Ce nouveau modèle, présenté tardivement pour la première fois au Cannes Yachting Festival de septembre dernier, reprend le flambeau du premier modèle de la marque, le Silent 64. Ce catamaran est le premier multicoque équipé d’une propulsion électrique à avoir traversé l’Atlantique. Il y a quelques années, il s’agissait d’un exploit… que le Silent 60, bien plus abouti sur le plan technologique et technique, pourrait réitérer sans difficultés.
Lieu : Port Adriano, Majorque, Espagne
Conditions : vent de 5 à 10 noeuds, mer peu agitée
Infos pratiques
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Il y a trois ans, l’équipe de Silent Yachts se comptait en Autriche sur les doigts d’une main. Le CEO Michael Köhler a imaginé le concept du catamaran électrique dès 2014, en partant de rien… C’était lui qui nous avait présenté, à quelques milles de Palma de Majorque, son Silent 55 ; ce modèle était un peu le premier catamaran électrique réellement proposé en série. Le catamaran se comportait bien, le design était soigné – la finition un peu moins. Aujourd’hui, le staff de Silent Yachts compte 40 personnes. La marque fait construire ses catamarans en Italie et en Thaïlande ; 13 unités ont été mises à l’eau, 12 sont en production et 27 sont en commande ! Ces deux chiffres résument la justesse de la vision initiale : oui, le powercat électrique a un avenir – aussi radieux que le soleil, pourrait-on même écrire. Fort de ce succès, Michael a ouvert un bureau à Port Adriano et dispose d’une place juste devant – c’est bien sûr là qu’est amarré le tout nouveau Silent 60. Précisons que, si le site a été urbanisé radicalement, la marina attenante offre des prestations de très haut de gamme – en ce qui nous concerne, le bout de rappel de la pendille tribord entravé dans l’hélice est dégagé par un plongeur quelques minutes après l’appel à la capitainerie de notre Captain. Car notre luxueux powercat électrique est bien sous la responsabilité d’un skipper dûment galonné…
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Le flybridge propose un poste de commande. Le T-top est rabattable.
Le soleil, c’est d’abord pour les panneaux !
On se doute bien que les concepteurs du Silent 60 ont cherché à exploiter au maximum les surfaces horizontales supérieures pour y installer les panneaux solaires. Pas question dès lors de hublots zénithaux, mais plutôt d’un T-top rabattable afin de gommer tout ombrage (en cas de soleil orienté vers la poupe, par exemple) et d’un toit de rouf XXL. En pratique, les passavants parfois réduits à 55 cm de largeur sont surmontés, en particulier vers l’avant, d’un rebord qui gêne un peu la progression. De manière générale, pratiquement aucune surface utile pour l’équipage, à l’exception des assises latérales – une belle trouvaille déjà validée sur le Silent 55 – et de l’extrême avant du pontage, n’est vraiment exposée au soleil. Des leds sont intégrées au pavois. Le cockpit est donc lui aussi généreusement ombragé. On y trouve une table de 207 cm x 85 cm avec des assises en L, sur bâbord. Plus à l’arrière, une banquette réversible surplombe l’immense plate-forme hydraulique. Cette dernière supporte le dinghy, mais fait également office de beach-club ; il est en effet possible de connecter les deux jupes arrière (quatre marches en dessous du cockpit) afin de créer une longue surface plane de plus de 8 mètres. De nombreux rangements sont prévus afin de stocker dans de bonnes conditions des équipement aussi divers que du matériel de plongée ou des vélos. On rejoint le flybridge épuré par une échelle sur tribord – huit barreaux plus deux marches en bas. Là-haut, vue imprenable sur le plan d’eau (et les panneaux solaires), un poste de pilotage complet, une table à abattants (150 cm x 63/126 cm), des grandes assises en L et un imposant T-top articulé, d’où le relatif dépouillement de la zone.
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Le cockpit dispose d’une grande table extérieure et d’une banquette arrière réversible.
Le constructeur a prévu de très importants volumes de rangement, à l’image de ce coffre.
L’immense plate-forme arrière supporte le dinghy – elle sera appréciée au mouillage.
Powercat ou palace ?
L’entrée de la nacelle est particulièrement dégagée : 2 m de haut et 1,46 m de large, avec encore un panneau supérieur au plan de travail de 1,24 m de hauteur par 0,91 m de large. La nacelle offre 48 m2 et un volume incroyable – la hauteur sous barrot est supérieure à 2,20 m. Très proche du cockpit, la cuisine se compose de deux modules – un en U à bâbord et un en L à tribord. Le réfrigérateur est immense. Le carré surélevé en U est décalé sur bâbord ; il s’articule autour d’une table de 154 cm x 140 cm. Franz Boese, responsable Marketing et Produits, nous signale un changement notable à partir de la coque #4 : tout le fond de la nacelle sera sensiblement rehaussé, de sorte à gagner du volume dans les rangements de fond de cockpit, mais aussi à supprimer la marche du carré. En face, un grand plateau peut être exploité ; il fait office lors de notre essai de table à cartes. La timonerie intérieure profite d’une instrumentation très complète, à même de donner toutes les informations classiques de navigation au Captain, mais également les données concernant la gestion de l’énergie. Sur les écrans, il est possible de visionner les approches de quai et les opérations de mouillage (guideau de 1 500 W) grâce à une batterie de caméras. A l’avant, une descente et deux marches mènent à une première cabine de 20 m2 dont le plancher semble étonnamment moelleux, comme une moquette. La hauteur sous barrot est ici de 1,97 m et le lit central mesure 2 m de long par 1,80 de large. A tribord, quatre marches plus bas, on accède à une vaste salle de bains. Dans la coque bâbord, cinq marches et, 125 cm plus bas que le niveau de la nacelle, on compte deux cabines et leur salle d’eau privative. Le bordé est découpé par sept hublots de coques, pas moins ! Les lits sont larges (2 x 1,5 m à l’avant ; 2 x 1,91 m à l’arrière) et les volumes bien aérés (3 panneaux ouvrants à l’avant, quatre à l’arrière). Dans la coque tribord, une cabine arrière est aménagée. Ici encore, les cotes sont généreuses, avec 1,91 m de hauteur sous barrot et un couchage de 2 m x 1,72 m. Dommage qu’un seuil de porte émerge des planchers. Une cabine skipper avec salle d’eau est également prévue. Le constructeur propose plusieurs versions d’aménagement de quatre à six cabines. Une porte avant est également prévue.
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La nacelle totalise 48 m2 ; son ouverture sur le cockpit est très large.
La cabine Propriétaire est située à l’avant du carré ; elle totalise 20 m2.
Les nombreux et grands hublots de coque apportent beaucoup de lumière dans les cabines.
Confort et silence… le bonheur de l’électrique
Le constructeur a été bien inspiré de dénommer sa marque Silent ; c’est bien le silence qu’on remarque tout d’abord. Pas de vibrations, mise en tension imperceptible des moteurs, passage en prise à peine sensible, il n’y a que les quelques secondes d’action du propulseur d’étrave pour casser l’ambiance. Une fois en route, toujours aucun bruit, y compris dans les cabines arrière. Notre Silent 60 est équipé de deux moteurs bien plus puissants que ceux proposés en standard – 2 x 250 kW, contre 2 x 30. La gestion de l’énergie à bord est avant tout liée à la vitesse du powercat. Sans tenir compte de la recharge électrique possible, les 210 kWh de batterie ne permettent pas de tenir 30 minutes au régime maxi, à 12,5 noeuds, soit à peine 5 milles. Aucun intérêt, donc… En revanche, en dessous de 10 noeuds, on ne consomme « que » 42 kW par moteur. Là, on peut tenir deux heures et demie, soit 24,5 milles. C’est encore très peu, certes, d’autant qu’on ne mettra pas les batteries complètement à plat, mais les chiffres s’améliorent très vite pour peu qu’on ait la main légère sur les poignées : 32 milles à 9,1 noeuds ; 40 à 7,7 ; 56 à 7 ; 74 à 6,4 ; 82,5 à 5 et même 154 milles à 4,4 noeuds. OK, on n’avance plus très vite… mais ça laisse justement le temps aux panneaux solaires de charger ! Même en comptant 12 heures de soleil (il fait nuit, parfois !), les fabricants tablent sur un rendement de 5 heures par jour - on peut espérer cumuler 80 kW par jour, soit une aide de 3,3 kW par heure pour les batteries. Du coup, par beau temps, le Silent peut croiser « infiniment » si sa vitesse est inférieure à 4 noeuds. Sans surprise, le gain apporté par les panneaux décroît rapidement quand la vitesse augmente – voir tableau. Attention : ces chiffres ne prennent pas en compte le reste de la consommation du bord ni les inévitables pertes de rendement. Evidemment, le constructeur a prévu un puissant groupe électrogène de 100 kW, capable de garantir une vitesse de 10 noeuds. Ce générateur est placé à l’arrière de la coque bâbord – et lui, même s’il est soigneusement insonorisé, on l’entend ! L’idée est donc de croiser tranquillement entre 5 et 10 noeuds de vitesse et de profiter des périodes de mouillage pour recharger le parc batteries. Le constructeur prévoit une aile de kite automatique pour se déhaler lors des traversées avec vent portant. Le système manquait encore de mise au point : nous n’avons pas pu l’essayer. Sur le principe, l’idée colle tout à fait à la philosophie générale de ce multicoque. Il est également possible de recharger relativement rapidement au port – à condition de disposer d’une prise de quai ad hoc. Un coup d’oeil dans les soutes moteur permet de saluer le soin porté à l’installation et à la facilité d’intervention sur tous les organes et équipements de ce powercat électrique.

La timonerie intérieure centralise les commandes et toutes les informations techniques.
Conclusion
A l’instar des automobiles, les bateaux qui font appel à la propulsion électrique ont considérablement évolué. Concept abouti, choix technologique assumé : nous sommes bien loin des projets utopistes d’il y a (seulement) 10 ou 15 ans. Une différence notable entre les voitures et les bateaux électriques, c’est que les premières n’exploitent pas le solaire – on peut se demander pourquoi –, alors que sur la mer, oui !
C’est bien sûr la configuration multicoque qui s’impose, puisqu’elle combine grande surface de pont et faible traînée. Aujourd’hui, le Silent 60 démontre qu’on peut profiter d’une croisière tout confort sans utiliser d’énergie fossile. Mais les vitesses « autorisées » restent bien modestes… En cause, le déplacement. Le Silent 60, construit en composite verre/vinylester, frise les 29 t lège.
C’est très lourd comparé aux 11,5 t d’un Class 6 Power tout carbone.
La prochaine étape sera sans doute la chasse au poids !

Les + :
+ Confort et silence en navigation
+ Possibilité de vivre à bord sans faire tourner le groupe électrogène
+ Maîtrise technique et finitions en très nette hausse
Les - :
- Vitesse et autonomie encore limitées en mode « autosuffisant »
- Peu de surface ensoleillée pour l’équipage
- Passage passavant étroit à l’avant
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Silent Yachts
Architecte : Dr. Albert Nazarov
Concept : Michael Köhler
Longueur : 17,99 m
Longueur à la flottaison : 17,80 m
Largeur : 8,99 m
Tirant d’eau : 0,93 m
Déplacement : 29 t
Motorisation standard : 2 x 30 kW
Motorisation de notre modèle d’essai 2 x 250 kW
Vitesse max de notre modèle d’essai : 12,5 noeuds
Motorisation max : 2 x 340 kW
Générateur de notre modèle d’essai : 100 kW
Carburant : 2 x 500 l
Batteries lithium : 70 kWh
Batteries de notre modèle d’essai : 210 kWh
Panneaux solaires : 16 kWc
Eau : 2 x 500 l
Certification CE : A12; B12; C16; D20








