Après la présentation du prototype 800 en 2006 et la livraison de quelques exemplaires par le chantier de Carhaix (dont une version régate dotée d’un mât carbone), la commercialisation du Bandit a connu des aléas. Le modèle renaît aujourd’hui, rallongé à 8,70 m, je vous invite à un essai décoiffant, une belle découverte !
Infos pratiques
- Le chantier : Bandit 870
- La fiche technique
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Un marché de niche
Le petit monde des trimarans repliables-transportables est un pré carré principalement animé par deux opérateurs historiques : Corsair et Dragonfly, mais d’autres acteurs existent. Ian Farrier, l’architecte des premiers Corsair et inventeur du concept, s’est séparé du constructeur californien depuis son transfert au Vietnam ; il poursuit son activité en Australie-Nouvelle-Zélande, essentiellement pour les prototypes de course croisière et la diffusion de plans de construction individuelle. Le suédois Seaon a lancé une petite machine d’exception à la diffusion confidentielle, et le séduisant T 29 a fait une apparition remarquée au Grand Pavois 2013. Tricat, créé au milieu des années 2000 par Antoine Houdet, occupe un segment à part avec un 22’, un 23.5 habitable, une belle évolution du 25’ dotée de bras composite et un 30’ en préparation. Le Challenge 30 de Naval Force 3 a été fabriqué à une quinzaine d’exemplaires ; le volume total des ventes de l’ensemble de la "multi sphère repliable" reste modeste bien qu’assez international. Les marges de progression sont probablement importantes pour des raisons évidentes. Ces bateaux séduisants à plus d’un titre sont bien adaptés aux contraintes de marinas saturées ; seul frein à leur expansion : leur coût de production, et de vente, élevé !
Un trimaran moderne, élégant, bien toilé pour la croisière familiale sportive
De la Bretagne à Saïgon
Gérard Rumen, de MDO, a demandé à Pierre Rolland de dessiner ce trimaran prototype pour une commande spéciale. Le chantier, spécialisé dans la sous-traitance d’appendices custom, s’est chargé de la conception de la cinématique de repliage (dans l’axe horizontal, comme les Dragonfly). Denis Glehen (bureau d’études GSEA Design), ingénieur aéronautique, expert en mâts et gréements, concepteur de nombreux tubes pour le Vendée Globe, a calculé la structure ; Pierre Rolland assumant la globalité de l’étude architecturale (hydro, volumes, silhouette, appendices…). Cette manière collégiale de travailler, héritée de la compétition, est typique du designer brestois. Le Bandit rencontre un succès d’estime, mais s’avère économiquement peu rentable, et c’est Ronan Bellanger qui reprend le projet en demandant à Pierre Pouget d’organiser la fabrication au Vietnam (ainsi que la réception et la livraison clients) dans un atelier proche de celui de Corsair. Seule la phase composite est réalisée à Saïgon. Les grosses pièces sont infusées (sandwich mousse verre vinylester), les éléments plus petits réalisés par stratification au contact compactée sous vide. La qualité d’exécution constatée sur le modèle d’essai est excellente.
Avec une bonne remorque et un véhicule adapté, les destinations les plus exotiques s'ouvrent à l'exploration rapide
Pierre Rolland : architecte marin
Le designer du Bandit 870 est breton, natif de la presqu’île de Crozon. Enfant, il sillonne la rade de Brest en Caravelle avant de découvrir le large en course croisière. Pourvu d’un solide bagage technique, il travaille pendant 10 ans dans la recherche et le développement de l’exigeante industrie automobile. Devenu enseignant en construction mécanique, il s’investit dans le programme de la classe Mini, dessine le vainqueur de l’édition 1993 (Amnesty International de Thierry Dubois), puis la série à succès des Pogo 6,50. Après 4 Figaro et une transat AG2R, il professionnalise son activité d’architecte en 2000 et dévoile le Pogo 8,50, puis le 60’ Imoca de Bernard Stamm (futur détenteur du record de l’Atlantique et double vainqueur de la course autour du monde avec escales). Enchaînant 5 participations sanctionnées par des places d’honneur entre 1987 et 2009 dans la Mini transat, le designer-coureur emmagasine une expérience redoutable qui, associée à une intuition très juste et à une rigueur méthodologique, le propulse sur le podium des architectes navals les plus créatifs de sa génération. Grâce à cette expérience de la course et un sens inné des belles proportions, Pierre Rolland a véritablement créé un style.
Sportif, rapide mais aussi confortable, le B870 prend soin du barreur et des passagers
Visite guidée
Le Bandit 870 est beau ! Cette affirmation peut sembler banale, si on ne tient pas compte de la difficulté de réussir la silhouette d’un petit trimaran repliable tant les contraintes sont nombreuses. Les sections de bras sont généreuses, sans altérer la ligne générale ; les attaches sur la coque et les ancrages de crosses sur les flotteurs dissimulent habilement les mécanismes de rotation et de repliage. Les flotteurs sont superbes, généreux comme il convient à un tri moderne sans tomber dans l’excès de sections cylindriques qui tapent au près. Les étraves et le design du tiers avant du flotteur sont soignés pour favoriser une mise en volume progressive et une pénétration dynamique agile. Entre les ancrages de bras, le pont est plat, permettant un accès aisé au coffre de stockage. La coque centrale interprète le classique redan pour créer de l’espace interne en conservant une surface mouillée réduite. Cet artifice se comporte également comme un raidisseur longitudinal efficace. Le roof est superbe. L’ergonomie des cockpits de trimarans est un casse-tête ; celle du B870 est si futée qu’elle constitue un des points forts du bateau. Les deux zones (manœuvre et barre) sont séparées par le traveler de GV fixé sur la poutre de continuité structurelle du bras arrière, mais cette implantation n’est pas un obstacle. Le Bandit prend soin de son équipage ; très intelligemment, les concepteurs ont profité de l’évasement de la jupe pour loger des bancs façon Wings. Ces sièges offrent au barreur un confort inédit. Les passagers disposent de banquettes doubles rabattables sur les bras arrière et il y a encore beaucoup de place dans la jupe pour loger le HB de 15 CV (relevable électriquement) et la réserve d’essence. La sécurité procurée par les garde-corps et les filières est remarquable. Les passavants rigides sont au niveau des trampolines bien tendus, ils participent au confort sous le pied et à la sécurité des déplacements sur la plate-forme. La cinématique de repliage est très pertinente, et la réalisation tout textile (Dyneema et anneaux basse friction) de Cornouailles Gréement mérite un coup de chapeau.
Les pièces mécano-soudées, comme l'ensemble du système de repliage, sont réalisées en France et d'une qualité remarquable
Un vrai croiseur
Avec deux belles couchettes doubles, une mini cuisine, un coin navigation et un carré panoramique 4/6 personnes (logé sur le caisson du puit de dérive pivotante), le B870 offre un intérieur accueillant. Les finitions peinture des planchers, les listons décoratifs caoutchouc et les vidanges de cockpit apparentes ne sont pas à la hauteur de la qualité de fabrication de ce joli multi. La sellerie confortable est de bonne facture.
Carré 6 personnes, mini bureau, cuisine équipée, la croisière à grande vitesse n'est pas si spartiate !
Un essai très parlant !
L’agrément de ces petits multicoques repliables réside pour partie dans la réduction des contraintes et l’optimisation du plaisir de naviguer ; l’essai du Bandit illustre clairement cette approche. Quelques heures avant l’arrivée d’un gros front orageux, la brise de SW est déjà bien installée (18 24 nœuds) et lève une mer hachée dans les pertuis de La Rochelle, les conditions sont parfaites pour un essai dynamique ! La manœuvrabilité au moteur est correcte si l’on tient compte de l’empattement de 9 x 7 m ; le faible fardage et le poids limité facilitent les évolutions. Dans le chenal de sortie (clapoteux à souhait avec vent dans l’axe), c’est déjà le bonheur, car en 2 ou 3 bordées très serrées, nous sommes en eau libre ! Sitôt parée la réplique du phare du bout du monde, la manette des gaz est ouverte et la géométrie moderne du 870, associée au devis de poids rigoureux, fait merveille. Au près, les appuis sont francs, le passage du flotteur dans les vagues est délicat, malgré le ressenti d’une poussée verticale sécurisante. La coque centrale progresse sans heurts et le trimaran nage en souplesse ; l’allongement de la flottaison dynamique a probablement été bénéfique. Le près par mer agitée n’étant pas l’exercice favori de cette famille de bateaux, je suis surpris par l’efficacité du 870. L’angle de remontée est plus qu’honorable, 100° d’un bord sur l’autre sans chercher à piper pour maintenir une belle foulée rapide et confortable de 9 nœuds, synonyme d’un VMG à faire pâlir nombre de prétendants ! J’apprécie l’équilibre de barre et d’assiette du trimaran, qui tolère aisément les surventes passagères sous 1 ris et solent entier. L’action sur le traveler de GV est agréable, la commande tombe sous la main sans nécessiter d’effort. Le 870 vire avec aisance et se relance rapidement ; en quelques bordées, nous sommes déjà sous l’île d’Aix. Bonheur de ces multis performants, il est maintenant possible d’ouvrir les profils pour filer vers la mer libre. Aussitôt, le Bandit accélère nettement (10-13 nœuds) et notre cap nous fait rester très haut sur le plan d’eau. Tous ces milles facilement gagnés dans le vent nous ont placés en haut de la "piste noire" charentaise, idéale pour tester notre monture au portant. La GV est renvoyée en entier, le gennaker déroulé… nous venons de prendre le ticket pour une heure de surf endiablé ! Les conditions de vent et de mer sont stables, le toucher d’eau est idéal, souple et délicat, la barre précise, presque neutre. En confiance, je festonne sur la vague à la recherche de la puissance désirée avant d’abattre en douceur, déclenchant de longs surfs. Nous venons d’entrer dans le compartiment exclusif des multicoques performants : celui de la glisse ! Entre 15 et 19 nœuds constants, le trimaran se lance dans une cavalcade échevelée à la poursuite de sensations proches du ski de poudreuse sur pente forte. L’exercice pourrait durer des heures dans les conditions d’un alizé modéré en vue du record des 100 milles entre le déjeuner et le dîner ! Le plaisir de barre est intense, le spray levé par l’étrave sous le vent ne parvient qu’exceptionnellement jusqu’au barreur, mais les deux longs sillages blancs traduisent clairement des vitesses hors de portée des croiseurs traditionnels (monos ou multis !). Une main sur l’écoute de gennaker, traveler à portée, la cavalcade exprime la réussite architecturale du 870, son agilité et la sécurité de ses flotteurs. Je souhaite à tous les amateurs de partager ces moments.
L'échelle de descente articulée bâbord/tribord laisse libre accès à une belle couchette double
Conclusion
Ce Bandit semble faire mouche dans la plupart des compartiment importants du cahier des charges, dont le point d’équilibre est toujours délicat. Il est joli, bien construit et respecte son devis de poids. L’équipement et l’accastillage de qualité sont au service d’une idée de la navigation moderne, pratique et sécurisante. Le 870 est capable de performances remarquables si on le lui demande. La finition intérieure est perfectible, le chantier nous a promis de l'améliorer sur les modèles de la série.
Fiche technique
- Architecte : Pierre Rolland
- Constructeur : Multido/Aelmor
- Diffusion : Thierry Florentin
- L : 8,70 m
- l : 6,90/3,60 m
- Tirant d’eau : 0,45/1,80 m
- Poids lège armé : 1900 kg
- Nombre de couchettes : 6 (2 doubles + 2 simples d’appoint dans le carré)
- Surface GV : 38 m2
- Solent : 19 m2
- Gennaker : 37 m2
- Spinaker : 63 m2
- Motorisation : 15 CV HB 4 temps
- Matériau de construction : Sandwich mousse verre vinylester
- Prix : 130 000 euros HT prêt à naviguer avec voiles, moteur, accastillage complet, sans électronique
Concurrents
| Modèle | Chantier | Surface de voilure au près | Poids en kg | Prix de base HT en € |
| Dragonfly 28 | Dragonfly | 58 | 1700 | 124 000 |
| Challenge 30 | Naval Force 3 | 53 | 1350 | 129 000 |
| T 29 | Kiss Multihull | 63 | 1250 | 200 000 |
| Tricat 30 | Tricat | 60 | 1800 | NC |
| Cruze | Corsair | 59 | 1814 | NC |
Les plus
- Belle silhouette, design moderne
- Fabrication et accastillage de qualité
- Concept juste et performant
Les moins
- Finition intérieure décevante -
- Echantillonnage des water stays (câbles-tirants de bras) à optimiser
- Absence de cabinet de toilette
Détails du bateau

- : Un plan de voilure moderne et élancé, mais raisonnable et parfaitement adapté à un usage sportif familial
- : Le gennaker (code 5 ou spi asymétrique) est la voile turbo du Bandit, c’est elle qui ouvre la voie aux sensations de haut niveau, ris et solent sont là pour un usage plus modéré
- : Les superbes flotteurs au design moderne associent douceur de passage à la mer et sécurité d’une poussée verticale rassurante
- : L’idée d’installer des sièges doubles sur les bras peut paraître étonnante sur ce type de trimaran ; à l’usage, c’est remarquable !
- : L’installation moteur et l’accessibilité de la jupe, pas toujours aisée sur ces bateaux, sont ici particulièrement soignées
- : Les palans cascade du gréement textile sur anneaux basse friction sont exemplaires de l’attention portée au matelotage
- : Le design du roof est une réussite ; malgré des proportions élégantes, il ménage un carré panoramique très agréable
- : L’ergonomie du cockpit est remarquable, on a pensé au confort des équipiers et du barreur au cours de longues étapes
- : L’échantillonnage des bras est rassurant, les crosses les dégagent bien de l’eau et le petit dièdre fonctionne pour permettre au flotteur au vent de se lever
- : La mécanique de rotation des bras sur les platines de flotteur est discrète, la cinématique de mise en tension des trampolines, via des cordages Spectra et des anneaux basse friction, de belle facture, comme les charnières mécano-soudées