Le marché du multipower atteint une telle effervescence qu’il n’est pas évident pour nous de tester tous les nouveaux modèles lancés partout dans le monde ; la tentation pourrait être grande de nous contenter de partager avec vous seulement les essais des gros faiseurs… c’est bien mal nous connaître ! Quand les premières images du Sunmare ont circulé, nous avons immédiatement été séduits par le design de ce powercat. C’est un one-off ? Nous sommes les seuls journalistes à l’avoir essayé ? Tant mieux pour vous ! Nous, on en redemande !
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Conditions : Mer tgitée, 10 à 15 nœuds de vent de nord-est
Si le vénérable chantier naval F. Hervé a démarré son activité juste à l’après-guerre, en 1946 à La Rochelle, il a su évoluer au gré des générations – on en compte désormais 4 ! – qui ont successivement pris la barre. Pour preuve, nous découvrons des locaux flambant neufs à Périgny, et même un mystérieux multicoque – il s’agit d’une sous-traitance en pleine construction. Ici, le bon boulot, on sait faire : en 78 ans, seulement 37 bateaux ont été produits. Tous sont des one-off et la plupart sont des unités en bois souvent d’inspiration traditionnelle. Pour autant, Hervé s’est rapidement intéressé au composite, à la motorisation électrique, et a même produit trois powercats – Nomad, un petit bourlingueur basé à La Rochelle, Glaz Mor, un puissant baroudeur basé au Canada, sur le Saint-Laurent, et enfin l’étonnant proptotype A2V, un bateau à portance aérodynamique. Reste que le Sunmare 50, avec son design acéré et son look à la fois moderne et néo-rétro, fait figure d’ovni dans le catalogue d’Hervé… et ce n’est pas pour me déplaire que de le découvrir « en vrai ». Le temps de prendre une rapide collation chez l’incontournable traiteur/restaurateur, et les Balzeau père et fils m’embarquent au port des Minimes. Coup de chance : si le froid est vif, le soleil est de sortie et nous sert des lumières sublimes.
Design sedan épuré à l’extrême
Me voilà enfin face à l’engin ! Dès ce premier coup d’œil, je suis surpris par la pureté du design. Cette impression tient à la tonture inversée du pont, accentuée à l’avant pour rejoindre la cassure supérieure des étraves, à la nervure montante, qui rejoint elle aussi une cassure d’étrave, à la pente très douce des jupes arrière, et surtout à la simplicité extrême des superstructures : pas de flybridge (et donc encore moins de T-top) ni de bimini couvrant pour ce powercat sedan de 50 pieds. La livrée gris métallisé est sobrement soulignée par le montant triangulaire noir à l’arrière du rouf. Ce dernier rappelle un peu les dessins de puissantes berlines américaines des années 1970 – il y a bien une petite touche rétro dans le design de ce multipower, si, si ! Un peu plus bas, contrairement à la tendance des larges ouvertures dans les coques, le Sunmare se contente de trois modestes hublots rectangulaires.
Excepté les 6 taquets d’amarrage, le mini- mâtereau et ses antennes et les mains courantes/ galeries sur le rouf, rien ne dépasse…
Ces lignes très réussies sont le résultat d’une collaboration entre deux cabinets d’architecture et de design, Yacht Design Collective et Damien Bovie Design.
Je mesure du coup que, si cette élégance un brin insolente siérait parfaitement dans le panel des machines qui font l’essence même des James Bond, le programme est forcément restrictif. Dans le cas de ce Sunmare 50, ce n’est pas du tout gênant, puisque ce powercat est un pur one-off, résultat d’une commande unique dans le but de pratiquer le charter haut de gamme à la journée au départ du sud de la Corse, entre Porto- Vecchio et les îles Lavezzi.
Le constructeur a opté pour un mode constructif hybride avec utilisation de trois moules seulement ; la plupart des grands panneaux (on dit flat pannel dans le jargon) adoptent des formes développables, et sont en fait assemblés sur un marbre à plat.
Les différentes pièces sont ensuite assemblées et collées. Limiter l’usage des moules permet de réduire les investissements – et donc le coût final d’un powercat commandé à l’unité. L’outillage et le savoir-faire sont toutefois acquis ; une deuxième construction (voire plus) n’est pas à exclure !
Plan de pont de plain-pied
La caractéristique principale de Maestro – c’est son nom – est d’adopter le plan de pont d’un powercat de 35 à 40 pieds… sur une coque qui en fait 50 ! Le Sunmare se passe en effet de flybridge, on l’a mentionné plus haut, mais également de passavants. La circulation est assurée de plain-pied du cockpit arrière en passant par la nacelle pour rejoindre un salon avant façon bow-rider. Dans la logique day-cruiser, la nacelle est complètement ouverte sur l’arrière (un système de bâches zippées permet toutefois une fermeture). Le cockpit, en plus de ses deux larges jupes arrière, propose un vaste solarium central et, un peu plus en avant et pour partie protégé par le rouf, un carré convertible sur chaque bord. Le teck omniprésent court du pontage aux jupes, en passant bien sûr par la nacelle. Des rappels sont intégrés aux pavois, tandis que l’ensemble du plafond s’offre un magnifique parement en bois. L’ensemble respire la belle ouvrage aussi sûrement que les assises sont épaisses et confortables.
Dans la nacelle, on découvre une banquette dans le sens de la marche à tribord. En face se trouve une belle cuisine et encore un carré tout à l’avant. A tribord, sous le pare-brise, le pilote est parfaitement installé dans son siège réglable avec repose-pieds face à un tableau de bord ultra-moderne. Deux descentes (elles sont décalées) mènent chacune à une cabine double dotée d’une coursive avec rangements et d’une salle d’eau privative. La pente est raide, aussi, le constructeur a adopté des marches en quinconce, comme on en trouve habituellement sur des unités de 15 pieds de moins ; ce petit détail – tout comme la limitation du nombre de cabines –, rappelle que le Sunmare 50 n’a aucunement l’ambition de concurrencer le marché classique des powercats de 50 pieds taillés pour la croisière côtière ou semi-hauturière. Maestro est bien conçu pour des sorties à la journée – d’où ce traitement quelque peu secondaire des cabines du bord.
Le passage central, parfai- tement rectiligne et toujours dégagé, mène à une porte avant ; celle-ci peut rester ouverte par beau temps au mouillage ou à une allure pas trop rapide. Le pontage avant est découpé, offrant de part et d’autre un carré en C. Cette zone, quand le powercat est à l’arrêt, peut être ombragée par un taud ad hoc.
L’aménagement de pont sur un seul niveau qui a prévalu à bord du Sunmare 50, avec passage par l’intérieur, permet de s’affranchir des traditionnels passavants bien larges et du pontage avant sécurisé ; du coup, balcons, bastingages et autres filières deviennent superflus. Il reste toutefois possible de passer par les côtés du rouf, car le pavois épais, qui devient vers l’avant débord du pont, reste suffisamment large.
Force tranquille
Les deux blocs FTP N67 de 6,7 l de cylindrée développent chacun 480 ch ; une belle puissance qui s’entend dès le démarrage des moteurs de 721 kg pièce. On n’est pas du tout dans la fougue d’un offshore dont les manettes n’attendent que de monter dans les tours et de faire hurler la mécanique, mais bien plus dans l’expression de deux gros diesels façon pick-up à l’américaine. Ça pousse très fort avec du couple dès les bas régimes et un bruit plutôt agréable, presque rassurant. La vitesse de croisière cible est de 17/18 nœuds ; c’est la vitesse atteinte juste après que la carène sort pour partie de l’eau. A fond, à 3 200 tours, on atteint 22 nœuds, pas plus. L’ambiance est décidément à la force tranquille. Du côté de la consommation, on relève 20 litres/heure à 8 nœuds, 50 à 15 et près de 200 à fond. Le contrôle du Sunmare 50 est facile, avec une excellente sensation d’aisance, de légèreté et de glisse. Le pilote profite toujours d’une bonne visibilité sur le plan d’eau ; grâce au pont relativement plongeant, l’assiette cabrée lors de l’accélération ne se traduit pas par un effet « capot ouvert ».
Sur l’eau verte et glacée du Pertuis d’Antioche, les virages s’enchaînent sans secousses, avec une légère contre-gîte. Quant au clapot, il est littéralement découpé par les étraves acérées. Le tunnel entre les coques, à la fois relativement haut et parfaitement caréné, retardera le moment ou le Sunmare pourrait taper dans la mer.
Notre modèle d’essai ne disposait pas encore de ses deux moteurs électriques de 15 kW ; cette propulsion verte ne prétend pas se substituer aux deux puissants diesels, mais permet d’évoluer sans émissions à 5 nœuds pendant une heure ou deux. L’idée est d’être autorisé à naviguer à faible vitesse dans des sanctuaires marins où les rejets carbonés sontinterdits.
Conclusion
Difficile de rester insensible à la personnalité que dégage ce Sunmare 50. Séduisant, original et bien pensé, ce multipower ne ressemble décidément à aucun autre – et c’est bien ça qui nous plaît. Son programme de day-cruiser, inhabituel pour une unité de cette taille, se traduit par une nacelle complètement ouverte sur le cockpit et une seule cabine par coque – là où les concurrents croiseurs en comptent deux voire trois… La démarche « concept boat », relativement fréquente dans le domaine des multicoques à voile, l’est beaucoup moins dans l’univers des multipowers ; la pertinence de ce projet démontre que power et custom peuvent faire eux aussi bon ménage. Reste que le Sunmare 50 mérite largement de devenir une petite série – le constructeur est partant, avis aux amateurs…
Plan de pont séduisant et fonctionnel
Possibilité d’installer des moteurs électriques
Pas adapté aux climats froids et/ou pluvieux
Descriptif technique
Architectes : Yacht Design Collective
Design : Damien Bovie Design
Longueur hors-tout : 15,40 m
Longueur de coque : 14,90 m
Longueur à la flottaison : 14,60 m
Largeur : 6,00 m
Tirant d’eau : 1,20 m
Déplacement : 11 t
Motorisation : 2 x 480 ch FPT en ligne d’arbre et 2 x 15 kW
Carburant : 1 500 l
Prix : sur devis



