L’engouement important que connaissent les multiyachts depuis quelques années semble loin de faiblir. Pour autant, une nouvelle tendance se dessine chez de nombreux constructeurs : proposer des unités le plus respectueuses possible de l’environnement. C’est sur ce segment innovant du marché que vient se positionner le jeune constructeur turc Vision F Yachts avec ce F 80.
Infos pratiques
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Encore une bonne surprise du Cannes Yachting Festival millésime 2021 ! Amarré tout contre ses concurrents, le Vision F 80 se fond parfaitement dans les tendances du moment. Coques laquées anthracite, superstructures noires, pont entièrement recouvert de teck, formes globalement rectangulaires mais légèrement adoucies, immense fly et grands vitrages opaques : les codes en matière de design rappellent évidemment ceux du leader incontesté des multiyachts de luxe. Ce nouveau catamaran de 80 pieds en provenance de Turquie, exposé avec les grandes unités du salon, démontre l’irrésistible essor de grands multipowers, lesquels concurrencent désormais sans complexe les plus grands acteurs du yachting… à une seule coque !
La Marque Vision F, dont le siège se situe dans la marina de Tuzla, à Istanbul, a été créée en 2018 au sein de ce complexe dédié au yachting. Pour autant, elle s’appuie sur l’expérience des chantiers Yalova au sud de la mégapole, à quelques encablures du Bosphore. Cette structure assure la réfection de grands yachts depuis de nombreuses années. A l’image de Coskun Bayraktar, son directeur général, la jeune marque ne manque pas d’enthousiasme et d’ambition ; après s’être investie dans le paysage local maritime, elle annonce déjà deux nouveaux modèles en développement dans un futur proche – futur, c’est d’ailleurs la signification de la lettre F.

Notez la finesse des étraves et le sillage peu marqué, gage d’une faible traînée.
Prestations très haut de gamme
Au moment de monter à bord, face à la volée de marches des jupes arrière, on relève l’absence de plate-forme hydraulique entre les coques. En fait, l’annexe est disposée sur la plage avant avec une grue pour la mise à l’eau. Une bonne raison à ce choix, nous y reviendrons. Très haut de franc-bord, ce catamaran se différencie de ses concurrents par un maître-bau bien plus étroit – 9,56 mètres, alors que ses congénères affichent bien plus de 11 voire 12 mètres. Là aussi, il y a une explication… Même avec deux mètres de largeur en moins, l’espace à bord reste impressionnant. Hormis les jupes, la nacelle occupe toute la longueur du pont principal. Les coques et le flybridge offrent une surface utile avoisinant les 300 m². Bref, de quoi faire un joli pied à terre… sauf qu’on est bien sur l’eau ! L’analogie n’est pas gratuite : ce que recherche la clientèle de ce type de navire, ce sont les prestations d’un appartement de très haut standing, luxueusement ornementé. Pour la décoration, l’architecte d’intérieur Seda Ünay a utilisé exclusivement des matériaux nobles. De la belle boiserie en noyer, des cuirs, de l’alcantara, des velours, des tapis de laine épaisse et enfin du marbre très fin habillent le mobilier du salon, des cabines et des salles de bains. L’ambiance de ce premier exemplaire de la série est résolument orientée vers des teintes foncées de marron, gris et bleu, rehaussée ici et là par des ajouts de couleurs plus claires comme le marbre de la table – ou plus vives, à l’instar des dorures des vasques ou encore le cuir rouge des tables de nuit. L’ensemble donne une ambiance fastueuse qui peut être adaptée au goût du propriétaire, comme c’est la règle sur ce type d’unités.

La largeur mesurée pour cette taille est une caractéristique remarquable du Vision F 80. L’espace à bord n’est presque pas pénalisé, mais la consommation de carburant, elle, est divisée par deux.
Des aménagements conviviaux
Afin de ne pas être pénalisée par la (toute relative) plus faible largeur, la cuisine a été disposée à l’arrière de la coque bâbord. Cette configuration libère le salon et garantit une certaine intimité. Dans la nacelle, on découvre la table de repas d’un côté, et une immense banquette agrémentée de poufs et de fauteuils de l’autre, agrémentée de poufs et de fauteuils. L’espace central offre un passage vers les descentes des cabines. La porte frontale, quant à elle, dessert la plage avant, équipée de banquettes et bain de soleil. Ce modèle comporte quatre cabines, dont une suite de 23 m² pour le propriétaire. Toutes les salles d’eau avec douche à l’italienne font au moins 3 m². Ces dimensions généreuses donnent de l’aisance à tout moment de la journée, ce qui est important à ce niveau de prestations. Le flybridge dispense des bains de soleil sur toute la largeur en avant du poste de pilotage. Une grande banquette est abritée du soleil par le hardtop et des chaises longues sont installées sur l’arrière. Ces aménagements sont assez classiques – et efficaces pour que les invités se sentent au mieux. Une petite sortie en mer de fin d’après-midi nous est proposée : une excellente occasion de juger in situ comment se déroule la vie à bord, puisque pas moins de 40 invités sont attendus.
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Le salon réalisé sur-mesure du Vision F 80 est très vaste. Les grands canapés sont accueillants et l’on peut recevoir beaucoup d’invités à bord. La vue sur l’extérieur est agréable pour se détendre avec des amis ou la famille, même nombreuse.
Performance et sobriété
Si la demande pour des prestations de luxe est toujours plus importante, la prise de conscience environnementale génère elle aussi des attentes chaque année plus fortes. Le Vision F répond à ces deux exigences a priori antinomiques avec une construction en aluminium, matériau recyclable par excellence, et une consommation relativement faible pour un yacht de 80 pieds. Le chantier communique en effet une consommation de 50 litres/ heure à 12 noeuds – moyenne relevée lors du convoyage Turquie- Côte d’Azur –, ce qui s’avère être est un record de sobriété dans cette taille, où la plupart des concurrents du F 80 engloutissent le double de carburant. Malgré l’ambiance festive qui s’annonce à bord, je suis impatient de valider quelques relevés des performances de ce multiyacht. C’est le moment de s’attarder sur l’absence de plate-forme hydraulique et sur son annexe à la poupe: l’idée est de renvoyer du poids sur l’avant, ce qui est bénéfique pour l’assiette de la ligne de flottaison. Quant à la faible largeur, elle parvient à moins perturber la progression grâce à un plus faible fardage et, non des moindres avantages, un poids lège fixé à 48 tonnes – une valeur complètement inédite pour un powercat de 80 pieds. Les étraves droites sont fines comme des percevagues. La carène est dessinée par Nazmi Bayard, un architecte qui a l’habitude de concevoir des cargos. Le dessin intègre une remontée sur l’arrière destinée à recevoir les IPS de Volvo sans augmenter le tirant d’eau. Ce multiyacht équipé d’IPS 800 de 600 CV se dispense de propulseur d’étrave. Instant vérité à l’heure de sortir de la place pourtant étroite : les deux IPS commandés d’une pression sur le joystick permettent de manoeuvrer facilement. Les conditions météo du jour sont particulièrement favorables ; on peut penser tout de même que l’aide d’un propulseur à l’avant serait un plus par fort vent de travers. Alors que la plupart des essais en baie de Cannes se réalisent en progressant vers l’Estérel, cap au sud-ouest, le skipper se dirige vers Golfe-Juan, vers l’est. Le pilote ne prend pas la peine de contourner par le sud les îles de Sainte-Marguerite et Saint- Honorat : il embouque la passe peu profonde – pas plus de 3 mètres d’eau. Avec 80 centimètres de tirant d’eau, même un yacht de 80 pieds peut se permettre ce genre de fantaisie au plus près des cailloux… Les coques fendent l’eau et on sent la carène filer sans résistance – la traînée, quant à elle, est réduite à sa plus simple expression. Nul doute que les 23 noeuds annoncés sont atteignables. Mais vu le monde qui est à bord et l’ambiance « la Croisière s’amuse », nous ne pouvons faire de vitesse ni lancer de tests étagés. Toujours est-il que le powercat avance à onze noeuds très facilement. Un rapide coup d’oeil sur l’instrumentation nous indique une consommation de 48 litres/heure, ce qui confirme les relevés de l’équipe de convoyage. L’insonorisation des compartiments moteur est efficace – le niveau sonore est faible partout à bord.
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Les cabines pour les enfants, les amis ou la famille sont décorées de manière individuelle et ne répondent pas à un unique code couleur. Chacun à bord peut disposer d’une ambiance personnalisée.
La cabine – ou plutôt la suite Propriétaire – occupe 23 m² dans la coque tribord. Les salles de bains sont très spacieuses afin de se sentir comme à la maison en toute circonstance.
Conclusion
Cette nouvelle marque à l’évidence dynamique et ambitieuse surfe sur un concept qui connaît un gros succès. Si son produit semble à première vue très proche de ceux des précurseurs du segment, il s’en distingue pourtant par certains aspects techniques favorisant le rapport vitesse/ consommation – gage de légitimité du nouveau luxe, lequel se veut désormais plus acceptable et en phase avec les problématiques environnementales. Le prochain défi ? Construire des modèles plus grands, bien sûr…
Les + :
+ Polyvalence qualités marine/confort
+ Personnalisable à volonté
+ Consommation de carburant raisonnable
Les - :
- Enduits de peinture à améliorer
- Très marqué par les tendances du moment
- Nécessite un suivi chantier
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Chantier : Vision F Yachts
Architecte : Nazmi Bayard
Design intérieur : E. Seda Ünay
Construction : aluminium
Longueur HT : 23,80 m
Bau maxi : 9,56 m
Tirant d’eau : 0,80 m
Déplacement lège : 48 t
Déplacement en charge : environ 60 t
Moteurs : 2 x 600 CV Volvo Penta IPS 800 ou 2 X 900 CV Volvo Penta IPS 1200 (option)
Vitesse max : 23 noeuds avec IPS 800
Capacité carburant : 7 650 l
Capacité eau douce : 3 800 l
Cabines : 3 à 5 + 4 équipages
Invités : jusqu’à 12 personnes
Equipage : jusqu’à 5 personnes
Tarifs : sur devis
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L’annexe est stockée sur la plage avant et se manipule à l’aide d’une grue. Au port, il est aisé de la mettre à l’eau et de l’utiliser, car elle n’est pas coincée contre le quai.
La console du poste de timonerie intérieure est tapissée d’alcantara, pour le plaisir des yeux. On remarque l’absence de propulseur d’étrave sur l’instrumentation – les IPS Volvo sont chargés d’assurer des manoeuvres de port sereines.






