Erik Lerouge est bien connu pour ses multicoques performants marins ; des qualités indéniables que l’architecte défend grâce à une vision sans concessions. Le Libertist 853, par exemple, a été lancé dans une première version à bras de liaison fixes – plus simple, plus rigide, plus léger… Pour autant, Erik savait bien que les clients allaient finir par réclamer « le même en repliable » : voilà cette nouvelle version tant attendue !
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Conditions : 8 à 12 nœuds de vent, petit clapot, trois personnes à bord
La problématique du manque de place au port pour les multicoques dans la plupart des grandes régions de plaisance mondiale et l’explosion des tarifs dès lors que la largeur d’un emplacement chatouille sa longueur réactualisent logiquement la pertinence des inventions des pionniers Ian Farrier et Borge Quörning du trimaran à géométrie variable. Dans les années 1980/1990, l’objectif était surtout de faciliter le transport et l’hivernage de petits multicoques économiques – l’opération réclamait une bonne demi-journée et deux bonhommes costauds pour démonter les flotteurs d’un Allegro (1976) ou encore un Speed 770 (1980). Aujourd’hui, l’argument n°1 des trimarans repliables est d’abord de pouvoir accéder à une place – et en plus au tarif demandé à un monocoque ! Ce secteur de la production de multicoques est aujourd’hui relativement prospère (même si les volumes restent faibles au regard de la production globale). Fabriquer et vendre des trimarans repliables dans un modèle économique pérenne reste en effet un challenge compliqué car la technique est coûteuse à mettre en œuvre, et les prix s’en ressentent.
Les trimarans repliables d’hier et d’aujourd’hui
On commence par les disparus : le français Bandit n’a pas survécu malgré l’intérêt de ses créations, le belge Trimax non plus, et on regrette le superbe Seaon 96 tout carbone de Jan Gapinski et Stephan Tornblom. Au début des années 2000, le grand Woestenburg 4’ (un seul exemplaire construit) de Peter Bosgraff surprend, étonne, mais ne connaît pas de successeur.
Les ténors du concept du trimaran repliable restent Corsair (Vietnam) et Dragonfly (Danemark), dont les productions s’exportent un peu partout dans le monde. On peut compter également le français Tricat, qui se porte bien avec plus de 200 unités produites. Les Tricat s’étagent sur des tailles raisonnables de 20 à 30’. Astus, dont la production a démarré en 2005, exploite intelligemment le créneau des repliables ultra transportables de 16 à 24 pieds. Les belles créations à l’unité du cabinet Farrier sont maintenant dédiées à des constructions sous licence à l’unité de grande qualité.
La pertinence globale du concept de trimaran repliable (réduction de l’encombrement, faible tirant d’eau, transportabilité et sensations sportives) a favorisé l’apparition de nouveaux acteurs. Rapido, avec les talentueux designers Morelli-Melvin, fait aujourd’hui une incursion remarquée dans le très haut de gamme (40-50 pieds), tandis que Libertist a fait sa première apparition en mode repliable avec le 703 il y a deux ans. La présentation du 853 en version repliable s’est déroulée lors de l’International Multihull Show de La Grande-Motte 2023.
Made in Poland
Le constructeur polonais Rega, auteur des premiers Libertist à bras fixes, jouit d’une excellente image de marque auprès des architectes comme des chantiers – on retiendra que l’italien Vismara lui avait confié la réalisation de plusieurs grandes unités en carbone comme le superbe V100 (design Guillaume Verdier). C’est aujourd’hui à Boat Project qu’est confiée la réalisation du L853 ; la fabrication reste polonaise puisque le nouveau constructeur est basé près de Gdañsk.
Les bras, les cloisons, la dérive et les foils du L853 repliable sont en sandwich mousse/carbone/époxy et les coques en mousse/verre bi-biais/vinylester, tout comme les safrans ; tout le composite est infusé.
Le choix de ces matériaux retenus par l’architecte et Boat Project est logique pour ce type de multicoque sportif et se situe un cran en dessous de l’exceptionnel Seaon 96 dont nous avons déjà parlé et du Seacart 30 (tous deux réalisés en carbone intégral, et même en prépreg pour le S30), mais favorise la polyvalence d’utilisation.
Un design qui claque !
En 2019, nous écrivions que le 853 à bras fixes était beau et que ses formes bodybuildées provoquaient une séduction immédiate. Contre toute attente, quatre ans plus tard, l’émotion est identique avec la version repliable, ce qui est une gageure ! En effet la cinématique de repliage dévoile la physiologie des attaches d’un trimaran qui, au ponton, n’est pas toujours des plus gracieuses. Sur le Libertist, les ancrages des bras crossés sur les plateaux de rotation des flotteurs et les charnières composites de la coque centrale sont magnifiques, la matière utilisée (carbone-époxy) et l’habileté des ouvriers du chantier permettent ces formes audacieuses et le respect de proportions élégantes. La peinture polyuréthane bi-composant rouge écarlate est irréprochable ; sa qualité d’application ne laisserait aucune place aux défauts d’aspect, ce qui tombe bien car il n’y en a pas !
Un intérieur simple et marin
Le credo d’Erik Lerouge est la chasse au poids, L’intérieur du Libertist est donc assez spartiate. La structure est partout accessible et visible – l’excellente finition du composite permettant de le laisser apparent. Sur cet exemplaire, la table centrale a été supprimée. Le bloc cuisine est accolé à la cloison maîtresse et le cuistot peut se caler contre le puits de dérive. On compte dans la cabine des aménagements de croiseur basique : deux couchettes doubles, un compartiment toilette/douche et donc la cuisine avec ses deux feux, un évier et un réfrigérateur. Le plancher central sera abaissé de 5 centimètres sur les futurs exemplaires. La cabine avant est confortable, le lit arrière l’est également, nonobstant une hauteur sous barrot faible. On apprécie la bonne ventilation assurée par deux hublots ouvrants. L’échelle de descente tubulaire sera remplacée par des marches composites ergonomiques intégrées dessinées par l’architecte.
Les bras repliables du Libertist : un principe constructif original
Le talon d’Achille de tous les trimarans repliables se situe dans les efforts considérables renvoyés par les tirants de bras sur la coque centrale. Torsions, flexions, compressions, arrachements alternent et génèrent des contraintes mécaniques élevées. Axes de charnières, tirants (water stays), pivots de rotation et cloisons structurelles de coque centrale sont soumis à la torture permanente lors des chevauchées sportives… Dans tous les systèmes mécaniques soumis à des efforts sévères, les pannes, ruptures ou casses ne sont pas seulement le fait de la machine elle-même, mais des périphériques ; une inspection rapide des points sensibles (paliers de rotation de bras, cadènes de water stays, dimensionnement des câbles, axes de repliage…) démontre la maturité du concepteur et la rigueur du constructeur ; l’ensemble inspire une vraie confiance. Le point majeur sur lequel l’architecte a insisté concerne la continuité des reprises d’efforts transversaux ; les demi-bras repliables, outre leur design inspiré, traduisent également par leurs échantillonnages une vraie prise de conscience des forces en jeu ; en position ouverte de navigation, ils viennent s’encastrer intimement dans un bras-caisson solidaire du pont (à l’avant comme à l’arrière) qui garantit une parfaite homogénéité mécanique, un peu comme un bras fixe. L’observation de ce caisson structurel par l’intérieur confirme le point de vue.
Dépliage et repliage…
Nous avons effectué la manœuvre plusieurs fois au port et en sortie de chenal pour apprécier le fonctionnement parfait de la cinématique comme sa clarté visuelle. Le choix de cordages Dyneema spécialisés et d’anneaux basses-frictions adaptés assouplit le mouvement d’ouverture et allège les masses suspendues, remarquable ! L’optimisation des cotes des futurs trampolines de série permettra un ajustement parfait. Le choix de water stays textiles d’une résistance à toute épreuve et de ridoirs-lashing oblige à reprendre les tensions liées au fluage de la matière lors des premières sorties. Lors de la manœuvre de repliage, il faut évidemment (comme sur tous les tris repliables) ne pas oublier de larguer les sous-barbes et retenues (et a contrario les amarrer au dépliage…). J’ai apprécié la conception de la sécurité diagonale intégrée dans le trampoline (les trampolines participent d’ailleurs à la sécurité structurelle en ouverture). La position des safrans sur les flotteurs (excellent choix) oblige à connecter/déconnecter les biellettes de liaison carbone lors des manœuvres de port, trimaran replié.
Manœuvre au moteur
Le Libertist (comme tous les tris repliables) peut manœuvrer en prao ou avec ses deux flotteurs repliés ; la position des safrans ne permet pas de coupler la barre avec le moteur, mais la rallonge de poignée autorise un réglage séparé des gaz et de l’orientation du hors-bord – un coup à prendre. Le moteur hors-bord présenté ici est un Mercury ProKicker 9,9 CV. Nous avons apprécié la puissance, le couple et l’excellent vissage d’hélice dans l’eau de cette mécanique, mais également sa discrétion (très peu de bruit et vibrations) et sa fiabilité.
Essai en mer : promesses tenues !
Sortir des places allouées par les ports « modernes » devient une vraie affaire d’habileté, surtout avec des voisins monocoques récents aux dimensions callipyges… Mais, avec des pare-battages calibrés et un bon coup d’œil, ça marche ! Ouvrir les bras en navigation (au moteur bien sûr) est possible par mer calme ou dans un chenal.
8 nœuds de vent et un clapot modéré : ces conditions sont parfaites pour notre première navigation avec notre joli multicoque (une telle sortie serait ratée d’avance avec à bord d’un voilier pataud…). Sous grand-voile haute et gennaker, la machine démarre sans hésiter et dévore goulument le terrain de jeu. Les sensations de barres raviraient n’importe quel champion du stick habitué aux prototypes de compétition ; précision, douceur, effet directionnel super efficace sont à l’origine du plaisir intense que procure le Libertist à toutes les allures. Nous partons au large chercher la brise dans les oscillations de ce vent de nord qui tutoie par moments les 10 puis 12 nœuds. Les mesures effectuées indiquent une vitesse égale ou la plupart du temps supérieure au vent réel. Le châssis du Libertist fait preuve de raideur sans grincement parasite. Le gréement textile (les galhaubans se règlent au moyen d’un palan couplé sur une patte d’oie) et le superbe mât carbone rotatif fabriqué par AG+ forment un ensemble magnifique et puissant (60 m2 au près et plus de 100 m2 au portant pour 1 700 kg avec trois équipiers lors de notre essai). Grâce – entre autres – à l’arthur directement relié à la bôme, le trimaran est réactif et facile à régler. Avec un peu d’attention, la bestiole festonne en accélérant et fabrique son vent apparent avec enthousiasme. La précision de cette machine ludique doit aussi beaucoup à une dérive centrale fine et profonde secondée par une paire de foils fixes très futés. Lors de l’essai de la version à bras fixes, nous avions poussé le concept dans ses retranchements sous un mistral ébouriffé de plus de 30 nœuds, l’effet de spatule et de poussée verticale lors des descentes de vagues à plus de 22 nœuds était spectaculaire. Il est aujourd’hui plaisant de constater que ces appendices fonctionnent parfaitement dans le médium sans aucune traînée parasite sur la version repliable.
Evoquer les accélérations à plus de 13,5 nœuds dans 12 nœuds de vent réel n’exprime pas complétement le plaisir intense ressenti lors de cet essai. Glisser à vitesse soutenue sur un plan d’eau à peine ridé, jouir de l’effet de frein brutal lors d’abattées en grand pour vérifier le vent réel (qui peut croire qu’il soit aussi faible, alors que quelques instants auparavant nous dévalions la piste !). Le miracle des vrais multicoques : surfer dans l’air frais à bonne vitesse lorsque tout le monde est tenté d’appuyer sur le démarreur du moteur !
Conclusion
Ce bolide rouge à trois coques possède un potentiel de séduction rare. Choisir entre la version à bras fixes ou la version à bras repliables sera une affaire de programme et de contraintes de mouillage. Nous pouvons recommander les deux sans réserve. Silhouette d’exception, équipement sport parfait dans la version essayée, sensations envoûtantes et qualité de fabrication… What else ?
Le mot de l’architecte : Erik Lerouge

Plaisir de barre intense
Qualité de fabrication et cinématique de repliage
Absence de casquette de roof en série et descente tubulaire
Absence de revêtement caoutchouté sur les flotteurs
Descriptif technique
Architecte : Erik Lerouge
Matériau de fabrication : sandwich mousse verre époxy (infusion) ; foils, dérive et bras carbone
Longueur : 8,53 m (10,84 m replié)
Largeur : 6,94/4,15 m
Largeur sur remorque démonté : 2,55 m
Tirant d’eau : 0,45/1,89 m
Déplacement lège : 1 400 kg
Déplacement max en charge : 2 200 kg
Hauteur et surface du mât rotatif : 13,50 m/3 m2
Grand-voile : 40 m2
Foc autovireur : 18 m2
Code 0 : 41 m2
Spinnaker asymétrique : 78 m2
Prix
Version de base avec bras fixes (résine vinylester, mât aluminium, gel coat blanc) : 135 000 € HT
Version aménagement élégance/gréement performance carbone/construction époxy-carbone/couleur au choix : 145 000 € HT
Principales options HT
Mat carbone rotatif 13,50 m : 15 833 €
Option bras repliables : 15 000 €€
Pack voiles performance : 9 000 €
Moteur 9,9 CV 4 temps arbre ultra long, démarreur électrique et trim : 3 292 €
Capote de roof : 2 083 €
Tangon carbone : 500 €
Pack confort (réfrigérateur, électricité, cuisine, sellerie, WC et pompe de cale…) : 19 000€€
Pack électronique NKE : 2 333 €


