Créé par un architecte néo-zélandais en Californie, le chantier Corsair a fabriqué plus de 1200 trimarans repliables entre 1984 et 2008, ce qui fait de lui le leader de ce segment avec par le danois Dragonfly. C'est le plus grand de ces trimarans que nous venons d'essayer, avec le Corsair 36…
Infos pratiques
- Le chantier : Corsair 36/37
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Le 36’ est aujourd’hui remplacé par le Corsair 37’, version restylée du même bateau. Compte tenu du faible nombre d’exemplaires présents en Europe, nous avons saisi l’occasion d’un essai en attendant de vous présenter l’évolution 37’ carbone (RS).
Mât rotatif aluminium, bout-dehors carbone et belles voiles pentex Calvert Sails : le Corsair 36 offre des choix simples mais performants !
La rupture avec l’architecte fondateur
En 2000, Ian Farrier quitte le chantier de Chula Vista dont il a été l'initiateur, le vice président et l’architecte emblématique. Le différent avec Paul Koch, le nouvel homme fort de Corsair (un Australien qui fabriquait les Farrier Ostac), conduit le designer à rejoindre ses bureaux de Nouvelle Zélande à partir desquels il relance sa propre gamme (F82, 32’, 36’ et 39’), destinée à la construction individuelle (haut de gamme) et à la production australienne et philippine (Melvest Yard).
Un trimaran vraiment habitable qui permet d'envisager de vraies croisières hauturières…
Le 36’-37’ : vaisseau amiral d’une gamme turbulente
Le 36’ présente toutes les caractéristiques de son appartenance à la filiation Farrier et il est évident que malgré l'embarras des uns et des autres, le bureau d’étude Corsair a signé ici un trimaran à la (très) forte inspiration Farrier ! En attendant la sortie prochaine d’un catamaran de 50’, le 36’-37’ caracole dans le peloton de tête des "grands" trimarans repliables aux côtés des Dragonfly 12m et 35’. Les autres modèles de la gamme étant les Sprint et Dash 750, le 28’ et le 31’. Les résultats en course de cette famille pressée sont connus et les aficionados américains ont fait des émules dans le monde entier. Les performances en haute mer de Mike Horn (28’, 3 océans en solitaire) et de Yann Vincent et sa compagne avec SALE GOSSE (31’, Antibes-Tahiti) se situent à la limite du cahier des charges exploitable, mais illustrent un potentiel remarquable.
Un des avantages du Corsair 36 est de pouvoir beacher facilement. Encore un plus en croisière.
Le made in USA se délocalise
Paradoxe des années 2000, la compétition commerciale impose sa loi aux théoriciens mêmes de l’ouverture économique. Le site de Chula Vista est aujourd’hui totalement transposé dans une des nouvelles régions de "l’usine mondiale " : le Vietnam ! Après une tentative de sous-traitance partielle au Mexique, la fabrication des Corsair a donc complètement quitté le territoire des Etats-Unis.
Même si on ne le fait pas tous les matins, le 36 est vraiment transportable sur sa remorque. Idéal pour changer de bassin de navigation.
Un multicoque à géométrie variable
Un trimaran doit-il plier ses ailes dans le plan vertical ou horizontal ? Selon votre interlocuteur, vous obtiendrez des réponses différentes voire opposées, l’essai comparatif ne manquerait pas d’intérêt ! La cinématique verticale (Farrier) semble plus simple, elle présente l’inconvénient de laisser les bordés des flotteurs immergés et les expose donc à la salissure des micro-organismes marins ! Le système est maintenant dans le domaine public, mais il avait fait l’objet d’un brevet développé et vulgarisé sur le visionnaire Trailer Tri. Le principe mécanique est resté le même sur le 36’: les quatre demi-bras sont reliés à la coque par des tirants mécano-soudé de bonne facture, articulés sur deux axes ; les têtes de bras viennent se bloquer à l’aide de deux gros boulons dans les logements de la coque centrale. L’ensemble inspire confiance et ne montre aucun jeu de fonctionnement à la mer. L’absence de réglage des haubans par pattes d’oie oblige à mollir les ridoirs de quelques tours pour enclencher le mouvement de pivotement, le chantier dit avoir amélioré ce point et pouvoir effectuer la manœuvre en 2 mn sur le 37’. Les propriétaires de 36’ consultés confient assez unanimement qu’ils replient rarement leur bateau et le transportent encore moins souvent. Pourtant cette possibilité reste un atout qui permet d’hiverner à moindre coût (c'est le cas de notre 36' d'essai), de convoyer vers un autre plan d’eau ou d’expédier en container.
Le système de repliage Corsair : simple et fiable.
Une architecture classique pour un multi malin
Un trimaran de croisière rapide doit tout de même trouver le volume interne qui rendra le produit acceptable ; le dessin de la coque centrale constitue donc un casse-tête. Celle du 36’ est une réussite, elle offre la finesse indispensable aux entrées d’eau et conserve un bau modéré à la flottaison, le tulipage des bordés crée du volume sans redans brutal ; les lignes d’eau s’aplatissent délibérément vers l’arrière pour favoriser la vitesse au planage. La carène en U à bouchain vif supportera les variations de charge inhérentes au programme ce type de dessin (partagé avec ses concurrents) pourra devenir un handicap au près dans la mer formée! Le bateau n’a pratiquement pas de dièdre, mais le crossage des bras permet de les dégager des vagues. Deux câbles Inox en croix contribuent à raidir l’ensemble et bloquer les efforts longitudinaux entre flotteurs et coque centrale.
Durant l'essai, on a vraiment apprécié ce siège de quart en mesh. Il offre une excellente position de barre.
Une construction sérieuse, mais des finitions perfectibles
L’expérience du chantier est avérée, pourtant chaque modèle réserve de nouveaux défis et les contraintes techniques de ce genre de multicoque restent toujours subtiles. Le process de fabrication est classique pour ce type d’unité : les bras à forte teneur en carbone sont réalisés en 2 demi-coquilles assemblées et remplies de mousse, la coque centrale et les flotteurs réalisés en sandwich mousse/verre/vinylester sous-vide avec des renforts Kevlar carbone. Le livet d’assemblage des ponts est constitué d’une lèvre assez proéminente et la fixation des trampolines gagnerait à abandonner les pontets inox au profit d’une latte stratifiée. Le gelcoat ne possède pas une brillance exceptionnelle, mais l’état extérieur de notre unité d’essai de 4 ans est bon. Les volumes internes sont agréables, la lumière bien présente et la vocation croisière familiale du 36'-37, tout à fait cohérente. La cabine arrière est spacieuse, le triangle avant abrite une belle couchette double, la table mobile du carré et une banquette en vis-à-vis complètent le dispositif nuit. Le Corsair offre un vrai confort pour 4/5 personnes. La sellerie est attractive, mais les vaigrages en skaï et les panneaux plafonniers donnent l’impression d’éléments décoratifs bon marché. Les boutons poussoirs des placards et la glace (piquée) de salle de bain ne sont pas dignes du bateau. La cuisine est pratique.
A l'intérieur, le Corsair 36 offre de beaux volumes (pour un trimaran). On s'y sentira à l'aise !
Un multicoque jubilatoire
Une soixantaine de milles séparent La Rochelle de l’Ile d’Yeu, mais des Minimes à Port Joinville il peut y avoir loin de la coupe aux lèvres… selon l’orientation et la force du vent ! Comme se plait à le répéter Antoine, "en croisière si tu fais du près, c'est que tu t’es trompé de route", tout le monde ne possède pas les puissants gris-gris du Chaman chantant ! Oserais-je l’avouer, j’aime le près…, Tout dépend de la monture (et des conditions de mer !). CHALLENGER, notre Corsair 36’, se rendant dare-dare à la Tripate (régate festive de la Baie de Quiberon), il fallait se satisfaire du vent d’Ouest prévu sur la zone ! D’entrée de jeu le contact avec le Corsair se passe bien, l’ergonomie générale est futée, il y a de la place et le bateau reste simple. Le moteur Honda 4 temps, intelligemment relié au safran par une biellette, pivote selon les besoins des manœuvres. La puissance et le couple semblent très suffisants dans des conditions normales d’utilisation et évitent l’encombrement, le poids et l’entretien d’un Diesel fixe. Le relevage et le démarreur électriques, associés au silence du fonctionnement, achèvent de me séduire. L’envoi de la grand-voile est une formalité effectuée à la main, un des nombreux points positifs à mettre au compte du mât rotatif. Le profil aluminium anodisé (carbone sur le 37') est rustique et fiable, il exonère le gréement des périphériques habituels (barres de flèches multiples, guignols, …) et améliore sensiblement l’aérodynamisme. Un beau jeu de voiles Calvert Sails en Pentex et un bout-dehors carbone rétractable complètent ce compartiment réussi. Dérive basse, nous cherchons à gagner du latéral pour ne pas se faire dépaler sous l’Ile de Ré, mais à 11 nœuds, l’aisance du 36’ a tôt fait de nous rassurer sur ses performances. Le Pertuis breton, premier col de l’étape, est avalé en 1h15 dans une brise de 10-12 nœuds. La sortie en mer libre révèle un joli fond houle de nord ouest (2m) qui ne cessera de se renforcer en cours d’après-midi. Corsair a installé sur la plage arrière des bancs de quart en mesh à structure tubulaire, ce dispositif robuste est remarquable. Confortable et sécurisante, cette "terrasse" est parfaite au mouillage et procure une position de barre (façon wing) tout à fait adaptée, je ne cesserai d’en faire l’éloge.
Le coin cuisine est rudimentaire, mais offre l'essentiel. Que demander de plus ?
Comme sur la plupart des trimarans modernes, les sensations de barres sont réelles, et l’effet directionnel du safran renforce le plaisir de l’exercice. Le vent refuse et fraîchit, en bordant partout, le 36’ maintient le cap. Le nez dans la plume, il bataille entre 8 et 11 nœuds contre le clapot et la houle. L’allure reste confortable et efficace et nous sortons en cap et vitesse tous les monocoques présents sur le plan d’eau. Les premiers grains assaillent le Corsair confirmant la bonne tolérance du plan de voilure. Le plus fort d’entre eux, nous obligera à partir au largue dans un déluge d’embruns et de pluie ; flotteur en appui maximum, le 36’ galope à 18-20 nœuds pendant 1 mille et reprend sa route. Pendant l’épisode, le bateau a manifesté une agilité et un contrôle de safran parfait, le flotteur sous le vent nageait paisiblement, porté par un volume tout à fait rassurant. Je laisse l’équipage à Port Joinville où nous arrivons à 18h, satisfaits des performances de notre tri. L’impératif de navigation ne nous a pas permis de faire fumer l’engin sous asymétrique, allure favorite du Corsair 36’, je vous promets de revenir ! Xavier, le propriétaire de CHALLENGER, a bouclé son programme, effectué une bonne prestation pendant les régates de la Tripate et ramené le bateau à son mouillage de Port Médoc d’une seule traite : une belle semaine en trimaran, non ?
Un essai dans des conditions musclées et humides, mais qui nous aura démontré le gros potentiel de ce trimaran de croisière repliable.
CONCLUSION
Malgré des défauts de finition et quelques erreurs d’équipement (barre fragile, winches et barre d’écoute de GV perfectibles) dont le chantier a pris conscience et qui semblent être corrigés sur le 37’, le Corsair 36’ est un trimaran séduisant et attractif. Performant, sain, doté d’un mât rotatif pertinent et simple, il reste facile à utiliser. Sa maintenance sera légère et il bénéficie des atouts de sa géométrie. Son point fort : c’est un bateau de croisière sportive… Extrêmement amusant !
Les plus :
Personnalité attachante Performances Simple et confortable
Les moins :
Finitions Prix élevé (comme tous les trimarans repliables) Diffusion confidentielle
Les concurrents
Modèles Chantier Surface voiles au près Déplacement en t Prix en € HT Seon 96 Seon AB 60m2 1.4 NC Triforsix 34 Tournier Marine 69m2 3.25 234 000 Trimax 10.50 Trimax 70m2 2.5 219 000 Dragonfly 35 Quorning Boats 76m2 3.7 260 000
Fiche technique
Architecte : Bureau d’étude Corsair Constructeur : Corsair Longueur : 10.97m Largeur : 7.8m Tirant d’eau : 0.51/1.83m Appendice : dérive sabre Surface GV : 49.42m2 Surface génois : 26.45m2 Surface solent : 12.75m2 Hauteur du mât : 14.48m Poids à vide : 2.495t Nombre de couchettes : 4/6 Motorisation : Honda 4 tps, 15 à 20CV Eau : 132 l Prix : 206 000 euros
Différences 36’/37’
Le Corsair 37 est proposé en deux versions : une tout en carbone, et une en sadnwich "classique". Le 37 propose de nombreuses améliorations par rapport au trimaran transportable Corsair 36… 1 - La bôme, le mât et le bout dehors sont en carbone sur les deux versions. 2 - Le 37 Carbon est construit entièrement en carbone, pour offrir le maximum de légèreté et un bateau le plus rapide possible. 3 - Les jupes sont plus larges et complètement redessinées pour un meilleur accès à l'eau. Les drosses sont complètement accessibles. 4 - Le safran et la dérive sont en carbone en standard sur les deux versions pour offrir un excellent feeling à la barre et une réponse immédiate. Il est aussi plus facile de les remonter pour accéder aux plans d'eau peu profonds. 5 - La décoration intérieure est plus moderne et de gros efforts ont été faits au niveau des cloisons pour obtenir une plus grande rigidité et plus de fonctionnalités. 6 - L'accès à la cabine arrière a été amélioré et simplifié. 7 - L'ergonomie dans le cockpit a été revu, pour un meilleur confort en navigation.