Quand les enfants devenus grands se lassent de leur Hobie, que se passe-t-il ? Et s'ils veulent désormais naviguer avec leurs enfants ? Le génial Dick Newick a conçu pour eux une coque centrale qui s'adapte sur les éléments de leur cata de sport… Malin, non ?
Infos pratiques
- Le chantier : Tremolino
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Au début des années 1970, John Ollins, passionné de multicoques légers, rencontre Dick Newick – architecte du prao Cheers et de tant d’autres coursiers mythiques – aux îles Vierges britanniques. Evidemment, les deux hommes sympathisent immédiatement et travaillent rapidement sur un projet excitant : concevoir un kit pour permettre aux propriétaires de Hobie 16 de naviguer sur un trimaran rapide mais sûr. La coque centrale, construite d'abord en contreplaqué époxy – procédé West System des frères Goujeon –, est typique des plans Newick avec son étrave très bananée, sa carène en U et son rouf arrondi. Le bateau rencontre un vif succès aux Etats-Unis, et le Tremolino est ensuite proposé en polyester. Sa carrière aurait pu se cantonner aux USA… mais voilà que Jacques Dewez, successivement pilote de chasse, armateur du trimaran Gordano Goose et coureur automobile, devient en 1982 promoteur immobilier : en Corse, il commercialise des villas autour d’un golf et offre à chaque propriétaire un Tremolino jaune ! Au total, 18 unités seront donc aussi construites en Corse. Avec les années, le Tremolino a ensuite pris un peu de coffre en s’adaptant aux flotteurs et au gréement du Hobie 18. Enfin, Dick Newick a dessiné les fameux flotteurs "Half Moon", bien plus porteurs.
Grâce à son rapport voilure/poids très favorable – la coque centrale pèse moins de 200 kg –, le Tremolino glisse à plus de 5 nœuds dès les premières risées. Et peut dépasser les 18 en toute décontraction !
La mythique signature de Dick Newick
Le modèle que nous découvrons aujourd'hui appartient à Pierre Calmon. Passionné d’anciens multicoques de course, il est membre actif des Golden Oldies. Il a participé à de nombreux rassemblements et s’est impliqué dans les convoyages – toujours épiques – des épaves repérées dans les chantiers. C’est ainsi que Pierre est aujourd’hui un des propriétaires de Gordano Goose – le trimaran du promoteur Jacques Dewez –, vous suivez ?
Sur notre modèle d'essai, la coque centrale, très étroite, adopte un cockpit central – idéal pour la répartition des poids. Les assises sont constituées par de la bâche étanche, elles se prolongent ensuite par des trampolines classiques. A l’avant comme à l’arrière du cockpit, deux descentes : chacune mène à une mini cabine – étanche certes, mais au volume compté. On trouve un peu plus de place dans celle de l’avant, avec une hauteur sous barrot qui culmine à 1,25 m. Il y a là de quoi accueillir un dormeur dans chaque abri. Et si vous êtes en couple ? Il ne vous reste qu'à tester la tente sur un des trampolines, en prenant soin de glisser sous le flotteur quelques carrés de flottabilité ; sinon, ça gîte ! Un comble pour un multicoque ! Pierre et sa femme, qui ont longuement caboté le long des côtes de la Costa Brava, ont fini par dormir sur la plage. Vous êtes prévenus…
Le Tremolino de notre hôte est bien de la première génération, construit en Corse au chantier SCIM. Il était à l'état de quasi-abandon, et son propriétaire l’a lâché contre 1 500 euros. Le bateau était alors si sale que la première chose qu’a faite son nouveau propriétaire après l’achat a été de le passer au lavage pour voiture...
Avec seulement 33 cm de tirant d’eau, le plan Newick peut beacher ou s’échouer en toute sécurité. Vamos à la playa…
Panneau en contreplaqué et époxy
Après une soigneuse inspection, il s’avère que les fonds sont complètement pourris sous le cockpit : pas d’aération et mousse PU, un cocktail très défavorable pour un bon vieillissement du bois. Autre point faible du montage, les vis de fixation des bannettes, qui finissent par laisser l’eau rentrer… Qu’à cela ne tienne : Pierre bosse dans les résines, il ne se sent pas dépassé par le chantier qui consiste à déposer les zones des panneaux abîmés et de les remplacer par un scarf, une pièce taillée sur mesure avec des angles très biseautés pour coller à l’époxy parfaitement au panneau sain – lui aussi biseauté. Une couche de tissu/époxy à l’intérieur et à l’extérieur protégera le bois des agressions. Pendant l’hiver 2010/2011, la restauration avance tranquillement… pour s’emballer au printemps suivant : "Je dormais en fonction du temps de séchage de l'époxy !" Car Pierre s’est promis de naviguer pour l’été… pari tenu ! Son Tremolino est équipé des flotteurs Half Moon et d’un gréement de Hobie 18 – seulement 3 m2 de plus, mais un mât plus élancé favorisant le cap au près.
Dans la baie d’Hendaye, 5 à 6 nœuds de vent suffisent à nous déhaler et nous voilà à la vitesse du vent. Le bateau glisse sur l’eau sans remous et réagit à la moindre pression sur la barre. Pas de manque à virer à craindre, le Tremolino vire sur place et se révèle très sain et prévisible, y compris lors des approches au ponton ou sur une bouée de corps mort, de sorte qu’il est tout à fait envisageable de se passer de moteur. "Avant de casser notre vieux mât au large de Cadaqués, poussés sous spi asy avec un bon coup de sud-ouest, nous marchions à plus de 16 nœuds", rigole encore Pierre. Son Tremolino était pourtant chargé à bloc et il y avait quatre personnes à bord… L’accastillage est simple : en cinq minutes, plus aucun bout ni coinceur n’aura de secrets pour vous. Nous nous aventurons tout près de l’île aux Oiseaux ; pas de danger avec la dérive sabre, le puits est équipé d’un système de crash box – un simple bloc de mousse ! –, aisé à remettre en place. Pas de dégâts à craindre, même en cas de touchette. Reste un petit point noir : si le bateau est transportable derrière le plus modeste des véhicules, le démontage réclame tout de même 4 à 5 heures… Pour un week-end, ça peut refroidir.
Le Tremolino est un trimaran tout à la fois vintage, accessible et excitant, pas si fréquent, non ? Reste à en dénicher un : il y en a partout aux Etats-Unis, moins en Europe. Et pourquoi pas en construire un ?
Une couchette simple à l’avant, une autre à l’arrière… les couples vont faire la grimace !
Les + :
Unité véloce et ludique
Utilisation d’éléments d’une grande marque
Tirant d’eau réduit
Les - :
Pas d’accès prévu pour la baignade
Pas de couchette double
Démontage laborieux
Les points à vérifier
Rien à signaler concernant les coques centrales en polyester et les flotteurs "Half Moon" made in USA – excepté le fait qu’ils soient plus lourds. Idem pour les éléments qui proviennent des usines Hobie. Attention toutefois aux bras de liaison en alu âgés de 20 à 30 ans, qui ont pu souffrir d’électrolyse. Le vit de mulet est sans doute fatigué, lui aussi… Les coques centrales en contre-plaqué époxy – réalisés par différents chantiers mais aussi en amateur – se sont révélées bien plus résistantes que les constructions sans traitement époxy. Néanmoins, les unités stockées à l’extérieur ont parfois souffert : eau stagnante et manque d’aération forment un cocktail propice à la pourriture, attention… Mais un Trémolino, contre quelques panneaux scarfés, reste réparable.
Fiche technique
Matériau coque centrale : polyester ou CP époxy
Chantier : Tremolino Boat Company USA
Année de construction : 300 exemplaires depuis 1974
Architecte : Dick Newick
Longueur de coque : 6,95 m
Longueur à la flottaison : 6,40 m
Largeur : 5,00 m
Déplacement lège : 363 kg
Tirant d’eau : 0,33/1,32 m
Surface de voile : 20,26 m2
Grand-voile : 15,14 m2
Foc : 5,12 m2
Motorisation : hors-bord 2 à 4 CV
Prix occasion : 4 000 euros