C’est un fait : les trimarans Libertist sont rouge vif et font tourner les têtes sur leur passage. Le design du génial architecte Erik Lerouge, associé à la fameuse teinte fétiche de la plus célèbre des marques d’automobiles italiennes, fait mouche et suggère une belle sportivité. Nous avons pu naviguer à bord du tout nouveau 703, à peine mis à l’eau…
Lieu de l’essai : La Rochelle
Conditions : vent de 4 à 5 noeuds, mer plate
Infos pratiques
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Après l’arrivée remarquée du 853 à l’International Multihull Show de La Grande Motte en 2019 (essai dans MM196), il aura fallu près de deux ans et demi pour découvrir son petit frère, le très attendu Libertist 703. Sur les pontons rochelais cette fois, la forte personnalité et le look ravageur du petit trimaran font mouche ; le 703 rappelle, toutes proportions gardées, les grands Ocean Fifty. Avec son pont flush-deck qui favorise l’aérodynamisme, la coque centrale a même des airs de SVR-Lazartigue, le nouvel Ultim de François Gabart. Il n’en faut pas plus pour que la rédaction de Multicoques Mag s’emballe : non, décidément, nous ne pouvions vraiment pas manquer l’opportunité d’être les premiers à l’essayer… car il est parfois des situations où l’enthousiasme l’emporte sur la raison, la passion sur la patience, la détermination des acteurs sur la prudence des essayeurs.

Le foc autovireur, grâce à ses deux lattes, offre un peu de rond de chute.
Un aménagement prometteur
Notre précipitation a tout de même un prix : nous ne pourrons juger dans cet essai de l’intérieur du Libertist 703. Brut de démoulage, celui-ci nécessite un retour dans les ateliers de fabrication polonais de Rega Yacht, à 60 km au sud de Varsovie. Dans la lignée du Libertist 853, les aménagements devraient être à la fois sobres et modernes, entre carbone verni pour la touche sportive, et surfaces laquées blanches pour la luminosité. Le volume intérieur est intéressant pour une coque de seulement 7 m : on relève notamment une hauteur sous barrot de 1,70 m. Les deux banquettes latérales présentes au pied de la descente se prolongent sous le cockpit, offrant la longueur pour deux couchages simples. Un petit bloc cuisine à bâbord du puits de dérive et un couchage double en pointe avant permettent d’envisager un peu plus que des sorties à la journée : de véritables mini-croisières sont envisageables.

Le cockpit propose de belles assises – bien sûr complétées par les trampolines.
Une finition plus que fraîche…
Jusqu’à la veille de cet essai réalisé deux jours après la clôture du Grand Pavois 2021, Patrice et Alain, les importateurs français des Libertist, ont mis les bouchées doubles pour que nous puissions naviguer, y compris après les heures de fermeture du salon. Patrice avait déjà passé quelques semaines en Pologne pour s’assurer que le trimaran serait bien au salon : nous ne pouvons que nous incliner devant tant de détermination. Il y a bien encore quelques couacs de préparation – un tube de barre un peu trop long, une dérive centrale absente et un taquet mal positionné –, mais l’essentiel est là, nous pouvons naviguer.

Mât pivotant et accastillage soigné permettent de tirer le meilleur du Libertist 703.
Bras repliables
Première manoeuvre, déplier les bras. Car oui, nous avons sous les yeux le premier Libertist à largeur variable – de 5,95 m à 2,55 m. Le 853 était à bras fixes, une exception dans cette taille, et il a fallu convaincre Erik Lerouge de renoncer à ses principes sur le 703. Une fois convaincu, l’architecte a insisté pour en dessiner lui-même toute l’ingénierie. Une solution aussi originale que séduisante a vu le jour. Deux axes coniques permettent une rotation des flotteurs vers l’arrière en mode replié, et leur géométrie permet de se passer de tirants en câble, soit un frein hydrodynamique en moins. Ce mode de repliage horizontal permet à l’antifouling d’être efficace même bateau replié, contrairement à un repliage s’effectuant par relevage des bras et basculement des flotteurs. Inconvénient : il augmente fortement la longueur hors-tout du multicoque lorsque les flotteurs sont le long de la coque centrale, dépassant sur l’arrière.
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Le système de repliage imaginé par Erik Lerouge s’avère efficace ; les flotteurs conservent la même assiette, mais la longueur totale du trimaran replié frise les 9 mètres.
Des foils et du carbone
Pour sortir du port, on sollicite le moteur horsbord de 5 CV, qui ne rencontre aucune difficulté à déplacer notre unité d’essai, pas tout à fait finie, et donc probablement en dessous des 1 000 kg lège annoncés. En l’absence de vagues, aucun souci de propulsion n’est à signaler. La hauteur réglable du hors-bord permet de s’adapter aux conditions de mer. Ici, il se trouve suffisamment haut pour que la manette des gaz puisse être manipulée depuis le cockpit. Ce bel espace regroupe d’ailleurs toutes les manoeuvres, y compris les drisses. Seuls les taquets de ces dernières restent sur le mât, cette première unité ayant coché l’option « espar rotatif en carbone ». Au niveau de la construction, les coques sont construites en infusion sandwich mousse-verre-vinylester. En revanche, afin d’offrir une rigidité maximale au cadre, les bras sont en carbone. Et pour que la direction soit à l’avenant, dérives, safrans et foils sont dans le même matériau high-tech. Les foils justement, parlons-en de ces appendices indissociables de tout Libertist : positionnés en avant des charnières du bras avant, leur structure repose sur les renforts de celles-ci. La poussée du foil remonte ainsi directement vers le bras.

Ces foils fixes ne sont pas supposés assurer un vol, mais apporter plus de puissance et un comportement très sain, même quand les conditions sont musclées.
0 à 22° d’angle entre les deux safrans
Le système de barre constitué de deux tubes carbone repose en son centre sur un chariot. Ce dernier circule sur un rail fixé à l’arrière de la coque centrale. Avec ses deux safrans, un sur chaque flotteur – une dotation « riche » assez unique sur le marché –, le trimaran se révèle légèrement ardent, juste ce qu’il faut pour donner un peu de pression, sans trop d’effort. Lorsque la barre est au neutre, les safrans sont parallèles. En revanche, l’angle entre les deux safrans peut monter jusqu’à 22° si l’on pousse à fond. C’est le principe dit d’Ackerman – ce braquage asymétrique des pelles permet de compenser les trajectoires différentes des flotteurs. Distants d’environ 5 mètres, leur rotation, surtout quand le changement de cap est important, n’est pas identique. Cette cinétique entraîne une fluidité très agréable lors des virements de bord, surtout dans le petit temps que nous avons rencontré. Chaque safran présente ainsi une angulation adaptée à la rotation de son propre flotteur, comme sur les meilleurs trimarans de course au large. A aucun moment le safran à l’intérieur du virage ne vient freiner le mouvement.

Chaque flotteur est incliné de 8° vers l’extérieur. La coque centrale s’élargit à mi-franc-bord grâce à un redan prononcé.
Réglages fins
Les pare-battages sont rangés dans les flotteurs via un panneau de pont étanche, le solent autovireur déroulé et la grand-voile hissée à la volée. Ils sont tous deux de coupe triradiale en DCX, produits par Ocean Sails, société fondée par le champion de voile polonais Stanislaw Sawko. Le gennaker noir avec le logo Libertist rouge et blanc est une véritable oeuvre d’art, témoignant à lui tout seul du savoir-faire de la voilerie. Le lettrage et le dessin ne sont ni peints, ni collés, mais insérés par couture dans les laizes. La grandvoile se règle d’abord par un palan quatre brins, puis un palan fin, comme sur les monotypes de régate les plus pointus. On se sent à l’aise et bien protégé dans le cockpit. Sous le vent, on trouve vite la position pour affiner les réglages. Comme les winches Harken, les anneaux faible friction Antal et autres manoeuvres textiles sont de très bonne qualité ; c’est un plaisir de tout régler au millimètre.

Le lettrage est cousu et inséré aux laizes sur le gennaker – c’est tout de même un autre boulot que les adhésifs !
Quand barrer est un plaisir…
On barre assis sur le flotteur au vent, adossé au palan de galhauban. Avec le dièdre prononcé des bras, on se retrouve vite assez haut, et donc peu exposé aux embruns. Dans les conditions du jour, que l’on croise un sillage ou que l’on rencontre un peu de clapot, le bateau ne mouille pas du tout. Mais il faudrait des conditions plus musclées pour confirmer cette première impression. Avec les flotteurs légèrement inclinés (8°), le Libertist 703 a l’allure, que dis-je l’élégance, d’un joli trimaran de course au large. On pourrait bien sûr imaginer en option ou en custom un petit siège légèrement surélevé, permettant de bien s’adosser avec l’angle parfait pour se régaler des heures à la barre. Mais même si la barre est un peu longue pour bien se positionner par rapport au hauban dans la configuration actuelle, on ne cède pas le très beau manche carbone sans une pointe de regret. Piloter un tel petit bolide est un réel plaisir, décuplé par la très belle vision offerte sur les voiles. Bien excentré à trois mètres de la bôme, barreur profite d’un recul sur le plan de voilure juste parfait.

La poutre arrière sécurise le cockpit, mais complique l’accès à la la jupe arrière et aux commandes du moteur.
A la vitesse du vent
Avec moins de cinq noeuds de vent réel, les nombreux monocoques présents sur le plan d’eau semblent comme arrêtés. Nous les doublons les uns après les autres, car nous naviguons à 4,5 noeuds, aussi vite que le Libertist 853. Dans ces conditions, naviguer à la vitesse du vent est – avouons-le – assez grisant. Le trimaran se crée très vite du vent apparent et on apprécie déjà le bienfait des foils, celui sous le vent jouant parfaitement son rôle. Non seulement le volumineux flotteur (130 %) ne s’enfonce pas, mais l’étrave est même légèrement dégagée de l’eau. A première vue, l’absence de dérive ne semble pas avoir d’impact sur la vitesse, les foils paraissent suffisants par petit temps. Mais une fois observé depuis l’extérieur, le 703 affiche une dérive flagrante – le cap au près s’en ressent logiquement. On vire pourtant sans problème. Lorsque la dérive sera en place, il en sera de même y compris lorsque l’appendice sera relevé à fond, puisque le passage de la bôme restera libre. Ce que nous testons aujourd’hui correspond donc à des virements à ras de la plage, dérive haute… Pour accélérer encore, le magnifique spi asymétrique est envoyé sur le bout-dehors carbone ; on dépasse les 6 noeuds dans un dernier souffle d’air. Bientôt, les filières seront livrées pour sécuriser la plage avant, et les trampolines fixés à la coque centrale pour plus de tension – ce sera le moment de tester le Libertist 703 dans des conditions plus musclées. Nous sommes bien sûr partants…

Conclusion
Ce trimaran est une vraie réussite en termes de design et d’efficacité sur l’eau – le talent d’Erik Lerouge est bien présent. Le système de rotation des bras qu’il a inventé, alors qu’il était si réticent au départ du projet, est également fort séduisant. Le mécanisme devrait d’ailleurs très prochainement équiper aussi le Libertist 853. Reste au chantier à prouver que la production peut suivre en termes de cadence, et que la finition de ses trimarans n’a rien à envier aux standards du marché.
Les + :
+ Performances
+ Look
+ Système de repliage
Les - :
- Roulements du chariot de barre perceptibles
- Qualité de finition à valider
- Position de barre à affiner

Descriptif technique :
Constructeur : Rega Yacht
Architecte : Erik Lerouge
Matériau : infusion sandwich mousse-verre-vinylester, bras carbone
Longueur de coque : 6,99 m
Longueur des flotteurs : 6,85 m
Largeur : 5,95/2,55m
Tirant d’eau : 0,38/1,61m
Déplacement lège : 1 000 kg
Déplacement en charge : 1 400 kg
Longueur du mât : 11,20 m
Grand-voile : 27,00 m²
Foc auto-vireur : 12,00 m²
Code 0 : 25,00 m²
Spi asymétrique : 52,00 m²
Prix standard : 69 000 € HT
Prix du bateau essayé : 99 000 € HT avec remorque, mât carbone, voiles DCX…
Options : en cours de cotation


