Lorsqu’un double vainqueur de la Route du Rhum, détenteur pendant plus de 10 ans du record toutes catégories de vitesse à la voile en 24h, décide de "passer" au moteur, sa démarche mérite l’attention. Si ce transfuge est connu comme un des meilleurs "metteurs au point" de plate-formes navigantes au monde, l’intérêt se confirme. Le champion, c'est Laurent Bourgnon. Son cata à moteur : le Sunreef 70. Voici l'essai de la "bête" !
Infos pratiques
- Le chantier : Sunreef 70 Power
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L’étymologie du mot crise signifie décision-jugement ! Les arbitrages opérés pendant ces phases de remise en cause seraient-ils plus réalistes que les modes arrogantes des périodes d’expansion ? Plus personne, aujourd’hui, ne peut plébisciter de bonne foi les appétits gigantesques de certains "yachts" à moteurs; les concepteurs-utilisateurs devraient s’interroger sur leur rendement de pachyderme et leur programme parfois absurde. Effectuer à 40 nœuds la traversée Antibes-Girolata sous prétexte que l’on est pressé… de mouiller l’ancre, interroge le bon sens. Consommer 2 X 300 l/h, pour ce faire, provoque la responsabilité collective. Depuis quelques années, la logique architecturale des multicoques conduit certains développeurs à proposer des alternatives crédibles où les maîtres-mots deviennent : rendement, autonomie, économie. Je vous invite à découvrir un de ces nouveaux bateaux à moteur.
Une unité qui permet aussi bien de partir en expédition en Patagonie que de passer l'été sur la Riviera…
Bernard de Santorin
En 1998, Bernard Jarillon rêve d’un bateau à moteur qui aurait les qualités du voilier avec lequel il vient d’accomplir une traversée de l’Atlantique (silence, propreté)… mais pas ses défauts ! Soumission à la versatilité météorologique, impossibilité d’établir une moyenne et de respecter un programme précis ont chagriné notre architecte ; son esprit créatif est déjà en ébullition. L’association avec Michel Joubert et Bernard Nivelt ouvre les portes du large à un catamaran à moteur révolutionnaire… de sobriété. Flotteurs longs (65’), nacelle ramassée, faible surface mouillée, traînée aéro et hydrodynamique minimum : le Santorini est né. Ce passe-partout équipé de 2 "horloges agricoles" de 6 l de cylindrée pour 135 cv à 1 500 t/mn déroule sa foulée de champion de l’économie (1 l au mille) à 11 nœuds de moyenne dans un confort et une sécurité qui constituent aujourd’hui encore une référence. Lors du voyage inaugural vers Santorin, il arrivera avec 1h de retard sur l’horaire prévu ! (au départ de Saint Raphaël)
Une ligne élégante, un design moderne et une consommation raisonnable : voici le Sunreef Power 70.
Le passage de témoin
Laurent Bourgnon visite Santorini avec Bernard et comprend que ce bateau concrétise ses rêves à une exception près : l’habitabilité ! La famille Bourgnon compte 4 enfants de 2 à 15 ans et veut pouvoir accueillir du monde aux escales, il faut donc plus grand. Mais la rencontre entre les 2 hommes confirme la pertinence du programme et justifie les 3 années nécessaires à la gestation du futur 70'.
Un cata à moteurs de 70 pieds : voici la nouvelle monture de Laurent Bourgnon pour partir découvrir le monde en famille…
Objectif : un cata de 70’ à moteurs "économiques" !
L’idée de Laurent est de repartir d’une page blanche et de concevoir, en collaboration avec un constructeur, un prototype d’expédition qui sera décliné en modèle de série. Il propose la démarche à certains chantiers français, mais leur réaction frileuse le conduit en Pologne chez Francis Lapp, rencontré sur le Paris-Dakar et, depuis, fondateur avec son fils de Sunreef Yacht. Suivent 3 années d’études et de construction. L’osmose avec le bureau d’études est immédiate, mais le marketing du chantier est souvent désorienté par le pilotage du projet. Il n’est pas question de faire deux bateaux, la même plate-forme doit donc être polyvalente : répondre au cahier des charges d’un navire tribal d’expédition, solide et économique, et séduire une nouvelle clientèle de yacht : un challenge !
Les rallonges de jupes ont la même fonction que les bulbes, ce sont en fait les "talons" des grands skis de poudreuse de la version hors pistes du Sunreef Power Expedition. Accessoirement le "port" des annexes !
Il s’appelle JAMBO !
Le projet pose donc les bases d’un "gros" 70’ aux lignes contemporaines dont le volume permettra les déclinaisons luxueuses souhaitées par le chantier, tout en restant compatible avec les contraintes portuaires. L’évolution baroudeur envisagée par Laurent verra ses flotteurs rallongés à 25m !
Les bulbes en action, on imagine aisément leur action positive dans la mer formée.
Des lignes d’eau classiques, une silhouette d’avant-garde
Le Power 70’ est génétiquement marqué par sa vocation hauturière, les carènes cylindriques tendues ont été choisies pour leur capacité de charge, leur coefficient prismatique adapté et leur bon rendement dans les vitesses ciblées (10-20 nœuds). Contrairement à la plupart des bateaux à moteurs qui naviguent cabrés à 10° et n’acceptent de rejoindre une assiette normale qu’au prix d’une puissance et d’une consommation gargantuesques, le Power 70' Expedition veut naviguer à plat. Une aile de mouette discrète court sous la nacelle faisant office de raidisseur et d’amortisseur, elle se prolonge vers l’avant en forme de 3ème étrave. Une petite virure longe l'extérieur du flotteur et rejoint les déflecteurs d’embruns de l’étrave. Deux ailerons permettent l’échouage. Les bordés verticaux donnent une très bonne élévation à l’ensemble. Les sifflets du roof et de la nav station sont élégants, les surfaces vitrées latérales s’inscrivent dans un mouvement ondulatoire qui annonce le fly-bridge… dont la surface ne manque pas d’audace ! Cette structure terrasse couvre le cockpit et sert de bossoirs à l’annexe. Le traitement "Ital design" de l’ensemble est assez séduisant et devrait toucher sa cible même s’il s’éloigne de la vocation "utilitaire" du prototype.
Le power "expedition" échoue sans difficulté sur ses ailerons, on distingue le double tunnel de nacelle, les rallonges de jupes et les safrans...de Primagaz !
Une version jumboïsée pour le water world
L’objectif de Laurent est de faire partager à ses enfants et à sa femme (qui n’est pas marin) l’essence du voyage initiatique accompli avec ses propres parents (sur un Joshua, puis un Diam 40). Je le soupçonne aussi de se régaler, intellectuellement, à défricher une voie architecturale et technique qui semblait sclérosée, en choisissant le monde et ses destinations buissonnières comme terrain d’expérimentation. Le concept de navire à moteur économique ne fonctionne que sur un multicoque doté d’une grande longueur de flottaison proportionnellement à son déplacement. JAMBO voit donc ses jupes s’allonger aux limites du raisonnable et ses étraves sont coiffées de 2 bulbes rapportés. Ces appendices composites sont légers en poids et en prix et procurent au bateau la glisse supplémentaire qui optimise ses performances sur les paramètres souhaités : économie, super autonomie (possibilité de dépasser 10 000 milles), sécurité et confort à la mer.
La nav station de Jambo : même les moussaillons doivent pouvoir être aux manettes…
Qui veut voyager loin, optimise sa consommation et modère sa vitesse
Faire progresser un bateau dans un fluide 700 fois plus dense que l’air n’est pas une sinécure ! Si à la vitesse de carène de 10-11 nœuds un bon catamaran à moteur pourra atteindre un objectif compris entre 1 et 2 litres au mille, il multipliera sa consommation par 8 ou 10 pour doubler cette vitesse ! De plus, à bord d’un petit navire, cette allure n’est pas compatible avec la vie normale (bruit, vibrations, odeurs, chocs dans la mer). C’est pourquoi JAMBO vise ce fameux nombre d’or qui est la clé d’un programme de voyage au long cours réussi : 240 à 260 milles par jour en consommant le moins possible.
On a beau être dans un bateau d'expédition, un Sunreef se doit d'être confortable et le design "à l'italienne" est du meilleur effet !
Des moteurs dernière génération
JAMBO est équipé des Volvo D6 (2X370 cv) Turbo ; ces mécaniques modernes utilisent toutes les ressources technologiques fiabilisées en plaisance : rampe d’injection commune, programmation informatique des paramètres de fonctionnement… Ils ont fait l’objet d’une installation méticuleuse dans une chambre machine prévue pour accueillir jusqu’à 800 cv ! Il y a donc de la place pour l’entretien. L’architecture des implantations est soignée, les parcs batteries et l’abondante connectique électrique ont fait l’objet d’une mise en place rationnelle, tout comme les échappements. L’accès au local machine s’effectue par de très grands panneaux dont l'ouverture est assistée par des vérins. L’accessibilité de l’ensemble des organes est réelle, alimentation en air frais et ventilation sont renforcées. Les moteurs ne tombent plus en panne ! Mais les périphériques constituent leur talon d’Achille : alternateurs, réducteurs, transmissions doivent faire l’objet de surveillance et de prévention. L’alimentation en gasoil propre et l’admission des refroidissements sont au cœur du système. À bord de JAMBO, le gasoil est pré filtré, centrifugé, filtré ; ces dispositions qui s’ajoutent à une vigilance nécessaire lors du choix des approvisionnements, conditionnent le bon fonctionnement de ces moteurs plus exigeants en termes de qualité de carburant que certaines machines rustiques de l'ancienne génération.
Les cabines sont traitées de la même manière : avec goût mais sans être ostentatoire.
Une optimisation constante
Des bulbes (dessinés par un cabinet proche de la Coupe de l’America et réalisés par J.F Lilti de Grand Large Composites), aux hélices dont le pas a déjà été retouché en passant par l’optimisation de la cartographie par Sport Système (une référence dans le domaine) Laurent a cherché à améliorer le rendement et déjà gagné presque 15% en consommation. La prochaine étape : les hélices à pas variable et une gestion moteur ad hoc .
À 20 noeuds, le Power 70' laisse un sillage délicat, à 5m au dessus de l'eau le grand fly bridge est un véritable pont promenade. Les deux éoliennes sont le signe distinctif d'un bateau qui a du savoir vivre au mouillage.
Un comportement de gentleman
JAMBO a déjà accompli près de 3 000 milles depuis La Baltique jusqu’à Cannes lorsque je le découvre. Comme toujours avec Sunreef je suis frappé par la qualité de l’aménagement intérieur, des selleries, des menuiseries et de l’éclairage, mais l'espace interne du 70’ Power offre des perspectives inconnues dans cette taille. Les points de vue de la cabine de pilotage comme ceux des deux "studios" frontaux sont éloquents à ce sujet. Je ne dirais rien du "court de tennis" positionné en flybridge ! Cockpit, salle à manger et terrasse-cockpit sont à découvrir, ils renouvellent le genre ! La manœuvre portuaire imposera le propulseur d’étrave et les postes de commande déportés (fly+cockpit) dont JAMBO ne dispose pas, compte tenu de son programme. Nos essais se déroulent en parallèle à la mise au point des cartographies moteur et des mesures de consommation et de comportement après la pose des bulbes. La navigation à bord de JAMBO filtre presque totalement les perceptions, le silence de fonctionnement à 10 nœuds est remarquable. Dans cette version, le Sunreef 70' est susceptible de dépasser les 20 nœuds, mais il ne s’agit là que d’une réserve de vitesse, utile, mais dont l'usage reste exceptionnel. Après avoir effectué le tour de l’Europe du sud en rodage, JAMBO a affronté sans sourciller un convoyage Corse-Cannes dans un coup de mistral. Après nos essais, il a appareillé pour son périple autour du globe, fait escale au Cap-Vert, à Fernando de Noronha et au Brésil. Les canaux de Patagonie qui constituent le premier objectif à sa mesure seront dans le sillage au moment où vous lirez cet article !
L'organisation de la cale technique: Notez le soin apporté aux implantations et la cadène fixée au barrot de pont pour les opérations plus lourdes.
CONCLUSION
Le moteur thermique n’a pas dit son dernier mot en plaisance et sous réserve de recherches complémentaires il peut encore s’adapter et accompagner une transition progressive vers les énergies propres (solaire, éolien, air comprimé) à bords de nos bateaux. JAMBO montrera par son exemple qu’une culture moteur différente est en train d’apparaitre, plus vertueuse et responsable. L’attitude des acheteurs et des concepteurs dira s’il est suivi ou pas ! Les pouvoirs publics dont on vante en ce moment le retour de l’intervention soutiendront-ils le mouvement par des mesures incitatives dans le domaine ?
LES PLUS
- programme voyage enthousiasmant - pertinence du concept - Espace à vivre
LES MOINS
- Budget - Logistique (port-entretien) - exubérance des motorisations optionnelles
Les Concurrents
Modèle Chantier Architecte Prix Trawlivarius 80' Prometa Boat System Christophe Lesueur NC Ocean Voyager 82' CIM Joubert/Nivelt NC Santorini 65' Prometa Boat System Joubert/Nivelt
FICHE TECHNIQUE SUNREEF POWER EXPEDITION
Architecte : Bureau d'étude Sunreef/L.Bourgnon Constructeur : Sunreef yacht Gdansk Pologne Longueur : 25m (série 21.40m) Largeur : 9.30m Poids : 40t Déplacement : 50t Matériau : sandwich mousse/verre/époxy. Série mousse/verre/vinylester Motorisation : Expedition Volvo D6 2X370cv ; Standard Cummins 2X 455cv Gasoil : Expedition 2X8 000 l ; Standard 2X2 500 l Batteries : 12 en 24V-1 200Ah Groupe électrogène : 19 ou 27 kVA Mouillage : guindeau 24V-3 000w + ancre Fob 60kg + 80m de chaîne diam 13mm Prix de la version de base : 1,8M euros HT