Après 20 ans de domination sans partage, les trimarans 60’ tirent peu à peu leur révérence ; le format 70’ monotype proposé par l’Orma semble manquer de pouvoir de séduction et n’aboutirait en l’état qu’à une classe restreinte, coûteuse et élitiste. Reste la classe 50', une véritable pépinière de talents…
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Les 50’ possèdent toutes les qualités pour relancer l’aventure sportive et l'internationaliser, mais paradoxalement, peinent à s’imposer ! Leur pari audacieux est pourtant enthousiasmant : permettre aux professionnels et amateurs éclairés de s'affronter dans les grandes épreuves reines (Rhum, Transat Anglaise, Course de l’Europe, Québec-St Malo, Route du Café) sur des bateaux presqu’aussi performants que les 60’ pour certains d’entre eux, et tellement moins chers ! Membre du club fermé des meilleurs experts de multicoques, Lalou Roucayrol croit à l’avenir de cette idée et vient de mettre au point une très intéressante plateforme de course-croisière. Au retour de la Route du Café nous avons pu essayer le prototype de la série.
Plan de voilure divisé et rationnel, gros flotteurs, plate forme haute au dessus de l'eau, les 50' modernes arrivent !
Un palmarès exceptionnel
Natif du Médoc, Lalou est marqué par cette terre rare entre Gironde et Atlantique et s’identifie à elle au point d’en être devenu un des ambassadeurs. Issu de la filière FFV (Optimist, Moth, 420), second de François Forestier (LEJABY RASUREL), il reprend le prao de Guy Delage (LESTRA SPORT, FUNAMBULE) et finit 4ème de la Baule Dakar (91) en solitaire. Il accompagne ensuite Yves Parlier, Francis Joyon, Alain Gauthier sur la plupart des grandes épreuves avant d’accéder aux commandes du tri 60’ BANQUE POPULAIRE. Puis ce seront, la Route de l’Or sur AQUITAINE INNOVATION, le Rhum 2002 (le seul sans escale) et l’aventure du catamaran de 60’ MEDIATIS, à bord duquel il pulvérise le record des 24h (597.8 miles) et celui du mille avec des pointes à 42 nœuds. Passé maître dans l’art des composites, il investit aujourd’hui son énorme expérience et sa maîtrise intellectuelle et technique des multicoques dans la création d’un magnifique trimaran de course-croisière : le Lalou 50’.
En route pour le large... et l'aventure.
Le retour des "courses-croisières"
Depuis les dernières productions de Dick Newick (TRAVELER) et de Nigel Irens (SEATEC 50), peu d’architectes se sont intéressés à ce concept, les 60’ semblant absorber la totalité de la créativité du secteur, leur réputation de "machine de guerre", stérilisant les meilleures volontés de développements alternatifs. Patrick Gaudry (Challenge 37), Eric Magret (Callisto), Philippe Rivière (Polynésie 45) ont testés quelques rares prototypes (réussis d’ailleurs), restés sans lendemain ! En classe 40’, le superbe COTONELLA de Franco Manzoli fit une percée spectaculaire, mais aucun de ces bateaux ne fut porté par une formule à succès. La course amateur en multi était à l’arrêt en France jusqu’à il y a peu ! Seuls les magnifiques Seatec 50’ (Irens/Birch) laissèrent entrevoir un espoir… limité par la suprématie des écuries de 60’. 20 ans plus tard, ils sont toujours dans le coup après des dizaines de transats, preuve de la pertinence du concept. Convaincu que les 50’ correspondent à la taille maximale pour être entretenus par des solitaires ou des équipes réduites tout en développant un magnifique potentiel émotionnel, Lalou a travaillé avec Bernard Sourisse au développement d’un tri de petite série synthétisant ses idées dans le domaine. L’objectif est de proposer aux "gentlemen driver" une machine moderne, confortable, rapide, agréable à barrer et sûre.
Le système intelligent de gestion des écoutes, un must !
Un projet raisonnable
L’idée du Lalou 50’ repose sur une réflexion solide en forme de pari : il existe aujourd’hui des passionnés, semi ou non professionnels, souhaitant trouver un multicoque rationnel et fiable pour réaliser leurs projets de participation à une ou plusieurs courses au large. Hypothèse : la polyvalence du bateau sera capable de faire partager l’histoire à leurs familles ? Pour cela, il doit offrir beaucoup de sécurité, des performances élevées, des volumes acceptables pour 6 personnes et une habitabilité simple mais réelle. Dernier point, et non des moindres, le budget ne doit pas être supérieur à celui d’un catamaran de bonne facture de la même taille ! La durabilité des plateformes doit également participer à la création d’un marché de l’occasion et à l’élargissement du plateau des coureurs !
Une installation moteur et électrique rationnelle, tout est regroupé dans un cocon étanche sous la descente.
Silhouette et architecture : attention, séduction immédiate!
La caractéristique visuelle principale du Lalou 50’ réside dans l’élévation du franc-bord de la coque centrale et le choix de flotteurs très volumineux, type 60’. La largeur "raisonnable" (12.20m, CREPES WHAOU mesure 14.55m) et le crossage accentué des bras sont également remarquables. Ce trimaran est un "gros" 50’, taillé pour les conditions difficiles. Il est élégant et la décoration artistique de Jean Noel Duchemin est superbe. Extérieurement aucune concession ne semble avoir été faite à la vocation croisière du programme, c’est en pénétrant dans l’énorme cockpit que le bateau commence à révéler sa personnalité : surface au sol impressionnante, sécurité de déplacement et ergonomie de manœuvres parfaites. Ce tour de force est directement lié à la présence des deux demi-poutres latérales qui ceinturent le cockpit. Le dog house ouvre sur la descente, solution magique qui crédibilise la vocation du L50'; cette zone sèche est large, fonctionnelle, pourvue de sièges de quart et d’une visibilité totale car L’endroit est stratégique : plan de pont à portée de main, accès à l’intérieur facile. Plus bas, contre la cloison, un poste de veille est en place sous le roof panoramique, à proximité du système "Up side up" (Largage d'écoute intelligent). L’ensemble de ces dispositions constitue une vraie réussite, efficace en course, il fera merveille en sortie détente, au mouillage ou en école de voile.
Le plan de pont racing façon Lalou, Il est possible de simplifier pour une utilisation plus typée croisière…
Des volumes intérieurs confortables
Cauchemar des 60’ (des trimarans en général), la descente est agréable à fréquenter rendant cette zone d’échange civilisée. Le moteur et les batteries sont accessibles sous le marche pied, dans un coffre technique étanche qui accueille tout le "bazar" susceptible de provoquer des soucis en navigation, on y accède en quelques secondes, bravo ! Une bannette de quart adossée au bordé favorise la réactivité, si nécessaire. L’espace central accueille la cuisine et le carré (optionnel, absent sur le prototype), il y a beaucoup de place, des rangements et de la lumière, les déplacements sont aisés. À l'arrière : une belle et grande couchette double, claire, ventilée et un bureau de navigation avec vue sur mer. De part et d’autre du puits de dérive : un cabinet de toilette-douche et 2 couchettes sur cadres dans la coursive. La pointe avant abrite une cabine double. Après un traitement décoratif des surfaces, une sellerie fantaisie et quelques rideaux de séparation le trimaran deviendra un superbe cruiser-racer, socialement vertueux.
Un cockpit "king size", et des postes de barre à l'ergonomie soignée par un spécialiste : bienvenu à bord du Lalou 50'…
Un plan de pont et des voiles à la carte
Le bateau de Lalou est "équipé" à sa main, dans une optique résolument course : les points de tire des voiles d’avant sont réglables en 3D via des anneaux aluminium-carbone, les drisses et les ris sont hookés, le mât (carbone) est bien sûr rotatif, le gréement tout textile et les astuces nombreuses ! Le maître Jedi peut cependant concocter une organisation simplifiée, adaptée aux habitudes et au niveau de chaque propriétaire. Spi asymétrique, code 0, solent, trinquette sur stockeurs "tout ou rien" et GV Cuben fiber constituent le choix du skipper, d’autres arbitrages sont possibles.
Ce dog house panoramique fera école !
Construction
Les futurs Lalou 50’ seront construits comme le prototype par Stratocompo de Jean François Lair, sous la conduite technique de Lalou Roucayrol. Le chantier dispose d’un superbe outil de fabrication et des compétences nécessaires : il sous-traitait entre autres les pièces de BANQUE POP ! Cette équipe soudée qui a fait ses preuves est à la hauteur de l’enjeu. Sandwich mousse-verre-époxy pour les flotteurs et la coque, le composite bois des bras a été choisi pour ses qualités de raideur et de tenue dans le temps. Ce niveau de moyenne technologie a été préféré pour éviter les soucis de mise en œuvre et d’entretien du carbone (ainsi que son coût) et s’adapter au cahier des charges de la classe 50’. La qualité de fabrication et les échantillonnages garantiront une grande longévité en toute tranquillité d’esprit.
Beaux volumes, lumière abondante, circulation aisée, le prototype est assez dépouillé mais le carré de la version client changera la donne.
Un bateau ludique, sain et performant
Un tri de course, ça s’essaye en course ! J’espère donc pouvoir vous en reparler ; cependant faute de Québec St Malo, Lalou m’a proposé une navigation au large de Port Médoc. Nous appareillons avec 12-13 nœuds de vent de nord, les premières centaines de mètres révèlent immédiatement une plateforme rapide, tonique, avec ce je ne sais quoi d’élégance et de caractère qui vous accroche le sourire à la bouche. Glisse franche, linéaire, délicate, ce trimaran bien élevé (à tous les sens du terme), peu sonore à l’intérieur, reste souple et confortable, dépourvu des sensations de "chopper sans amortisseur" des 60’ carbone. Je prends la barre et longe la rive de la Gironde, côté Royan. La brise fraîchit (14-15 nds) à proximité de la côte, et le 50’ se cale gentiment à 17-18 nœuds au largue serré sous GV-solent. Les sillages sont purs, la réserve de puissance et de sécurité semble considérable. Les postes de barre sont absolument sensationnels, ergonomiques et protégés grâce à l’importante élévation. Le contact avec les appendices (relevables) s’effectue par biellettes sur le safran principal et drosses textile pour les flotteurs, il s’avère précis et très directionnel. La hauteur de franc bord, presque excessive au regard des géométries antérieures est la garantie d’une capacité de franchissement extraordinaire dans la mer formée. Le plaisir de conduite est intense, l'aisance de descente dans le vent sous gennaker, absolument remarquable ; ce tour de Cordouan d’une quarantaine de milles paraît trop court ! Malgré une dérive amputée de moitié par un ofni au retour de la Route du Café, le bateau laisse entrevoir de magnifiques dispositions au près. Un petit run à peine débridé à 19.5 nœuds clôture cette mise en bouche, pas étonnant que Lalou et Pierre van den Broek aient aligné plus de 400 milles en 24h. Ce tri s’affirme comme un champion de la glisse sur terrain océanique, ses composants géométriques et structurels permettront aux futurs propriétaires de naviguer en paix dans les mers croisées et confuses.
Un confort spartiate, mais qui offre tout ce dont on a finalement besoin…
CONCLUSION
Le modèle de développement de l’Orma était le circuit de Formule 1, celui de la classe 50’ est plutôt le Paris-Dakar. Imagine-t-on le fabuleux rallye raid avec 10 véhicules au départ ? La situation est difficilement transposable sur les futures éditions des grandes courses océaniques, mais, si tel est le cas, on espère assister à un foisonnement créatif sans précédent de multicoques habitables, cela compensera l’ubuesque édition de la transat Artemis (sans multicoques). Un peu plus lourd (20%) et moins performant dans l'absolu que les prototypes purs, le Lalou 50’ est un trimaran magnifique, compétitif et utilisable. Beau, solide et polyvalent, ce multicoque emblématique d’une nouvelle façon de naviguer est une réussite. Souhaitons-lui de rencontrer sa clientèle et de participer au renouveau de la course au large !
SPORT 5/5 CROISIERE 3/5
Les plus
Programme enthousiasmant Conception et qualités nautiques Rapport qualité/prix
Les moins
Accessibilité dans les ports Absence de dièdre sur le prototype Echantillonnage des barres franches
FICHE TECHNIQUE
Architectes : Lalou Roucayrol/Bernard Sourisse Chantier : Stratocompo Longueur : 15.20m Largeur : 12.20m Poids : 5.8t en ordre de marche Hauteur d’étrave : 1.70m Hauteur d’étrave flotteur : 1.30m Hauteur mât : 21.20m Corde : 0.40m Longueur bôme : 7m GV : 95m2 Solent : 66m2 Trinquette : 30m2 Genaker : 190m2 Tourmentin : 10m2 Moteur : 40CV Couchettes : 6 dont 2 doubles Eau douce : 120l Eaux usées : 100l Gasoil : 100l Prix : 650 000 euros HT sans voiles ni électronique
LES CONCURRENTS
Modèle Architecte Chantier Prix HT Tri Pulsar 50’ Erik Lerouge A définir NC Freydis 49’ Racing Erik Lerouge Tournier Marine 600 k/euros Catamaran Novara 50’ Racing Martin Maï KKG 690 k/euros