Le constructeur danois Quorning Boats avait déjà produit le Dragonfly 12 M, un grand modèle confidentiel de 40 pieds ; après 16 exemplaires, la fabrication de ce trimaran luxueux a été interrompue lors de la refonte complète de la gamme. Le DF40 devient aujourd’hui le Flagship du chantier de Skaerbek : sa définition est très différente du 12 M, son ambition de diffusion également (4 à 5 unités par an). La silhouette et le design intérieur sont plus modernes, les performances sont revues à la hausse et l’ergonomie de manœuvre totalement revisitée. Nous avons pu l’essayer quelques mois après son unique présentation au boot Düsseldorf 2020.
Infos pratiques
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Lieu de l’essai : Skaerbek, Danemark
Conditions : vent de 10 à 14 nœuds, mer peu agitée
Le DF40 est un trimaran très polyvalent : grâce à ses bras repliables, il se glisse dans la place d’un monocoque avec ses 4 m de largeur. En croisière côtière, il bénéficie de sa configuration dériveur intégral. En régate, il a quelques arguments à faire valoir en version Ultimate. Mais le 40 se distingue des autres modèles de la gamme par une vocation « grand voyage » nettement plus affirmée. Idem pour son caractère presque luxueux.
Ce trimaran performant adopte des flotteurs modernes avec leurs étraves inversées et volumineux. Les bras crossés bien dégagés de l’eau procurent au DF40 une élégance remarquable et un passage agile dans la mer formée. Une attention toute particulière a été portée à la stylique du roof et à celle des puits de lumière latéraux. Le gréement élancé (Touring ou Ultimate avec 2 m supplémentaires de mât) affirme le caractère sportif de ce trimaran et traduit ses ambitions de performance.
Le Dragonfly 40 permet de tenir des moyennes supérieures à 10 nœuds dès le médium.
Architecture et construction
Lors de l’essai du prototype Ultimate, nous avons eu la chance de découvrir le deuxième exemplaire en cours de montage. Cela nous a permis, à l’aide des commentaires éclairés du big boss Jens Quorning, une bonne compréhension de ce multicoque à la conception sophistiquée. Pour rester simple, le 40 est constitué de trois coques en sandwich Divinycell/verre multiaxial/polyester. Le process de stratification est réalisé soigneusement au contact. Les quatre demi-bras monolithiques adoptent des échantillonnages impressionnants ; ils sont réalisés en infusion avec de la résine vinylester aux qualités mécaniques élevées et postcuits à 60°. Le système Swing Wing repose sur des liaisons articulées confiées à des platines mécano-soudées en inox de type aviation. Elles sont la clé de voûte de la bonne tenue structurelle du multicoque et du système de repliage dans l’axe horizontal. Nous avons pu observer ces fameuses platines avant le montage des bras : des pièces techniques impressionnantes ! Les deux cloisons maîtresses (avant et arrière) constituent quant à elles la colonne vertébrale de la coque centrale et de toute son architecture. Nous avons pu les visiter elles aussi avant pontage pour comprendre leur complexité et la rigueur de conception-fabrication. Il s’agit d’anneaux structurels dont les échantillonnages généreux et la fabrication sur marbre en infusion sont pensés pour résister à la fois aux sévères compressions des bras, mais aussi aux efforts de traction générés par les câbles « Water Stays » . Si la contrainte d’arrachement est assez aisée à calculer et à maîtriser sur des pièces composites, la compression est plus délicate. Une poutre de chêne sélectionné est donc noyée dans la partie supérieure de la cloison pour prendre en charge ces efforts sans fatigue mécanique tout au long de la vie du trimaran. Une ceinture inox mécano-soudée (encore une pièce magnifique) traverse en partie basse les deux cloisons pour garantir une parfaite continuité des reprises d’efforts. Le chantier de Skaerbek se trouve au centre d’un réseau d’entreprises high tech de grande qualité : il confie maintenant la fabrication de la coque centrale et des flotteurs du 40 à des sous-traitants rigoureusement sélectionnés tout en assurant un contrôle qualité intransigeant. Les pièces mécano-soudées sont réalisées en Suède (le pays des aciers spéciaux), et le composite dans une usine spécialisée du sud du Danemark. Les mâts carbone restent assemblés dans la « rigging shop » qui a produit tous les gréements carbone de la flotte à partir de portions de tubes fabriquées en enroulement filamentaire. Cette stratégie permet à l’équipe d’opérateurs très qualifiés du chantier de se concentrer sur l’assemblage minutieux du trimaran, l’installation soignée des équipements et la fabrication de superbes aménagements dans un atelier bois exemplaire.
Sentiment de sécurité
Les trimarans jouissent en général d’une réputation d’ergonomie discutable souvent justifiée et héritée de la course. En accédant à bord du 40’ depuis le ponton par le rostre-bout dehors, c’est plutôt le sentiment de sécurité qui domine. Les garde-corps tubulaires sont en effet enveloppants pour prévenir les chutes à la mer. Les passavants qui ceinturent le roof sont quant à eux parfaitement accessibles et sécurisants. Le pont flush, l’absence de bouts – ils sont dissimulés dans des réservations couvertes – et les raccords de trampoline de niveau contribuent largement à la fluidité et au confort des déplacements. La partie avant des ponts de flotteurs est dessinée en ogive de façon à bien dégager l’eau lors des forts appuis. En revanche, entre les deux bras, le dessin est parfaitement plat. Deux généreux panneaux flush donnent accès aux cales de fort volume. Elles accueilleront aisément vélos, pare-battages, matériel de pêche et de plongée. Un kayak peut même être avalé dans le logement arrière. L’accès au cockpit est également très soigné et sans embûches : le nouveau plan de pont renvoie à l’arrière l’intégralité des manœuvres, et libère ainsi totalement cet espace. Une grande table pliante est au centre des activités loisirs du cockpit, et constitue une salle à manger parfaite. L’endroit est même tous temps si l’on dispose du bimini articulé : ce dernier transforme cet espace en salon outdoor évolutif (semi-ouvert ou totalement clos).
Le système Swing Wing repose sur des liaisons articulées confiées à des platines mécano-soudées en inox de type aviation.
Elles sont la clé de voûte de la bonne tenue structurelle du Dragonfly 40 et du système de repliage dans l’axe horizontal.
Un intérieur chaleureux
La maîtrise des formes et des matériaux par les ébénistes de Skaerbek trouve une fois de plus sa traduction dans cet intérieur magnifique. L’orme d’Amérique a avantageusement remplacé le teck – son veinage est plus lumineux. La matière plus chaude se prête parfaitement à l’aménagement du 40 pieds danois. La cuisine en L est complète et pratique, dotée d’une poubelle futée – mise à la mer directe des déchets organiques. Le bureau/table à cartes qui lui fait face accueille en partie haute le tableau de gestion électrique et un grand range-casseroles en bas. L’unique salle d’eau douche-WC est parfaitement maîtrisée : confort, espace, rangements et intimité garantis. La table centrale posée sur le puits de dérive accueille aisément six personnes. La lumière et la ventilation constituent un des points forts de ce trimaran. Les grands panneaux de pont flush sont tous dotés (en option) d’occultant et de moustiquaires coulissantes. La descente accueille le panneau de fermeture dans un logement dédié pendant la navigation de beau temps ainsi qu’un cadre-moustiquaire carbone coulissant. Ce dernier permet d’isoler l’intérieur tout en conservant une ventilation parfaite (idéal pour les fleuves ou la Baltique en été). La cabine arrière se déploie sous le cockpit. Sa configuration tatami (220 à 150 cm de large par 200 de long) permet de trouver une position de repos quel que soit l’état de la mer, d’autant que le centre de gravité très bas limite le ressenti des mouvements du multicoque. La hauteur sous barrot de 1,90 m dans le sas d’entrée autorise l’habillage dans de bonnes conditions (130 cm sous le cockpit). Cette cabine-chalet est unique par son atmosphère cosy. La cabine double à l’avant est également parfaitement indépendante, et bénéficie de la même qualité de lumière et de ventilation.
Le chantier est parvenu à aménager avec soin la coque centrale.
En plus du carré, de la cuisine en L, de la table à cartes et du cabinet de toilette, on compte deux belles couchettes doubles.
Une installation mécanique compacte
Le 40 CV Yanmar est une mécanique sobre, propre et discrète. Elle constitue un choix parfait pour ce trimaran, propulsé à plus de 9 nœuds en pointe (hélice tripale repliable Gori) et 8 nœuds en croisière. La transmission sail drive limite l’encombrement sans empêcher l’échouage sur le creux de coque. La cale moteur est généreuse ; elle abrite l’installation pilote connectée directement sur le bras de mèche. L’accès aux transmissions par câbles est parfait.
Tous les éléments techniques sont installés avec le plus grand soin – et dans un souci de centrage des poids optimum.
Sensations de barre exceptionnelles
La manœuvre de ce multicoque dans les places de ports étriquées ne pose aucune difficulté avec le puissant moteur et le propulseur d’étrave. Prouesse de concepteur, les flotteurs accomplissent spontanément la moitié de l’ouverture grâce à une réserve de flottabilité accumulée lors du repliage. Bonne surprise également : la cinématique complexe des trampolines exige peu d’efforts. Chaque flotteur est mis en place en 45 secondes via les excellents winches électriques Andersen 52 (les trois batteries AGM de 100 A peuvent être remplacées par deux unités lithium pour un gain de poids de plus de 50 kg). Hisser la GV ne présente pas d’autre difficulté que de rester attentif à la progression de ses 75 m2 ; les coulisseaux à billes et les boîtiers de lattes Ronstan font merveille. Le moteur est vite mis à l’arrêt : sous grand-voile seule, le DF40 est déjà parfaitement évolutif. Nous bénéficions de conditions de médium (10-14 nœuds) et d’une météo parfaite pour la prise en main de cette limousine sportive. Notre vitesse est toujours proche du vent réel. Le magnifique gréement offre la puissance attendue : les voiles Elvström transforment les risées en énergie de propulsion immédiate. Mais c’est surtout sur la magnifique maîtrise de cette puissance que mon attention est mobilisée : après une dizaine d’empannages, une vingtaine de virements, et des réductions-renvois, la conviction d’être au cœur d’une machine super cohérente est le sentiment dominant. Un solitaire ou un équipage réduit tirera le meilleur parti de ce superbe multicoque (l’enrouleur de génois Facnor électrique est dissimulé sous le pont). La position de pilotage est à la fois précise, ergonomique, proche de toutes les manœuvres et confortable : une des meilleures jamais essayées ! En régate, les équipiers ne gênent nullement le barreur, qui garde une vision parfaite sur les manœuvres et le plan d’eau. Le skipper de la famille voyageuse restera serein au moment de confier la barre à l’équipier de quart. Il sera toujours possible de tirer le meilleur parti du bateau en équipe réduite pour de longs surfs d’après-midi. Le toucher d’eau de ce trimaran puissant de 6 tonnes est splendide. Conservez toute sa vitalité en optant pour le dessalinisateur, un parc batteries léger et en limitant la charge embarquée. L’effet directionnel des safrans relevables (Quorning est passé maître dans la conception des appendices mobiles – safrans articulés et dérive pivotante) est irréprochable. La barre est toujours légère et précise : amis encore férus de monocoques, essayez ce trimaran ! Le près devient une allure recherchée, la descente au portant sous spi un exercice de pur bonheur, le reaching est magique… bref, ce Dragonfly n’a pas de « trou » de régime. Nous n’aurons pas la chance de rencontrer les conditions de brise dans lesquelles le 40 libère son potentiel de vitesse – le record est pour l’heure de 20,6 nœuds ! –, mais les conditions vécues avec 8-9 nœuds au près et 13 au portant ont permis de confirmer l’intelligence, la rigueur et les performances de ce multicoque magnifique.
Le poste de barre avec ses deux roues est une prouesse d’ergonomie.
Pilotage et manœuvres s’effectuent en sécurité, avec plaisir et facilité.
Conclusion
Sous réserve de disposer du budget, le Dragonfly 40 offrira à ses heureux propriétaires et utilisateurs de magnifiques sensations. Une maintenance rigoureuse est indispensable pour profiter de toutes les qualités de ce trimaran (carènes et appendices impeccables, entretien du plan de pont et de la cinématique de repliage, respect du poids), mais, en dehors de ces recommandations d’usage, n’hésitez pas !
Le DF40 reste un multicoque aux capacités d’accueil modérées, mais, en croisière longue durée à quatre ou en Weekender à six, il ouvrira les portes d’un lâcher-prise formidable et d’un bonheur sur l’eau rare.
Qualité de fabrication, précision d’assemblage, ergonomie exemplaire et performances d’exception constituent l’ADN de ce trimaran. Sans oublier son confort, ses bras repliables et l’absence de tirant d’eau. Enjoy !
Les +
+ Silhouette et design séduisants
+ Equilibre sport-confort
+ Qualité de fabrication et ergonomie de manœuvre
Les -
- Budget élevé
- Contraintes d’entretien d’une machine technique
- Pas d’époxy dans les fonds en série
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Quorning Boats
Architectes : Jens Quorning et Steen Olsen
Longueur hors-tout coque centrale : 12,40 m
Longueur à la flottaison coque centrale : 11,60 m
Longueur repliée : 14,17 m
Delphinière : 0,75 m
Largeur en navigation : 8,40 m
Largeur repliée : 4,00 m
Tirant d’eau : 0,70/2,20 m
Tirant d’air : 17 ou 19 m
Poids lège : 5 800 kg
Charge utile : 1 800 kg
Surface GV : 65 m² ou 75 m²
Surface génois : 33 m² ou 38 m²
Surface Code 0 : 65 m² ou 80 m²
Surface spi asymétrique : 110 m² ou 140 m²
Puissance moteur inbord : 40 CV
Réservoir carburant : 150 l
Réservoir d’eau : 220 l
Caisse à eaux noires : 75 l
Certification CE Provisoire : A6/B8
Prix standard version Touring : 559 000 € HT
Prix standard version Ultimate : 585 000 € HT
Principales options HT en € :
- Chauffage air pulsé : 4 100 €
- Store occultant/moustiquaire (chaque) : 610 €
- Cadre carbone moustiquaire descente : 1 188 €
- Capote de roof : 590 €
- Bimini avant : 5 035 €
- Bimini arrière : 3 875 €
- 2 barres à roue carbone : 4 420 €
- Propulseur d’étrave rétractable : 7 055 €
- Enrouleur électrique génois ou foc autovireur : 6 890 €
- Protection époxy : 4 400 €
- Mise à l’eau à Skaerbek : 3 300 €