Le premier est français, simple, dépouillé et non dénué de peps… le second est danois, étudié dans les moindres détails et super affûté. Lequel choisir ? Multicoques Mag les a testés pour vous.
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Leurs caractéristiques sont comparables – même si elles recèlent quelques surprises –, leurs programmes également. Il s’agit bien de deux trimarans repliables (comprenez qu’ils savent, en quelques minutes, se glisser dans une place de port pour monocoque ou sur une remorque, respectant le gabarit routier) conçus pour la petite croisière rapide, en famille ou en équipage réduit. Et pourquoi pas se mesurer en régates ? Reste que l’Astus 24 est le voilier amiral de la gamme, alors que le Dragonfly est le plus petit de la sienne ! Soit des conceptions différentes dans l’esprit : l’Astus est un grand petit trimaran alors que le Dragonfly est un petit grand trimaran… Vous nous suivez ? Vous allez comprendre : le 24 utilise toutes les recettes de ses petits frères, à savoir simplicité et facilité de manœuvres alors que le Dragonfly, avec son mât tournant et ses bras carénés, joue dans une autre cour. D’ailleurs, sur l’eau, on croirait le second bien plus grand que le premier – or 25 cm seulement les séparent.
Astus : L’architecte Eric Henseval a privilégié deux bouchains marqués. Le premier préserve des sorties d’eau relativement étroites. Le second, en haut, offre sur chaque bord une belle assise au cockpit et la possibilité aux flotteurs de se caler.
Trimarans repliables
Première caractéristique commune à nos deux trimarans, ils sont repliables. Mais pas de la même façon ! L’Astus utilise la bonne vieille technique des bras télescopiques. Légèrement décalés – bâbord devant, tribord derrière –, ils s’encastrent dans leurs supports. Tout l’art de l’architecte, c’est justement de les faire disparaître ou presque, ces grosses structures transversales. Eric Henseval s’en sort très bien : à l’avant, les bras sont bien camouflés – visuellement – par la face avant du rouf. Ils parviennent à ne pas trop empiéter sur la hauteur utile de la couchette avant. A l’arrière, ils servent de support à la barre d’écoute. Avantage de ce système : c’est mécaniquement très simple, l’ensemble replié conserve la même longueur, et… ce n’est pas cher ! En revanche, les bras sont des simples tubes droits et forcément plus bas que des "vrais" bras. Du coup, dans la brise, ça peut mouiller un peu. Quoique, ici, on n’a plus les flotteurs allumettes d’un vénérable Speed 770, mais 165 % du volume dans chaque patin… lequel ne peut donc vraiment s’enfoncer : il est au contraire capable de supporter tout le déplacement du bateau. En clair, on peut – ce n’est pas forcément conseillé – naviguer sur une patte. Pour rentrer les bras, on détend le trampoline, les goupilles sont ôtées, on souque le bout de repliage grâce à une poulie saisie sur la main courante. Une affaire rondement menée en moins de cinq minutes. Quant au mât, il se met en place ou se couche sur le pont grâce à un système de chèvre à partir du tangon. Du côté de notre coursier danois, présenté en janvier dernier en avant-première à Düsseldorf, on a mis la barre un peu plus haut. Ici, les bras sont en composite. Ils sont donc carénés et surtout arrondis vers le haut, de façon à toujours rester hors de portée des paquets de mer. Ils se replient ensuite vers l’arrière. La procédure est ici aussi parfaitement rodée : bout-dehors à rentrer, les palans arrière cachés derrière l’équipet sont choqués et les bras pivotent vers l’arrière. Une minute pour chacun, pas plus. Replié, le Dragonfly ne fait que 2,30 m de large, ce qui lui permet de se glisser dans un container de 40 pieds – bien pratique pour changer de continent. En revanche, la longueur est portée à 8,80 m. Au port, ça fait une sacrée différence… Les flotteurs – 160 % du volume – affichent un dessin ultra moderne avec étraves inversées et arrière porteur. En revanche, la coque centrale conserve une étrave à pente classique, ce qui jure un peu…
Dragonfly : A bord du Dragonfly, pas de poutres, mais une discrète barre d’écoute repoussée tout à l’arrière. Trois postes de barre, pas moins : un sur chaque flotteur et une étonnante commande verticale au milieu du cockpit.
Plan de pont : comme sur un mono… les trampolines en plus
Nos deux protagonistes sont très proches vus du pont. La finesse de la coque centrale au niveau de la surface de l’eau est bien moins marquée sous nos pieds. Mais les roufs empiètent sur les passavants. Du coup, on passe au-dessus ou par les trampolines. Lesquels ne sont pas à égalité : ceux de l’Astus rappellent les catas de sport. Ils sont plutôt souples et l’assemblage par transfilage laisse passer l’eau. Rien de tout ça à bord du 25, dont les toiles bien plus rigides sont encastrées. Là, on reste pratiquement au sec. Plage avant : pas de coffre ni de baille à mouillage pour le Dragonfly : l’ancre sera de préférence légère et stockée dans une panière, sous le cockpit. Pour l’Astus, c’est toute la partie avant du rouf qui se soulève : on découvre les deux guides des bras de liaison et un volume suffisant pour stocker un mouillage – il sera bien mieux ici que tout à l’avant dans les bailles standards… Du côté de l’accastillage, les deux constructeurs ont opté pour des manœuvres qui reviennent au cockpit. C’est là que se situent les principales différences entre nos deux bateaux : celui de l’Astus rappelle à s’y méprendre celui d’un monocoque, ce qui facilitera pour les habitués des bateaux à une seule coque la découverte de ce trimaran. La barre est cantonnée derrière le gros caisson qui loge les bras de liaison. Le chantier a aménagé deux confortables sièges, un sur chaque bord. Le gréement est un classique tube aluminium autoporté – pour autoriser le repliage facilement et en toute sécurité. Un espar carbone est proposé en option. On peut également compter sur un grand coffre et d’autres volumes de rangement. Du côté du Dragonfly, pas moins de trois postes de barre ! Une barre franche sur chaque flotteur et une autre, verticale, sur la coque centrale. Cette configuration permet de toujours se placer au mieux pour surveiller plan d’eau et plan de voilure. On est donc bien à bord d’un multicoque, et même d’un engin de course au large en réduction ! Le gréement est à l’avenant avec un mât rotatif (alu ou carbone en option). On le règle grâce à un arthur pour peaufiner au mieux l’écoulement laminaire. Ici aussi, sans être un réglage très pointu, il s’agit d’un héritage typé "multi". En revanche, le foc autovireur simplifie les manœuvres, tout du moins les virements de bord. Sur les deux bateaux, le moteur est facile d’accès. Un élément important lors des manœuvres au port : on tourne court en braquant le hors-bord et en jouant sur les gaz. Alors autant ne pas jouer les contorsionnistes ! Devant le moteur, un coffre est aménagé pour la nourrice de carburant.
Astus : Le barreur est cantonné derrière le support des poutres arrière. Plus à l’avant, on apprécie les deux niveaux d’assise et les équipets.
Et la plage, alors ?
Ce serait vraiment dommage de s’offrir un petit trimaran habitable et de ne pas profiter des avantages des tout petits tirants d’eau ! Nos deux bateaux sont équipés d’une dérive décalée sur la coque centrale. En cas de choc, elle se libère et remonte sans bobos, contrairement à une dérive sabre. Pour les safrans itou. Il y en a un sur la coque centrale de chacun des deux trimarans. Mais à bord de notre Dragonfly version Sport, il y a une pelle derrière chaque flotteur. Les safrans peuvent se remonter sur trois réglages différents. Et ils pivotent en cas de touchette. En l’absence de lèvres de dérive, l’échouage ne pose aucune difficulté, la dérive ne risque pas de se coincer. Il est donc possible de beacher à volonté. En navigation, la dérive du Dragonfly ne bouge pas du tout. Celle de l’Astus bat un peu dans son puits. Mais rappelons que notre essai de l'Astus s'est fait sur le prototype... Les cockpits ouverts sur l’arrière et les échelles de bain permettent de descendre à "terre" facilement. Un simple seau rempli d’eau de mer fera office de pédiluve. Avec ces deux trimarans, il serait vraiment dommage de se priver des plaisirs de la plage !
Astus : Le rouf très large empiète sur les passavants ; on gagne la plage avant en enjambant les superstructures ou en empruntant les trampolines.
On borde, et c’est parti…
Si les sensations de barre de nos deux modèles et la gestion des manœuvres rappellent celles des monocoques, vous noterez vite que nos trimarans ne gîtent pratiquement pas et surtout naviguent bien plus vite ! Notre Astus, en version standard, caracole à 7 nœuds au près à 50 degrés du vent – 13 nœuds réels. Sous gennaker, un peu au-dessous du travers, il titille les 10 nœuds. Le responsable du chantier, Jean-Hubert Pommois, a été flashé dès les premiers essais à plus de 15 nœuds sous gennaker. Mais le vent était plus fort que lors de notre essai. Nul doute que la version Sport, avec son ratio voilure/poids de 45,53 m2/t, affichera des performances plus spectaculaires encore. On conseille alors les bras et le mât carbone : les premiers pour garantir une rigidité maximale sous forte charge, et le second pour limiter le tangage de cette unité très légère – donc offrant peu d’inertie face au clapot. Côté Dragonfly, on est d’abord surpris de constater que le déplacement est sensiblement plus important. Toujours, côté construction, cette vision "petit grand" contre "grand petit"… Et dans la réalité, le 25 (Dragonfly) est vraiment un peu plus grand et surtout plus large que le 24 de chez Astus. Le Dragonfly démarre très vite à la moindre risée – il est vrai que nous profitons de la version Sport avec mât carbone et tutti quanti. Avec son ratio de 39 m2/t, il nous a semblé aussi rapide dans les petits airs que l’Astus : par 10 nœuds de vent, nous marchions à plus de 8 sous gennaker. Les premiers essais du chantier semblent prouver un fort potentiel dès le médium – 15 nœuds de vitesse par 15 nœuds de vent. Les coques étroites à la flottaison doivent y être pour quelque chose. Et Jean-Marc Le Goueff, importateur français de la marque, nous assure que son bébé est bien capable de se caler sur une coque. Runs à plus de 20 nœuds assurés… chiche ? Nous attendons avec impatience de pouvoir naviguer dans du vent plus soutenu avec la petite bombe danoise !
Dragonfly : Un peu plus de largeur que l’Astus pour les passavants et des trampolines plus rigides et quasi étanches.
Ambiance cabotage
Les emménagements de nos deux trimarans sont très proches : deux banquettes qui font office de carré et de couchettes la nuit sont assorties de quelques équipets et d’une petite cuisine amovible. Même astuce pour le puits de dérive : habilement décentré, il épouse le montant des coffres et devient invisible. A l’avant, un couchage pour deux se niche à l’étrave. C’est mètre à la main qu’on mesure la différence de conception de l’Astus et du Dragonfly. Le premier se veut accessible aux habitués du monocoque, aussi conserve-t-il une coque centrale relativement volumineuse… alors que le second tient à préserver des performances de haut niveau. Bilan : 1,64 m de hauteur sous barrot – et un capot qui peut s’enlever ! – contre 1,47 m pour le Dragonfly, des banquettes qui se limitent à 35 cm de largeur à l’avant pour le tri danois. Quant au triangle avant, il est isolé par une demi-cloison et un rideau à bord de l’Astus – 200 par 130 à la tête et 40 aux pieds. Pour le Dragonfly, le chantier Quorning a opté pour un porque et des cotes plus justes – 190 par 100 à la tête et 25 aux pieds. Ces chiffres montrent bien la différence de volume des deux coques centrales. Pas de table de carré présentée sur le 25 – un simple modèle pliant de camping fera l’affaire. Celle du 24 mesure 76 cm par 51 ; elle peut se mettre en place dehors dans le cockpit sur un pied ad hoc. Sur les deux modèles, l’aération de la version de base est un peu chiche, mais il reste possible de commander des panneaux ouvrants en option. Précisons que l’Astus qui nous a été présenté était le prototype – dévoilé au public l'année dernière au Nautic. Sur les modèles actuels, les assises sont plus basses de 4 cm et les matelas passent de 8 cm à 6. Le meuble cuisine coulissant avec son plan de travail de 35 par 82 cm est moulé comme les assises. Le dessous du rouf conserve une finition brute, mais la boulonnerie disparaît grâce à des inserts dans le contreplaqué sous le polyester. La finition du Dragonfly est plus soignée, à l’instar des exigences des modèles plus grands du chantier.
Astus : La finition brute est désormais plus soignée et les assises sont plus basses sur les modèles de série. A l’instar du Dragonfly, le puits de dérive est invisible.
Conclusion
L’Astus en donne beaucoup pour un prix serré, et surtout il rassurera les nouveaux convertis au multicoque. Facile à transporter, à mettre en œuvre, à stocker, c’est le bateau sans souci, fun et bohème. Face à lui, le Dragonfly est bien plus sophistiqué, aussi bien sur le plan technique que sur celui du design. Particulièrement véloce à partir de 10 nœuds de vent, il devient grisant par bonne brise. Moins volumineux, il est dédié à un public plus averti. Reste qu’à bord de l’un comme l’autre, la navigation est rapide, facile et… sans gîte !
Dragonfly : Le chantier propose de nombreux éléments de confort – matelas, cuisine, WC chimiques – qui font du 25 un petit trimaran fonctionnel en croisière côtière.
Les plus de l’Astus 24
- Prix attractif
- Simple à mettre en œuvre
- Longueur identique quand il est replié
Les moins de l’Astus 24
- Largeur à la flottaison relativement importante
- Bras aluminium un peu bas quand la mer est agitée
- Finition rustique
Les plus du Dragonfly 25
- Rentre dans un container de 40 pieds
- Carènes plus modernes et performantes
- Raideur de la structure
Les moins du Dragonfly 25
- Prix élevé
- Etrave classique de la coque centrale 8,80 m de longueur hors-tout replié.
Fiches techniques
Astus 24
- Longueur de coque 7,40 m
- Longueur replié 7,40 m
- Longueur à la flottaison 7,3 m
- Largeur en navigation 5,25 m
- Largeur replié 2,54 m
- Tirant d’eau 0,35/1,45 m
- Poids 760 kg
- Surface de voile au près 34,6/40 m2
- Grand-voile 22/25,5 m2
- Foc 12,6/14,5 m2
- Gennaker 28 m2
- Spi 40 m2
- Moteur Hors-bord 6 à 9 CV
- Architecte Eric Henseval Jens
- Constructeur Astus Boats
- Année de lancement 2013
- Prix en euros HT 69 900
Dragonfly 25
- Longueur de coque 7,65 m
- Longueur replié 8,95 m
- Longueur à la flottaison 7,50 m
- Largeur en navigation 5,80 m
- Largeur replié 2,30 m
- Tirant d’eau 0,35/1,50 m
- Poids 1 050 kg
- Surface de voile au près 34/41 m2
- Grand-voile 24/29 m2
- Foc 10/12 m2
- Gennaker 28/30 m2
- Spi 45/55 m2
- Moteur Hors-bord 6 CV
- Architecte Quorning + Steen Olsen
- Constructeur Quorning Boats
- Année de lancement 2015
- Prix en euros HT 46 042
Dragonfly : Des trimarans repliables qui, une fois au port, se faufilent dans une place de monocoque et sont transportables au gabarit routier. Malin !
Principales options Astus 24 : Plus-value voiles Loisir en Square : 467 euros Plus value voiles Sport : 742 euros Gennaker sur bout-dehors et emmagasineur : 1 750 euros Foc de brise Dacron : 375 euros Enrouleur de foc : 750 euros Cuisine avec réserve eau et réchaud : 1 125 euros Jeu de coussins cabine avant : 600 euros Jeu de coussins carré : 633 euros Filets d’étrave : 500 euros
Principales options Dragonfly 25 : Peinture coque centrale et flotteurs : 3 980 euros Capote et tente de cockpit : 1 690 euros Remorque route adaptée : 3 690 euros Spi asymétrique : 1 885 euros Gennaker et emmagasineur : 1 990 euros Bout-dehors coulissant : 995 euros Accastillages et écoutes de spi : 325 euros Jeu de coussins pour carré et cabine avant : 1 280 euros Cuisine avec réserve eau et réchaud : 1 140 euros