De loin, on croirait un monocoque auquel on aurait greffé deux flotteurs… Il n’en est bien sûr rien du côté des carènes, particulièrement fines. Ce plan signé André Allègre, très novateur à la fin des années 1970, reste un support attrayant pour la croisière.
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Allegro fait évidemment penser à un tempo rapide, joyeux, vif et guilleret… C’est aussi un clin d’œil à son concepteur André Allègre, récemment décédé. Ce colosse, véritable défricheur du multicoque, fut tout de même l’architecte de Pen Duick IV, rebaptisé Manureva. Un grand monsieur ! Certes, l’ambitieux trimaran en aluminium a disparu avec son skipper Alain Colas lors de la première Route du Rhum en 1978… Mais auparavant, il a bouclé un tour du monde en solitaire par le Cap Horn et remporté la Transat en 1972. L’Allegro, lancé en 1976, est lui aussi particulièrement innovant : alors que les œuvres vives adoptent des carènes en U très fines à la flottaison, la coque centrale adopte un incroyable redan, encore élargi au pont par les carénages qui coiffent les bras de liaison. Sous l’eau, la finesse d’un multicoque, à l’intérieur et sur le pont, le volume et la surface d’un monocoque. Certes, les trimarans modernes adoptent aussi cette recette. Mais toujours pas aussi radicalement que l’a imaginé André Allègre il y a
35 ans ! Autre bonne idée, le bateau est démontable. Flotteurs, bras et carénage peuvent se désolidariser de la coque centrale. Une opération pas évidente, mais réalisable à trois ou quatre solides gaillards. L’Allegro est donc transportable… en deux voyages. Ce trimaran, malgré une carrière ballottée par les changements de constructeurs, a été diffusé à une cinquantaine d’exemplaires jusqu’en 1984, un chiffre très honorable pour une unité aussi originale.
Génois à fort recouvrement
Le modèle que nous découvrons sur le Bassin d’Arcachon a été acheté 4 000 euros seulement il y a trois ans. Un prix très inférieur à celui du marché – 10 000 à 12 000 euros –, justifié par un équipement minimum et un état général très moyen. Son nouveau propriétaire, Jean-François Assante, entreprend les travaux à son rythme. Le skipper s’est déjà attaqué au gel coat, mis à mal aux étraves et sur les flotteurs. L’essentiel, pour lui, c’est que le bateau soit prêt à naviguer. Le reste… peut attendre un peu. Lors de notre sortie test, le vent est très faible : la grand-voile modeste est hissée, suivie par le grand génois sur mousquetons, capelé en tête. Une configuration inhabituelle sur un multicoque. Le bateau démarre facilement, rechigne un peu à caper, mais ne manque pas à virer. Il est possible de naviguer dérive haute s’il n’y a pas beaucoup de fond : le bateau s’appuie sur son flotteur sous le vent mais dérape un peu, et la barre devient dure. « Par bonne brise, l’Allegro atteint les 6/7 nœuds et remonte à 50° du vent. Au débridé, il peut atteindre les 10 nœuds », détaille Jean-François. Zorglub, un autre Allegro équipé d’une jupe, a été topé au surf à près de 15 nœuds. Le faible volume des flotteurs impose de réduire à partir de 15/20 nœuds de vent. Le bateau mouille assez peu même par mer formée.
1,80 m de hauteur sous barrot
Un cockpit très large, des passavants bien dégagés et protégés par des chandeliers très hauts : le standard n’est pas celui d’un trimaran de course et c’est tant mieux ! On apprécie également les deux coffres sous les banquettes et plus encore ceux qui se cachent dans les carénages. Le mât, un robuste profil gréé en tête, on l’a vu, est soutenu latéralement par une paire de galhaubans dans l’axe, une paire de bas-haubans avec du pied sur l’avant, une autre avec du pied sur l’arrière. Un montage qui suppose six ancrages de cadènes là où nombre d’unités se contentent de deux… pour une tenue irréprochable, même par mer difficile. Une échelle de descente étroite mène aux emménagements… souvent mal finis. De nombreux modèles ont été terminés par leur premier propriétaire, d’où un résultat parfois décevant. D’une manière générale, les vaigrages en liège, après 30 ans de service, sont séchés, gondolés ou pourris : à refaire. Première satisfaction, la hauteur sous barrot atteint 1,80 m. Et les très nombreux rangements invitent à la croisière. L’architecte a prévu une cabine double à l’avant, un cabinet de toilette, un grand carré capable d’accueillir six personnes, une cuisine au pied de la descente. A tribord, sous le cockpit, une couchette cercueil est aménagée. Bref, un excellent volume pour la croisière en famille… mais quelques week-ends de bricolage à prévoir avant de disposer d’une unité propre et pimpante.
Les points à vérifier
Comme toute structure démontable, celle de l’Allegro doit être vérifiée de près. Tout élément douteux – boulonnerie tordue ou corrodée – doit être remplacé sans hésitation. La dérive en galva, ayant passé 20 à 25 ans dans l’eau, est bonne à jeter. Epaisse de 8 mm, la pièce pèse 80 kg. On peut être tenté de la remplacer par de l’alu. Mais, moins lourde, la dérive ne descendra peut-être plus aussi bien. Vérifiez soigneusement le câble de relevage. Le mât gréé en tête est particulièrement bien tenu, mais le haubanage a pu souffrir. Passé 10 ans, il est préférable de le remplacer. Les flotteurs sont particulièrement exposés aux chocs – pas facile de parer les étraves. En plus des nombreux « pets », ils peuvent contenir de l’eau. Penser à monter des bouchons de nable si ce n’est déjà fait.
Les + :
+ Un volume comparable à celui d’un mono de même taille
+ Plutôt performant et plaisant à barrer
+ Démontable
+ Pas cher
Les - :
- Les vaigrages en liège vieillissent mal
- Le plan de voilure est vraiment daté
- La liaison pont/coque des flotteurs est fragile
FICHE TECHNIQUE
Chantier : CN Port-Vendraises, CN des Neuf-Ecluses, Midi Multicoques
Architecte : André Allègre
Longueur de coque : 8,00 m
Longueur à la flottaison : 7,30 m
Largeur : 2,50/4,80 m
Tirant d’eau : 0,40/1,20 m
Poids lège : 1 100 kg
Surface de grand-voile : 19,00 m2
Surface de génois : 28,00 m2
Production : 50 exemplaires de 1976 à 1984