Depuis sa création en 2016, Silent Yachts a démontré un excellent savoir-faire dans la production de catamarans électriques. Récemment repris par Michael Said, un investisseur germano-américain, le constructeur a dévoilé lors du dernier Cannes Yachting Festival un tout nouveau modèle au design résolument moderne, et surtout doté de trois ponts, une première pour la marque.
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Conditions : vent d’est 5 à 10 nœuds, mer calme
L’histoire de Silent Yachts a connu, depuis sa création, quelques rebondissements, à l’image du dernier en date, puisque le chantier a été récemment repris par l’un de ses clients. Le constructeur, dont l’usine est désormais basée en Italie, connaît un nouvel élan, comme en témoigne la sortie du SY62 3-Deck Open, le premier catamaran à trois ponts de la marque – et surtout le premier multicoque électrique à trois ponts de l’industrie nautique. L’allure extérieure de ce 62 3-Deck ne devrait pas dépayser les habitués de la marque, puisqu’il est basé sur le 60. Pour prendre l’appellation 62, la longueur totale a été allongée de 87 cm, en partie au niveau de la plate-forme arrière. Mais le plus important se passe à l’étage : le Silent gagne un véritable flybridge, qui augmente considérablement l’espace disponible à bord.
Une ligne moderne, presque futuriste
Le 62 reprend donc les lignes tendues et épurées du 60, avec des flancs très linéaires dont le franc-bord est généreux et une nacelle qui s’étire vers l’avant pour favoriser l’espace habitable et offrir une grande surface pour les panneaux solaires. Le 62 gagne pour sa part un grand flybridge surmonté d’un hard-top un peu surdimensionné, ce qui permet d’offrir beaucoup de place pour les panneaux solaires tout en apportant un peu plus d’ombrage aux occupants. Un dessin qui ne plaira pas forcément à tous – pour ma part, je trouve que le fait d’étendre le rouf et le hard-top tout en offrant de larges surfaces vitrées donne un aspect très aérien à l’ensemble.
Comme tous les catamarans du chantier, le SY62 est bien posé sur deux coques assez hautes aux entrées d’eau assez fines. Un design qui permet de préserver un imposant tunnel sous la nacelle. Ce volume d’air, dans la mer formée, permet d’amortir le tangage, et donc de diminuer la puissance nécessaire à la propulsion. Quant aux longs hublots de coque, ils rappellent ceux des superyachts, et suggèrent donc une habitabilité remarquable. De fait, quand on regarde le powercat de l’arrière, ce qui n’était encore qu’une impression se vérifie avec cette largeur conséquente de de 8,99 m : on ne devrait pas se marcher sur les pieds à bord... On monte justement via l’une des deux jupes rallongées – elles offrent désormais une très large surface avec une échelle de bain intégrée. Entre ces deux jupes, une vaste plateforme hydraulique vient prendre place pour supporter une annexe jusqu’à 4 m ou pour constituer une immense plage de bain privée en position basse.
Autre point intéressant : deux grands coffres de rangement logés sous le pont central et accessibles depuis la plage arrière permettent de loger différents jouets, une planche de paddle ou même une petite annexe.
Des espaces extérieurs généreux et un flybridge de 60 m2
Pour accéder au cockpit, il faut emprunter quatre marches. On découvre alors un espace assez large qui fait penser qu’on est à bord d’un 80 pieds, et non d’un 60 pieds.
Bien protégé du soleil et des intempéries par le flybridge, ce cockpit dispose d’une longue banquette arrière, d’une autre adossée à la cloison de la timonerie devant laquelle une table vient prendre place. On y trouve également quelques rangements et l’accès à la salle des machines. Un aménagement simple qui permet de circuler facilement à bord et d’accéder, de plain-pied, au pont principal intérieur.
Privilégiant l’espace et la circulation, le SY62 3-Deck Open offre ainsi de larges passavants où il fait bon flâner, un peu comme sur un trawler traditionnel. Ces passavants intègrent des balcons assez hauts pour se rendre sur l’avant en toute sécurité, et l’on trouve même en chemin un canapé caché dans un renfoncement de la paroi vitrée, ce qui aménage un petit coin relaxation au calme, parfait pour admirer la mer ou pour bouquiner au son du clapot.
Misant sur l’habitabilité intérieure, le pont avant n’est pas immense, mais il est suffisant pour la plupart des usages, et comprend un cockpit avec une assise en L et un solarium sur bâbord ainsi que de nombreux coffres de rangement. On peut également accéder à ce pont directement depuis le pont principal grâce à une porte. C’est aussi depuis ce pont que l’on accède au guindeau et au mécanisme de l’ancre à poste. A noter que le chantier propose deux configurations de ce pont avant, l’une avec une porte donnant sur le salon ou, si la cabine Propriétaire est installée à l’avant, une autre avec un espace constitué simplement d’une grande assise avec des coussins.
Dernier espace extérieur – et pas le moins intéressant –, le flybridge est donc la grande nouveauté de ce modèle. On y accède depuis le cockpit et, dès le haut de l’escalier, on est impressionné par sa surface (60 m2 tout de même). Le fait d’avoir positionné le hard-top assez bas crée des ouvertures très allongées à l’aspect panoramique, ce qui renforce encore cette notion d’espace. Les concepteurs ont également repoussé les assises sur le pourtour pour laisser le champ libre pour un aménagement personnel. On trouve également une cuisine extérieure complète sur bâbord, tandis que l’arrière du flybridge est quant à lui destiné au farniente avec deux grands canapés d’angle et d’immenses bains de soleil sur la partie arrière.
Discrètement implanté sur l’avant bâbord, le poste de conduite s’intègre parfaitement au reste des meubles pour constituer un ensemble harmonieux. Un aménagement simple, mais qui fonctionne et qui sera parfait pour organiser une réception.
Enfin, sachez que le constructeur propose le SY62 3-Deck Closed, une version en partie fermée de ce flybridge, avec la possibilité d’installer une cabine sur ce flybridge pour une expérience différente.
Un open concept de 50 m2
De retour dans le cockpit, on peut bien évidemment accéder facilement au pont principal grâce à une grande baie vitrée coulissante et électrique. Une fois cette porte ouverte, la frontière entre le cockpit et le salon disparaît presque entièrement pour former un grand espace de plain-pied. Si l’on ajoute les espaces intérieurs et extérieurs de ce pont principal, on arrive à une surface totale de 130 m2, ce qui est plutôt impressionnant.
A l’intérieur, la partie bâbord accueille une cuisine en U très complète avec tout l’électroménager nécessaire pour une longue croisière. L’évier est positionné face à l’arrière et le tout se transforme en bar une fois la fenêtre ouverte. Le pont principal affiche en lui-même une surface de plus de 50 m2, ce qui a permis d’y loger un salon avec une grande table et une banquette en L, tandis que la partie tribord est dédiée aux rangements, et il y en a beaucoup. Enfin, c’est là aussi que se trouve le poste de conduite principal qui bénéficie, comme l’ensemble de ce pont, d’une vue à presque 360°.
La partie nuit n’est pas en reste, puisque le SY62 3-Deck Open est disponible en version quatre, cinq ou six cabines. Le jour ne notre essai, nous étions à bord du modèle cinq cabines, auxquelles s’ajoutent l’espace équipage. Dans cette configuration, la cabine Propriétaire est située sur tribord, et arbore un décor très moderne avec beaucoup de place de chaque côté du lit en position transversale. On y trouve aussi une salle de bains complète, des rangements et un petit bureau, le tout avec une belle vue sur la mer. La même coque accueille une autre petite cabine, avec un lit accolé à la cloison et une petite salle de bains, parfait pour un enfant. Enfin, toujours dans la même coque, mais accessible par un escalier séparé, la dernière cabine comporte un lit double et une salle de bains privée.
Dans la coque bâbord, on trouve deux autres cabines, chacune avec une salle de bains privée, et c’est aussi sur ce bord que sont installés la machine à laver et le sèche-linge. Enfin, une cabine d’équipage – un peu plus étriquée – dispose d’un accès séparé.
Au total, le SY62 3-Deck Open peut donc recevoir jusqu’à 6 cabines et coucher 12 personnes et l’équipage, cela représente déjà un bon tour de force pour un catamaran de 62 pieds. Le décor est volontairement minimaliste, et à charge du Propriétaire de choisir l’ambiance qui lui convient le plus. La qualité des assemblages est correcte, mais l’on a clairement fait la chasse au poids en évitant le bois massif, ce qui peut se comprendre au regard de la propulsion adoptée.
Pour diminuer au maximum le déplacement, le powercat est d’ailleurs construit entièrement en infusion époxy/vinylester, une méthode qui garantit de plus une excellente rigidité. De même, pour être en accord avec sa démarche écologique, le constructeur propose au client l’utilisation de matériaux écologiques et recyclables. En revanche, l’électroménager, tout du moins sur ce modèle, n’a pas été choisi en fonction de sa consommation électrique, ce qui est un peu surprenant.
L’équipement est dans son ensemble assez complet, avec des lumières indirectes LED, des chargeurs de téléphone sans fil ou des prises USB un peu partout.
Une vitesse qui rappelle celle d’un catamaran à voile
Outre son profil original, là où le Silent fait vraiment la différence, c’est au niveau de son mode de propulsion. En effet, depuis le départ, la marque a misé sur une motorisation électrique alimentée par des panneaux solaires. Un choix audacieux au début, mais qui arrive aujourd’hui à une certaine maturité. Le 62 3-Deck n’échappe pas à la règle, puisqu’il tire même avantage du bimini et du toit du pont principal pour implémenter de nombreux panneaux solaires pour une puissance totale de 16,8 kWc, ce qui est déjà considérable. L’énergie est ensuite stockée dans un parc de 34 batteries totalisant 348 kWh, de quoi voir venir. Cette énergie permet d’alimenter les deux moteurs électriques de 340 kW pour une vitesse de croisière d’environ 7 nœuds. Si le catamaran est capable de filer à 10 nœuds en pointe, ce n’est pas vraiment son programme. Le Silent vise plutôt la croisière au long cours avec, à 6 nœuds, une autonomie de 1 600 milles nautiques avec toutes les énergies combinées, ce qui est très correct. Si l’énergie fournie par le système solaire vient à manquer, on peut compter sur le générateur de 150 kW pour prendre le relais. Le chantier projette d’ailleurs de remplacer le gros générateur par deux modèles plus petits pour améliorer la répartition des poids et ajouter un peu plus de polyvalence.
Une fois sur l’eau, il faut bien avouer que le résultat est convaincant. La première chose qui séduit, c’est bien entendu le silence de fonctionnement. Sous l’impulsion des moteurs électriques, le SY62 quitte doucement le ponton et sort de la marina au seul son du sillage. Si sur le papier la vitesse de 7 nœuds peut paraître modeste, une fois à bord, le Silent ne donne pas la sensation d’être un bateau lent ; il y a même quelque chose de magique dans le fait d’avancer en silence, un peu à la manière d’un catamaran à voile. Un silence qui ne se limite pas au cockpit, au pont principal ou au flybridge, puisqu’une petite visite dans les cabines confirme cette quiétude avec, de surcroît, aucune vibration parasite à noter.
Catamaran oblige, la manœuvrabilité du SY62 est assez remarquable. Toutefois, sur ce premier modèle, on note l’absence totale de volant, au profit d’une sorte de joystick assez inédit. Un choix technologique que l’on retrouve sur les deux postes de conduite et qui déconcerte un peu au premier abord, car il faut vraiment avoir la main douce. Selon le chantier et le Capitaine du bateau, cet élément devrait être remplacé par un volant plus traditionnel pour une conduite plus confortable – et traditionnelle. Comme sur le 60, le 62 3-Deck offre en option une aile de kite de 9 à 12 m2 pour soulager la propulsion. Reste qu’avec un déplacement de plus de 46 tonnes à vide, l’efficacité restera forcément limitée.
Enfin, Silent Yachts met un point d’honneur à souligner la qualité de son powercat en offrant une garantie de 5 ans sur la coque, 8 ans sur les batteries, 25 ans sur les panneaux solaires et même une garantie à vie sur les moteurs électriques – c’est plutôt rare.
Conclusion
Premier catamaran trois ponts à prendre la mer, le SY62 est aussi l’un des seuls à être entièrement propulsé par une motorisation électrique alimentée, en grande partie par des panneaux solaires. Outre l’aspect technologique – et écologique –, ce multicoque, grâce à l’apport d’un grand flybridge, offre un espace de vie considérable pour la catégorie, ce qui en fait une embarcation idéale pour les longues croisières. Un bel exemple de mariage réussi entre l’innovation et le confort.
Technologie embarquée
Silence de fonctionnement
Accès salle de bains bâbord
Vitesse réduite
Descriptif technique
Architecte : Silent Yachts
Longueur hors-tout : 18,86 m
Largeur : 8,99 m
Tirant d’eau : 1,26 m
Tirant d’air : 8,07 m
Déplacement lège : 46,65 t
Motorisation : 2 x 180/340 kW
Panneaux solaires : 16,8 kWc
Batteries : jusqu’à 348 kWh
Carburant : 2 x 500 l
Eau : 2 x 500 l
Cabines : 4 à 6 + équipage
Cabinets de toilette : 4
Certification CE : A
Prix de base : 2 500 000 € HT