Entre performance et confort, que choisiriez-vous ? Pour clore le débat, Ian Farrier a conçu le F-22, un trimaran repliable et transportable taillé pour un programme sans compromis combinant vitesse et habitabilité au-dessus de la moyenne. Construit jusqu'alors à l'unité par des amateurs motivés, la production en série du F22 débutera en 2012.
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A quelques encablures de la Croisette et de ses palaces, "Nid d'abeille" vient faire son festival en paradant dans les rues de la ville de Cannes, tout de jaune vif et de carbone noir vêtu. Imposant sur sa remorque, le trimaran F-22 construit par Thierry Hémard n'a pas vraiment une taille de guêpe. Le convoi se faufile néanmoins sans difficulté jusqu'à la petite mise à l'eau. Mais lorsque vient le moment de manipuler l'attelage à la main sur la cale, le masque tombe : derrière l'air massif que lui donnent ses formes bodybuildées, se cache une demoiselle, légère à souhait pour jouer les starlettes sur la plage… et les trouble-fête sur la ligne d'arrivée des régates. Il faut dire que la jouvencelle a subi un régime strict lors de sa construction : sandwich de mousse allégée à tous les repas et liposuccion sous vide afin d'éliminer tout excès de résine époxy. Verdict final : moins de 600 kg sur la balance quand ses concurrentes de taille équivalente affichent 100 à 200 kg de bourrelets supplémentaires. Citons également un cas d'anorexie spectaculaire constaté sur un F-22 de seulement 480 kg construit tout en carbone par Melvest Marine tandis que d'autres exemplaires ayant opté pour un mât alu et une construction moins aboutie ont été flashés à plus de 650 kg. Avantage notable de la construction sur plan, chaque propriétaire a pu opter pour la configuration de son choix : "rouf court + long cockpit" pour les régatiers et amateurs de dayboat, "rouf long" pour les fans de croisière côtière à la recherche d'une cabine spacieuse, ou encore "cockpit central + petite cabine arrière additionnelle" pour centrer le poids de l'équipage tout en soignant l'intimité des couchages la nuit. Pour Thierry Hemard, dont le cœur balance entre croisière familiale estivale et circuit de régate entre copains, le choix s'est porté sur le version R (comme Racing) dotée d'un rouf long et d'une dérive pivotante, plus tolérante aux chocs que la dérive sabre également proposée. Indépendamment du choix du carbone comme matériau pour le mât, la version R du F-22 est pourvue d'un mât plus long supportant près de 20 % de toile en plus. Elle s'adresse à des skippers expérimentés capables de gérer ce surcroît de puissance, contrairement à la version standard "assagie" qui écarte tout risque de chavirage en dessous de 30 nœuds de vent.
Au moindre souffle d'air, le trimaran s'envole littéralement…
Mâtage et mise à l'eau sous surveillance
Après avoir parcouru plus de 1000 kilomètres d'autoroute depuis sa Bretagne natale, "Nid d'abeille" frétille d'impatience à l'idée de goûter enfin à l'eau méditerranéenne. Commence tout d'abord l'opération de mâtage qui, avec un espar tout en carbone de 10,70 mètres de long et 2 m² de surface, n'est pas une mince affaire. Surtout lorsque l'on connaît la vulnérabilité au choc du carbone et le montant de la facture de l'accessoire. Mais Ian Farrier n'est pas architecte à laisser les choses au hasard et tout est prévu pour pouvoir s'en sortir facilement à deux, sans effort et sans danger, grâce à l'utilisation d'une chèvre de mâtage judicieusement conçue. Pour la mise à l'eau, la configuration de la cale n'est guère favorable. Sa faible pente et sa longueur immergée limitée ne permettent pas de reculer suffisamment la remorque pour que le bateau se mette à flotter, malgré l'enfoncement des roues sous l'eau (pas top pour les moyeux et le système de freinage…). En l'absence de rouleaux, guère conseillés pour éviter le délaminage des fonds de coque en sandwich, nous poussons vigoureusement sur l'étrave pour finir de mettre "Nid d'abeille" à l'eau, appréciant au passage son poids raisonnable. Méfiance par contre lorsqu'il s'agit de se déhaler au moteur entre les pannes car légèreté et fardage imposent d'anticiper les réactions de la bête si l'on ne veut pas jouer aux bateaux-tamponneuses.
Une très jolie ligne et une carène vraiment efficace !
Flexion / extension
Le système de repliage des flotteurs imaginé par Ian Farrier il y a plus de 30 ans est toujours un régal à utiliser et un enchantement à observer. C'est un véritable ballet qui voit le flotteur se déployer sans effort pendant que le hauban fixé dessus s'écarte sans jamais cesser de maintenir le mât, tandis que les trampolines se mettent en place et en tension comme par magie. Deux boulons à visser pour sécuriser l'ensemble, et le tour est joué. Pour garantir un ajustement et une fiabilité sans faille, les poutres et leur mécanique de repliage sont exclusivement fabriquées par le chantier Farrier Marine, en Nouvelle-Zélande. Cette troisième génération du "système Farrier" se distingue des précédentes par ses bras plus courts qui ne viennent plus empiéter dans le volume intérieur de la cabine. C'est également un atout sur la route lorsque les bras repliés dépassent à peine la hauteur du mât rangé au-dessus du rouf.
Un plan de pont simple mais efficace.
De sacrées qualités marines
Il est temps de larguer les amarres et de hisser les voiles… Sans craindre d'y mettre un peu d'huile de coude par vent soutenu à cause de la longue ralingue dont les frottements ne facilitent pas le hissage. Vu la surface importante de cette grand-voile, des coulisseaux et un lazy-jack ne seraient pas du luxe. Un premier run de 100 milles nous mène jusqu'en Corse dans un vent variable hésitant entre le "quasi inexistant" et le "complètement nul". L'occasion de constater, ébahis, que quelques misérables nœuds de vent à peine perceptibles suffisent à "Nid d'abeille" pour s'envoler à plus de 4 nœuds, pour peu que l'on puisse exploiter le vent apparent créé par son propre déplacement. Sinon, sur cette mer lisse comme un miroir, le petit moteur de 4 CV suffit à propulser le bateau jusqu'à 7 nœuds, pour le plus grand plaisir des dauphins venus en nombre jouer sous nos étraves. Le convoyage retour quelques semaines plus tard sera l'occasion de voir enfin ce que ce F-22 a dans le ventre. Nous appareillons à l'aube et touchons rapidement du vent. C'est parti pour un long bord de 12 heures au près / bon plein. Par 3 Beaufort de vent réel, nous remontons au vent à plus de 9 nœuds sans même nous en rendre compte. La barre parfaitement équilibrée est d'une douceur exemplaire. Bien appuyé sur son flotteur volumineux, "Nid d'abeille" trace sa route avec facilité malgré la mer qui commence à se creuser. Haut perchés au-dessus de l'eau, nous restons au sec, et si le GPS n'était pas là pour nous dévoiler notre vitesse réelle, on pourrait penser que l'on avance seulement entre 5 et 7 nœuds. Le vent monte ensuite d'un cran pour atteindre 4 Beaufort. Profitant du très long stick monté sur la barre, je pars m'installer sur le flotteur au vent, le dos calé contre la fausse bastaque. Suspendu bien au-dessus de l'eau, je profite du spectacle de l'étrave fendant les vagues. Thierry garde prudemment une main sur l'écoute… mais n'aura pas à s'en servir. La rigidité de la plateforme est excellente et chaque risée est l'occasion d'accélérer encore plus sans que le flotteur sous le vent donne jamais l'impression d'être dépassé par les évènements. La vitesse oscille maintenant entre 10 et 13 nœuds et l'on ressent plus nettement le bateau s'animer, sans que la barre devienne dure pour autant. Je jubile ! Quand on pense que nous sommes quatre à bord avec tout l'équipement de croisière, on imagine aisément la marge de progression une fois le bateau délesté et l'allure débridée. Pour l'instant, à cette vitesse et face aux vagues, les embruns se sont invités à bord et imposent le port du ciré à l'équipage…, sauf pour celles qui profitent bien au sec de la confortable cabine.
Si le cockpit offre une belle taille, il reste néanmoins perfectible.
Vie à bord
Si le F-22 est capable de rivaliser en vitesse avec des multicoques de régate plus grands, il ne craint pas non plus la confrontation sur le plan de l'habitabilité. Avec son franc-bord important et son rouf imposant qui s'étale sur toute la largeur de la coque centrale en courant jusqu'au balcon avant, le profil de l'engin est trapu, loin de la délicate élégance des Golden Oldies (anciens multicoques de course au large). Mais une fois descendu à l'intérieur de la cabine, on comprend toute la pertinence de ce choix architectural. L'espace disponible est tout simplement bluffant avec une hauteur sous barrot confortable de plus d'1,60 mètre et une largeur inhabituelle qui ferait presque oublier que l'on est à bord d'un multicoque transportable. La traditionnelle couchette double à l'étrave est spacieuse et les banquettes latérales sont suffisamment longues pour y accueillir des "dormeurs" adultes. L'espace accessible sous les banquettes du cockpit permet d'installer un grand bloc cuisine coulissant ou des caisses de rangement. Le stockage des affaires est complété par le volume disponible sous la couchette avant et surtout par les immenses et profonds équipets servant de dossier le long des bordés et qui présentent l'avantage d'être facilement accessibles. Peu de place en revanche sous les banquettes à cause de l'étroitesse de la coque à cet endroit. Reste enfin un dernier emplacement de choix directement accessible vers l'arrière, sous le plancher du cockpit.
Un volume habitable incroyable pour un trimaran transportable de moins de 7 mètres…
Un cockpit perfectible
Quatre coffres de belle taille, ouverts sous les banquettes du cockpit, une baille à mouillage et des coffres étanches dans les flotteurs viennent compléter les espaces de stockage à l'extérieur. Mais si le F-22 suscite des éloges sur de très nombreux points, je suis plus critique sur son cockpit, dont l'ergonomie mériterait d'être améliorée, tout du moins dans cette version testée avec le rouf long. Si sa taille peut sembler correcte au premier coup d'œil, il faut garder à l'esprit que la partie en arrière de la barre d'écoute n'est guère utilisable en navigation. Dépourvue de dossier et ouverte sur la mer, la position du barreur n'est pas des plus enviables. Quant aux hiloires inclinées, ils sont un parfait toboggan sur lequel glissent les coudes lorsqu'ils y cherchent un soutien. Enfin, l'espace entre les banquettes est un poil trop large pour que l'on puisse se caler à la gîte en tendant la jambe (un cale-pied fixé en fond de cockpit remédiera facilement à ce problème).
Lors de la croisière vers la Corse, les dauphins se sont amusés longuement avec l'étrave du tri… De bon augure !
Bientôt sur étagère…
Ne vous fiez pas à l'air de famille qu'affiche le F-22 avec les autres trimarans dessinés par Ian Farrier (dont les célèbres Corsair F-24 et F-27 diffusés à plusieurs centaines d'exemplaires à travers le monde), il s'agit bel et bien d'un nouveau bateau ayant nécessité plusieurs années de conception minutieuse afin d'obtenir le meilleur résultat possible au coût le plus juste. Proposé initialement sous forme de plans, une trentaine de bateaux ont été construits par leur propriétaire (ou par le chantier de leur choix) et autant sont en cours de construction. En parallèle, Farrier Marine fabrique les moules qui lui permettront de produire le bateau en série et de le diffuser soit barre en main, soit sous forme de kit comprenant toutes les pièces à finir de monter. Avec cette dernière formule, Ian Farrier espère pouvoir proposer un bateau à moindre coût associé à un acheminement jusqu'à l'acquéreur plus économique et écologique. Si la date et le prix de vente restent encore flous, l'objectif affiché est de proposer un bateau à un tarif sensiblement inférieur aux concurrents de capacité équivalente. Plus rapide, plus habitable et moins cher que tous les autres trimarans de 22 à 24 pieds ?... Les ingrédients semblent réunis pour devenir le prochain best-seller de sa catégorie !
Le F22, un vrai bateau transportable sur sa remorque !
La parole à Thierry Hémard, constructeur du F-22 R "Nid d'abeille"
Je naviguais sur un Astus 20.1, petit trimaran super transportable et facile à mettre à l'eau. Pas de place de port, pas d'antifouling annuel, possibilité de changer de bassin de navigation selon les envies. Bref, le bateau idéal !... Sauf que je voulais 4 couchettes dans la cabine. Ayant envie de construire mon bateau et le voulant rapide pour la régate, je me suis tourné vers le F-22 de Ian Farrier qui répondait parfaitement à mes attentes. La construction a nécessité 1000 heures de travail étalées sur un peu moins de 2 années. J'aurais pu terminer avant si j'avais eu un local chauffé permettant de stratifier durant l'hiver. J'ai appris plein de trucs et je m'attendais à quelque chose de plus difficile techniquement, mais avec les plans et les procédures bien détaillés fournis par Farrier, pas besoin d'inventer, il suffit de suivre. Le plus long et le plus pénible : la finition avec l'approvisionnement de l'accastillage. Entre les revendeurs qui ne stockent plus rien et les erreurs de livraison, tu n'avances pas… J'en ai eu pour 38 000 euros de matériaux dont 8 000 euros rien que pour le mât-aile rotatif en carbone. Le bateau fini a été expertisé à 67 000 euros.
Le mâtage s'effectue sans problème à deux, grâce à une chèvre judicieusement conçue (Photo : Morgane Hémard).
Caractéristiques
Longueur : 6,96 m Largeur : 5,51 m (2,5 m replié) Poids : de 480 à 680 kg selon modèle et type de construction Surface de voile : 30,2 m² (35,9 m² pour la version R) Tirant d'eau : 1,51 m / 0,31 m