Ce trimaran moderne et ambitieux a un rang à tenir : il est la déclinaison récente du mythique Corsair F27, l’un des trimarans habitables les plus diffusés au monde. Très attendu en 2020, le 880 a connu un lancement entravé en raison du Covid-19. Pour autant, les connaisseurs ont vite compris que ce petit coursier n’allait pas les décevoir…
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Lieu de l’essai : Follonica, Italie
Conditions : vent d’ouest 10 à 15 nœuds, mer peu agitée
Le Corsair 880 est sans doute le multicoque que nous avons eu le plus de mal à tester ; au départ, au printemps 2020, rendez-vous a été pris sur le lac de Garde pour découvrir le premier modèle livré en Europe. Un programme qui semblait très alléchant, jusqu’à ce que le Covid s’en mêle. Avec l’équipe de Seawind/Corsair, on évoque la Suisse, l’Allemagne, puis l’Italie à nouveau. Et puis plus rien. Une longue veille démarre en Australie et aux Etats-Unis grâce à nos correspondants. Le premier 880 livré en France au début de l’été 2021 nous échappe de peu… c’est finalement le premier exemplaire italien, le n°16 de la série, qui nous tend les bras - de liaison, bien sûr ! Rendez-vous est pris avec l’équipe de Trimarani Italia, dans la marina de Scarlino, juste au sud de Follonica. Nous sommes ici sur un superbe plan d’eau protégé par l’île d’Elbe. Pour ne rien gâter, le temps est superbe et la météo nous gratifie d’un bon thermique – que demander de plus ?
Flotteurs repliables
La bête présente trois étraves inversées, une respectable hauteur de franc-bord de coques et un rouf plutôt discret – de loin, on pourrait croire que ce Corsair est nettement plus grand qu’il ne l’est réellement. De face, la coque centrale dévoile un redan particulièrement marqué – la largeur à la flottaison n’a rien à voir avec celle du pont. La recette est bien connue pour gagner sur tous les tableaux, c’est-à-dire performance et volume habitable, mais ici, François Pérus et Romain Scolari n’ont pas hésité à forcer les courbes et les angles – avec la plus grande maîtrise. Le constructeur basé au Vietnam utilise un sandwich verre/mousse PVC et de nombreux renforts en carbone placés dans toutes les zones à forte contrainte. Au final, le Corsair 880 affiche 1 660 kg au peson, un déplacement plutôt « standard » comparé à ses concurrents les plus proches – 1 400 kg pour le Libertist 853 et 2 100 pour le Dragonfly 28. Mais là, il convient de préciser que le 880 rejoint, à l’instar du Dragonfly, le camp des trimarans repliables. Un mécanisme de repliage et ses articulations sont forcément plus lourds que des bras fixes. A bord du 880, les flotteurs pivotent avec leur bras verticalement et viennent se plaquer contre la coque centrale – c’est là que les redans très marqués deviennent encore plus malins ! L’opération réclame à peine une minute par flotteur. Le seul souci, c’est qu’il faut placer différemment les pare-battages et que le flanc extérieur des coques risque d’être exposé à la salissure sous-marine… c’est à ce prix qu’on profite d’un trimaran capable de faire passer sa largeur de 6,80 à seulement 2,50 m sans augmenter la longueur – c’est le cas des mécanismes avec pivotement horizontal vers l’arrière. Replié, le Corsair 880 affiche donc des mensurations idéales pour profiter d’une place de port à un prix abordable, et envisager le transport routier sur remorque.
Mât pivotant et bôme à rouleau
La manœuvre depuis le quai est relativement simple, car le moteur hors-bord, s’il est unique, est directement relié au safran par une tringlerie. Les manœuvres radicales comme des rotations sur place sont dès lors possibles. Nous disposons d’un 9,9 CV ; en régime de croisière, il nous permet d’atteindre quasiment 7 nœuds. A la sortie du bord, je découvre une bôme à rouleau et un mât pivotant ; mettre en place la ralingue de grand-voile demande un minimum d’attention. De manière générale, la mise en œuvre de ce trimaran est assez pointue ; elle correspond à des passionnés de voile et de performances sans concessions. L’ambiance ici n’a donc rien à voir avec celle d’un Astus, où tout est, au contraire, simplifié à l’extrême. L’accastillage du 880 est très complet, avec une imposante barre d’écoute repoussée tout à l’arrière du cockpit. Ce dernier, comparable à celui d’un monocoque de même taille, est relativement large et dégagé, mais l’accès à la jupe et à son échelle de bain décalée sur tribord est un peu laborieux, on ne peut pas tout avoir. Le barreur profite d’une assise avec dossier sur chaque bord. Le plan de pont parvient à faire cohabiter un rouf volumineux avec des passavants certes étroits mais qui restent fréquentables. De toute façons, les larges trampolines qui occupent toute la surface entre les bras de liaison et les coques offrent un passage XXL, et bien sûr la possibilité de pratiquer un rappel très efficace. Deux filets triangulaires sécurisent la plage avant. Dans cet univers très axé régate, l’enrouleur de foc et son rail autovireur détonnent presque…
Griserie à la barre
Barrer ce Corsair 880 est assurément un plaisir rare : on ressent juste une petite pression pour loffer quand le 880 est franchement en appui sur son flotteur sous le vent, guère plus. Ce trimaran marche comme sur des rails, mais parvient à communiquer toutes les informations qu’attend son barreur – une symbiose totale s’installe, vous n’êtes pas près de lâcher le manche ! Au près, dérive sabre descendue à bloc (deux bouts sur le pont contrôlent la descente et la remontée de l’appendice), le trimaran affiche un cap insolent à 40° du vent réel : avec un vent de 15 nœuds, la vitesse est toujours supérieure à 8 nœuds et les coques se jouent du clapot – la coque centrale et le flotteur sous le vent en tout cas, car le flotteur au vent reste pratiquement tout le temps en l’air… Dès qu’on tire sur la barre pour abattre, le GPS s’emballe : nous avons atteint 10,4 nœuds avec une facilité déconcertante au cours d’un long run où la vitesse n’est jamais descendue au-dessous de 9 nœuds. Précisons que nous étions à bord d’un modèle standard et que nous disposions seulement de la grand-voile haute et du foc autovireur ; le gennaker ou le spi asymétrique nous aurait certainement offert 4 voire 5 nœuds de plus. Les témoignages des équipages qui ont poussé bien plus loin le 880 semblent unanimes, et confirment nos impressions : ce trimaran est toujours sain et, en cas de surcharge, l’exprime parfaitement au barreur.
Le plein d’astuces à l’intérieur
Généralement, à taille égale, un petit trimaran a du mal à tenir la comparaison au niveau du cockpit, et surtout des aménagements ; si on s’en tient à la surface de plancher, le 880 n’apporte pas vraiment une formelle contradiction à ce constat : c’est à peine si un pied tient en largeur ! En revanche, grâce à son redan particulièrement évasé, il parvient à apporter à partir de la hauteur des banquettes un volume assez surprenant, assorti d’une très confortable hauteur sous barrot de 1,87 m. Sur tribord, le carré surélevé offre une table de 93 par 37 cm. Ces assises peuvent se transformer en vaste tatami, mais pas vraiment en couchette double. A tribord, on peut compter sur une courte banquette et une kitchenette toute proche du cockpit. L’échelle de descente se déclipse et pivote pour libérer l’accès à un couchage arrière sous le cockpit. Là aussi, si le matelas mesure bien deux mètres, la largeur est comptée, avec 0,96 m seulement. Quant au poste avant cloisonné, il peut être isolé avec une toile. Sa couchette est la plus généreuse du bord – 2 mètres de long, 0,60 m de large aux pieds et 1,43 m à la tête. Sous les matelas, un WC peut être ajusté pour être opérationnel sans ôter les matelas – malin ! On profite d’un capot ouvrant et de la trappe de survie, laquelle offre en navigation une vue incroyable sur le flotteur tribord.
Conclusion
Réservé à une clientèle exigeante et connaisseuse, le Corsair 880 est un support particulièrement bien optimisé et excitant à mener sous voile. Ce trimaran peut combler une famille désireuse de découvrir de nouveaux plans d’eau grâce au transport routier, mais aussi un équipage de régatiers – lequel optera logiquement pour la version Sport.




Descriptif technique
- Constructeur : Corsair Marine
- Architectes : Yacht Design Collective
- Longueur : 8,80 m
- Largeur : 2,50/6,80 m
- Tirant d’eau : 0,45/1,60 m
- Longueur du mât standard : 12,00 m
- Déplacement : 1 660 kg
- Surface de voile : 51,50/62,90 m2
- Nbre de personnes : 8
- Motorisation : HB 10 ou 15 CV
- Prix standard : 138 250 $ HT
- Prix version Sport : 154 450 $ HT
- Principales options en $ HT
- Pack mouillage : 866
- Bimini de cockpit : 2 370
- Réfrigérateur : 1 525
- Coussins de cockpit : 720
- Eau chaude : 1 975
- Pack navigation advanced : 6 989
- Voiles Cruising PE Line et enrouleur de génois : 7 220
- Gennaker : 8 520
- Spi asy : 4 269
- Bout-dehors et accastillage de gennaker/ spi : 4 560
- Pré-installation et câblage moteur : 1 470
- Solar package 150 W : 1 732
- Toilettes + réservoir eau noire : 2 299
- Covering : 4 000
- Protection époxy + antifouling : 3 100
- Remorque aluminium 2 essieux : 9 800
- Plaisir de barre exceptionnel
- Aménagement parfaitement mis au point
- Système de pliage des flotteurs simple et efficace
- Mise en œuvre exigeante
- Repliés, les flotteurs exposent leur flanc extérieur à la salissure.
- Budget élevé
Les concurrents
| Modèle | Libertist 853 | Dragonfly 28 | Tricat 30 | ||||
| Longueur | 8,53 m | 8,75 m | 9,14 m | ||||
| Déplacement | 1,40 t | 2,10 t | 2,25 t | ||||
| Surface de voile | 59 m2 | 80 m2 | 60/68,5 m2 | ||||
| Prix en € HT | 129 000 | 152 280 | 170 833 | ||||
| Essai MM | 196 | 139 | 181 |