Catégorie CE : B12/C14/D16
Prix : 1 039 500 € HT
Prix du powercat essayé : 1 421 627 € HT, avec finition Excellence, pack Art de vivre, pack électronique, pack Audio, kit amarrage, kit mouillage, covering de coque et de fly, toile d’ombrage pont avant, fermeture arrière du cockpit, hard top, canapé plage avant, rideaux extérieurs, prise d’eau douce de quai, chargeur smartphone, Ship Control, lampes extérieures Pop-Up, projecteur de pont, projecteur sous-marin, four micro-ondes gril, ice maker, plaque induction, climatisation tropicale, plan de travail noir, moquette, kit docking, préinstallation TV dans cabine avant, lecteur et hp Fusion, TV Led, stores vénitiens en bois, teck synthétique, parquet chêne brossé blanchi.
