Fort du lancement réussi de sa M48 l’an passé, Prestige Yachts surfe sur le concept du powercat avec la nouvelle M8. Dans cette taille supérieure – nous sommes ici à 65 pieds –, la marque française propose des prestations de grand standing avec l’objectif non dissimulé d’intégrer l’univers du yachting. Nous avons été invités en Italie, à Monfalcone, siège de l’usine de fabrication : l’occasion de découvrir un chantier ultra-moderne, mais surtout de découvrir le nouveau powercat amiral de la gamme M.
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Conditions : mer plate, 1 à 2 nœuds de vent
La surprise de la gamme M provoquée par l’irruption d’un grand spécialiste du motonautisme monocoque dans le marché des powercats est passée ; le constructeur compte maintenant passer aux choses « sérieuses » avec le lancement d’un nouveau yacht amiral de sa nouvelle gamme. M pour multicoque et 8 pour « équivalent 80 pieds monocoque ». Une terminologie déjà familière dans le Groupe Bénéteau, et surtout
désormais d’usage dans la gamme MY de Fountaine Pajot.
Dès que j’aperçois ce multiyacht amarré à son ponton, aucun doute possible : on a bien affaire à un positionnement très haut de gamme. Le très haut franc-bord des coques et le roof profilé parviennent à composer une allure puissante, imposante mais aussi élégante, propre aux unités d’exception. Erwin Bamps, le vice-président de la marque, accueille les journalistes ; il se montre inhabituellement silencieux alors que je l’ai connu bien plus loquace… En fait, il se contente d’observer nos expressions qui peinent à ne pas exprimer un émerveillement de gosse. Bref, Erwin savoure nos regards éberlués et nos « wow! » à mesure que nous découvrons son prestigieux powercat. Lui qui a fait ses armes en tant que directeur chez Gulf Craft (une marque de superyacht) s’est parfaitement employé, avec son équipe, à doter cette Prestige M-Line des arguments incontournables à même de séduire une clientèle habituée à des prestations peu communes.
Comment y parvenir ?
« En proposant des atouts toujours plus inédits pour cette taille tout juste inférieure à 20 mètres », concède-t-il. De fait, la M8 s’impose d’entrée comme un yacht luxueux et exclusif.
L’optimisation extrême du design
Depuis de nombreuses années, Prestige Yachts nous a peu à peu habitués à repousser les cloisons pour gagner de précieux mètres carrés et installer une salle d’eau, à ajouter une descente pour mieux privatiser les cabines, à remonter les plafonds pour ne plus se cogner, à ouvrir sans cesse davantage les aménagements sur l’extérieur pour une plus belle vue sur la mer et/ou le mouillage, etc. Ce que l’on ne pensait possible que sur un 50 pieds est devenu la norme sur un 40, octroyant au passage à la marque un succès justifié. Cette cure non d’austérité mais au contraire d’aisance que la marque a insufflée à ses modèles est le fruit du travail de Camillo Garroni ; ce designer intérieur italien s’est spécialisé avec brio dans le gain d’habitabilité. Alors, pensez donc, quand Prestige Yachts passe au catamaran, le petit pas que nous avions déjà constaté avec la M48 se transforme maintenant en bond de géant avec cette nouvelle M8. Car les chiffres sont impressionnants – et quasi sans précédent : pour une plate-forme de 19,80 mètres par 8,80, pas moins de 270 m² d’espace de vie sont dispensés, dont une suite Propriétaire de 30 m², un salon de pont de 50 m² ainsi qu’un flybridge aussi vaste. Au-delà de ces surfaces record, la manière dont ces espaces sont agencés et répartis est également innovante et convaincante.
Là, le design est bien sûr à l’œuvre, avec un haut franc-bord qui rappelle les tendances actuelles en cours dans le yachting monocoque. A bord de la M8, le pont avant rehaussé a pour particularité d’être en mesure d’accueillir la suite Propriétaire en avant du salon, de plain-pied. Quant à la silhouette générale, elle reste profilée et fidèle à l’ADN Prestige Yachts : la casquette du flybridge est discrète, tandis que la ligne de coque légèrement en fuite jusqu’à la poupe et l’intégration des superstructures derrière le pavois apportent un rien de sportivité.
A aucun moment ces lignes presque aérodynamiques ne trahissent les incroyables mensurations intérieures.
Les petits plus de la grande plaisance
Tout autant que le volume et les équipements, la distribution, le mobilier et la décoration sont des éléments incontournables du grand luxe sur l’eau. Ainsi, quelques particularités que l’on retrouve sur les grands yachts confirment la réussite du chantier. L’immense salon de pont se divise en plusieurs zones : lounge, salle à manger, cuisine ouverte ou salon se répartissent autour d’une cage d’escalier qui dessert, en bas, les cabines inférieures (ou le quartier équipage avec sa cuisine si celle-ci est placée dans la coque).
Vers le haut, les marches remontent vers le flybridge. La circulation mais également la cohabitation harmonieuse avec un éventuel équipage, sans oublier bien sûr l’ensemble des services qu’on est en droit d’exiger à bord d’un powercat de 65 pieds, sont ainsi privilégiés. La cabine Propriétaire qui occupe toute la largeur est dotée, en plus de l’indispensable lit king-size, d’un bureau, d’un salon, d’immenses penderies et d’une salle de bains – le tout est baigné de lumière et n’impose aucune marche à franchir. Le cockpit de 30 m² est comme le flybridge équipé de sofas et de tables haut de gamme – on peut disposer à sa guise ce mobilier selon la fonction désirée, que l’on veuille dîner à dix ou farnienter au soleil. Autre point qui démontre le soin apporté à l’étude initiale : des toilettes de jour sont disposées sur le pont, au milieu du passavant. Cet agencement s’avère pratique en sortant de la baignade, mais aussi lors d’une réception, où les invités ne sont pas contraints de s’aventurer dans une cabine. La planification du programme de navigation et du standing figure bien au catalogue, avec un choix de trois à cinq cabines invités. Une cuisine américaine conviviale pour une famille nombreuse peut céder la place à un boudoir assorti d’un quartier équipage comprenant cuisine- mess et cabine pullman. Avec les cabines de proue, le nombre d’équipiers peut être porté à quatre, ce qui correspondra plus à une croisière en petit comité avec un service digne d’un établissement cinq étoiles. Enfin, il n’y pas de luxe sans une belle décoration, et dans ce domaine, Prestige a reconduit sa collaboration avec Valentina Militerno de Romedis. Cette spécialiste italienne du design intérieur avait déjà agrémenté le style de la X70.
Des teintes bleutées ont été choisies en hommage à la ville de Miami – et pour la fraîcheur que ces couleurs suscitent. Les inox ont aussi été subtilement travaillés pour amener modernisme et dynamisme.
La sobriété d’un trawler
Cette quête du grand luxe ne risque-t-elle pas de se traduire sur l’eau par une consommation de carburant gargantuesque ? A l’heure où nous nous apprêtons à appareiller, je me pose évidemment la question… Commençons par les manœuvres de départ : bien assistées par des commandes efficaces, elles ne posent pas de problèmes. Nous pouvons enfin embouquer le canal qui débouche sur le golfe de Trieste. A priori, la mer absolument calme et le vent très faible nous permettront d’assurer des relevés précis à défaut de constater le comportement de la M8 dans la mer formée. Vu la hauteur du fond de nacelle, l’inertie offerte par les 50 tonnes de déplacement et la longueur des coques, il n’y a pas vraiment d’inquiétude à avoir sur ce plan. C’est donc le moment de s’intéresser de près à l’instrumentation. Nous demandons au Capitaine de pousser progressivement les manettes des gaz et en profitons pour jauger la traînée, décidément très modeste, dans le sillage des deux coques raisonnablement écartées. Les carènes à demi-tunnel d’hélices spécialement mises au point par Marc Lombard Design sont tenues de tirer profit des Volvo D8 de 600 cv monté en V Drive. Là encore, Erwin ne se départit pas de son sourire – à croire qu’il tient d’avance le scénario de cet essai mieux que ne le ferait un metteur en scène…
Nous finissons par atteindre sans difficulté plus de 21 nœuds, mais ce qui interpelle le plus est la consommation aux vitesses de croisière rapide et lente. Exempt de toute inutile considération de déjaugeage, la moyenne de quinze nœuds réclame 150 litres à l’heure ; en réduisant la vitesse à dix nœuds, la consommation est déjà divisée par trois – elle s’établit donc à 50 litres à l’heure. A 8 nœuds, on se cantonne à 20 litres seulement. Ces valeurs sont à peine plus basses que celle d’une Prestige X70 déjà bien optimisée, mais la comparaison ne peut objectivement se faire qu’avec un motoryacht monocoque de plus de 80 pieds, qui, lui, aura un appétit deux fois supérieur. Depuis la barre sur le fly, la vision est excellente et il suffit d’emprunter l’escalier contigu au poste de pilotage pour descendre directement dans le salon ou plus bas dans les cabines. Le niveau sonore à ces niveaux inférieurs est vraiment très faible et permet de vivre sans perturbations.
Conclusion
Prestige Yachts ne s’est rien refusé avec son nouveau flagship : la M8 profite évidemment avant tout d’une plate-forme multicoque, mais également du savoir-faire des meilleures spécialistes aux différents compartiments de la conception et de la réalisation en sollicitant l’usine de Monfalcone. Autant de sérieux atouts à l’heure d’aborder le marché de la grande plaisance. A l’image de la plate-forme de bain avec ses escaliers orientables, des espaces de vie exceptionnels autant à l’extérieur qu’à l’intérieur et du luxe omniprésent, la M8 rivalise sans peine avec ce qui se fait de mieux sur ce marché, et parvient même à imposer une forme de sobriété – toute relative, évidemment – en parvenant à limiter sa consommation à celle d’une vedette monocoque de dix pieds de moins. Luxe et amorce de frugalité : un beau défi brillamment relevé.

Une usine de... prestige !
C’est en 2010, avec l’apparition des Monte Carlo Yachts, que le Groupe Bénéteau s’est installé en Italie, à Monfalcone, tout au nord de l’Adriatique. Cette situation en bord de mer est idéale pour mettre facilement les grandes unités à l’eau, et le climat de l’endroit est suffisamment clément pour organiser des essais clients même pendant l’hiver. Les installations ultra-modernes de 18 000 m² (sur un espace total de 45 000 m²) comprennent des hangars de moulage et d’assemblage à la température maîtrisée entre 18 et 25 °C toute l’année. Ces hangars dont le sol est chauffé ou refroidi à l’eau sont aussi aérés grâce à un réseau d’extracteurs pour contrôler l’hygrométrie. En 2015, l’installation d’un hall de peinture de 60 mètres de long chauffant à 80 degrés marque une étape supplémentaire pour la qualité. En plus de la peinture, il permet aussi de passer coques et structures à une cuisson post-infusion pendant huit à dix heures pour obtenir une meilleure rigidité d’ensemble. Le chantier est alors logiquement monopolisé pour la construction des plus grandes unités du groupe. Après les Monte Carlo Yachts, ce sont les CNB 66 et 76 qui ont été construits ici avant de partir pour Forli. Aujourd’hui, le planning annuel de production prévoit onze Grand Trawler Bénéteau, huit Jeanneau Yacht 66 et huit Prestige M8. Sur les 250 personnes qui travaillent à Monfalcone, 170 sont à la production, tandis que 80 occupent les bureaux – dont plus de 30 techniciens. Mais si le site a été choisi par le Groupe Bénéteau pour construire ses yachts haut de gamme, exercice où la customisation et les belles finitions sont primordiales, c’est aussi en grande partie pour l’excellence de la main-d’œuvre italienne. La culture du « beau » est une raison d’être pour de très nombreux artisans qui ont été habitués à combler le désir de riches armateurs. Les menuiseries en Alpi sont livrées par des entreprises locales réputées, avant d’être assemblées en ateliers – idem pour les vaigrages et certaines pièces de décoration. Ce travail de très haute qualité encore manuel s’adapte parfaitement aux exigences des finitions semi-custom.

Consommation équivalente à celle d’une vedette monocoque bien plus petite
Cabine Propriétaire digne de celle d’un super yacht
Equipage limité en version 5 cabines
Peu de choix de décoration pour l’instant
Descriptif technique
Architecte : Marc Lombard Yacht Design
Architecte intérieur : Garroni Design
Décorateur intérieur : Valentina Militerno de Romedis
Longueur hors tout : 19,82 m
Largeur : 8,85 m
Tirant d’eau : 1,65 m
Déplacement lège : 41,1 t
Déplacement en charge : 52,7 t
Moteurs : 2 x 600 CV Volvo D8
Vitesse max : 21 nœuds
Vitesse croisière : 17 nœuds
Cabines : 5 plus 1 équipage
Autonomie croisière : 350 milles
Carburant : 2 x 1 850 l
Eau douce : 2 x 425 l
Eau noire : 240 l
Eau chaude : 120 l
Homologation : A
10 / D – 20
Prix de base : environ 3 300 000 € HT
Version essayée : environ 5 300 000 € HT








