Il paraît qu'il n'existe plus de marché pour les trimarans à bras fixes… Neel a démontré le contraire avec ses unités de croisière de grandes tailles. L'ambition du Libertist est de confirmer ce succès dans le segment des 7-12 m. Sous la signature d'Erik Lerouge, le chantier polonais Rega Yacht décline tout de même cette série de trimarans en version repliable. Une formule qui lui permet de prendre pied dans un marché restreint, mais actif, principalement occupé par Dragonfly, Corsair et Tricat. Nous avons essayé la version à bras fixes du 853 à l'issue du Salon International du Multicoque.
Infos pratiques
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Gros potentiel de performances
Ce trimaran bodybuildé n'a laissé personne insensible sur les pontons de La Grande Motte 2019 ; le Libertist est beau ! Le dessin des bras est une réussite. Leur forme harmonieuse tout comme l’état de surface impeccable du composite participent à la séduction immédiate. Le principe d'assemblage est intelligent : les bras sont encastrés dans une réservation du pont et solidement boulonnés, tout comme leurs liaisons avec les flotteurs. Ces derniers affichent un volume important associé à des entrées d'eau affûtées. On remarque également deux petits foils fixes en carbone. La coque centrale est un véritable exercice de style : les lignes filent magnifiquement, les proportions sont habiles, et l'étrave (droite) ne cède à aucune mode passagère. Les œuvres vives tendues traduisent le potentiel de performances, mais l'ergonomie du pont, des bras, des trampolines est agréable et compatible avec la croisière familiale. Le cockpit est confortable et sécurisant.
Un volume intérieur insoupçonné
En pénétrant à l'intérieur de ce trimaran sportif de seulement 28 pieds de longueur, le visiteur reste bluffé par l'étonnant volume intérieur. La hauteur sous barrot est surprenante, et les deux longues banquettes en vis-à-vis sont réellement confortables et conviviales. La lumière du jour se diffuse à travers un élégant panneau en polycarbonate teinté, percé d'un hublot ouvrant. La petite cuisine est équipée d'un évier, d'un plan de travail et d'un réchaud. La découpe de la cloison de mât préserve un maximum de matière, comme il convient dans cette zone de contraintes structurelles (surtout en version repliable avec la compression des demi-bras), mais procure tout de même un passage aisé vers l'avant. La couchette double arrière est vaste. Elle conviendra à un couple sportif ou à deux enfants, le lit de la cabine avant manque un peu de largeur. Surélevé, il gagnera une dizaine de centimètres sur les prochaines unités. L'échelle de descente coulissante est trop verticale, elle fera elle aussi l'objet de modifications. L'état de surface du composite est partout superbe, nul besoin de vaigrage, une laque PU suffit.

Ce coupé sport dissimule un intérieur douillet avec beaucoup de volume pour 28 pieds de longueur.
Erik Lerouge a réussi la prouesse de loger 1,80 m de hauteur sous barrot dans ce trimaran de 8,50 m.
Sur l’eau ? Que du plaisir !
Un après-midi de voile avec 8 à 9 nœuds de vent et de rares pointes à 10 peut s'avérer un cadeau empoisonné… A bord du Libertist, c'est un bonheur qui se déguste du bout du stick ! Dès les premières foulées, la petite machine rouge se déhale avec entrain sous GV et solent autovireur ; le barreur attentif voit ses efforts récompensés par une vitesse équivalente au vent réel, et par le plaisir d'un toucher de barre sensible, précis, toujours ludique et stimulant. Le contact avec le châssis est direct, l'effet directionnel des safrans très efficace. La raideur de plate-forme est indispensable pour obtenir un tel résultat et conserver une géométrie sans déformation. Le jeu de voiles All Purpose est superbe (GV et autovireur en membrane), le spi asymétrique amuré sur un long bout-dehors carbone est très polyvalent, bien épaulé ; il permet un bon angle de descente (un guindant un peu plus long était possible). Ces voiles sont très propulsives, mais faciles à régler. Le surlendemain, la manche de brise nous attend. Pour être complet, un essai doit comporter cette expérience, surtout avec un trimaran innovant de relative petite taille. Nous sommes six à bord, ce qui est un peu trop pour un résultat optimal, mais intéressant pour la connaissance du bateau. Nous sortons très généreusement toilés (grand-voile et solent) avec 20-25 nœuds de NW forcissant rapidement. Le long de la côte au bon plein, la cavalcade commence, 12, 14 ,16 nœuds dans un vent irrégulier entrecoupé de rafales et de molles. Le pilotage est très amusant et l'engin super réactif. La prise de ris s'impose avec l'arrivée de rafales à plus de 30 nœuds. L'effet de poussée verticale des foils devient sensible, et stabilise réellement l'assiette du bateau. Le positionnement de l'équipage contribue également à la recherche du bon équilibre. Après un virement de bord, j'abats pour monter dans les tours, l'engin part au surf entre 18 et 20 nœuds, dépasse les vagues, plonge dedans… mais l'effet combiné des volumes flotteurs/coque centrale et de la poussée des foils sécurise cette descente hors piste échevelée. La mer se forme très rapidement et devient nerveuse, nous sommes un peu trop toilés, mais en essai, c'est permis ! En relofant pour revenir à la côte, nous retrouvons du confort et une glisse sereine entre 15 et 16 nœuds. Le sillage est superbe et le plaisir de pilotage intense. Le mât rotatif carbone AG+ Spars avec son système original d'Arthur sous la bôme est parfait, la transmission de barre par biellettes rigides carbone et chariot intermédiaire est remarquable de précision, le large traveller (réglable depuis le poste de barre sur le flotteur) est bien dimensionné et agréable à utiliser. Hélas, il faut mettre fin à cette formidable cavalcade sous des rafales à plus de 40 nœuds, bravo Libertist !

L’ergonomie du pont renforce l’aptitude à la croisière ; notez le plan porteur fixe sur le flotteur.
Ils stabilisent l’assiette, procurent un surcroît de puissance bienvenu et renforcent la sécurité de ce trimaran enthousiasmant.
Conclusion
Ce joli multicoque est plein de charme : il repousse les limites d'habitabilité d'un trimaran moderne de seulement 8,50 m tout en affichant des performances rares. La qualité de fabrication et de conception rend son utilisation très sûre et il donne un maximum de plaisir par euro dépensé. Usage intensif conseillé, même en croisière familiale.
Le LIBERTIST 853 en 9 points
1- Le mât rotatif carbone propose un intelligent système de triangulation d'Arthur au niveau du vit de mulet
2- Le généreux bout-dehors permet d'amurer des voiles légères et ludiques pour le petit temps et le médium
3- Le plan de pont a su rester simple et efficace, l'abri de descente devra être revisité pour une meilleure protection
4- Les flotteurs très volumineux présentent des entrées d'eau ultra fines
5- Il n'y a pas de safran central, les appendices sont positionnés sur les flotteurs
6- Les petits plans porteurs sont fixes et auto-régulés, leur effet stabilisateur est réel
7- Dans cette version, le bras avant carbone est démontable et encastré dans une réservation de la coque centrale, tout comme le bras arrière
8- La surface de pont du 853 est remarquable et renforce la vocation croisière du bateau
9- La poussée verticale du foil réduit le tangage et sécurise le flotteur à haute vitesse
LE MOT DE L’ARCHITECTE - ERIK LEROUGE
J'ai eu carte blanche pour le Libertist 853 afin d'améliorer l’éternel compromis confort/qualités nautiques auquel je suis très attaché. La taille de 28 pieds a été choisie pour accueillir un carré sympa, une cabine avant, une couchette double sous le cockpit, une cuisine, un WC séparé et 1,80 m de hauteur sous barrot en restant transportable démonté. L’idée de mini-foils d’appoint trottait dans ma tête depuis longtemps. L’efficacité des plans porteurs fait son chemin, mais il restait à les démocratiser. Une solution fixe s’imposait : aucun risque de dangereux mauvais réglage d’incidence, coût de fabrication compatible avec le prix de vente et fiabilité totale. Il n’est pas question de voler, mais simplement d’augmenter la puissance et la sécurité à grande vitesse en contrôlant l’assiette longitudinale du flotteur. Avec un dièdre marqué, il fallait aussi un safran sous chaque flotteur pour un contrôle optimum. La construction entièrement infusée et le devis de poids ont été bien maitrisés par Rega Yacht. Le carbone est utilisé aux endroits où il est réellement bénéfique : bras et appendices. L’exploitation de la puissance nécessite un gréement et un accastillage de qualité, le mât rotatif carbone donne un parfait bord d’attaque à une grand-voile à corne haut de gamme, le gain de poids est complété par un haubanage textile. Le design est intemporel. Les essais ont validé nos attentes sur le contrôle d’assiette au portant, avec comme bonus une réduction du tangage dans le clapot.
Les PLUS
+ Esthétique
+ Qualité de fabrication
+ Plaisir de pilotage
+ Habitabilité convaincante
Les MOINS
- Absence d'abri de descente
- Pas de sièges ergonomiques pour le barreur
- Fixation des trampolines par pontets et non sur joncs stratés
- Motorisation électrique aléatoire et sous-dimensionnée
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Architecte : Erik Lerouge
Constructeur : Rega Yacht (Pologne)
Matériau de fabrication : Sandwich mousse verre époxy (infusion), bras carbone
Longueur : 8,53 m
Largeur : 7,10 m
Tirant d'eau : 0,45 m/1,95 m
Poids à vide : 1400 kg
Hauteur et surface du mât rotatif : 13,60 m/4 m2
Surface GV : 40 m2
Foc autovireur : 19 m2
Spinaker asymétrique : 78 m2
Prix de la version de base (résine polyester isophtalique, sans aménagement, mât aluminium) : 75 333 € HT
Prix de la version aménagement élégance/ gréement performance carbone/ construction époxy-carbone: 150 000 € HT