Ce multicoque de poche n’est pas un simple joujou de plage… Dessiné par VPLP, il est moderne, léger et transportable. En plus, il peut naviguer en mode trimaran ou prao ! Cela faisait beaucoup d’excellentes raisons de tester ce petit bolide au plus vite. Nous n’avons pas été déçus, jugez-en plutôt.
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Il est parfois reproché à notre rédaction un goût trop prononcé pour les « gros » multis. Il n’en est rien, je vous rassure. Nous ne faisons que relater l’évolution d’une offre qui, depuis des années, est en mode « toujours plus » : plus long, plus haut, plus confortable, plus cher aussi… Croyez-le bien, notre enthousiasme était à son comble quand Astus nous a annoncé la sortie de son nouveau 14.5, un petit multicoque décliné en prao ou en trimaran – voilà des mois que nous sollicitions l’équipe du chantier pour enfin réaliser cet essai !

L’Astus 14.5 se décline en trimaran ou en prao – et se prête à de multiples utilisations !
350 multicoques construits
Il y a 16 ans maintenant, Jean-Hubert Pommois transformait les grands hangars de l’exploitation agricole familiale en chantier naval. Un sacré défi. Aujourd’hui, Astus Boats est devenu une équipe de 7 personnes capables de produire 25 multicoques par an – 350 ont été construits au total. Rendez-vous nous a donc été donné en Bretagne Sud, à quelques kilomètres du chantier, pour essayer leur petit dernier. Pensant bien faire, j’ai acheté des croissants pour quatre, mais Jean-Hubert est venu seul pour cet essai. Effectivement, pas besoin d’une team complète de basket pour monter un multicoque dont la coque centrale ne pèse que 23 kg... Pendant que je prends des photos, Jean-Hubert la descend du toit de son van, les bras de liaison déjà en place. Avec ses 2,40 m de large, la version trimaran est même au gabarit routier européen. Mais avec les flotteurs en place, la manipulation serait plus complexe. En leur absence, en revanche, une personne seule s’en sort très facilement. Ce n’est encore qu’un bricolage, fruit d’une idée mise en œuvre au cours du week-end précédent, mais le tube tout simple, posé longitudinalement à l’angle du toit, permet de faire coulisser l’ensemble vers le sol, sans effort. Je pose mon boîtier quelques instants pour apporter les flotteurs rangés dans le coffre (2,80 m de long). Leur légèreté (7 kg l’unité) surprend, me renvoie aux années 1980 et à une très belle maquette navigante de Jet Services ! Mais la solidité est tout autre, la qualité de finition incomparable et le rendu degelcoat irréprochable.

Une pagaie remplace avantageusement un moteur.
Encore en neuvage !
C’est seulement la troisième sortie de l’Astus 14.5 : tous les essayeurs ont dessalé lors de leurs premiers bords en mode prao… Du coup, pour mon neuvage, nous fixons les deux flotteurs de la version trimaran. Quatre écrous à œil rendent les deux tubes alu solidaires de la coque centrale. Les deux écrous arrière font office de poulies d’écoute de gennaker. Un équipement, deux fonctions, cela nous rappelle une fameuse leçon du « Professeur » Desjoyeaux ! Au niveau des flotteurs, une fois les bras dans leur empreinte, un simple brellage assure une fixation solide : simple et efficace. Même philosophie pour la fixation des deux toiles de trampoline, dont le transfilage qui les relie aux bras de liaison passe par de solides sangles. La grand-voile est elle aussi endraillée sur le mât – lui-même manchonné en deux parties – grâce à des sangles. Un système qui a été préféré au fourreau : il permet d’affaler plus facilement la voile en mer en cas de nécessité. Par exemple quand il s’agit de rentrer en pagayant faute de vent. Démonstration en sera faite par Jean-Hubert dès sa première sortie ! Le gennaker enroulé sur son petit emmagasineur Furlex est étarqué, comme la grand-voile, au niveau du pied de mât, ce qui permet là encore d’intervenir sur les voiles quand on le souhaite. Un quart d’heure à peine après notre arrivée, l’ensemble est déjà monté et paré à naviguer. Safran fixé en position relevée, dérive – au profil aluminium rassurant – assurée mais pas encore descendue dans son puits, notre petit bolide rejoint la rivière de Crac’h sur son chariot de mise à l’eau. Le poids plume permet là aussi de s’en sortir seul, on pourra aller naviguer quand on veut sans avoir à motiver qui que ce soit. Après quelques bords de rodage, Jean-Hubert débarque et me tend le stick : « A toi de jouer ! » Il ne croyait pas si bien dire. Avec son tirant d’eau minimaliste de 15 cm tous appendices relevés, l’accès à bord est aisé et presque sec, ce qui me sied bien eu égard à la température de l’eau en cette fin d’automne. Border un peu de grand-voile pour s’extraire des pontons qui bordent la cale de mise à l’eau, abaisser le safran d’un petit coup de barre franche, descendre la dérive, et c’est parti. Dans le petit temps et encore sous grandvoile seule, je suis assis sur le retour de bordé polyester. La coque centrale est suffisamment creuse pour ne pas avoir la sensation d’avoir les oreilles entre les genoux.

Un flotteur peut s’encastrer dans la coque centrale pour le transport – mais pas deux !
Le turbo ? C’est le gennaker…
Dès que la brise rentre, la position de rappel nous amène les fesses dans le trampoline, lequel devient un véritable hamac avec la gîte. Une position vraiment confortable et assez bien dégagée de l’eau pour ne pas être trop humide. Ecoute de grand-voile au taquet sur son palan, on libère l’enrouleur de gennaker et, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, le turbo du bateau est enclenché. Faute de bloqueur, l’écoute reste à la main. Ce n’est pas plus mal, car, pour maintenir une vitesse élevée, il faut jouer en permanence sur ce réglage. Les accélérations et les surfs amènent bien sûr d’importantes variations de vent apparent. Petit bémol, le mât de ce prototype nous paraît également bien souple (voir vidéo). Difficile dès lors de réduire l’angle du vent avec un guindant manquant de tension ou/et une grand-voile ouverte. Un petit défaut de jeunesse que le chantier saura rapidement pallier à la suite de cet essai. Il est envisageable d’adopter un profil de mât carbone plus raide ou des haubans textiles – voire les deux. En attendant, j’enchaîne les bords de travers, grisé par les sensations de vitesse, au ras de l’eau. En fermant à moitié les paupières, les yeux rivés sur l’étrave du flotteur sous le vent, on se croirait à la barre d’un Ultim. Les étraves acérées, le design des flotteurs, le vol des embruns, tout y est… à l’échelle 1/7 ! En l’absence de tout autre indicateur – une girouette serait vraiment géniale –, le flotteur sous le vent est un bon révélateur. Si ce n’est de performance, au moins de dosage. Trop immergé, c’est que le bateau est trop chargé, on choque de l’écoute ou on lofe un peu. Etrave qui a tendance à plonger : il faut veiller à l’assiette longitudinale, se reculer et peut-être même choquer, à regret, un peu de gennaker. Virements de bord – quitte à laisser un peu le gennaker à contre – et empannages s’enchaînent sans difficulté, le multicoque répondant toujours à la seconde au barreur qui slalome entre parcs à huîtres et bouées du chenal, tout en se prenant pour Dean Barker ! En fin de session, la brise atteint 15 nœuds et on est un peu en haut de range pour le gennaker. Qu’à cela ne tienne, roulé en quelques tours d’emmagasineur, le bateau redevient, sous grand-voile seule, un sage multicoque de promenade. De quoi rassurer tout le monde à bord, car l’Astus 14.5 n’est pas qu’un bateau de solitaire. Son long et profond cockpit incite au contraire à emmener les enfants goûter aux joies de la navigation en toute sérénité. En avant du mât, un compartiment accessible par une trappe étanche permettra de mettre à l’abri un petit pique-nique et d’envisager des balades à la journée pour peu que la météo soit favorable. Homologué CE en catégorie D, le 14.5 est prévu pour un vent maximal de 16 nœuds et des vagues inférieures à 0,50 m.
En mode prao !

Un prao monodrome utilise alternativement son flotteur en appui (sous le vent) puis en balancier (au vent).
En revanche, si vous voulez du sport en toutes circonstances, un petit retour au stand est toujours possible, et nous ne nous en sommes pas privés. En quelques minutes seulement, on retire un flotteur, on passe sur les bras version courte (1,50 m au lieu de 2,40 m) et vous voilà à la barre d’un prao monodrome. Jamais entendu parler ? C’est-à-dire que ce prao naviguera alternativement avec son flotteur au vent (comme un prao pacifique) ou sous le vent (prao atlantique). Les étraves restent les étraves et le safran ne bouge pas de ses aiguillots. Alors évidemment, flotteur sous le vent, à moins de se laisser prendre à contre, on se sent plutôt serein, presque comme en mode trimaran. Sauf qu’il n’y a plus de trampoline derrière pour passer au rappel… il faudra s’en souvenir. Sur l’autre bord, c’est l’inverse : on peut prendre toutes ses aises pour faire du rappel, et c’est heureux, car il n’y a plus de flotteur sous le vent. Compte tenu des propos alarmistes de mon mentor du jour, autant vous dire que mes premiers bords, et surtout virements de bords, ont été des plus prudents. Les photos confirment les commentaires de Jean-Hubert, à voir l’enfoncement du flotteur lorsque ce dernier était au vent, j’ai été plus que conservateur dans ma gestion de l’engin. Mais, avec un peu d’habitude, le fun, c’est certain, sera au rendez-vous. L’Astus 14.5 en version prao se transforme en skiff super léger, à la surface mouillée minimaliste, et généreusement toilé.
Conclusion
En bricolant un prototype avec des flotteurs de récupération, Jean-Hubert Pommois a eu une belle intuition. Dans sa version de série, l’Astus 14.5 devrait rencontrer un joli succès. Economique, le pari est tenu de rester en dessous de la barre des 5 000 euros, 4 900 euros TTC très exactement dans sa version prao de base. Polyvalent, ce multicoque de poche se décline en prao, trimaran, se propulse sous GV ou avec l’appui du gennaker, et enfin se pratique en solo ou accompagné. Bref, sport ou tranquille, l’Astus 14.5 sait tout faire. Amusant, léger, bien toilé, et forcément bien dessiné par le prestigieux cabinet VPLP, l’Astus grise de vitesse à sa barre sans que son barreur passe son temps sous l’eau. Les architectes ont d’ailleurs commandé le numéro 1 de la série. De quoi animer les pauses déjeuner sur le plan d’eau du golfe du Morbihan qui fait face à leurs bureaux vannetais. Mais c’est surtout une jolie preuve de confiance envers le chantier. Le duo annonce bientôt la sortie d’un Astus 22.5 à foils (!), une troisième collaboration que nous ne manquerons pas d’essayer pour vous, et comme toujours, en avant-première.
Un montage en 15 MINUTES CHRONO
1- Une barre parallèle à l’angle latéral du toit, fixée sur les galeries, permet de faire basculer la coque centrale – ici déjà équipée de ses bras et de ses trampolines.
2- Avec les roues préalablement en place, le retournement et le déplacement sont facilités.
3- La grand-voile est déjà endraillée sur le mât ; le tout est emplanté tout à l’avant de la coque centrale
4- Mise en place des flotteurs
5- Ils sont immobilisés dans leurs empreintes grâce à un brelage.
6- Mise en place de la dérive, du safran et du palan d’écoute
7- C’est parti !
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Longueur coque centrale : 4,35 m
Longueur flotteur : 2,80 m
Largeur – version Prao (avec un flotteur) : 1,55 m
Largeur – version trimaran : 2,40 m
Largeur coque centrale : 0,58 m
Poids coque centrale : 23 kg
Poids d’un flotteur : 7 kg / Volume : 80 litres
Hauteur du mât : 4,70 m (en 2 parties)
Surface GV : 5 m²
Surface génois : 5 m²
Tirant d’eau : 0,15 m/0,70 m
Safran pivotant/dérive sabre
Charge maxi : 230 kg
Homologation CE : catégorie D
Architecte : VPLP Design
Conception : Jean-Hubert Pommois
Prix : à partir de 4 900 € TTC pour la version Prao de base (prix départ chantier)
Options :
Version Trimaran : second flotteur, trampoline supplémentaire, tubes allongés : 940 € TTC
Génois sur emmagasineur : 850 € TTC
Pagaie
Ber de transport
Siège pour ramer
Les +
+ Simplicité
+ Fun et polyvalent
+ Budget très raisonnable
Les -
- Rigidité du mât à revoir
- Barre franche un peu courte
- Le mode prao nécessite un petit temps d’apprentissage