Voilà bientôt deux ans que cette nouvelle gamme Ultima a été annoncée par Sunreef Yachts. Le constructeur a finalement mis à l’eau et présenté son premier modèle il y a quelques mois, réservant la Première européenne pour le dernier Cannes Yachting Festival. Design moderne, haute technologie assortie d’une motorisation hybride et d’un foil : ce nouveau yacht coupé semi-open met en exergue son caractère innovant dans le but de conquérir de nouvelles parts de marché dans le segment très dynamique des powercats sportifs.
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Conditions : 12 à 15 nœuds de vent, mer agitée
Depuis deux décennies, la marque polonaise Sunreef Yachts, fondée et contrôlée par le Français Francis Lapp, a pris une place prépondérante sur le segment que le dirigeant a lui-même inventé : le catamaran semi-custom de grand luxe. Plusieurs gammes, de 60 à plus de 110 pieds, ont vu le jour et sont venues concurrencer les luxueuses unités monocoques de grande plaisance, aussi bien voiliers que motoryachts, d’ailleurs. La grande largeur, l’habitabilité XXL ainsi que l’économie de fonctionnement ont attiré une clientèle un brin lassée des contraintes des grands motoryachts, mais évidemment sensible au fait de pouvoir disposer de volume supplémentaire et de profiter de plus de luxe encore… Si vous ajoutez que la note de carburant pourrait baisser de 30 à 40 %, l’intérêt ne fera qu’augmenter… Néanmoins, la problématique d’accès dans les ports, chère à ces utilisateurs, peut finir par se faire sentir quand on parle de powercats. C’est là que Sunreef Yachts va marquer des points en intégrant dès la conception de sa nouvelle gamme Sunreef la contrainte d’une largeur disons intermédiaire entre le powercat « classique » et le yacht coupé sport, monocoque. Si la gamme Ultima démarre avec le 55 que nous vous présentons aujourd’hui, elle se déclinera en 44, 55, 66, 77, 88 et 111 pieds avec un air de famille indéniable – et avant tout un design résolument moderne.
Alors que la marque ne s’était contentée jusqu’alors de rivaliser qu’avec des monocoques bien plus grands, elle vient désormais également chasser sur le segment des sport yachts, des coupés semi-open et autres yachts – mais bien moins grands. Intéressons-nous maintenant de plus près à la largeur évoquée plus haut : si on compare la largeur du 80 Sunreef Power avec celle de l’Ultima 77, on passe de 11,50 m pour la gamme à 8,20 m, alors que les deux modèles mesurent 23,50 m de longueur. Et en ce qui concerne l’Ultima 55, sa largeur de 5,60 m ne vient-elle pas se rapprocher de celle d’une Princess V55 (4,60 m) ou d’un Pardo GT 52 (4,96 m) ? Je choisis cette ultime comparaison car la silhouette de ce dernier, à étrave et pare-brise inversés, correspond au segment visé des sport weekenders modernes entre 40 et 60 pieds, dont l’offre de modèles s’est littéralement envolée ces dernières années.
Nouveau design, nouvelle usine
Pour réaliser sa nouvelle gamme, Sunreef Yachts n’a pas hésité à sortir de terre un nouveau site de production dans le golfe Persique, à Ras Al Khaimah, au nord de Dubaï (voir encadré P.91). Les perspectives de développement du nautisme au Moyen-Orient sont en effet très prometteuses, et particulièrement dans le segment de la gamme Ultima. Lors de ma visite du site au printemps dernier, j’ai découvert les deuxième et troisième 55 à l’eau, alors que, dans les ateliers, plusieurs 55 étaient sur la ligne de montage, ainsi que deux 88. Francis me confirme que plus de vingt exemplaires sont en commande, on peut dire que la gamme est bel et bien lancée. Avec 50 °C sur le port, ma découverte avait été relativement succincte, aussi, j’ai avantageusement profité de la présentation de l’Ultima 55 à Cannes pour mieux le détailler.
Première impression : la silhouette est un savant mélange de lignes fluides et d’angles vifs. La forme perce-vague des étraves ne se poursuit pas sous la flottaison par des bulbes, mais elle construit une silhouette agressive et dynamique, d’autant que la pente inversée est reprise sur le pare-brise. Le livet du pont, non équipé de bastingage (la largeur des passavants et la présence de mains courantes sur le roof suffisent à l’homologation), ne fait que mieux ressortir sa tonture longitudinale inversée. La cellule du rouf est bien centrée, et sa casquette est comme suspendue par l’effet des vitrages teintés, ce qui donne de la légèreté à l’ensemble – et évoque la performance. Ces dessins ont été réalisés par les équipes internes de design. Aucun détail n’a été laissé au hasard, si l’on en juge par exemple par les bains de soleil arrière qui, par leurs coquerons aux angles arrondis, participent à l’ambiance générale très moderne, en vogue dans les milieux du luxe que l’Ultima 55 est amené à fréquenter.
Hybridation et technologie
Dans ce segment, une vitesse de pointe de plus de 30 nœuds (voire 40 nœuds) et une de 25 nœuds en croisière sont les conditions minimum pour faire partie de l’offre. Pour autant, les préoccupations liées à l’énergie et à la préservation de l’environnement se font plus pressantes, aussi, Sunreef Yachts va doter ses Ultima d’une technologie modulable pour répondre à cette demande. Une version classique, qui assure les 30/35 nœuds de vitesse max et facilité de manœuvre dispose de Volvo IPS 650 (800 en option). Une déclinaison équipée de Volvo de 600 ch, mais montée avec une longue ligne d’arbre, peut être équipée d’hélices de surface pour ceux qui veulent dépasser les 40 nœuds. Et enfin, une hybridation est proposée avec cette même motorisation, accouplée en parallèle à des moteurs électriques de 350 kW. Cette dernière version permet de naviguer à vitesse plus réduite en silence et sans polluer, et aussi de recharger le parc batteries de 220 kWh en 625 volts pendant que la propulsion thermique est en route. A noter que l’implantation des moteurs est située très en avant, ce qui donne la place nécessaire à ce couplage électrique et à la transmission en ligne d’arbre directe, qui est simple et plus fiable. Mais ce ne sont pas les seules raisons. D’une part, la traînée a été particulièrement soignée, avec des coques très fines ayant besoin d’une répartition des charges bien centrée. D’autre part, un foil a été développé et installé entre les deux coques. Certes, ce n’est pas un foil destiné à faire voler il se contente et stabilise l’assiette dans le passage des vagues. Et ce plan semi-porteur tire également avantage d’un équilibre des masses bien calculé. Dans le même esprit de réduction de traînée, le pont est entièrement réalisé en composite carbone. Les batteries lithium-ion conçues en interne, avec une densité inférieure à 5,2 kg par kWh, sont reconnues comme étant 30 % plus légères que les systèmes de batterie standards utilisés dans le monde. Pour alléger encore le bilan CO2, plusieurs autres solutions ont été développées. Le système d’air conditionné est conçu pour ne consommer que 50 % de n’importe quel autre produit sur le marché ; le constat est similaire pour le dessalinisateur.
Une décoration prédéterminée
A bord d’un Sunreef Yachts, on part pratiquement habituellement d’une feuille blanche pour distribuer et décorer l’intérieur – ici, une fois n’est pas coutume, sur le 55 et sans doute le 44 d’une taille plus mesurée encore, les plans d’aménagement et les meubles sont préconçus pour matcher aux contraintes structurelles de l’engin. Le choix de deux ou trois cabines est toutefois possible, ainsi que l’établissement d’une cabine pour un équipier ou un enfant – elle sera alors placée sous une banquette du salon. Pour les matériaux, une version chêne grainé et une autre en noyer sont proposées ; le département de décoration intérieure du constructeur, qui compte pas moins d’une centaine de personnes, aime à rappeler que le client peut demander n’importe quelle étoffe et tout matériau de son choix. Les deux grands bains de soleil arrière cachent des coffres et l’accès aux cales moteur. Puis la baie vitrée inclinée s’escamote dans ses galandages pour donner un accès à l’intérieur – bienvenue à bord d’un semi-open !
Deux banquettes en L accueillantes précèdent un comptoir-cuisine ; ce dernier délimite l’espace dédié au poste de pilotage à l’avant et aux accès vers les cabines sur les côtés. Les descentes vers ces dernières mériteraient une échancrure plus importante car, en remontant, on peut s’y cogner. La faible largeur des coques dessine ces cabines en coursive, mais les lits king-size situés à l’avant sont assez hauts pour prendre place en partie dans le volume de la nacelle. Vers l’arrière, les salles de bains sont recouvertes d’un matériau grainé au rendu très flatteur. Ces aménagements sont prévus pour la journée ou un long week-end tout au plus, mais l’ambiance contemporaine générée par le mélange subtil de carbone et de vaigrages est aussi séduisante qu’agréable.
Une stabilité accrue
Lors de notre sortie dans la baie de Cannes, le vent soufflait assez fort de manière à lever un gros clapot. Ces conditions n’étaient pas idéales pour pouvoir juger de la pertinence du foil. Notre modèle d’essai était équipé de la motorisation Volvo IPS avec l’option à 650 chevaux. En dépit de l’état du plan d’eau, nous sommes parvenus à atteindre la vitesse maxi annoncée à un nœud près : 35 au lieu de 36, en l’occurrence.
Quand on s’est calés mer et vent de face, les conditions sont devenues plus dures et l’avant de la nacelle a fini par taper de temps en temps. Compte tenu du fait que la moitié des couchages sont concentrés dans cette zone, il convient lors des trajets de nuit de ralentir à une vitesse raisonnable afin de garantir un certain confort aux passagers. Difficile donc de vous parler de l’efficacité de la sustentation du foil (l’appendice semble très efficace sur les vidéos réalisées par mer peu agitée) ; en revanche, on a pu constater que la stabilité dans cette mer agitée est restée excellente. Notre test de consommation nous a notifié un peu moins de 250 l/h en vitesse maximum et 120 l/h en croisière à 22 nœuds, la vitesse parfaite lors de notre essai et qui permet de couvrir une belle distance avec les 1 500 litres des réservoirs. Faute d’option en place, nous restons sur notre faim concernant la motorisation hybride, et sommes impatients de pouvoir en prendre les commandes, si possible avec les hélices de surface – et par mer plate, s’il vous plaît !
Conclusion
Mêler la technologie au design, concilier l’hybridation à la performance, le tout dans un nouveau concept qui parvient à allier modernité, confort et fonctionnalité sur l’eau : c’est le tour de force que vient d’opérer Sunreef Yachts avec ce premier Ultima. La plupart des petits défauts que j’avais notés à Ras Al Khaimah ont déjà disparu ; il y a fort à parier que les adeptes des semi-open encore sur une seule coque ne le resteront pas longtemps…
Site de Ras Al Khaimah Une usine dédiée à la gamme Ultima
Technologie moderne et intuitive pour le marin
Consommation très raisonnable pour ce type de semi-open
Quelques détails d’ergonomie à revoir
Accès à la cabine équipage peu pratique
Descriptif technique
Architecte : Sunreef Yachts
Design intérieur : Sunreef Yachts
Longueur hors-tout : 16,60 m
Largeur : 5,60 m
Tirant d’eau : 0,90 m
Déplacement lège : 26 t
Motorisation thermique : 2 x 480 ch Volvo IPS 650 ou 2 x 600 cv Volvo IPS 800
Motorisation hybride : 2 x 350 kW + 2 x 600 ch Volvo et 220 kWh de batteries
Vitesse max : 36 nœuds
Vitesse croisière : 25 nœuds
Cabines : 2 + 1 équipage
Carburant : 1 500 l
Eau douce : 300 l
Tarifs
Prix de base : 2 300 000 € HT
Prix du modèle essayé : 2 700 000 € HT
www.sunreef-yachts.com